VIENT DE PARAÎTRE

tom

 

Parution du dernier livre de Tom Thomas sur la situation et les perspectives en 2015 aux éditions Jubarte, il est disponible à la librairie du Point du Jour (58 rue Gay-Lussac 75005 Paris, tel: 01 43 26 20 17, courriel: librairie-lpj@wanadoo.fr ) au prix de 5 euros.

Commande en ligne chez  Édition JUBARTE à Paris. 6 euros.  http://www.editionsjubarte.fr/commander/ 

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

Les deux conditions nécessaires au succès d’un processus révolutionnaire communiste sont aujourd’hui réunies. D’une part, l’épuisement historique de la croissance capitaliste sape les fondements matériels de la vieille domination de l’idéologie bourgeoise, dite réformiste ou « de gauche », sur les luttes sociales. D’autre part, les conditions matérielles permettant d’engager un tel mouvement contre les tentatives désespérées de promouvoir à tout prix cette croissance, qui ne peuvent mener qu’à des désastres sans précédent, existent. Dans cette situation, toute nouvelle dans l’histoire, reste à construire la force organisée nécessaire à la mise en œuvre de ce processus.

[Nous vous recommandons fortement la lecture de ce fascicule (53 pages) d’une très grande intensité idéologique et programmatique.  Un appel actuel à la refondation d’une perspective et d’une organisation révolutionnaire en ce XXIe siècle qui promet les plus grandes choses. Robert Bibeau]

 

Allah n’est pas obligé (Kourouma)

Kourouma-Allah

DANIEL DUCHARME   Il s’appelle Birahima, n’a pas plus de douze ans et est Malinké, une ethnie répandue dans une grande partie de l’ancienne Afrique occidentale française – l’A.O.F. pour les intimes – et même au-delà, au Ghana, au Liberia et en Sierra Leone. Bien qu’il soit né en Guinée, Birahima est élevé dans la concession familiale des femmes de son père, quelque part au nord de Bouaké en Côte d’Ivoire. Là, il suit avec difficulté son cours primaire que, d’ailleurs, il ne termine pas, et, peu avant que sa mère ne décède de la gangrène, cette mère qui a vécu en cul-de-jatte pendant des années, il se retrouve dans la rue, comme des milliers d’enfants d’Afrique. Son père meurt aussi, peu de temps après sa mère, ce père qu’il connaît à peine, de toute façon. En Afrique, quand un enfant se retrouve seul – ce qui est assez rare, somme toute – et privé du soutien de la famille élargie, la fameuse solidarité africaine ne joue plus, et l’enfant est la proie de tous les prédateurs. Dans le cas de Birahima, ce prédateur prend la forme d’un oncle, un féticheur qui vit d’escroqueries à petite et à grande échelle, vendant la protection de ses gris-gris au plus offrant. Cet oncle, qui a pour nom Yacouba, lui parle d’une tante qui vit quelque part au Liberia, pays aux prises avec des guerres tribales aussi folles que meurtrières, et, pour la retrouver, le convainc de l’accompagner en tant qu’enfant soldat, un «métier» fort en vogue en ces années troubles de 1990.

Sur les routes de l’Afrique de l’Ouest, tantôt dans un camp, tantôt dans un autre, Birahima poursuit son chemin, une kalachnikov à la main, guerroyant comme un grand. Enhardi par le haschich qu’on lui distribue avec générosité, il se bat sans trop se poser de questions, enterrant de temps en temps un camarade tombé au combat, âgé de dix ou onze ans, tout au plus. Du Liberia, pays ravagé s’il en est, il passe ensuite au Sierra Leone, un pays encore plus ravagé, abandonné par les dieux en raison, notamment, de la richesse de son sol qui regorge de mines d’or et de diamants et qui donc attise la convoitise des trois plus grands groupes ethniques du pays. Quant aux « seigneurs de la guerre », qu’ils s’appellent Papa le Bon, Charles Taylor ou Omika, aucun d’entre eux n’échappe au jugement impitoyablement lucide de ce gamin qui, malgré la présence de son oncle marabout, est tout à fait seul au monde. Un gamin qui a grandi trop vite, beaucoup trop vite.

La vie d’un enfant-soldat dans l’enfer du Liberia et du Sierra Leone n’a rien pour attirer le lecteur occidental… Normal, personne n’a envie de lire ça… à moins d’avoir un sérieux problème de santé mentale! Cela explique sans doute que j’aie tant tardé à entreprendre la lecture de ce roman qui reposait, depuis un bout de temps déjà, sur une tablette de la bibliothèque familiale. Cela dit, une fois qu’on se décide à lire les premières lignes d’Allah n’est pas obligé, les choses prennent une autre tournure… Alors on se rappelle qu’en littérature il ne faut jamais oublier que la forme revêt autant d’importance que le fond. Bref, une fois qu’on y est, on ne peut plus le lâcher, ce livre… Pourquoi? Tout simplement parce qu’Ahmadou Kourouma, pour relater ce récit, recourt à une forme originale, inédite même : il fait de Birahima le narrateur, celui qui raconte à la première personne et ce, de manière à ce que ce soit la vision du small soldier qui prédomine, et non pas celle d’un fin lettré perverti par une morale condescendante. Pour raconter sa « vie de merde, de bordel de vie, dans un parler approximatif, un français passable », Birahima utilise les quatre dictionnaires qu’il a sous la main : un Larousse, un Petit Robert, l’Inventaire des particularités lexicales du français en Afrique noire et, enfin, un Harrap’s. Muni de ces outils linguistiques, il raconte son histoire en ponctuant ses phrases de définitions des « gros mots » qu’il emploie. Cela donne un rythme, un style et, surtout, un brin d’humour à ce récit qui a tout, pourtant, pour décourager l’humanité tout entière… Le narrateur termine chacun de ses chapitres par des jurons malinké – Faboro (sexe du père), Gnamakodé (batardise), etc. – et c’est plutôt marrant, même si nous, les lecteurs, on ne sort pas tout à fait indemne de ce récit, incapable de comprendre comme on a pu en arriver là…

Un mot sur la signification du titre qui n’est, en fait, qu’un raccourci. Le vrai titre du récit est : « Allah n’est pas obligé d’être juste dans toutes ses choses ici-bas ». En effet, Dieu fait ce qu’il veut, quand il le veut et de la manière qu’il le veut. Et surtout, Il n’en a vraiment rien à faire des enfants-soldats, ce dont prend conscience Birahima quand il écrit : « Les enfants-soldats, c’est pour ceux qui n’ont plus rien à foutre sur terre dans le ciel d’Allah ».

Né en 1927 dans le nord de la Côte d’Ivoire, Ahmadou Kourouma a vécu au Mali et en France avant de s’installer dans son pays natal en 1960. Inquiété par le régime du président Félix Houphouët-Boigny, il connaît la prison avant de partir en exil dans différents pays d’Afrique avant de revenir en Côte d’Ivoire où il décède en 2002. Outre Allah n’est pas obligé, Ahmadou Kourouma est l’auteur de Les Soleils des indépendances (Seuil 1970), Monnè, outrages et défis (Seuil 1990), En attendant le vote des bêtes sauvages (Seuil 1994) et Quand on refuse on dit non (Seuil 2004), la suite du récit de Birahima publié à titre posthume. Allah n’est pas obligé a obtenu le prix Renaudot en 2000 et, la même année, le prix Goncourt des lycéens.

 

Ahmadou Kourouma. Allah n’est pas obligé. Paris, Seuil, 2000

La Voix VS The Voice? Qu’est-ce qu’on fait de notre langue?

The Voice… in French

Raymond Viger Dossiers CultureTélévisionFrancophonie

la-voix-charles-lafortune-the voice francophonieJe me répète. Je radote.

Un peu comme un parent qui dit à son enfant de faire attention et qu’il répètera pendant des années je suis obligé de répéter.

Parce que c’est la seule façon de protéger notre langue et notre culture.

La Voix ne cesse d’inviter des artistes anglophones. Charles Lafortune les passent en entrevue en anglais sans avoir, majoritairement sans traduction.

Danielle, à mes côtés, ne cessent de fulminer de ne pas comprendre ce qui se passe à l’émission.

L’an dernier, j’avais déjà critiqué la présence d’artistes anglophone Sheryl Crow et de CeeLo Green. Cette année je réitère ma grogne avec la présence du groupe britannique Def Leppard, la première gagnante d’American  Kelly Clarkson, Melissa Etheridge ou encore Brett Kissel. Chansons en anglais, entrevue en anglais.

Et cette année, je suis encore plus frustré. Un des principaux actionnaires de TVA qui présente cette émission, Pierre Karl Péladeau, se présente comme chef du Parti Québécois et, éventuellement comme Premier ministre. Est-ce que la vision francophone de son empire TVA représente sa vision protectionniste de notre langue et de notre culture?

Je me répète… Je radote. Il faut protéger notre langue. La préserver.

Autres textes sur la Francophonie

L’amour en 3 dimensions.

l-amour-en-3-dimensions-roman-cheminement-humoristique-croissance-personnelleLa relation à soi, aux autres et à notre environnement

Roman de cheminement humoristique. Pour dédramatiser les évènements qui nous ont bouleversés. Pour mieux comprendre notre relation envers soi, notre entourage et notre environnement. Peut être lu pour le plaisir d’un roman ou dans un objectif de croissance personnelle.

L’histoire est une source d’inspiration pour découvrir, d’une façon attrayante et amusante, une nouvelle relation avec soi-même et son environnement. Bonne lecture et bon voyage au pays de Tom.

Le livre est disponible au coût de 19,95$.

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009 Par Internet par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Autres livres pouvant vous intéresser:

Ils m’ont dit (Sengat-Kuo)

slave-hands

Ils m’ont dit
François Sengat-Kuo

Ils m’ont dit
tu n’es qu’un nègre
juste bon à trimer pour nous
j’ai travaillé pour eux
et ils ont ri

Ils m’ont dit
tu n’es qu’un enfant
danse pour nous
j’ai dansé pour eux
et ils ont ri

Ils m’ont dit
tu n’es qu’un sauvage
laisse-là tes totems
laisse-là tes sorciers
va à l’église
je suis allée à l’église
et ils ont ri

Ils m’ont dit
tu n’es bon à rien
va mourir pour nous
sur les neiges de l’Europe
pour eux j’ai versé mon sang
l’on m’a maudit
et ils ont ri

Alors ma patience excédée
brisant les nœuds de ma lâche résignation
j’ai donné la main aux parias de l’Univers
et ils m’ont dit
désemparés
cachant mal leur terreur panique
meurs tu n’es qu’un traître
meurs…
pourtant je suis une hydre à mille têtes.

Le Devoir cherchent-ils à sonder ou à la manipuler?

Titre original :  Léger Marketing et Le Devoir cherchent-ils à sonder l’opinion publique ou à la manipuler?

Source : Lettre envoyé au Devoir le 13.04.2015 par  Nik Barry Shaw.

Manif-qc-03-27-2015

Christian Bourque, vice-président de Léger Marketing, prétend que le plus récent sondage réalisé par sa firme indique que les Québécois sont «d’accord avec l’objectif global de l’austérité» et même que la fameuse «majorité silencieuse» pousse les libéraux à «faire le ‘sale boulot.’» Or, la lecture des résultats démontre clairement la mauvaise foi de M. Bourque et le manque de rigueur journalistique du Devoir.

 

L’austérité ne passe pas aussi bien auprès de la population québécoise que M. Bourque tente de nous le faire croire. Le sondage – mais pas l’article – révèle que 46% des Québécois sont insatisfaits (contre 43 %) des compressions budgétaires. De plus, 41% se disent insatisfaits (contre 38%) de l’attaque contre les retraites des employés municipaux, et 45% sont insatisfaits (contre seulement 30%) de la relance du Plan Nord. Quant à la «réforme Barrette», la colère de la population est particulièrement marquée, avec 62% de Québécois insatisfaits de la réforme du système de santé et presque deux sur cinq (37%) se disant «très insatisfaits».   Tout cela ne vaut rien, nous explique M. Bourque, car «il est impossible de satisfaire les Québécois avec une réforme de la santé» Ah, bon ? Il est plutôt loufoque de voir M. Bourque expliquer que le problème du ministre Barrette est son «ton» et sa «manière» qui «passent mal», quand on sait que les résultats de son propre sondage montre très clairement que ce sont les politiques d’austérité dans le système de la santé qui «passent mal» Apparemment, quand la majorité silencieuse s’exprime, seuls les «experts» sont en mesure de décoder ce qu’elle dit vraiment.

 

Étrangement, quand Gaétan Barrette (26 %) et François Blais (22 %) récoltent des taux d’appui semblables à celui des étudiants grévistes (24%), on ne nous matraque pas avec un gros titre manipulateur en une du journal que les Québécois «jugent sévèrement» ces Ministres ou qu’ils «condamnent» leurs réformes – eux, ils ont tout simplement un problème de «communications». Deux poids, deux mesures. (Compte tenu de la diabolisation incessante dont ils font actuellement l’objet dans les médias, le taux d’appui de 24 % aux étudiants grévistes est même plutôt impressionnant.)

 

Si la population hésite à appuyer les étudiants en grève, elle semble tout de même d’accord à de nombreux égards sur le fond politique (on pourrait même dire «l’objectif global») de leur lutte. L’approche démagogique de M. Bourque et du Devoir, digne des empires médiatique Gesca / Québecor, ne devrait pas nous faire perdre de vue cette réalité.

 

Nikolas Barry-Shaw

co-auteur de Paved with Good Intentions: Canada’s development NGOs from idealism to imperialism.   Montréal, Québec

 

 

 

Les Québécois condamnent la grève étudiante   (??????) http://www.ledevoir.com/politique/quebec/436957/sondage-leger-le-devoir-les-quebecois-condamnent-la-greve-etudiante

 

Les Québécois condamnent la grève étudiante

Les Québécois jugent sévèrement les étudiants des cégeps et universités qui ont déclenché la grève. Avant même le saccage de l’UQAM par des étudiants masqués, tard …

View on www.ledevoir.com Preview by Yahoo

 

Les ultras riches et vous

ludlow21-300x232

 

RECHERCHE FAITE PAR ROBERT GIL :

Après plusieurs mois de grève dans les mines de Ludlow au Colorado, appartenant 
à Rockefeller, la garde nationale et des nervis payés par les patrons de 
la mine attaquent le camp retranché des mineurs. Une des plus violentes lutte entre les travailleurs et le capital dans l’histoire des États-Unis…

C’était un matin d’avril, un lendemain de Pâques, cette fête que célébraient nombre des immigrés grecs de Ludlow (Colorado). Trois membres de la garde nationale étaient venus ordonner la libération d’un homme prétendument retenu contre son gré. Louis Tikas, le responsable du camp, s’était alors rendu à la gare, distante d’un kilomètre, afin de rencontrer le commandant du détachement. Pendant leur rencontre, deux compagnies installèrent des canons sur une crête dominant le camp de mineurs. Tikas sentit le coup fourré et retourna auprès des siens. Le feu fut déclenché peu après.

La bataille dura toute la journée. Des gardes sans uniforme, payés par les patrons de la mine, vinrent renforcer les miliciens du lieutenant Karl Linderfelt. Alors que le soleil se couchait, le passage d’un train permit à un certain nombre de mineurs de prendre la fuite. Quelques minutes plus tard, la soldatesque s’empara du camp. Louis Tikas fut arrêté en compagnie de deux autres mineurs. Son corps fut retrouvé le long de la ligne de chemin de fer. Il avait été abattu dans le dos. Sa dépouille resta trois jours de suite à la vue de tous, passagers des trains qui circulaient et résidents. Il fallait faire un exemple. Avec le leader syndicaliste, deux femmes, douze enfants, cinq mineurs et syndicalistes et un garde furent tués ce 20 avril 1914 à Ludlow, terme, selon Howard Zinn, de l’une 
des « plus amères et violentes luttes entre les travailleurs et le capital dans l’histoire de ce pays ».

Tout avait commencé en septembre 1913. Les 1 100 mineurs de la Colorado Fuel and Iron Corporation, détenue par la famille Rockefeller, se mirent en grève après le meurtre d’un syndicaliste. Ils ajoutèrent à leurs revendications une augmentation des salaires, la journée de huit heures de travail, la reconnaissance du syndicat et la fin du contrôle total de leur vie par la compagnie, qui en fit aussitôt démonstration, en les expulsant de leurs baraquements. Avec l’aide du Syndicat uni des mineurs (United Mine Workers Union), les grévistes dressèrent alors des tentes sur les collines voisines. Rockefeller embaucha les cerbères de l’agence de « détectives » Baldwin-Felts, spécialisée, tout comme l’agence Pinkerton, dans la répression syndicale. Une première « descente » échoua à briser le mouvement, malgré plusieurs morts dans le camp des grévistes. Le milliardaire Rockefeller se tourna alors vers « notre cher petit cow-boy de gouverneur » qui, ni une ni deux, fit appel à la garde nationale, 
créée en 1903. Les grévistes l’accueillirent avec acclamations et drapeaux au vent. Ils pensaient que la réserve de l’armée des États-Unis était venue pour les protéger… Ils déchantèrent rapidement lorsque les soldats attaquèrent le camp, arrêtèrent des centaines de mineurs et les firent parader, comme des prises de guerre, dans les rues de Trinidad, la ville la plus proche. Le mouvement tint pourtant bon tout l’hiver, jusqu’au 20 avril 1914, où il fut décidé d’en finir avec ces ouvriers rebelles. La réaction au massacre de Ludlow fut immédiate. À Denver, le syndicat des mineurs lança un « appel aux armes ». Trois cents mineurs rescapés s’armèrent et, à Ludlow, coupèrent 
le téléphone et le télégraphe, se préparant à la bataille. Les cheminots refusèrent d’emmener les soldats sur place, tandis qu’à Denver, ce sont des soldats eux-mêmes qui mirent l’arme au pied.

À Trinidad, la colère des mineurs dégénéra. Après les funérailles des victimes du massacre, des mineurs se rendirent dans les mines, firent exploser des puits et tuèrent plusieurs gardes. 
À Denver, le syndicat de l’industrie du tabac vota l’envoi de membres à Ludlow, tandis que des syndiquées de celui du textile se transformèrent en infirmières. L’affaire devint nationale mais un autre événement l’étouffa : le bombardement de la ville mexicaine de Vera Cruz par l’armée américaine. « La ferveur patriotique et l’esprit militariste pouvaient-ils dissimuler la lutte des classes », s’interrogeait Howard Zinn dans son Histoire populaire des États-Unis. La réponse fut, semble-t-il, positive. Au final, des troupes fédérales furent dépêchées à Ludlow sur ordre du président Woodrow Wilson. Faute d’argent, le mouvement de grève périclita en décembre. Il y eut une enquête parlementaire, des milliers de pages de témoignages. Les soldats de la garde nationale, traduits en cour martiale, furent acquittés. Les grévistes furent remplacés par de nouveaux ouvriers. Sur le Vieux Continent, un autre siècle avait déjà commencé dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, un siècle qui fut aussi celui de la reconnaissance des droits des salariés portés par les mineurs de Ludlow.

Ludlow a laissé une trace dans l’histoire, même si les premiers temps consistèrent à ensevelir les victimes 
dans l’oubli. Ayant senti 
le vent du boulet de 
la révolte sociale, Rockefeller accepta plus tard un certain nombre de mesures : représentation syndicale, et non-discrimination 
des syndiqués. Ludlow laissa également 
une trace dans les consciences en devenant, selon la formule d’un historien, « une centralité saisissante dans l’interprétation de l’histoire de notre nation, 
développée par plusieurs penseurs de gauche d’importance du XXe siècle ».

« C’est seulement par le risque de sa vie que l’on conserve la liberté »… Georg Wilhelm Friedrich Hegel

Le salariat, la belle arnaque du capitalisme !

salariat2

MICHEL PEYRET avril 2015
Le salariat, la belle arnaque du capitalisme !

« Les trade-unions, conclut Marx, agissent utilement en tant que centres de résistance aux empiètement du capital. Elles manquent en partie leur but dès qu’elles font un emploi peu judicieux de leur puissance. Elles manquent entièrement leur but dès qu’elles se bornent à une guerre d’escarmouches contre les effets du régime existant, au lieu de travailler en même temps à sa transformation et de se servir de leur force organisée comme d’un levier pour l’émancipation définitive de la classe travailleuse, c’est-à-dire pour l’abolition définitive du salariat. »

L’abolition définitive du salariat, est-ce toujours à l’ordre du jour ? Si oui, pourquoi n’en parle-t-on pas davantage ?

Michel Peyret

Salaires, prix et profits de Karl Marx
29 oct 2013

Salaire, Prix et Profit, c’est un petit bouquin d’à peine 70 pages qui ne paie pas de mine. Et pourtant, c’est dans les grandes lignes de cet essai que Marx esquisse sa théorie de la valeur : toute la valeur vient du travail. Toute ? Toute ; pas un kopeck ne lui échappe. Certes, mais à quoi ça sert ? A démontrer que le salariat, qui ne rémunère que partiellement le travail, ne se distingue du servage et de l’esclavage que par sa forme historique. Comme mode d’exploitation, il est impossible pour un socialiste de prétendre l’améliorer : la seule alternative est son abolition.

On frétille d’avance de savoir comment Marx parvient en quelques pages à vaincre les démons réformistes et les trade-unions à courte-vue. Ce n’est pourtant pas si compliqué…

Sommaire

1/ L’offre et la demande sont une belle arnaque

2/ Le mystère de la valeur

3/Lorsqu’on vend les marchandises à leur valeur, on forme de la plus-value

4/ Le salariat, une belle arnaque du capitalisme

5/Pour conclure…

1/ L’offre et la demande sont une belle arnaque

Tout le monde l’a déjà entendu au moins une fois dans sa vie : la valeur d’une marchandise se détermine par la loi de l’offre et de la demande ; plus une marchandise est réclamée, plus son prix monte ; plus elle est courante, moins elle est chère. Mais que se passe-t-il quand l’offre et la demande s’équilibrent ? Pour Marx, on atteint le « prix naturel » de la marchandise, qui coïncide avec sa valeur. La grande erreur des libéraux est d’avoir confondu le prix, qui fluctue en fonction de l’offre et de la demande, avec la valeur de la marchandise, qui, elle, reste fixe, toutes choses égales par ailleurs. La loi de l’offre et de la demande ne fait qu’expliquer la variation des prix ; pas la valeur des marchandises. « L’offre et la demande ne règlent pas autre chose que les fluctuations momentanées du marché », écrit Marx.

2/ Le mystère de la valeur

MARXQu’en est-il alors de la valeur ? Pour Marx, c’est le grand mystère de l’économie politique. Il existe bien quelques « économistes en retraite » pour expliquer que la valeur est déterminée par le prix des salaires ; mais personne ne sait d’où vient la valeur des salaires eux-mêmes. « L’assertion selon laquelle « les salaires déterminent les prix des marchandises » revient à ceci, « la valeur est déterminée par la valeur », et cette tautologie signifie en fait que nous ne savons rien de la valeur ». Les salaires ne déterminent pas la valeur ; pour cette raison, il serait stupide de considérer que la valeur d’une marchandise est le salaire auquel s’ajoutent des pourcentages de profit et de rente.

Mais alors, d’où vient la valeur si ce n’est des salaires ? Pour cela, « il faut nous demander quelle est la substance sociale commune à toute les marchandises », trouver quelque chose que toutes les marchandises aient en commun et qui permette de les situer les unes par rapport aux autres. Pour Marx, cela ne fait aucun doute : « c’est le travail ». Explication :

Lorsque l’ouvrier travaille une heure pour créer une marchandise, on dira que ce produit cristallise une heure de travail ; et la valeur de cette marchandise sera celle d’une heure de travail. « Naturellement, pour se servir de cette mesure, on ramènera tous les genres de travail au travail moyen », c’est-à-dire qu’on considère la moyenne du taux de productivité dans un contexte social donné. La valeur des marchandises varie ensuite en fonction de l’apparition de nouvelles technologies qui rendent le travail plus productif (et qui permettent plus de production en une heure de travail), ou de difficultés qui rendent le travail moins productif (comme l’appauvrissement des terres, par exemple).

En bref, ce raisonnement permet à Marx d’arriver à énoncer la loi économique suivante :

Les valeurs des marchandises sont directement proportionnelles au temps de travail employé à leur production, et inversement proportionnelles à la force productive du travail employé.
3/Lorsqu’on vend les marchandises à leur valeur, on forme de la plus-value

il est absurde de supposer que le profit (…) provient d’une majoration du prix des marchandises

-Karl Marx

La conversion de la valeur en prix est simplement le procédé par lequel on exprime les valeurs des différents objets comme des quantités variables d’un même travail social. Les objets, en dehors des fluctuations de l’offre et de la demande, se retrouvent donc sur le marché à un prix proche de leur valeur réelle. Aussi, enchaîne Marx –et c’est là tout le nœud du problème- « il est absurde de supposer que le profit (…) provient d’une majoration du prix des marchandises », puisque ces marchandises sont vendues la plupart du temps à des prix proches de leur valeur réelle : « les profits proviennent du fait qu’on vend les marchandises à leur valeur. »

Pour comprendre cela, il faut revenir à la source du problème : le travail. Quand on prend n’importe quelle marchandise, sa valeur équivaut à la quantité totale du travail contenu dedans : par exemple, pour un pull : la quantité de travail nécessaire pour obtenir la matière première + la quantité de travail nécessaire de l’ouvrier qui a assemblé le pull + la quantité de travail nécessaire à construire les machines qui permettent de tisser le pull, divisée par le nombre de pulls qu’elles produisent. Et voilà la valeur totale de mon pull. Et c’est la même chose pour la force de travail : sa valeur équivaut à la valeur que l’ouvrier consomme chaque jour en produits de première nécessité : la valeur totale de sa force de travail est la valeur de ce qu’il mange, de ce qu’il s’habille, voire la valeur qu’il consomme en formation, etc. L’ouvrier ne vend pas son travail au capitaliste : il vend cette force de travail, et c’est la valeur de cette force de travail que le capitaliste lui paie.

Mais admettons que le total de ce que l’ouvrier consomme chaque jour en produits de première nécessité corresponde à 5heures de travail en moyenne (qu’il ait fallu 5 heures par jour pour produire sa nourriture, ses vêtements, etc.). La valeur de la force de travail de l’ouvrier équivaut à celle de ces 5 heures de travail. Le capitaliste lui paiera donc la valeur de ces cinq heures (s’il lui payait moins, l’ouvrier finirait par décéder), mais tout en le faisant travailler dix heures : « La quantité de travail qui limite la valeur de la force de travail de l’ouvrier ne constitue en aucun cas la limite de la quantité de travail que peut exécuter sa force de travail ». Il y a donc cinq heures de « surtravail », non-payées à l’ouvrier, et qui vont représenter la plus-value. « Le taux de la plus-value, toutes circonstances égales d’ailleurs, dépendra du rapport entre la partie de la journée de travail, qui est nécessaire pour renouveler la valeur de la force de travail, et le surtravail ou temps employé en plus pour le capitaliste. »

4/Le salariat, une belle arnaque du captalisme

L’ouvrier a tendance à penser qu’il le prix payé pour sa seule force de travail est le prix général de son travail. Il n’a donc pas l’impression de travailler gratos la moitié de sa journée. « La valeur ou le prix de la force de travail prend l’apparence extérieure du prix ou de la valeur du travail lui-même, bien que, rigoureusement parlant, le terme de valeur ou de prix du travail n’ait aucun sens. » : « à la base du système du salariat, même le travail non payé semble être du travail payé. » La seule différence avec l’esclavage, estime Marx, c’est que l’esclave a l’impression de travailler pour rien, alors qu’on lui assure le renouvellement de sa force de travail, tandis que le salarié à l’impression d’être payé. En réalité, la seule différence avec le serf qui travaillait trois jours sur son champ puis trois jours gratuitement sur le champ de son seigneur, c’est une différence spatio-temporelle : dans une journée de travail, le salarié a travaillé un certain temps payé et un autre temps non-payé.

La plus-value, c’est-à-dire la partie de la valeur totale des marchandises dans laquelle est incorporée le surtravail, le travail non-payé de l’ouvrier, je l’appelle le profit.
-Karl Marx
Pourtant, même quand il n’est plus payé, il continue de « cristalliser » dans la marchandise qu’il produit la valeur de son travail. C’est pourquoi en vendant une marchandise à sa valeur, le capitaliste réalise son profit, puisqu’il ne paie à l’ouvrier qu’une partie de cette valeur. Son profit lui permet ensuite de payer ses intérêts, son loyer : ainsi, rente, profit et intérêt ne s’ajoutent pas aux salaires pour constituer le prix ; ils sont la partie de la valeur non-payée au salarié. « Laplus-value, c’est-à-dire la partie de la valeur totale des marchandises dans laquelle est incorporée le surtravail, letravail non-payé de l’ouvrier, je l’appelle le profit. » A noter que le rapport entre salaires et profit peut varier : plus on paie l’ouvrier au-dessus de la valeur de sa force de travail, moins le capitaliste a de profit à se mettre sous la dent, puisque les marchandises restent en moyenne vendues à leur valeur.

5/Pour conclure…

Marx condamne en fait le principe du syndicat, qui serait simplement d’augmenter les salaires en pensant faire ainsi chuter le taux de profit de patron ; c’est-à-dire d’aménager le salariat afin qu’il soit plus profitable à l’ouvrier. Mais le salariat est la forme d’exploitation du prolétariat : il ne faut pas travailler à son aménagement, mais à son abolition. Laissons la conclusion à Marx lui-même, et à la dernière proposition de son ouvrage :

Les trade-unions agissent utilement en tant que centres de résistance aux empiètement du capital. Elles manquent en partie leur but dès qu’elles font un emploi peu judicieux de leur puissance. Elles manquent entièrement leur but dès qu’elles se bornent à une guerre d’escarmouches contre les effets du régime existant, au lieu de travailler en même temps à sa transformation et de se servir de leur force organisée comme d’un levier pour l’émancipation définitive de la classe travailleuse, c’est-à-dire pour l’abolition définitive du salariat.
Salaires, prix et profits de Karl Marx (libre de droit)

Pour aller plus loins : le texte intégral sur Marxists.org, La fiche du livre chez Smolny, Une synthèse de l’oeuvre chez OCML-VP, une contextualisation chez Révolution Socialiste

Un nouvel auteur se joint à nous

 

 

 

 

 

 

 

Nous avons le privilège d’accueillir ce matin un nouvel auteur, Michel Peyret, qui collaborera hebdomadairement dans la rubrique Les Invités. Il possède une vaste expérience du monde politique, éducatif et militant. Il fut Instituteur, militant communiste en Gironde où il est né, conseiller municipal de Bègles, de Mérignac et de Bordeaux, député de la Gironde en 1986 où il fait partie de la Commission de la Défense l’Assemblée nationale, il participe en 2007 à la rédaction d’un texte-manifeste « Pour les assises du communisme » inspiré des principes de Marx afin de donner le premier rôle aux travailleurs et aux peuples. Il a publié des éditoriaux consacrés aux questions internationales dans le journal ROUGE-MIDI sur Internet. Nous avons hâte de lire ses articles. Bienvenue chez nous, M. Peyret.   Carolle Anne Dessureault, éditrice

Affaires de mœurs de personnalités publiques et cyber-vindicte contemporaine: Haro sur BATIFOLE

Batifole

YSENGRIMUS   Nous nommerons le personnage en cause ici, un homme ou une femme peu importe, BATIFOLE. Et qui donc est BATIFOLE? Vous allez reconnaître la bête bien vite, allez. BATIFOLE, c’est une personnalité publique des arts, du spectacle, du sport professionnel ou de la politique. Il/Elle fait sa petite tambouille sans trompette, son petit spectacle, ses petits millions, jusqu’au jour ou, paf, on le ou la pince en train de BATIFOLER avec une personne autre que celle à laquelle le conformisme hyper-maladif de notre temps l’associe maritalement. BATIFOLE vient de s’empêtrer dans le vieux gluau narcotique et onctueux d’une affaire de mœurs. Cris et hurlements des Tartuffes et des Tartuffettes. Atermoiements de vétille, dans tous les sens. Préjugés et cyber-vindicte en mondovision. On se croirait subitement, en l’espace de quelques clics, revenus, vite fait bien fait, au haut Moyen-âge. Haro sur BATIFOLE. Toute la presse locale et/ou planétaire en parle. BATIFOLE est sur la touche. Rien ne vas plus, pour BATIFOLE. Ses camarillards et camarillardes font des papillotes et des montages douteux de ses photos suspectes. On YouTubardise BATIFOLE tous azimuts. Les médias des pays où ce genre de potinage fait l’objet d’une répression pénale se font déborder sur la bande par les médias, moins jacobins, des états lascifs limitrophes. Y a plus de frontière en BATIFOLE. La blogosphère, ce sempiternel super-télex à rallonge, bourdonne à la tonalité de BATIFOLE. On scrute son passé à la foreuse venimeuse. Chaque éclat vénéneux qui revole alors en flammèches produit une nouvelle cascade de cyber-primeurs. Ses commanditaires, commerciaux ou politiques, fuient ventre à terre et déchirent ses contrats à tous les diables. Rien ne compte plus, pour quelques heures, jours, semaines, mois. L’affaire BATIFOLE pourra s’étaler sur ces quelques jours, quelques semaines ou quelques mois, ce qui n’est pas un tort en soi. Après tout, une information ne tombe pas subitement en obsolescence sous prétexte qu’on en papote depuis soixante-douze heures, sur Twitter, ou ailleurs. Il s’agit de s’informer et de commenter, pas de «scooper». En un mot, BATIFOLE fait «Buzz!» et tout notre petit cyber-monde en vibre. Mais alors, justement, les implicites aux ras des mottes que cela soulève, comme une lie gluante et fétide, montant subitement en cône de tornade quand cela perdure, ouille, ouille, je ne vous dis juste pas. Le fascisme ordinaire cardinal se remet en branle, tout d’un bloc dans le même sens, bourbier de panurge compact et tenace. C’est que nous en sommes là, dans notre univers social post-progressiste. Le retour en force du moralisme de vindicte s’étale partout, poisse tout, noie la cause BATIFOLE de ses flots brunâtres et submerge l’entier de l’univers de BATIFOLE ainsi que ses pourtours divers. Hypocrisie collective sur des millions d’écrans d’ordis et réponses biaiseuses et niaiseuses du troupeau veule. Pourriture des valeurs familiales absurdes sur leur pied de crypto-débauche. Façade. Vide. Mensonge. Fadaise fadasse. Traditionalisme fétide. Conformisme puant. Certitudes intransigeantes, fulgurantes, rigides et roides. Cloaque idéologique empoisonné. Électoralisme creux de suiveux cyniques suivant d’autres suiveux, strictement étroits, ceux-là. Réflexes conditionnés de vindicte jouant au quart de tour. Notre époque pseudo-moderne de faux jetons unidimensionnels vient de s’exprimer en criant de nouveau Haro sur BATIFOLE… Or, en fait, BATIFOLE, tu nous incarnes tous un peu, va…

LE FAIT DIVERS BATIFOLE S’ÉRIGE EN FAIT (TOUT COURT). Voici donc que cette affaire de mœurs de BATIFOLE, subitement, oui, tout le monde en parle. Elle se précipite, se solidifie dans les consciences, devient conséquemment cosmologiquement incontournable. Or, comme dans le cas de toutes ces étoiles blindées de platine et d’or du gratin contemporain, ce qui tuera BATIFOLE ce n’est certainement pas le potinage ad hoc sur ses affaires de mœurs de bric et de broc mais bien son succès commercial ou électoral de masse effectif. Et une célébrité comme BATIFOLE. ne verra pas son succès de masse diminuer abruptement pour une simple histoire de batifolage. BATIFOLE verra son succès de masse descendre graduellement un de ces jours, un bon jour, quand les sensibilités humoristiques, artistiques, sportives, politiques et/ou culturelles de ses contemporains s’altéreront d’elles mêmes, à leur rythme et selon leur logique. Mais, au jour d’aujourd’hui, BATIFOLE est dans la caca mondaine, sinon ethnoculturelle, mais sans plus. Ça va finir par passer, en fait. C’est superficiel, comme disent les esprits métaphysiques… Mais il reste qu’on se polarise bel et bien autour de BATIFOLE quand même, comme si l’entier du sort de la société civile en dépendait subitement. Quelques un(e)s de ses ami(e)s du gratin l’appuient mollement. C’est que BATIFOLE, et les célébrités qui l’épaulent encore dans la tempête s’aiment bien, peut-être. C’est des gens riches et baveux qui s’aiment bien entre eux et qu’on enquiquine jusqu’au trognon dans le giron du nouveau jeu de la pression ordinaire contemporaine et de l’insatiable soif aux scandales… D’autres trèfles télévisuels, pour se faire mousser et profiter de la manne en vogue, chahutent un peu BATIFOLE. Dans la logique paradoxale des clowns télévisuels contemporains, le pantalon qui fait tourner BATIFOLE en bourrique exprime en fait son soutien de BATIFOLE, par ses pantalonnades. C’est un silence opaque de ses pairs qui aurait exprimé une réprobation implicite envers BATIFOLE. Or de silence, point. Parfois, souvent, par-dessus le tas, la ou les personnes parfaitement ordinaires avec lesquelles BATIFOLE batifola sortent passablement plus salies que BATIFOLE même, de toute l’aventure scabreuse en cours. Car ce ou cette partenaire occasionnel(le) de BATIFOLE, qui n’est en rien une victime de BATIFOLE, risque bien de devenir, par contre, une victime directe de la cyber-vindicte planétaire visant et ciblant BATIFOLE. Mettons nous à la place de cette personne non-célèbre, subitement bien éclaboussée, une toute petite minute. Elle doit rager, en ces moments, de voir sa vie privée batifolante claironnée ainsi au tout venant de la goujaterie populacière universelle… On s’en fiche bien, en fait, de cette petite personne là, tant qu’on se divertit, hein. Vraiment puant, ce nouveau pilori-spectacle…

DANS CERTAINS CAS BIEN ATTESTÉS, BATIFOLE FAIT MÊME L’OBJET D’UN CHANTAGE. Au fait, en aparté pour la bonne bouche, ceux qui ont vu la couverture, souvent fort barbante au demeurant, que les français font de certaines des croustillantes histoires de BATIFOLE de notre temps, auront découvert ou redécouvert que nos bons cousins de la mère patrie appellent un maître-chanteur un CORBEAU. Cette fort jolie désignation est en fait une référence cinématographique. Vous me permettrez de l’adopter ici car je trouve cela bien plus imagé dans le minus, le noirâtre et le malodorant que maître-cossin-chanteur-crosse… Un corbeau, donc, cherche ici à faire chanter notre BATIFOLE mais, riche et influent(e), BATIFOLE ne s’en laisse pas montrer par ce charognard minus, qui fait le printemps au Canada en lieu et place des hirondelles. BATIFOLE dénonce frontalement son corbeau aux autorités. Excellent, j’approuve. C’est la seule façon de faire face au chantage. Je pousse alors mon cri de loup dans le tintamarre moral, à mon tour. Mon cri, le voici: J’approuve, j’approuve, j’approuve toute parade de BATIFOLE contre son corbeau. Enfin bon, ceci dit, cet autre épisode contrariant bu et consommé, calmons-nous, ressaisissons-nous maintenant. BATIFOLE et ses idylles occasionnelles ont bien droit à leurs vies privées, comme vous et moi, enfin, quoi! On vire vraiment au voyeurisme sur ces affaires de moeurs du gratin… On régresse au bon vieux temps des petits journaux jaunes, ma parole… Pendant ce temps de susdite régression collective panoramique à laquelle je viens de joindre mon cri de loup, justement, le corbeau plaide non coupable en douce et s’esquive, lui, de la vindicte ouverte. Le sens du geste criminel ou, pour reprendre le mot d’un humoriste américain bien connu, de la “chose terrible”, est vraiment totalement distordu, dans cette civilisation. En effet, BATIFOLE se prend la vindicte en pleine gueule et son corbeau est épargné… Ah, dans ses hauts comme dans ses bas, BATIFOLE est bien voué à le faire tinter, en notes justes comme en fausses notes, le diapason de ladite civilisation aux valeurs torves… Les corbeaux perfides de ce monde utilisent incidemment d’ailleurs fort souvent la cause des femmes pour se graisser cyniquement. Ceci, bien ferme et bien raide, dans les plumes de ceux qui prétendraient que quelque ancienne flamme faisait (in)justement chanter BATIFOLE. Il mérite bel et bien de tauler un moment, ce maître-chanteur là… le vrai corbeau de BATIFOLE, presque toujours un homme… Brûlons-le donc en effigie, rôtissons-le donc, lui, le volatile méconnu, puisqu’il faut tellement faire cramer quelqu’un… Dans toutes ces histoires de chantage d’affaires de mœurs de vedettes foutues batifolesques que leur présent ou leur passé reviennent hanter, ne cherchez pas la femme, cherchez l’homme… Bref, BATIFOLE ne cède pas au chantage, fait face, assume, s’excuse, brûle un cierge, se roule par terre, se fait fesser sur la carrosserie à coup de bâtons de golf, renonce à se porter candidat, perd du pognon à pleins jets, divorce, reconnaît sa progéniture secrète, admet avoir fait le folâtre dans des chiottes d’aéroport, reconnaît avoir fait le folâtre dans les douches du palais gouvernemental, avoue ne pas avoir avoué s’être twitté l’entrejambe pour le bénéfice d’une demi-douzaine de copines frivoles, dit aimer le chanteur populaire, affirme désirer la karatéka, se remémore (amèrement) cette baignade adolescente vieille d’un quart de siècle, se mortifie sur l’agora, braille, démissionne, garde son emploi de justesse, rend ou donne à des oeuvres l’argent de l’enveloppe brune physique ou abstraite, fait une moue contrites sur photos fixes, et la cyber-vindicte de continuer de croître et de se diversifier. Nous en arrivons enfin, fin du fin, à ce qui me captive et m’afflige le plus dans l’affaire de mœurs de BATIFOLE : vous et moi.

SI UN HOMME COMMENTE L’AFFAIRE DE MŒURS DE BATIFOLE. Il le fera dans la paranoïa sexiste sectaire la plus maladive en citant ses «expériences» bidons aux prises avec un lot foutaisier de Mata Hari oniroïdes. Lesdites “expériences” machiques, semi-fictives, semi-fantasmées, invérifiables et érigées en axiomes, de l’anonyme beuglant ses vues fumeuses et chieuses sur l’affaire BATIFOLE sont de bien faibles cadres mentaux pour une compréhension de la réalité en cause ici. On parle pourtant du réel. Bon, on touille du potin malodorant, certes, mais on cherche des faits. Autrement dit, ouste, ouste, les petites vapeurs bati-fofolles à la Arthur Miller… L’analyse machiavélique-machique du topo batifolesque me révulse au possible. La Théorie du Complot des Cœurs m’écoeure. Il y a vraiment des types qui voient toute femme comme une saboteuse, une coureuse de dot ou une voleuse à la tire. Personnellement, je crois encore bien fort à l’innocence et à la spontanéité du geste et du frisson entre deux personnes, y compris en batifole. Si des folliculaires mal avisés n’avait pas voulu y faire leur beurre, on n’en parlerait pas, mais donc pas…. C’est passablement navrant, surtout ce bout là. Mais mon petit macho commentateur nous sert le tout de sa paranoïa misogyne mal réchauffée, en inversant les rôles corbeau/corneille. Il fantasme, au quart de tour, quelque femme arriviste en déshabillé noir qui prend son manche, ou celui de la guitare de BATIFOLE, pour un échelon social. Retardataires, ces fantasmes à la papa font errer mon petit macho sur la susdite question BATIFOLE, si tristement indicative et révélatrice de nos pensées les plus glauques. Tu te plantes l’échelon dans le faux, mon petit macho même pas beau. C’est surtout ça qui est bien triste. Il faudrait que les détracteurs-salisseurs de la personne séductrice et perfide qui fit basculer BATIFOLE me la citent défendant ouvertement l’adultère, ou la double vie, ou l’extorsion, ou le chantage, ou l’arrivisme à scandale, ou la crypto-prostitution ou quoi encore? Je ne pense pas que le mépris fascisant, implicite et tout naturel qu’on cultive de nos jours pour la présomption d’innocence fasse partie de l’évolution légitime de l’humanité… Bondance de mes pieds, BATIFOLE et sa flamme se sont peut-être tout simplement aimés.

SI UNE FEMME COMMENTE L’AFFAIRE DE MŒURS DE BATIFOLE. Révélant son indécrottable fond de potineuse sans envergure, elle poussera imperturbablement ses hauts cris de déesse Némésis de bas calibre. “ Ils se sont peut-être tout simplement aimés, tant que vous voudrez. Cela n’enlève rien au fait que c’est une trahison.” Je ne sais pas, Madame. Vous dites: sa trahison. Je dis: notre intrusion. Avis aux éventuels Monsieur BATIFOLE, cette dame ne voit rien de mal à vous condamner sans la moindre preuve et, ne vous y trompez pas, le «bon droit» implicite est de son bord à elle. “Je ne sais pas si le/la partenaire de BATIFOLE l’a fait dormir sur le sofa cette semaine, mais cet incident a dû jeter un petit froid dans le couple”. Mais pourquoi, pourquoi donc, Madame, postuler compulsivement le mariage bourgeois hystérico-jaloux type au sein du ménage BATIFOLE. Ils sont peut-être en union libre et ouverte, comme au bon vieux temps pur et joyeux de Janis Joplin et de Bobby McGee. Notre héritage de libération sexuelle laisse de plus en plus la libération maritale au bord du chemin… Tous ces aprioris matrimoniaux surannés, ces automatismes rétrogrades que l’on charrie, sans aucune vérification. Un peu de sens relatif, pour faveur… Essayons de bien ranger nos frustrations dans le bon carquois et de les décocher à ceux qui les méritent, sans moins, mais sans plus. Vous prétendez, Madame de Cyber-Vindicte, empocher une hypothèque totalement non fondée sur la nature des ententes maritales de Monsieur et de Madame BATIFOLE et sur la teneur de leur vision de la question, depuis leur toute première rencontre. Je regrette mais aucun des postulats de ce jugement lapidaire n’est fondé. Absolument aucun. “Certaines personnes ont un besoin maladif de charmer et de plaire, qu’il ne faut pas confondre avec un intérêt sincère pour autrui. C’est très superficiel et égoïste que de batifoler.” Ouf, le jugement, maman…Rien ne prouve que ceci s’applique au susdit cas BATIFOLE. Affirmations parfaitement non étayées. Du préjugé pur. Du fantasme hargneux. De la crispation maladivement uniformisante. Des réflexes conformistes incontrôlés et de l’auto-identification empathique vraiment mal appliquée. Tourner le dos si crûment à l’héritage intellectuel du féminisme ne vous a pas très bien servi, ma pauvre.

MES VUES PERSONNELLES SUR LE CAS BATIFOLE ET SUR CE QU’IL NOUS POUSSE IMPLACABLEMENT À RÉVÉLER DE NOUS-MÊMES ET DE LA PETITESSE DE NOTRE TEMPS. Simple, net, lapidaire. Je suis archi-écoeuré que la petite cyber-populace planétaire stupide et étroite utilise ces causes notoires parfaitement bidons pour implicitement-compulsivement dicter aux gens comment ils doivent vivre leur vie privée ou… exprimer leurs idées critiques (incluant leurs cadres moraux, leurs visions du monde, leurs conceptions politiques, leurs options sociales, leurs votes). Les tonnes de faits de la vie ordinaire qu’on pourrait citer ici, en porte-à-faux de tous ces faux scandales de croquignole. On n’a toujours pas le droit d’être homosexuel(le) ou divorcé(e) si on entend travailler dans une école catholique au Canada, mais Haro sur BATIFOLE. Une copine juive ayant fait un contrat de suppléance dans une école catho de Toronto, s’est fait dire, à la fin dudit contrat, qu’elle ne serait tout simplement pas payée, n’étant pas catholique. Et elle ne fut effectivement pas payée pour un travail pourtant fait et bien fait… Sauf que, Au poteau, BATIFOLE. Des trous béants dans la Charte des Droits, des instances qui l’ignorent ouvertement, il y en a un peu partout (le cas de mes têtes de cathos de turcs ici n’en est qu’un entre mille!) et ce, pas juste dans la vie maritale et extra-maritale de ce fantoche foutaisier, de cette poupée anodine de BATIFOLE… Mais… mais… qui s’en soucie, qui en parle? Canada, Terre de Caïn l’Hypocrite, vite, vite, Supplicie BATIFOLE et oublie allègrement le reste. Finalement, 100,000 morts en Irak par notre faute exclusive, 5,000,000 (cinq millions) de morts dans le grands conflit congolais du début du siècle, dans un silence médiatique opaque, et on grelotte dans le froc pour une escapade ou une foucade de BATIFOLE. Cela me répugne au plus haut point. Je me fiche souverainement de BATIFOLE et de ses gratino-congénères foutus dans leur fric et leur gloriole de toc… mais la santé sociologique de la masse compacte et fruste de leurs détracteurs et détracteuses épisodiques me cause, ma foi, bien du dépit.

L’ endettement mondial et la planche à billets

Titre original :  L’ endettement international et l’échappatoire de la planche à billets

Source : Gérard Bad.  Cet article a paru dans le n°144 d’Échanges été 2013 et réédité le 7.04.2015.   http://spartacus1918.canalblog.com/archives/2013/09/07/27969432.html

 planche2

La presse économique ne cesse de se gargariser d’un langage civilisateur au travers de considérations visant à regrouper des pays selon l’importance de leur développement industriel, en réalité de leur dépendance financière et industrielle. Toute une série d’appellations les plus diverses est utilisée afin de laisser entendre que la misère prolétarienne correspond à un manque de développement. Si nous reprenons certaines de ces appellations, comme «tiers monde», «quart monde», «pays en développement», «pays les moins avancés», «nouveaux pays industrialisés», « pays émergents », etc., ce n’est que pour montrer toutes les variantes  visant à masquer l’exploitation tant des  humains que de la nature d’un si généreux humanisme. En Europe nous avons eu les PIGS (1) (Portugal, Irlande, Grèce, Espagne) pour se moquer des pays en cessation de paiement. Quand par exemple on parle des pays en développement (PED), il faudrait plutôt dire pays en voie de dépendance financière (PVDF) – de même pour les nouveaux pays industrialisés (NPI) ou les économies émergentes.

 

Retour sur l’endettement international

 

La dette du tiers monde (2) ou des pays en voie de développement (PVD) est récurrente. Dès 1820, le système capitaliste pénètre dans les pays fraîchement indépendants d’Amérique latine. Les guerres d’indépendances politiques ouvriront la voie à la dépendance financière ; entreront dans le tourbillon de l’endettement des pays comme la Colombie, le Chili, le Pérou, l’Argentine, le Mexique et le Guatemala. Tous vont emprunter sur le marché de Londres. Ce qui est caractéristique, c’est de voir que régulièrement des pays entiers sont sinistrés et ne peuvent plus rembourser leur dette qu’en paupérisant leur population. À ce moment-là les capitaux refluent vers d’autres « eldorados » et reviennent quand la situation commence à s’assainir à grand coup d’austérité. Ni les risques souverains ni les cessations de paiement n’entravent l’expansion du capital qui semble même ainsi se régénérer de crise en crise. Rosa Luxemburg à son époque avait très bien compris comment fonctionnait le système :

 

« Entre 1870 et 1875, écrit-elle, les emprunts furent contractés à Londres pour une valeur de 260 millions de livres sterling, ce qui entraîna immédiatement une croissance rapide des exportations de marchandises anglaises dans les pays d’outre-mer. Bien que ces pays fissent périodiquement faillite, le capital continua à y affluer en masse. À la fin des années 1870, certains pays avaient partiellement ou complètement suspendu le paiement des intérêts : la Turquie, l’Égypte, la Grèce, la Bolivie, le Costa-Rica, l’Équateur, le Honduras, le Mexique, le Paraguay, Saint-Domingue, le Pérou, l’Uruguay, le Venezuela. Cependant, dès la fin des années 1880, la fièvre des prêts aux États d’outre-mer reprenait… » (L’Accumulation du capital, éd. Maspero, p. 95 ; voir aussi page 72.)

 

La dette du tiers monde : 1970-1990

 

À la fin des années 1960, il était visible qu’un processus de modification de la dette du tiers monde allait s’engager. En effet de plus en plus de prêts bancaires privés inonderont le tiers monde. Selon l’OCDE, entre 1970 et 1977, l’endettement extérieur des PED est passé de 72,2 à 244 milliards de dollars. La Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED) (3) indiquera que 72 % des emprunts bancaires provenaient de crédits privés alors que ceux-ci ne représentaient que 51 % de ces emprunts en 1967. Il s’agissait alors de relancer la croissance pour contrer la plus grande dépression suivant la Seconde Guerre mondiale. En effet, le système de financement international, gorgé de capitaux en jachère, ne trouvait plus de débouchés rentables dans les pays dits industrialisés. Dès les années 1970, il y aura une saturation progressive des capacités productives mondiales (4).

 

La dette et le remodelage de la division internationale du travail

 

Une nouvelle tentative de reproduction élargie par l’explosion de prêts internationaux va s’opérer. La fièvre de l’exportation des capitaux s’empare des places financières de Panama, Bahrein, Abu Dhabi, Hong Kong, Singapour… dans le même sillage que celui décrit par Rosa Luxemburg, mais à un niveau supérieur de développement des forces productives. Les intermédiaires financiers exportent leurs capitaux pour que les PVDF et les PMA s’industrialisent en achetant du matériel produit dans les pays du centre, et deviennent dépendants de cette industrialisation exportée et de son mode de consommation. Leur décollage va se faire avec des machines et matériels dernier cri, ce qui relativise beaucoup l’idée que les délocalisations sont essentiellement motivées par le coût du travail.

 

L’industrialisation des PVDF se limite toujours en grande partie à l’industrie manufacturière, le transfert de technologie sera lent, son principal objectif visera le remboursement des dettes :

 

«La Banque mondiale signale en outre qu’au cours des dernières années, la Malaisie, la Colombie, la Turquie et la Thaïlande ont considérablement augmenté leurs exportations de produits manufacturés. Or si l’on compare le tableau des nations auxquelles revient une part importante de la dette envers des sources de financement privées, au tableau des pays qui produisent et exportent des produits manufacturés, on constate qu’il s’agit, sauf exception, des mêmes pays. On peut donc en déduire qu’il existe une relation essentielle entre la dette extérieure et la nouvelle division du travail souhaitée par les grandes banques. » (Samuel Lichtensztejn et José M. Quijano, La Dette des pays sous-développés et le rôle des banques privées internationales, éd. Publisud, 1982).

 

La dette du « tiers monde » révèle qu’il n’était plus possible pour les banques d’accorder des prêts avec comme seul objectif que le tiers monde consomme les productions industrielles des pays de l’OCDE. Le terme de l’échange étant inégal et le coût du matériel importé toujours croissant il était devenu patent que de nombreux pays ne pouvaient plus honorer leur dette, on parla même d’annuler (5) la dette du tiers monde, des PVDF en l’occurrence.

 

La période où les prêts servaient à subventionner les importations touchait à sa fin. Le financement du développement du tiers monde va se muter en financement des déficits. C’est à ce moment qu’un remodelage du paiement de la dette fut basé sur l’exploitation pure et simple des forces productives du tiers monde. Les banques et multinationales y voyaient leurs intérêts, les bourgeoisies compradores aussi en faisant entrer des devises pour payer le service de la dette. L’époque des délocalisations du centre vers la périphérie avait commencé :

 

«D’après les banquiers les plus importants, les pays du centre conserveraient à l’avenir leur monopole sur les industries de haut rendement qui exigent des technologies sophistiquées tandis que les pays du tiers monde les plus avancés se lanceraient dans les industries ou les usines de montages qui requièrent beaucoup de main-d’œuvre. L’axe nord-sud des circuits commerciaux ne serait plus consacré uniquement à l’échange de produits manufacturés contre matières premières ; le commerce de marchandises diversifiées prendrait la première place.» (Samuel Lichtensztejn et José M. Quijano, op. cit.)

 

Aussi dès l’an 2000 les PVDF produisaient près du quart de la production manufacturière mondiale. Alors qu’en 1970 les quatre cinquièmes de la production manufacturière mondiale étaient encore concentrés dans les pays du centre (Europe occidentale, Amérique du Nord, Océanie et Japon).

 

L’impact des chocs pétroliers sur les pays en développement et les pays les moins avancés

 

 

On accorde généralement trop peu d’attention à ce que furent véritablement les chocs pétroliers et leurs conséquences. Nous allons donc résumer la situation en mettant l’accent sur ce qui nous semble essentiel. Pour les PED et PMA (PVDF), l’impact de l’augmentation du prix du brut (+ 400 %) fut dévastatrice, ces pays sans ressources pétrolières significatives ne disposaient pas des devises suffisantes pour acheter les produits dérivés du pétrole (engrais, produits chimiques…). Le concept de «quart monde» comme nouveau classement hiérarchique du capital était né. Le bonheur des uns venait de faire le malheur des autres. Les pays de l’OPEP vont bénéficier, entre 1974 et 1980, d’un excédent de 330 milliards de dollars ; alors que le déficit commercial des pays non pétroliers, « le quart monde », sera de l’ordre de 300 milliards (6).

petrole

Après le choc pétrolier de 1973, le déficit des pays importateurs du tiers monde passe de 36,8 % à 72,7 % en 1977. L’Inde, le Bangladesh et certains pays d’Afrique noire sont dans des situations désastreuses sur le plan économique. C’est au final l’OPEP qui servira de bailleur de fonds pour amortir la douloureuse augmentation du prix du brut. Il faut souligner que c’est par le truchement du FMI et de capitaux saoudiens que l’opération «facilitée pétrolière» va se faire. Elle est censée aider les pays les plus pauvres. Mais le gros des pétrodollars, 120 milliards, sera recyclé par les banques américaines, européennes et japonaises.

Quelques années après, changement de programme : les États-Unis décident la déréglementation de leur marché domestique et développent le concept de «grande bassine» (7) où tous peuvent s’approvisionner en pétrole selon le cours de celui-ci.

 

«Le premier Executive Order signé par Ronald Reagan, en janvier 1981 déréglementait entièrement le marché pétrolier intérieur. L’idée directrice n’était plus la quête de l’indépendance énergétique, mais la minimisation du coût de l’approvisionnement. L’évolution de la dépendance pétrolière serait déterminée par le libre fonctionnement du marché, c’est-à-dire par la libre concurrence entre pétrole domestique et pétrole importé. » (Ramses, éd. Dunod, 2005, p.146).

planche3

 Nous savons tous ce qu’il en est advenu, une instabilité en dents de scie à la hausse, du prix du pétrole. Si durant la période 2000-2003 le prix du baril se stabilise entre 22 et 28 dollars US, suite à un effondrement en 1998 à 10 dollars US, la période 2004-2008 sera celle de l’explosion de la demande ; les prix vont atteindre 100 dollars US le baril avec un pic de 145 USD en 2008. Le baril est actuellement (juillet 2013) à 106,61 USD.

 

1994 : la dette des pays en développement explose de nouveau

 

À la fin de l’année 1994, la dette des PVDF explose de nouveau, elle passe de 840 milliards de dollars US en 1982 à 1 900 milliards d’USD. Ceci correspond à un nouvel afflux de capitaux privés qui se sont investis en Argentine, Chine, Corée du Sud, Indonésie, Malaisie, Mexique, Thaïlande. Tous, sauf la Chine, vont entrer en crise : 1994, troisième crise mexicaine ; 1997-1998, crise dite asiatique, qui touchera l’Indonésie, la Corée du Sud, la Thaïlande, la Malaisie ; 2001-2002 crise en Argentine.

 

La crise de la dette des PVDF n’est au final que celle du capital global et va se manifester par toute une série de dévalorisations financières (8), dont la crise argentine de 2002 mettra en exergue le risque de la dette souveraine. Ces événements seront à la base du revirement de la politique monétaire américaine et son spectaculaire gonflement du déficit. Les États-Unis venaient remplacer les PED ou économie émergente (PVDF) comme pôle débiteur des marchés financiers mondiaux. L’Allemagne de l’Ouest et le Japon prenant la place de l’OPEP comme pourvoyeurs de fonds.

 

Depuis, la crise dite des subprimes (2007-2008) a éclaté aux États-Unis, centre du capitalisme mondial, et s’est étendue à l’échelle internationale. Six années se sont écoulées et malgré des mesures en tout genre la crise est toujours là, et rien ne permet de relancer la machine capitaliste. Pire encore, les peuples constatent que le sauvetage des banques par les États (2007-2009) a engendré la dégradation des finances publiques débouchant sur une crise de dettes souveraines dont ils sont les victimes. Nous voyons des États comme le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, l’Italie prendre le chemin du défaut de paiement de la Grèce.

 

Les gouvernements de gauche comme de droite ne sont en place que pour faire payer leur crise aux peuples. Les plans d’austérité tombent en cascade malgré les autocritiques intéressées du FMI et du G7. Début mai, le Premier ministre portugais annonçait qu’il allait faire de sévères coupes dans les dépenses publiques (9) afin de respecter les engagements budgétaires. Pedro Passos Coelho a annoncé le report de l’âge du départ à la retraite, l’allongement du temps de travail et la réduction du nombre des fonctionnaires. L’Union européenne a aussi ses mingong (mot chinois désignant les migrants de l’intérieur) ; dans des pays comme la Grèce, l’Espagne, le Portugal de nombreux sans-emploi sont contraints à l’émigration : selon une organisation patronale espagnole, plus de 300 000 Espagnols ont quitté le pays depuis 2008. La crise grecque est une aubaine pour l’Allemagne qui a besoin chaque année d’un flux migratoire de 200 000 immigrés ; 30 000 Grecs ont rejoint l’Allemagne entre juin 2011 et juin 2012 et 25 000 Espagnols tous les ans.

 

Dans un monde de suraccumulation de capitaux et de surcapacité industrielle

 

Dans un monde de suraccumulation de capitaux et de surcapacité industrielle, il devient quasiment impossible de poursuivre les rythmes de croissance à la hausse, c’est-à-dire d’être en mesure de poursuivre une accumulation élargie. Les mesures d’austérité qui ont balayé la planète ont bien entendu rétréci le champ d’activité de la demande mondiale au détriment de tel ou tel bloc économique ou de certaines filières industrielles, les surcapacités du secteur automobile le démontrent chaque jour (10). La dernière réunion du G7 (10 et 11 mai 2013 à Londres) a mis en relief certaines contradictions au sein de la finance mondiale. Alors que le FMI et le G20 commencent à faire leur autocritique sur les mesures d’austérité, la convocation d’un G7, par le Royaume-Uni qui en a la présidence, visait à affirmer qu’il fallait maintenir le cap de l’austérité et compter sur les banques centrales pour la relance. Autrement dit, la réunion du G7 avait pour but de contrer l’autocritique du FMI sur les dommages infligés à l’économie par la rigueur trop sévère. Pour les Britanniques la solution réside dans la création monétaire par les banques centrales, c’est-à-dire faire fonctionner la planche à billets et monétiser la dette.

Jouer sur la masse monétaire c’est la base du monétarisme, mais en arriver à créer de la monnaie de singe c’est une échappatoire qui aura des conséquences catastrophiques, comme les dévaluations compétitives l’ont montré. Le participant canadien au G7, Jim Flaherty, pourtant partisan de l’austérité, s’est tout de même interrogé sur les conséquences d’une explosion des masses monétaires : «Je comprends l’intérêt, mais c’est censé rester une mesure temporaire et ne pas devenir un levier permanent sous peine d’en devoir payer les conséquences.» Cependant la boîte de Pandore est de nouveau amplement ouverte au pays du Soleil levant. Le Japon veut doubler sa masse monétaire d’ici fin 2014, ce qui  fait chuter le yen à son plus bas niveau depuis quatre ans (ce qui était le résultat escompté par la Banque du Japon qui dévalue ainsi sa monnaie et sa dette et floue tous ses créanciers. NDLR). De son côté, aux États-Unis, la Fed poursuit ses injections de monnaie dans les circuits monétaires à la cadence de 85 milliards de dollars par mois.

 

La guerre des monnaies revient sur le devant de la scène comme mesure protectionniste. Tous vont finir par dévaluer leur monnaie pour récupérer des parts de marché au détriment des autres. Par exemple, la dévaluation de la monnaie japonaise va redonner un coup de fouet à l’exportation de Toyota, Nissan (11), Honda… au détriment des industries automobiles chinoises, allemandes et coréennes ; mais il ne faudra pas attendre beaucoup de temps pour que les lésés baissent à leur tour la valeur de leur monnaie (flouant ainsi leurs créanciers, les acheteurs des bons du Trésor nationaux. NDLR). Chaque coup de boutoir de ce genre entraîne des restructurations et des licenciements massifs ainsi que l’augmentation de la productivité… (mais un effondrement supplémentaire des marchés déjà anémiés. NDLR). L’Allemagne, dont la croissance se fait à l’export, a immédiatement réagi et considère qu’il y a triche ; les Américains vont dans le même sens que les Allemands et pensent qu’il est déloyal d’être concurrencé par un simple effet de change.

 

«On glisse de la guerre commerciale à la guerre des monnaies, qui peut être alimentée par une surenchère sans fin», déplorent-ils. De fait, si tout le monde se met à faire marcher la planche à billets, le vrai danger devient global (l’intérêt pour les USA c’est quand eux seuls pratiquent cette filouterie. Mais depuis que leur hégémonie est contestée, leurs alliés et concurrents pratiquent la même arnaque financière. NDLR).  Les économistes, les financiers et les banquiers  redoutent la formation de nouvelles bulles financières au-dessus de ces masses de capitaux flottants.

 

En conclusion

 

La doctrine Monroe, du nom du président des États-Unis (4 mars 1817-4 mars 1825) célèbre pour son « l’Amérique aux Américains » suivi de la reconnaissance des nouvelles républiques latino-américaines, ne fut qu’une entreprise visant pour l’Amérique du Nord à chasser l’occupant espagnol. Le wilsonnisme et son « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » (récupérer par les réformistes et les nationalistes opportunistes de gauche. NDLR) poursuivra dans le même sens, les pseudo « indépendances » nationales (strictement formelles) n’étant que le prélude à la pénétration du capital financier mondial dans chaque pays en voie de dépendance financière (PVDF).

 

L’emprunt international est à ce niveau l’expression du capital total (ou global. NDLR), ce capital qui déjà commence à sortir des cadres nationaux sous la forme de l’impérialisme (capital financier). Ce qui est caractéristique c’est que le système semble complètement imperméable aux crises de la dette souveraine, aux risques États.  Comme une vague, le capital financier vient sans cesse se heurter sur la falaise de l’endettement qui s’effondre, puis reprend de l’ardeur. La question qui se pose alors est de savoir pourquoi et jusqu’où un tel système peut tenir.

 

Dans cet article nous avons essayé de montrer comment le capital financier va de crise en crise par un mouvement en spirale, que l’exportation des capitaux n’a rien de progressiste ou d’humaniste, mais ne vise que la reproduction du capital, son élargissement. Quand le profit baisse, le capital fait ses valises et cherche d’autres opportunités (ailleurs). La dette du tiers monde (PVDF) montre bien les diverses étapes ayant au final mené à la crise mondiale. Les chocs pétroliers avaient pour fonction de sauver la monnaie universelle en péril, représentée par le dollar US. La stratégie américaine était que leurs rivaux européens et japonais ainsi que le tiers monde contribuent à supporter une partie de leur crise monétaire et commerciale afin d’éviter l’éclatement du système. Le cartel pétrolier anglo-américain allait utiliser les chocs pétroliers à ces fins.

 

Les États-Unis furent dans un premier temps bénéficiaires de la crise pétrolière qu’ils avaient déclenchée. Ils payent le pétrole un peu plus cher, mais l’Europe et le Japon encore plus ; quant au tiers monde, il n’existe déjà plus, et on parle de quart monde ; un quart monde principalement endetté auprès des banques américaines (en 2013 du moins. NDLR). Fin 1975, les deux tiers des prêts octroyés venaient de banques américaines.

 

Les Américains pensaient qu’ils avaient finalement sauvé le monde d’une catastrophe financière en mettant l’Europe et le Japon à contribution, en procédant à deux dévaluations du dollar pour amortir les chocs pétroliers, faisant ainsi payer les pays de l’OPEP qui devront ensuite essuyer la dette du quart monde, c’est-à-dire les créances américaines sur lui.

 

Les États Unis avaient réussi à améliorer provisoirement leur position concurrentielle sur le marché des produits manufacturés, revalorisé le brut américain (et celui de l’Alaska) tout en remettant le dollar en selle sur le marché des changes. Le cartel des sept sœurs empochait les bénéfices. Cependant l’Europe, le Japon et d’autres pays vont réagir, les uns en créant des sociétés nationales comme l’ENI italienne, les autres, de l’OPEP, cherchant à amortir la facture des dévaluations du dollar.

 

Cette redistribution, à coup de chocs pétroliers et de dévaluations du dollar, va transformer l’OPEP en bailleur de fonds du tiers monde et permettre ainsi aux banques privées de se retirer provisoirement d’un secteur qui ne donne plus les profits espérés (12). C’est la manne financière de l’OPEP qui va hériter des déboires des PED ou PVDF dont la croissance se trouve interrompue du fait de la hausse du prix du pétrole et de la chute du prix des produits primaires agricoles et miniers.

 

Le retournement monétariste de 1979 et la vague libérale qui va suivre vont permettre aux marchés financiers internationaux de submerger tous les systèmes de contrôle et notamment ceux des États sur l’économie. Ce qui veut dire que le capital financier, qui a le marché mondial comme terrain de jeu, poursuit son émancipation des carcans étatiques, via la globalisation financière. La Bourse au grand dam de feu Lénine (13) revient en force et va faire plier les rigidités du capitalisme monopoliste d’État tant à l’Ouest qu’à l’Est. Les capitaux sans rendement suffisant se sont tournés vers les marchés boursiers émergents à haut rendement. Dès 1980 il y aura une accélération des Investissements directs internationaux (IDI). Au début des années 1990, le développement de ce qui fut appelé «la régionalisation boursière» est passé en dix ans de 1 000 milliards de dollars de capitalisation à 2 000 milliards. En 1994 la dette des économies émergentes (PVDF) explosera et va être le signal d’une crise de l’endettement international notamment centré sur l’Amérique latine, chasse gardée des banques américaines.

La dette latino-américaine est vite apparue comme pouvant faire exploser le système financier international, prouvant ainsi que cette dette était celle du capital total. Tout un système de colmatage, de plan Brady et autres ne feront que reculer les échéances : la Citicorp (14) est contrainte de provisionner pour créance douteuse ce que d’autres banques ne peuvent pas faire. Le système financier international entrera finalement dans la tourmente avec la crise des subprimes et mijote depuis dans les bassines de l’Union européenne confrontée elle aussi non seulement à la dette publique, mais encore au risque État. Actuellement les spéculateurs misent sur le pétrole, espérant une reprise de l’économie mondiale en 2014, comme ils espéraient auparavant une poussée indéfinie des cours de l’or.

 

Rien de tout cela ne sera au rendez-vous ; même le FMI en doute. Par contre les surcapacités, les dépenses publiques vont se poursuivre et l’inflation va commencer à s’étendre.

 

______________

 

Bibliographie : Ramses, éd. Dunod, 2005 ; Jean-Marie Chevalier, Le Nouvel Enjeu pétrolier, éd. Calmann-Lévy, 1973 ; Samuel Lichtensztejn et José M. Quijano, La Dette des pays sous-développés et le rôle des banques privées internationales, éd. Publisud, 1982 ; Pascal Arnaud, La Dette du tiers monde, éd. La Découverte, 1984 ; Jacques Adda, La Mondialisation de l’économie, éd. La Découverte, 2012.

 

NOTES

 

(1) En anglais PIGS correspond au français porc, et le S à Spain (Espagne).

(2) L’expression « tiers monde » date du 14 août 1952, sous la plume d’Alfred Sauvy dans L’Observateur politique économique et littéraire, en référence aux deux blocs d’alors, mais aussi au Tiers Etat de la révolution française : « Car enfin ce tiers monde ignoré, exploité, méprisé comme le tiers état, veut lui aussi, être quelque chose ».

(3) Créée en 1964, la CNUCED a pour objectif d’intégrer les pays en développement dans l´économie mondiale de façon à favoriser leur essor.

(4) Le taux de chômage commençait son ascension : entre mi-1973 et mi-1975 il passe de 5 % à 9 % aux Etats Unis et de 2,5 % à 5 % dans la CEE.

(5) Quand on parle d’annulation de la dette, il s’agit surtout de réduction des dettes publiques contractées auprès d’Etats et organismes internationaux officiels. Pour la dette privée, pour un pays devenant insolvable, il y a peu de recours de la part des créanciers. D’où un marché gris où ces créances se revendent, au titre de junk bonds (obligations pourries), avec une forte décote (effets de la notation de la dette et de la prime de risque sur les taux d’emprunt).

(6) Pascal Arnaud, La Dette du tiers monde, éd. La Découverte, 1984, p 47.

(7) La formule « one great poll » est de Morris Adelman, professeur au MIT, un des principaux experts du marché pétrolier.

(8) Voir a ce sujet l’article « Crise, la fin des rafistolages » dans Echanges n° 138, p.48.

(9) Pour trouver 4,8 milliards d’euros d’ici à 2015, le gouvernement portugais veut supprimer 30 000 postes de fonctionnaires et porter l’âge du départ à la retraite à 66 ans. Le projet de budget 2013 augmente les impôts sur le revenu de 30 % en moyenne.

(10) La conséquence directe de ce marasme, c’est la sous-utilisation des usines en Europe. Dans le secteur automobile, sur cent sites de production, 58 % perdent de l’argent car ils n’utilisent pas pleinement leurs capacités. « La sous-utilisation des usines européennes a atteint un niveau critique, et les réductions de capacité annoncées à ce jour seront très probablement insuffisantes pour pallier la situation, indique Laurent Petizon, directeur général d’Alix Partner’s. Pour ajuster la production aux faibles volumes de ventes anticipés pour les années à venir, il conviendrait de réduire les capacités de 3 millions d’unités. Ce chiffre équivaut à la fermeture de dix usines de la taille du site PSA de Sochaux (316 700 voitures produites en 2012). L’étude révèle que la sous-utilisation des sites touche particulièrement la France, où 62 % des usines perdent de l’argent. » (L’Usine nouvelle [usinenouvelle.com], rendant compte d’une étude du cabinet de conseil Alix Partner’s, selon laquelle le marché automobile restera durablement déprimé, avec des surcapacités de production toujours plus criantes.)

(11) Carlos Ghosn, notamment, président de Nissan, déplore depuis de nombreux mois la vigueur du yen, « qui entrave la compétitivité des groupes japonais ».

(12) De 1978 à 1982, la dette des pays non pétroliers passe de 336 à 612 milliards de dollars et les banques vont limiter leur prêts. (Pascal Arnaud, op. cit., p73).

(13) Lénine : « En d’autres termes, l’ancien capitalisme, le capitalisme de la libre concurrence, avec ce régulateur absolument indispensable qu’était pour lui la Bourse, disparaît à jamais. Un nouveau capitalisme lui succède, qui comporte des éléments manifestes de transition, une sorte de mélange entre libre concurrence et monopole. » (L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme.)

(14) En avril 1998, Citicorp va fusionner avec Traveler Group pour devenir Citigroup.

 

 

Minuit moins une

Dave Proffer : Great Lavra boat house – sept 2005. (CC BY 2.0)

ALLAN E. BERGER

 

« Honneur à ceux qui ne baissent pas les yeux devant leur destin »
(Clémenceau)

I

« Fais attention, la couverture ne tient plus. » Le muezzin ouvrit le coffre et en sortit un livre, un gros pavé de l’épaisseur d’un dictionnaire, qui commença, fort à propos, par s’échapper de sa couverture. Le mufti le rattrapa. « Je vois, dit-il. J’ai apporté une écharpe pour l’enrouler. »

C’était un coran splendide, une pure merveille. Reliés dans un véritable carton toilé de vert scarabée, les cahiers semblaient faits d’une matière naturelle ; peut-être bien du papier. Une édition ancienne, visiblement, bilingue arabe-anglais, du canon d’Al-Azhar.

« Et regarde, reprit le muezzin, les encres ne bavent pas !

― Remarquable, chuchota le mufti, qui caressait les pages. Remarquable…

― Eh bien voilà… Tu ne veux pas passer la nuit ici ?

― Et pourquoi tu ne deviens pas imam ? Comme ça le coran resterait ici…

― Parce que je ne sais lire ni l’arabe, ni l’anglais. Et personne en ville n’ose prendre la place du mort ; c’est assez compréhensible… »

L’ancien imam s’était fait descendre par les Frères. Depuis, personne n’avait eu envie de mourir en se portant volontaire. Un imam “correct” arriverait sous peu, désigné par les envahisseurs qui avaient leur propre coran, une version dite “de combat”, expurgée de toute traduction mollassonne, pure comme l’acier. Ce livre-ci, s’il restait dans la mosquée, serait brûlé.

« Et j’aurai des ennuis, ajouta le muezzin. Déjà que c’est moi qui chante…

― Comment ça ? Tu chantes vraiment ? Avec la voix et tout ?

― Cinq fois par jour, je monte là-haut (il désigna du doigt quelque chose au-dessus du plafond voûté) et j’appelle. Que les gens viennent ou pas, j’appelle. J’espère pouvoir continuer à le faire quand leur imam correct sera ici ; ce sera ma manière à moi de résister. » Là, il rêvait debout.

Il se mit à gueuler dans la cave : « Allāhu ākbar ! Allāhu ākbar ! Aaa !…

― D’accord ! D’accord ! Stop ! cria le mufti épouvanté. Dites donc, les oreilles vont lui tomber dans le cou, au “correct” ! et tu auras la paix, je le prédis… Bon, je dois m’en aller. Je te remercie d’avoir appelé… Tu as appelé où, au fait ?

― Casablanca. C’est le seul numéro que j’avais ! »

Le vieux mufti médita quelques secondes sur la vie moderne. Le muezzin, depuis une ville perdue au nord-est de l’Anatolie, avait contacté les services centraux de Casa au Maroc : quarante-cinq degrés de planète à traverser. Puis demi-tour : la demande avait été transmise à Beyrouth, encore quarante-cinq degrés. Des heures plus tard, Beyrouth avait contacté le muezzin sur son portable : « On vous envoie quelqu’un » et voilà, il était venu.

« Ce n’était pas difficile, dit le muezzin en regardant ses pieds, on a une station montante derrière la gare routière. Enfin… plus exactement : on avait… Elle a sauté il y a deux jours, boum ! avec le cybercafé. Terrible ! Le gérant est mort avec sa famille. De toute façon, plus personne n’y allait… Pas fous.

― Oui alors c’est terrible, mais c’est assez fréquent… Symptomatique, en somme. Ils se rapprochent. Bon, allez, je m’en vais. Je suis parti » décida le mufti, que ces horreurs rendaient pétochard. Ce livre lui brûlait les mains. Si jamais les Frères l’interceptaient et découvraient ce qu’il transportait, il était bon pour le fossé.

Il fourra le coran dans son sac à dos, bien emmailloté dans son écharpe, et partit à la recherche de ses chaussures. Il y avait un car pour Ankara qui partait à vingt-trois heures, arrivée seize heures plus tard à la gare du 19 Mai. Moins il restait ici, moins il risquait de se faire remarquer.

« Tu ne veux pas un petit café ?

― Non.

― Du thé alors ?

― Non.

― De l’eau !

― Non…

― Je te raccompagne aux cars !

― Surtout pas ! On ne s’est jamais vu, comprends-tu ? Où est la sortie ?

― Ici… Attend, j’ai des gâteaux. Je reviens de suite.

― Mais…

― Ne me refuse pas, patron. Deux secondes.

― Tu devrais apprendre à lire ! » cria le mufti aux fesses de l’autre. Ce type avait du cran. Dommage qu’il se cantonnât au rôle de muezzin. Il revenait déjà.

« Les gâteaux… Voilà, je suis content ; quelqu’un est venu, le livre est sauvé. Et puis, moi, apprendre à lire ? Non non non, c’est beaucoup trop tard.

― Merci. Maintenant, je fuis, je me fais ombre, personne ne me voit. Adieu !

― Merci !

― Merci ! »

II

Depuis cinquante ans, Dieu se retirait manifestement du monde, et avec fracas. La preuve en était donnée, pour qui avait des yeux, par tous ces corans qui ne trouvaient plus de lecteurs et que l’on rapatriait en zone calme, cependant que les envahisseurs gagnaient du terrain partout, avec leur saleté de bouquin expurgé, avec leurs bombes, leurs armes, leurs Frères, leurs infernaux drapeau noirs ou verts.

Depuis cinquante ans, la guerre faisait rage depuis l’Iran jusqu’au Maroc, depuis le Kazakhstan jusqu’en Autriche. On l’appelait la “guerre grise”. Les Russes, les Syriens, Israël, l’Iran, le Golfe, la Somalie, l’Égypte, l’Algérie, l’Ukraine, la Turquie, la Bulgarie. L’OTAN. Donc les USA. Et l’Europe, entraînée dans le tourbillon.

Des attentats, des villages rasés, une guerre civile continuelle à l’échelle de deux continents. Des avions qui s’écrasent, des trains qui sautent, des minarets qui s’envolent, des missiles qui tombent. Une pluie grise de cendres et d’acier pulvérisé, des averses de béton concassé.
Dieu se retire, et la nuit vient.

Dieu se retire. En l’espèce, des corans anciens, des vieilles bibles coptes, des rouleaux juifs, récupérés parfois in extremis par des sauveteurs en robe ou en soutane, voire en bleu de travail, tandis que le territoire des combats s’étendait, mâchonnant petit à petit le monde des humains.

Tout ces ouvrages finissaient sur le mont Athos, à la Grande Laure, dans le vaste Œkoumenicon de Saint-Athanase, dont le linteau d’entrée portait cet extrait de Jean, 17 : « Afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi » en trois langues : le russe, l’anglais, l’arabe, en plus du grec ancien.

Se tenait là un extraordinaire amas de chercheurs, intellectuels, religieux de toutes confessions, avec même des femmes, prêtresses d’Afrique ou d’Europe occidentale, qui avaient leur propre étage toutefois. Mais le réfectoire, les cafétérias et les salles de méditation étaient mixtes. Scandale ! Afin de sauvegarder la pureté de ses mœurs, la République de l’Athos – une sorte de théocratie en territoire grec – avait enkysté le vieux monastère, qu’un double mur de béton isolait désormais du reste de la péninsule, avec chiens, robots et crucifix conjuratoires de douze mètres de haut.

Le vieux mufti était crevé de fatigue, de tristesse, de faim, d’ennui ; chaque coran exfiltré avait été une défaite de l’esprit, et il en avait sauvé cent-douze. Combien de nuits exténuantes à être bringuebalé dans de mauvais cars, sur les routes de Cappadoce, du Liban, d’Irak ou de Jordanie ? À Ankara, il avait appris qu’il n’y aurait pas de trains pour Istanbul : la ligne était coupée. Il avait trouvé un camion qui transportait des sacs de ciment, plus douze cages de poulets et dix valises appartenant à deux passagers Azéris. Il fit le troisième, pour deux cents euros payables à l’arrivée à Florya-sud, devant l’ancien aéroport civil transformé en centre de transit pour l’Europe, un cube immense où grouillait jour et nuit une masse considérable d’humanité à la recherche d’un asile contre la folie.

Il passa huit heures à piétiner au milieu de la foule, dans les cris et les hurlements des vendeurs de nourriture qui faisaient comme une haie vociférante de bras tendus au bout desquels s’agitaient des billets, des sachets de plastique qui contenaient quelques glaçons barbotant dans un liquide trouble, des moitiés de citron, des figues. Le sol était jonché de papiers et de crottes étalées ; on clapotait dans le sang, l’urine et le vomi.

Tous les cent mètres, sur une estrade avec parasol, se tenait un soldat avec un chien de combat.

Les guichets se rapprochaient peu à peu, jusqu’au moment où le mufti put enfin souffler à l’ombre d’un auvent, pendant les trois minutes que dura sa fouille.
L’extraction du coran lui coûta encore cinquante euros de bakchich, le tarif habituel. La navette jusqu’à la frontière : dix euros ; le ticket de siège : cinq. Une ultime bouteille d’Évian pour ne pas tomber raide cuit pendant le trajet : trois, mais c’était une 50cl premium, qu’il s’empressa de vider avant l’embarquement, après quoi il ne sut quoi faire de l’emballage.

Trente-sept heures après avoir quitté le muezzin, il se présentait enfin au check-point de Feres, à la frontière entre la Grèce et la Turquie, entre l’Europe et l’Asie. Il avait dormi – très mal – six heures en tout et pour tout, et sa patience était à bout. Pour passer le temps, il se récitait des sourates entières, les yeux clos, le visage fermé et triste. On aurait dit un Christ à la descente de croix. Debout titubant dans une file, il avançait, traînant son sac à dos sur le goudron brûlant, immergé dans ce bruit de mer que font des milliers de gens las dans un hangar, qui attendent que des portes s’ouvrent, et se taisent.

Alors, au bout d’une éternité, les portes s’ouvrirent.

Tout de suite, le vacarme. Les huit files dans le hangar se mirent à pousser très fort tandis que montaient les cris, les supplications. Les chiens se mirent à aboyer, des soldats hurlèrent, les gens se pressèrent contre les barrières, les files se transformèrent en serpents ondulants dont la tête, écrasée contre le fond, s’étalait, hérissée de membres qui brandissaient des sacs, des valises, des bébés, et les visas, les précieux visas.

Tout au bout, au cœur même du boucan, se tenait un fonctionnaire immobile et serein, entouré de gros bras qui jouaient du tonfa sur les têtes des immigrants. À cet endroit, chaque file se scindait en deux : à droite, les recalés, qui filaient entre deux haies de flics habillés de noir et d’argent ; à gauche, ceux qui auraient le droit de montrer patte blanche. Ceux-là s’enfonçaient dans un tunnel ouvrant sur une immense place en béton.

Personne ne savait en vertu de quels critères on finissait à droite ou à gauche, avoir des papiers n’étant même pas utile à ce stade du tri. Une question de faciès, et d’âge aussi, semblait-il.

À l’extérieur, un village entier se collait aux barbelés : c’étaient des passeurs, qui, par des souterrains, des poubelles, des égouts, ramenaient leurs clients en amont du hangar, pour un nouvel essai. Ces choses-là étaient tolérées : après tout, l’on était encore, de ce côté-ci, en Turquie, où l’on sait être un peu humain, tandis qu’en Europe, de deux choses l’une : soit l’on est corruptible, soit on ne l’est pas du tout.

Quand vint son tour, le vieil homme jeta sa bouteille vide dans une poubelle, signe qu’il était civilisé ; il leva les bras en l’air pour la fouille corporelle sans qu’on eût à le lui demander, signe qu’il était un habitué ; il ne regarda jamais personne dans les yeux, qu’il tint fixés sur la poitrine du fonctionnaire, et surtout, il s’abstint de supplier ou de baragouiner des bobards. Le type du pré-filtrage était dans un bon moment, il laissa passer ce mufti si poli, lequel inclina la tête en remerciement et fila vers la douane, au bout du tunnel, tirant son sac.

Dehors, la clarté des projecteurs tirait des ombres triples au pied des gens ; le soleil se cachait derrière une couche de nuages ventrue et plissée, d’un violet d’ecchymose, et il bruinait. Sous un dais trônaient trois fonctionnaires de l’Immigration et deux douaniers : fouille des sacs, détection de métaux et d’explosifs, inspection minutieuse des papiers, du carnet sanitaire, des tampons ; recherche de drogue, interrogatoire en anglais. Le halètement des chiens faisait une basse rythmée au claquement des questions. Le mufti n’aimait pas ces bêtes, des rottweilers à l’haleine chaude qui voyaient en tout être de la viande sur pied, et n’obéissaient qu’aux robots.

Partout des soldats, dans ces treillis à motif béton qui étaient le signe distinctif de ce siècle où les armées combattent dans les espaces suburbains. Sur sa gauche, il vit un groupe de gens accroupis, entourés de flics, les mains sur la tête. Un sergent hurlait et gesticulait, marchant à grand pas devant les prisonniers, brandissant une photo porno format A3, où l’on voyait une Levantine se faire violer par des Aryens. Le message était assez clair. Les hommes, par terre, détournaient le regard avec un profond dégoût mêlé d’humiliation. Une haine brûlante roulait derrière les visages. « Voilà un des nombreux endroits où l’Europe forme les terroristes, murmura l’homme qui suivait le mufti. Ceux-là sont bons pour le camp ; et quand on les relâchera, ils seront des loups… C’est quand même des sacrés connards, ces cognes…

― Aha » répondit le vieillard, sans se mouiller. On ne sait jamais à qui…

À cet instant, le ciel fut déchiré par l’irruption de quatre chasseurs en formation, des Hueng kasakhs, reconnaissables à leurs deux réacteurs situés bas sous l’empennage. Ils virèrent au sud-ouest au-dessus de la vallée et disparurent dans un grondement volcanique qui roula longtemps parmi les montagnes. Puis il y eut, dans cette direction, des éclairs jaunes et bleus, stroboscopiques. Les chasseurs revinrent, passant au sud de Fares. Ils n’étaient plus que deux, qui lâchaient des artifices éblouissants dans leur sillage. Ils étaient suivis à deux secondes par de petites flèches grises. Tout ce joli monde disparut vers le golfe de Saros. Il n’y avait rien à comprendre.

La douane enfin franchie, le vieux mufti commença à respirer. Il s’avança vers le terminal des taxis, cherchant son portefeuille dans sa poche ventrale. Il y avait six files de voitures. Il se mit dans la queue pour Thessalonique. C’était la plus chargée, et pourtant ce n’était pas la plus bruyante ; une petite foule de braillards allait et refluait autour de l’accès à la file pour Plovdiv ; des soldats accoururent, préparant leurs matraques. Une espèce de géant blond roux à la barbe de pirate, venu d’une autre file, se mit en devoir de traverser celle-ci à grands coups de poings ; il hurlait plus fort que tout le monde, envoyait valser les importuns, bousillant des valises, éventrant des sacs. Derrière lui vint un cheval blanc, dont la peau, sur le flanc droit, pendait, laissant voir la chair sanguinolente. Le silence se fit sur son passage.

Cette apparition fut comme un grand mystère. Le vieux mufti, qui voyait partout des signes, et comprenait que Dieu, par le truchement du monde, lui chuchotait des choses, prit cette vision pour un avertissement ; il en conclut qu’il allait mourir.

Du reste, il le sentait venir depuis longtemps. Avec ça, son bagage était vite fait : trois lignes dans une liste, et encore, bien petites. Lui-même était remplaçable. Ceci lui conférait un inestimable sentiment de liberté. La seule chose qu’il devait finir absolument était d’apporter ce coran vert-scarabée à l’Œkoumenicon ; après quoi, il pourrait se laisser aller. Il en avait plus qu’assez. Regardant en lui-même, il se rendit compte que, depuis au moins deux semaines, il ne tenait plus que par la force de sa volonté, et celle-ci commençait à faillir.

III

Le taxi était un monospace Mercedes qui avait dû faire trois guerres  ; quatre places étaient prises, et le bagage débordait sur le toit comme une vilaine hernie. Le vieil homme s’insinua dans le cockpit après avoir marchandé un siège pour Iraklitsa. Après lui vint une grosse dame arménienne avec un ventilateur à piles. Tous deux passèrent le voyage à se sourire, à grignoter des raisins secs, et à s’envoyer des courants d’air dans le cou. C’était mignon tout plein. Il n’avait plus été aussi espiègle depuis sa petite enfance. Il mettait cette humeur fleurie sur le compte de sa fin prochaine. En somme, il s’éloignait, et se prenait au sérieux encore moins que d’habitude.

Arrivé au port, il apprit qu’il n’y aurait pas de bateau pour l’Athos avant le lendemain neuf heures. Il trouva un banc près de la jetée, mit le coran sous sa robe, le sac sous sa tête, et s’endormit jusqu’à trois heures du matin, heure à laquelle sa vessie le réveilla pour la première fois depuis Ankara. Lui qui pissait d’ordinaire six à huit fois par jour, il comprit qu’il était déshydraté. Après avoir arrosé un buisson, il voulut boire, mais tout était fermé, et il ne vit de fontaine nulle part. Il attendit le matin assis sur son banc, à voir dans la nuit défiler des sourates et des gens du passé.

Le bateau fut à quai à huit heures. Le mufti monta, prit un café-loukoum, acheta un paquet de cigarettes pour la première fois depuis quinze ans, en alluma une, manqua s’étouffer, et sentit son cœur s’emballer d’une manière qui l’effraya. Vite, il jeta la clope par dessus bord, comme si par ce geste la mort allait hésiter et attendre encore un peu. Le bateau, qui redémarrait son moteur juste à ce moment-là, éructa un affreux nuage de fumée noire dans l’air calme du petit matin, produisant un terrible bruit de ferraille qui tousse et crache ses boyaux, typique du ferry au réveil dans la Méditerranée orientale. Le vieux mufti écouta les efforts de la machine avec une compassion significative : quand les vieillards, de chair ou d’acier, s’engagent dans une nouvelle mission, c’est toute une affaire, d’abord, pour les mettre en branle. Des moines montèrent, noirs fantômes aux longues barbes, l’oreille collée à leur téléphone. En s’asseyant, l’un d’eux renversa un sac plein de crucifix qui se dispersèrent sous les sièges.

IV

« Cette vie n’est pas vraiment une plaine, songeait le mufti. Pourtant j’ai l’impression d’avoir couru tout du long… Il y a deux jours, j’avais vingt ans ! » Le chemin était raide. Le soleil tapait dur, la sueur giclait en cascades, les souvenirs remontaient à la surface en foules pressées.

Il avait débarqué vers midi à Nea Roda. L’Athanase, une petite navette fonctionnant au Diesel, était venu le chercher, et l’avait laissé au port du monastère. Il avait regardé en l’air, envisagé la pente et les murailles au loin dans le ciel, soupiré et soulevé le pied gauche pour le reposer un petit peu plus haut que le pied droit, lequel ne savait pas encore ce qui l’attendait. Une heure plus tard, brûlant de chaleur et près de tourner de l’œil, il s’affalait à l’accueil de l’hôtellerie, et n’arrivait plus même à bouger un bras.

Il resta là à refroidir pendant vingt bonnes minutes, puis un moine l’aida à monter les escaliers – monter encore – jusqu’à sa chambre dont la petite fenêtre irradiait de chaleur. Incapable de faire autre chose, il s’écroula tout habillé, dormit jusqu’au lendemain, ratant les offices, et se fit bouffer par les moustiques.

Le dernier matin de son existence, le vieux mufti, qui n’avait plus mangé correctement depuis Ankara, entreprit, au réfectoire, de faire du scandale. Il demanda trois fois du gruau et vida quatre verres de jus d’orange. On n’avait jamais vu ça. On ne le verrait plus. Ce matin, tout ce qu’il faisait serait unique.

Il descendit à la bibliothèque, qu’on avait déménagée dans la montagne, à vingt mètres sous le cloître, pour y conserver les trésors à l’abri des flammes et des attentats. Au troisième sous-sol, il franchit le sas du département de l’Islam, extirpa son coran, le démaillota, et le claqua d’un grand coup sur le comptoir de l’accueil, faisant sursauter le moine qui pianotait derrière.

« Turquie ! beugla-t-il. Refahiye, extraction d’un coran édité en… bougez pas, 1442 de l’Hégire, bilingue anglais-arabe, dos à refaire, couverture à recoller, quelques rousseurs, huit cent douze pages… Vous notez un peu, là ? Non… Qu’est-ce que c’est que ça ?

― C’est tout nouveau ! Vous remplissez cette fiche. Voici un feutre, et là-bas il y a un siège et même une table. À tout à l’heure. »

Le département de l’Islam, et avec lui, ceux de la Chrétienté Orientale et des Études Juives d’Europe Centrale, sans oublier les salles dédiées au monastère lui-même, occupaient quatre vastes niveaux dans la roche. En plus des espaces de lecture, il y avait, pour chaque département, une cafétéria, et une salle de méditation éclairée par une longue paroi-écran qui projetait une image de la mer prise depuis les toits. Lorsque le soir venait, la Méditerranée y devenait d’un bleu éteint, métallique. Les nuages s’embrasaient. Les chercheurs, les moines et les muftis qui passaient là-devant, ombres chinoises sur des fonds incendiés, s’arrêtaient pour contempler la beauté du monde en danger. Et le matin, c’était une splendeur grandiose.

Depuis cinquante ans, la Grande Laure recueillait les plus précieux documents des religions monothéistes, les escamotant sous le nez des armées, des milices, des factions de tout poil. Comme un grand organisme dans lequel le sang refluait vers le cœur, le réseau œcuménique du Livre récupérait les ouvrages les plus magnifiques, quitte à les voler dans les musées, d’ailleurs, quand le danger se faisait pressant. La nuit venait, sombre, qui verrait les extrémistes s’affronter, et tomber sur les modérés. Il convenait de ne pas bêtement s’offrir en pâture, et de retirer les billes qui pouvaient l’être.

Dans la mesure du possible, des copies de piètre qualité étaient laissées sur place, en de nombreux exemplaires, en échange des originaux.

Le cas de la mosquée de Refahiye, cependant, montrait qu’il n’en était pas toujours ainsi. Le mufti n’avait rien laissé derrière lui, puisque, de toute manière, les Frères apporteraient leur propre coran – leur sinistre coran de combat – lorsqu’ils investiraient la ville. Ceci arrivait de plus en plus souvent. Le mufti en avait terminé.

« Voilà. Et maintenant, je vous laisse, mon ami. Ah oui, je note le numéro de dossier… Sinon, savez-vous qui est ici, à cette heure ?

― Il y a un moine blanc dont je ne me rappelle plus le nom, il y a… voyons voir, le Père Bartholomée, et le recteur de la mosquée de Bethléem. Et aussi, la Mère Maria Venizelou… Mon Père ? Eh ! Oh ? Ça ne va pas ? »

Se faire appeler « mon Père » par un moine orthodoxe grec en charge de l’accueil au département de l’Islam n’était pas une chose courante. Il fallait vraiment venir ici pour entendre des trucs pareils. Ceci dit, le mufti ne se sentait pas d’humeur à relever le bon mot, il blêmissait à grande vitesse, tremblotait et commençait à baver. L’autre gicla de derrière son bureau, empoigna le frêle bonhomme comme on fait d’un polochon, et le convoya à grand pas jusqu’en salle de méditation où il l’allongea sur une banquette face à la mer, un coussin sous la tête. Alors seulement il bippa un infirmier, et partit chercher du monde en salle de lecture, dérapant dans les virages.

Il revint avec la Mère Maria et un missionnaire, dans une grande envolée de robes et de soutanes. Le vieux petit mufti fit signe à la Mère de s’approcher, et lui chuchota sa demande : dans la poche de poitrine, un mini-coran. Au signet, si elle pouvait lire le numéro indiqué… merci.
D’autres gens s’approchèrent. Le moine de l’accueil les fit s’écarter, pour que le vieil homme pût voir, sur la paroi, la mer et les nuages. Dans le silence, seulement dérangé par le grincement des semelles sur le parquet ciré, on entendit la voix claire qui récitait :

« Or, Nous lançons sur le Vain, d’un jet, le Vrai qui le meurtrit. Et le Vain s’étiole. »

« C’est tout ce que je vous souhaite », chuchota le mufti, puis il rendit l’âme. Maria Venizelou se signa et referma le livre.

FIN

Loi « post-charlie » sur le renseignement : troquer sa liberté contre plus de sécurité

CHIEN GUEVARA :

Peu après les attentats du 11 septembre 2001, l’administration Bush a fait passer en force le PatriotAct, consacrant des pouvoirs que peu avaient compris, sans vrai débat ni examen juridique, ”. Le Premier ministre Manuel Valls prétend que le projet de loi français n’a rien à voir avec le PatriotAct, mais autoriser une surveillance d’une telle portée nécessite une réflexion approfondie, plutôt qu’un passage précipité au Parlement.

Loi sur le Renseignement: pourquoi vous avez tort de ne pas vous y intéresser

Vous n’êtes pas juriste, vous n’êtes pas geek et vous ne comprenez pas pourquoi le débat sur les moyens de lutter contre les terroristes vous concerne? Cet article est pour vous. Promis, vous ne verrez plus le projet de loi de la même façon.
La mobilisation des organisations de défense des libertés civiles contre le projet de loi sur le renseignement est inversement proportionnelle à l’intérêt du grand public pour le sujet. Les voix, de plus en plus nombreuses, qui s’élèvent pour dénoncer un système de surveillance de masse proche de celui de la NSA, sont en effet inaudibles. A cela, plusieurs raisons : le caractère très technique du débat, du point de vue juridique et des technologies de surveillance d’internet ; l’acceptation par une majorité de Français de la nécessité d’abandonner certaines libertés au profit de davantage de sécurité ; et la présentation du projet de loi comme essentiellement antiterroriste, qui donne l’impression que le « citoyen qui n’a rien à se reprocher » n’est pas concerné.
Comment intéresser les citoyens au débat, même ceux qui n’y connaissent rien en droit ou en technologies numériques ? Voici quelques pistes pour balayer les idées reçues.

Idée reçue 1. Encore un coup de ces activistes du web qui crient au loup pour un oui ou pour un non

Ce jeudi, plusieurs organisations se sont retrouvées pour une conférence de presse commune. Parmi elles : la Ligue des Droits de l’Homme, Reporters sans Frontières, Amnesty International, la Quadrature du Net, le Syndicat des avocats de France, et le Syndicat de la magistrature. Cela commence à faire beaucoup. Mais ce qui est significatif pour ce projet de loi, c’est la mobilisation au-delà du landernau numérique.
Les critiques sont loin d’être professées uniquement par des libertaires et des geeks. Les arguments des détracteurs du projet de loi font appel à des notions de contre-pouvoirs au sens large. « Ce projet organise l’impunité de l’Etat », avance la Ligue des Droits de l’Homme. « Aucune loi de surveillance de masse ne peut être compatible avec le droit international », dénonce Amnesty International. Quant au Syndicat de la Magistrature, il évoque de « potentielles dérives de police politique », un « texte profondément liberticide », et une recherche d' »impunité totale » pour la puissance publique.

Idée reçue 2.Ceux qui n’ont rien à se reprocher sont tranquilles, je ne suis pas concerné

Comme une partie des nouvelles dispositions introduites par le projet de loi est réservée à la prévention du terrorisme, on peut se dire que le citoyen lambda n’a pas de souci à se faire. Ce n’est pas demain que les services secrets installeront un micro chez madame Michu, n’est-ce pas ? Quant au nouveau système d’algorithme de détection des suspects, Manuel Valls assure qu' »aucune correspondance privée ne sera concernée ». Les services de renseignements n’auront accès qu’aux « données de connexions », également appelées « métadonnées ». Ca y est, vous décrochez ? Cela veut simplement dire que l’on n’ouvre pas votre courrier, mais on sait qui vous écrit, à qui vous écrivez, quand, comment, depuis quelle adresse vous postez vos lettres, et avec quel stylo vous les écrivez. Même si vous ne rédigez que les brouillons et que vous ne les envoyez jamais, on peut aussi le savoir.
« Les métadonnées sont tellement complexes qu’on n’a plus besoin de lire le contenu. Si on connaît votre réseau, vos mots de passe, votre historique de navigation sur internet et celui de vos recherches sur cinq ans, cela devient inutile », explique Adrienne Charmet-Alix, de la Quadrature du Net. « Cela revient à un profilage total de vos activités sur internet. Dire que la surveillance de masse est anonyme est faux. »

Idée reçue 3. Comme si on pouvait se passer du renseignement… C’est irresponsable, et de toutes façon cela existe déjà

Pour les détracteurs du projet de loi, il ne s’agit pas d’empêcher les services de renseignements de faire leur travail. Personne ne dit que c’est un monde de bisounours. Ce qui manque, c’est un contrôle démocratique.
« La logique de ce texte est que la puissance publique doit pouvoir tout faire, en refusant tout contrôle a priori, explique Laurence Blisson, secrétaire générale du Syndicat de la Magistrature. La commission de contrôle qui sera créée (la CNCTR, ndlr) ne pourra donner qu’un simple avis. Tous les pouvoirs seront entre les mains du Premier ministre. Si son avis n’est pas suivi, elle pourra saisir le Conseil d’Etat, seulement si elle vote ce recours à la majorité absolue. Si un citoyen saisit le Conseil d’Etat, il ne pourra pas faire appel à un avocat pour se défendre. Quand bien même le Conseil d’Etat invaliderait une procédure, le secret défense prévaudra et on ne saura jamais quelle technique a été utilisée et quels renseignements ont été collectés. C’est une loi qui refuse tout droit de regard indépendant de l’exécutif, donc indépendant du politique. »

Idée reçue 4. Il faut faire confiance à l’Etat pour ne pas dévoyer les moyens à sa disposition

N’empêche que tout le monde s’est indigné quand Edward Snowden a révélé les pratiques de la NSA. « Face à l’Etat, on a besoin de garanties, pas de confiance, résume Pierre Tartakowsky de la Ligue des Droits de l’Homme. Il n’y en a pas. » « Il ne faut pas s’en remettre à une pratique correcte de l’Etat, quand c’est l’Etat qui peut la faire dériver, poursuit Laurence Blisson. La question n’est pas d’être dans la défiance permanente, c’est qu’une démocratie a besoin de garanties. »
S’en remettre aux « lanceurs d’alerte » n’est pas vraiment une alternative. En effet, l’article 7 du projet de loi prévoit que révéler l’existence de mesures – même illégales – employées par les services de renseignement sera… illégal.

Idée reçue 5. Si c’est pour plus de sécurité, on peut bien accepter moins de libertés

En partant du principe que pour vous et moi, seule la surveillance de masse sur internet constitue dans ce projet de loi une atteinte à la vie privée, rien ne dit qu’elle ne soit compensée par une plus grande sécurité. En effet, l’efficacité de la surveillance de masse est le grand point d’interrogation de cette loi. En outre, celle-ci dépendra grandement du budget que l’Etat y consacrera – cela représente une masse énorme de données à filtrer et analyser -, et on ne le connaît pas.
« L’étude d’impact est indigente sur l’efficacité et l’évaluation budgétaire », déclare Adrienne Charmet-Alix. « Les parlementaires reconnaissent eux-mêmes leur ignorance. Ils sont sur le point d’adopter un texte dont ils ne mesurent ni le sens ni l’efficacité. Ils ne comprennent pas ce qu’ils veulent légaliser », s’emporte Laurence Blisson. « L’exemple américain n’est pas très concluant, ajoute Felix Treguer de la Quadrature du Net. L’investissement est la vraie question. N’y-a-t-il pas un leurre techniciste à adopter ces technologies ? »
La coalition d’associations qui combattent le projet de loi va avoir très peu de temps pour mobiliser citoyens et députés. Le texte sera examiné en procédure d’urgence, et les amendements, doivent être déposés d’ici à samedi, alors que le texte définitif n’a été présenté que la semaine dernière.

Quelques réactions

  •  Dinah PoKempner, directrice juridique chez Human Rights Watch :

“ Bien que l’objectif du projet de loi soit de raccrocher les pratiques de surveillance de la France au cadre du droit, c’est en réalité une extension massive des pouvoirs en matière de surveillance qui se drape dans le voile de la loi. La France se doit de faire mieux que ça, surtout si elle veut se distancier des pratiques de surveillance de masse abusives et secrètes des Etats-Unis et du Royaume-Uni, qui suscitent tant de contestations juridiques. ”
“ L’exemple du droit américain montre comment des normes vagues peuvent facilement finir par justifier une surveillance de masse ”, selon DinahPoKempner. “ La très large portée de ce projet de loi contredit radicalement les obligations de la France aux termes du droit international des droits humains, et  pourrait servir à légitimer légalement un État de surveillance. ”
Le texte inclut l’obligation pour les opérateurs d’installer des dispositifs secrets, non spécifiés et fournis par l’État, pour analyser les comportements suspects – par exemple des visites sur des sites web faisant l’apologie du terrorisme, ou des contacts avec des personnes faisant l’objet d’une enquête. Cette obligation pourrait potentiellement s’appliquer à un nombre pratiquement illimité de critères, selon HumanRights Watch.
HumanRights Watch a rappelé que de nombreux chercheurs, journalistes, universitaires, avocats et acteurs humanitaires visitent des sites web qui font l’apologie du terrorisme, et échangent avec des personnes liées à des crimes, pour mieux comprendre ces exactions et lutter contre elles.
“ L’ensemble des activités d’organisations indépendantes devrait-il ainsi faire l’objet d’un contrôle et d’une suspicion généralisée? ” a demandé DinahPoKempner. “ Les gouvernements les plus répressifs pourront remercier la France, qui créée un précédent juridique en forçant les plus grandes entreprises de l’Internet à contrôler non seulement les indices de “terrorisme”, mais aussi les indices d’une dissidence tout juste naissante, ou même d’une pensée indépendante. ”
Deux autres aspects du projet de loi sont inquiétants. Une fois approuvées, les mesures de surveillance – y compris grâce au piratage ou des logiciels malveillants – pourront être prolongées indéfiniment, sans contrôle judiciaire ni signalement à la personne qui en fait l’objet. Les données obtenues grâce à cette surveillance pourront, dans certains cas, être conservées cinq ans, voir même indéfiniment.

  • Le Parti Pirate :

Le Parti pirate lance un appel solennel aux députés de la république. Mesdames, messieurs, quelles que soient vos convictions vous avez choisi de représenter le peuple français et de défendre les valeurs de la République. Celles-ci sont contenues dans sa devise : “ Liberté, Égalité, Fraternité. ” La Liberté, donc, voici ce qui est pour le peuple français le bien le plus précieux.
La loi sur le renseignement qui est actuellement débattue à l’Assemblée nationale est un projet délétère et liberticide. Banaliser le recours administratif, c’est remettre en cause la séparation des pouvoirs et la présomption d’innocence. Faciliter la censure sur Internet, c’est fouler aux pieds la liberté de la presse et la liberté d’expression. Et mettre en place les boîtes noires, c’est créer un système de contrôle du peuple incontrôlable par le peuple : l’inverse diamétral de la démocratie.
Mesdames et messieurs les députés, cédant aux sirènes démagogiques d’un discours sécuritaire, certains d’entre vous ont pu, dans la confusion qui a suivi la tragédie du mois de janvier, envisager l’effroyable crime qui consiste à supprimer le premier et le plus beau des mots de notre devise nationale. A ceux-là nous demandons de se reprendre. Qu’est-ce que la France, que sont les Français sans leur liberté ?
Aux autres, qui ont toujours gardé la tête froide, le Parti pirate signifie son soutien et demande de tout mettre en œuvre pour raisonner leurs collègues. Le fait est qu’on ne fera pas reculer le terrorisme avec des lois mais en renforçant les moyens de la justice. De toutes façons, le terrorisme n’est ici qu’un prétexte : pêle-mêle sont désormais concernés les sites de prostitution, pro-anorexie ou critiquant le gouvernement… Jusqu’où iront-ils ? Le contrôle n’est pas le moyen, c’est l’objectif !
Messieurs et mesdames les députés, vous qui avez la charge du destin du peuple français, rappelez-vous au moment de voter pour ou contre la loi sur le renseignement que vous serez comptables devant l’Histoire. Et rappelez vous également cette devis de Périclès : “ Il n’est pas de bonheur sans liberté ni de liberté sans courage. ”

  • Marc Trévidic, juge d’instruction au TGI de Paris, pôle antiterrorisme :

Au micro d’Yves Calvi, le juge antiterroriste Marc Trévidic a dénoncé les risques potentiels de la loi sur le renseignement actuellement en débat à l’Assemblée : « Quand une loi me paraît dangereuse, je suis inquiet ». Le texte de loi doit donner un cadre légal aux pratiques, souvent officieuses, des services de renseignement, notamment en matière d’interceptions des appels, des SMS et des mails. Une surveillance extrajudiciaire, avec l’aval du premier ministre, qui prévoirait également la mise en place de « boîtes noires », observant les données de connexion de tous les internautes.

« Il y a une absence de contrôle totale dans cette loi » estime le juge, évoquant le manque de protection des citoyens vis à vis de l’Etat dans le projet de loi. Pour le juge, attaché aux libertés individuelles, cette loi constitue une « arme redoutable » si elle est mise entre de « mauvaises mains ». « C’est une loi qui peut être utilisée à mauvaise escient » insiste celui qui a travaillé aux affaires terroristes les plus sensibles.

  • Chien Guevara (modestes aboiements de gardien de niche des libertés) :

Sera autorisé « le recueil des renseignements relatifs aux intérêts publics suivants » :

  1. La sécurité nationale
  2. Les intérêts essentiels de la politique étrangère et l’exécution des engagements européens et internationaux de la France
  3. Les intérêts économiques et scientifiques essentiels de la France
  4. La prévention du terrorisme
  5. La prévention de la reconstitution ou du maintien de groupement dissous
  6. La prévention de la criminalité et de la délinquance organisées
  7. La prévention des violences collectives de nature à porter gravement atteinte à la paix publique.

Et éventuellement, modifiés ainsi (merci Monsieur Urvoas) :

  1. L’indépendance nationale l’intégrité du territoire et la défense nationale (amendement 151)
  2. Les intérêts majeurs de la politique étrangère et la prévention de toute forme d’ingérence étrangère (152)
  3. Les intérêts économiques, industriels et scientifiques majeurs de la France (153)
  4. La prévention du terrorisme
  5. La prévention de la reconstitution ou d’actions tendant au maintien de groupements dissous (155)
  6. La prévention de la criminalité et de la délinquance organisées
  7. La prévention de la prolifération des armes de destruction massive (154).

Je mets au défit quiconque qui lit cet article de me garantir qu’il n’est pas, n’a jamais été, et ne sera jamais concerné de près ou de loin par ces sept sujets (de plus liste extensible annoncée).

Orwell nous avait pourtant prévenu ; il ne nous avait juste pas dit sous quel prétexte Big Brother viendrait nous regarder respirer !


L’article dans sa Niche : Loi « post-charlie » sur le renseignement : troquer sa liberté contre plus de sécurité


Une relation tabou transcendée

 

 etatsunis

CAROLLE ANNE DESSUREAULT :

Parfois la réalité dépasse la fiction.

Voici une histoire d’amour qui a traversé le temps et les interdits.

Aujourd’hui, Mary Kay et Vili sont mari et femme depuis une dizaine d’enfants et parents de deux adolescentes, Audrey et Georgia, âgées respectivement de 17 et 16 ans.  Pourtant leur passé a traversé de grandes turbulences. Leur histoire a fait scandale

Mary Kay Letourneau, professeur de mathématiques, a 34 ans en 1996 lorsqu’elle revoit l’élève Vili Fualaau dans sa classe de 6e année – elle l’avait déjà eu comme élève quand il avait 7 ans.

Un jour, parce que Vili a froid, May Kay prend sa main dans la sienne. Un trouble les secoue. Ils sont de plus en plus attirés l’un vers l’autre. À Noël, ils échangent leur premier baiser et à l’été ils font l’amour aussi souvent qu’ils le peuvent, un peu partout, dans des voitures et même au domicile de Mary Kay qui est mariée et mère de 2 enfants. Son mari découvre sa relation et la dénonce : elle est condamnée à 7 ans et demi de prison pour viol de mineur.

Enceinte, elle donne naissance quelques mois plus tard à une petite fille, Audrey; elle est toujours en prison. Après 6 mois elle obtient une libération conditionnelle avec l’interdiction de ne pas revoir son jeune amant et de participer à une thérapie de groupe pour délinquance sexuelle.

Sa liberté est de courte durée car un mois plus tard, la police la retrouve en pleine nuit dans une auto faisant l’amour avec Vili. Cette fois, elle retourne en prison pour terminer sa peine. Elle est de nouveau enceinte. Son mari décide de la quitter définitivement et va s’installer en Alaska avec leurs enfants. Mary Kay accouche en prison d’une deuxième fille. On ne lui permet pas de voir ses enfants qui sont pris en charge par la mère du jeune papa adolescent.

Comment cette femme encore jeune – fort jolie au demeurant et d’apparence étonnamment jeune – peut-elle traverser ces bouleversements pendant les années qui vont suivre ? On peut s’imaginer qu’elle n’était pas toujours sur un lit de roses.

À sa sortie de prison en 2004, elle retrouve Vili et les deux amants décident d’unir leurs vies et se marient quelques mois plus tard.

Inscrite au registre des délinquants, Mary Kay ne peut évidemment plus enseigner. Elle exerce divers boulots, entre autres, barmaid et assistante juridique. Il arrive parfois que des parents lui demandent de donner des cours particuliers à leurs enfants.

Quant à Vili, il a des talents de tatoueur et il aime le dessin. Aujourd’hui, âgé de 31 ans, il est employé dans un centre d’accueil le jour et comme Disc Jockey la nuit.

Au moment de l’emprisonnement de Mary Kay, il copublie avec elle un plaidoyer pour la liberté : « Un seul crime, l’amour ». Interviewé à Paris par un journaliste de Paris Match où il présente son livre, il explique le fort lien qui l’unit à Mary Kay par la réincarnation et avoue même avoir eu des images précises d’une vie passée.

En tout cas, ils sont toujours ensemble après le début de leur histoire qui remonte à près de 20 ans.

Présentement, ils racontent à la télévision leur vie afin de protéger leurs filles de l’inévitable.

On ne peut que souhaiter à un tel couple de trouver un réconfort l’un dans l’autre. À tout jamais, ils sont liés par un étrange destin.

Le coeur a ses raisons….

 

http://www.metronews.fr/info/relation-entre-une-institutrice-et-son-eleve-20-ans-plus-tard-deux-enfants-et-un-mariage/modo!ZqLxR7QzgknbE/

http://www.parismatch.com/Actu/International/Mary-Kay-Letourneau-147743

 

 

 

 

 

 

Le Calife sanguinaire

Baghadadi
UN ŒIL SUR L’ISLAMIE
Adam Mira

Lorsqu’al-Baghdâdi s’autoproclame Calife de l’État islamique, les réseaux sociaux publient une photo sur laquelle figure le sénateur américain républicain John Mccain et Abou Bakr al-Baghdâdi. La photo a été prise pendant la visite illégale en Syrie de l’ancien candidat aux présidentielles américaines.

 

Dr. Ibrahim Awad Ibrahim Ali al-Badri al-Husseini al-Qurashi al-Samarrai, dit Abou Bakr al-Baghdâdi, puis dit le calife Ibrahim. Ce personnage est connu dans le monde comme un criminel et l’homme le plus sanguinaire qui soit de notre époque.

Le 29 juin 2014, Abou Bakr al-Baghdâdi, se proclame comme  le calife Ibrahim, et transforme son mouvement « l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL)» en un noyau  de son futur empire qui contiendrait : l’Irak, la Syrie, la Turquie, la Jordanie, le Liban et le Causasse  et bien d’autres pays.

Cet individu qui est connu dans le monde des Djihadistes comme une personne réservée, renfermée et timide, s’est transformé en leader le plus sanguinaire et le plus extrémiste dans l’histoire des fous d’Allah.

Plusieurs questions se posent sur ce personnage, son histoire, ses études, ses relations avec les Djihadistes et bien d’autres interrogations. Dans cet article, nous allons dévoiler qui est cet individu en essayant de faire tomber le masque derrière lequel il se cache depuis son intégration dans le monde des combattants d’Allah.

.

Naissance et études :

Ibrahim Awad Ali al-Badri a ajouté à son nom al-Qurashi pour dire qu’il est un descendant du prophète Mohamed et de son clan Quraysh. Cette attitude est habituelle, car les rebelles dans l’histoire islamique proclament dès le premier moment qu’ils sont des descendants du prophète pour avoir la légitimité, la crédibilité et l’obéissance de leurs fidèles(1).

Ibrahim Awad  est né à Samarra en Irak en 1971, son enfance est totalement méconnue. Il n’a pas réussi à devenir un membre de la Garde républicaine de Saddam Hussein, car il était myope. Il a étudié à Baghdâd et a obtenu un doctorat en sciences islamiques. Il devient un imam dans la mosquée Ahmed Ibn Hanbal à Samarra, sa ville natale, située à125 km au nord de Baghdâd.

Lorsque le régime de Saddam Hussein est tombé après l’invasion américaine en 2003, notre homme Ibrahim Awad fonde un mouvement islamique afin d’affronter l’armée américaine. Quelques mois après, en 2004, l’armée américaine l’a inculpé et l’a ramené à la prison de Buka située au sud de l’Irak non loin de la frontière avec le Kuweit.

.

Prisonnier pas comme les autres :

À son arrivée à la prison, Ibrahim Awad incarne un comportement prudent, il s’isole et il n’adresse la parole à personne.

Cette attitude a suscité une polémique parmi les détenus, ces derniers n’ont eu de cesse de chercher des informations sur cette personne qui ne parlait pas.

Dans un pays sous occupation, il n’est pas facile d’accéder à des renseignements.  En effet, deux d’entre eux donnent à Ibrahim une certaine aura aux yeux de détenus :

En premier, il détient  un doctorat  en sciences islamiques.

En second, il est descendant de la famille du prophète.

Très vite, Ibrahim a bénéficié d’un respect énorme parmi les détenus. Ses geôliers américains découvrent en lui un atout. Ils l’utilisent pour résoudre des problèmes entre les prisonniers et ils l’autorisent même à visiter les autres prisons(2).

Quelques mois après, l’armée américaine autorise Ibrahim de sortir de prison, le rapport déclare que cette personne n’est pas dangereuse.

Ibrahim retrouve la liberté en ayant acquis une belle réputation et des relations étroites avec des personnes qui s’unissent sur un seul point : affronter les américains dans le but de les chasser de leur patrie.

.

Allégeance à Abou Moussab Al-Zarqaoui :

Grâce à son cousin, Ibrahim fait el-Bayaa, c’est-à-dire prêter serment d’allégeance à Abou Moussab Al-Zarqaoui, le chef de la branche d’Al-Qaïda en Irak. Grâce à son passé comme militant et détenu, il devient immédiatement membre du Madjless Shoura, le Conseil de Délibération des Moudjahidines. Après la mort d’Al-Zarquaoui en 2006, Ben Laden désigne  Abou Mouhajer el-Masri, un djihadiste égyptien, comme le chef de la branche d’Al-Qaïda en Irak, avec Abou Omar Al-Baghdâdi, un djihadiste irakien et un ex-général de la police de l’époque de Saddam Hussein. Néanmoins, le 18 avril 2010, les deux leaders se suicident en déclenchant leurs ceintures explosives après avoir été encerclés par l’armée américaine épaulée par les irakiens.

La voie est donc ouverte devant Ibrahim Awad afin d’être le successeur d’Abou Mouhajer el-Masri et Abou Omar Al-Baghdâdi. Le temps est venu pour lui de réaliser son rêve d’être le seul commandant en Irak.

Il commence immédiatement par contacter ses anciennes relations de la prison de Buka. Il les recrute pour le réseau d’Al-Qaïda, puis il désigne des représentants dans chaque ville sunnite.

Ibrahim Awad organise avec vigilance son organisation, il se déplace en toute sécurité et ne laisse rien au hasard. Il est aussi prudent avec ses proches qu’avec les nouvelles recrues. Ibrahim se déplace avec une ceinture explosive sur le ventre et il exécute « les infidèles » de sa propre main. La personne réservée et renfermée qu’il était sème la peur et l’horreur dans les cœurs de ses fidèles avant même de ceux de ses ennemis.

.

La Révolution syrienne :

Lorsque la révolte commence en Syrie la mi-mars 2011, Ibrahim Awad se dépêche afin d’envoyer un représentant et de créer la branche d’Al-Qaïda du Levant.

La meilleure personne pour cette mission ambitieuse est Abou Mohamed el-Julani, dit le Fateh, un djihadiste syrien, qui a fait le Jihad à côté d’Ibrahim en Irak.

El-Julani réussit rapidement et gagne très vite du terrain sans beaucoup d’efforts ou de pertes. En 2012, il proclame la création du Front el-Nosra, la branche d’Al-Qaïda en Syrie et il fait el-Bayaa à Ayman el-Zaouahiri, l’héritier de Ben Laden. Il recrute aussi tous les combattants syriens islamistes qui ont fait la guerre en Irak ou ceux qui étaient prisonniers dans les prisons du régime de Bachar el-Assad.

Selon Thomas Pierret, conférencier  à l’université d’Édimbourg : « le groupuscule n’a fait que se renforcer à l’été et à l’automne 2012, grâce à la conjonction de plusieurs facteurs : la création de zones libérées à l’est et au nord ; la brutalisation du conflit avec les attaques aériennes syriennes ; et le sentiment de stagnation de l’opposition (3)»

Le 9 avril 2013, Baghdâdi change le nom de son organisation l’État islamique en Irak et il y ajoute le Levant (EIIL).  La fusion entre les deux pays (Irak et Syrie) a poussé Abou Mohamed el-Julani à se révolter. Il persiste dans sa position d’allégeance à Al-Qaïda et ne reconnait qu’Ayman el-Zaouahiri en tant que le seul leader du mouvement extrémiste islamique.

La guerre est donc déclarée entre les deux branches. Au fur et à mesure, Baghdâdi gagne du terrain en Syrie et en Irak. Et, le 29 juin 2014 il s’autoproclame calife de l’État islamique, il change le nom de son organisation une fois de plus l’État islamique en Irak et au Levant par l’État Islamique. Il prêche dans la mosquée de Mossoul en prenant le nom du calife Ibrahim.

.

L’apogée du Calife :

Quelques jours après l’autoproclamation de Baghdâdi, une photo circule dans les réseaux sociaux montrant ce dernier avec le sénateur américain John McCain lors de sa visite en mai 2013. McCain aurait franchi la frontière turco-syrienne en vue de rencontrer des combattants de l’opposition dont Baghdâdi(4).

L’autoproclamation du calife et les frontières de son État a secoué certains aventuriers européens. Des centaines des Djihadistes de différents pays arabes et occidentaux sont arrivés en Syrie afin de faire el-Bayaa au calife. Selon un rapport américain, la moitié des Djihadistes étrangers arrivant au front des combats en Syrie et en Irak sont français(5).

Baghdâdi recrute les anciens soldats du régime déchu  de Saddam Hussein avec qui il a réussi à conquérir la Syrie et l’Irak. Néanmoins chaque fois que son pouvoir s’étend, il redouble de sauvagerie : couper les têtes, égorger les ennemis d’Allah, brûler les otages, vendre les femmes dans les marchés, punir les homosexuels et lapider les adultères etc.

Sur le terrain, la domination de l’organisation État islamique se propage à une vitesse affolante. La réputation de Baghdâdi d’homme sanguinaire le précède. Sa barbarie a atteint un tel paroxysme  que le monde entier se réunit afin d’affronter cette organisation qui ne menace  pas seulement les habitants du Moyen-Orient, mais aussi le monde entier qui est en proie à un danger imminent.

.

Al-Qaïda  proclame la guerre contre le Calife :  

Dr. Mazhar el-Rayesse, le président du comité de loi et de justice du Front al-Nosra et le membre du Conseil de shoura des moudjahidines, publie un livre de 260 pages, avec une préface de cinq Sheikhs islamistes connus et respectés afin d’apporter la preuve que l’État Islamique d’Abou Bakr el-Baghdâdi est constitué d’hérétiques qui portent préjudice à l’Islam et au djihad. Le livre se réfère à des dizaines de sourates du Cora ‘an et du Hadith, la parole de prophète, en vue d’accentuer la position contre le calife et contre son État.

.

Conclusion : 

La montée de l’EI et la proclamation du calife fait  froid dans le dos de plusieurs dirigeants au Moyen-Orient. Malheureusement, certains pays arabes ont soutenu cette organisation criminelle pendant un certain temps, afin d’affronter le régime chiite de Baghdâd qui est épaulé par les iraniens. C’est le cas de l’Arabie Saoudite et du Qatar qui la finançaient. Leurs subventions passaient  sous les yeux de la CIA, du M16 britannique et bien sûr d’autres agences de sécurité.  Cependant, ce mouvement par ses horribles exactions a franchi les bornes de l’imaginable et a poussé ses amis d’hier à de devenir ses ennemis d’aujourd’hui. Une  coalition tente d’affaiblir l’EI par des bombardements quotidiens. Le but n’est pas de l’éliminer, car il aura un rôle prochainement dans l’échiquier de la région seulement avec un nouveau visage que celui de Baghdâdi(6)!    

.

Référence :

1-    Hussein Mroié, alnza’at almadiah fi alfalsafah ala’arbiah alislamiah, édition el-Farabi, Liban Beurourth, 2008. 

2-    Un reportage sur la fondation de l’EI parait sur le journal britannique The Guardian et une rencontre avec un ami proche d’Ibrahim qui raconte cette histoire : http://www.theguardian.com/world/2014/dec/11/-sp-isis-the-inside-story

3-    http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/04/10/la-fulgurante-ascension-du-front-al-nosra-en-syrie_3157351_3218.html

4-    http://www.huffingtonpost.fr/2015/01/06/bernard-kouchner-visites-syrie-illegales-damas_n_6421300.html

5-    http://www.pointschauds.info/fr/2015/04/09/selon-un-rapport-americain-pres-de-la-moitie-des-djihadistes-europeens-en-orient-sont-francais/

6-    http://www.voltairenet.org/article185073.html

MacCain

Patriot Tact

PERSONNE :

Question : quel enseignement pouvez-vous tirer de l’amplification du renseignement ?
Rien, sinon que l’État va se renseigner sur vous.
Il va en savoir un peu, beaucoup sur votre vie personnelle et professionnelle.
Combien vous chaussez, quelle est la couleur de vos chaussettes, si elles sont sèches ou archi-sèches et si vous avez eu le malheur de dire du mal de l’archiduchesse.
Trêve d’amabilités, la traçabilité est de rigueur pour des raisons évidentes de sécurité.
Sur les réseaux sociaux, sur les routes, dans votre cage d’escalier, dans votre chambre à coucher, lorsque vous versez une larme ou chargez votre Smartphone, quelqu’un vous regarde, vous épie, vous surveille, vous note ou vous juge uniquement parce que vous avez serré la main à un étranger ou consulté un site non recommandé ou admis comme ami quelqu’un qui connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un qui s’intéresse à la Syrie.
Dans quel but ? Il s’agit de lutter contre le terrorisme…
C’est le patriot act à la française: c’est du tact, du patriot tact.
Le renseignement sur tous et pour tous : c’est plutôt républicain. Cela nous fait tous saigner un tout petit peu mais pour la bonne cause : la sécurité de l’État et du citoyen.
Un peu moins de liberté mais un peu plus de sens de responsabilité.
Mieux vaut sacrifier sa vie privée que de se retrouver privé de vie.
Commerce équitable, donnant-donnant, néanmoins et la classe en plus.
L’État se protège pour vous protéger. Ce n’est pas l’État qu’il faut blâmer mais le terrorisme qui ne lui a pas laissé le choix :
Transformer du jour au lendemain tous les citoyens en boucliers humains. Ce qui l’intéresse, ce n’est pas de savoir si Paul baise avec Virginie mais si Virginie baise avec Ali. Dépistage de haut voltige parce qu’aucune piste n’est négligeable.
Mieux vaut plusieurs charlots en vie que de voir mourir Charlie.
Patriot contact : il est temps de surveiller nos fréquentations. On n’a plus le droit de faire n’importe quoi, d’avoir des rapports avec n’importe qui. Il faut que tout le monde apprenne à balayer devant chez soi au lieu de confier cette tâche à des inconnus.
L’État veille sur vous… et votre devoir de citoyen c’est de vous surveiller mutuellement et relayer l’information pour éviter toutes les mauvaises surprises. Le renseignement est un devoir civique pour tout état démocratique qui pourchasse le crime avant qu’il ne soit commis. Car, mieux vaut prévenir que voir venir
L’État vous demande d’ouvrir l’œil si vous ne voulez pas être perdu de vue !

http://www.lejournaldepersonne.com/2015/04/patriot-tact/

La richesse du maître se mesure à son nombre d’esclaves

Je sais très bien que Karl Marx a cru avoir démontré « scientifiquement » que l’augmentation des forces productives produirait automatiquement la révolution. Et Je sais très bien que Karl Marx a expliqué que l’augmentation de la population fait partie de l’augmentation des forces productives. Mais…

Karl MarxLa richesse du maître se mesure à son nombre d’esclaves

http://mai68.org/spip/spip.php?article8627

Bonjour à toutes et à tous,

Je sais très bien que Karl Marx a cru avoir démontré « scientifiquement » que l’augmentation des forces productives produirait automatiquement la révolution. C’est la raison pour laquelle de nombreux marxistes m’ont qualifié de « volontariste », car j’ai toujours pensé que si la révolution devait arriver par la seule magie de l’augmentation des forces productives ; alors, depuis le temps que Marx est mort et que les forces productives augmentent exponentiellement, la révolution devrait déjà être là depuis longtemps, pourtant… « Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? » Niente ! Et puis, intuitivement, ça ne tient pas, une révolution contre les patrons qui se fait toute seule sans même avoir à faire l’effort de se mobiliser et de tenter de mobiliser la classe opprimée. Mais en le faisant (en me mobilisant et en mobilisant), ou en tentant de le faire, je me suis souvent fait traîter de « volontariste » par les marxistes orthodoxes. Il se trouve que je ne suis pas un marxiste othodoxe, puisque je suis tout autant anarchiste que marxiste.

Et Je sais très bien que Karl Marx a expliqué que l’augmentation de la population fait partie de l’augmentation des forces productives. C’est la raison pour laquelle il a combattu Malthus. Parce qu’il avait peur que si les gens arrêtaient de faire des gosses, les forces productives n’augmentent pas assez pour produire automatiquement la révolution.

Ceci dit, je n’ai jamais lu Malthus et je me fous de lui comme de mes premières chaussettes (peut-être à tord !) Mais Marx, qui aimait l’histoire et le matérialisme historique, serait là aujourd’hui, il dirait peut-être, lui qui combattait les idéologies au point de dire avant de mourir : « Je ne suis pas marxiste » (sous-entendu au sens idéologique du marxisme), lui qui se voulait scientifique, il serait là aujourd’hui, il accepterait très probablement de constater scientifiquement que l’histoire a fait son expérience : les forces productives n’ont cessé d’augmenter terriblement, mais ce qui est venu avec elles, ce n’est pas la révolution qu’il croyait automatique, mais la contre-révolution facilitée par un fascisme technologique toujours plus grand. Plus grand chaque jour qui passe. Plus grand à chaque invention scientifique dont l’exploitation technologique permet au maître de mieux contrôler l’esclave. Car c’est évidemment le maître qui décide dans quel sens vont les progrès scientifiques et dans quels sens ils seront exploités technologiquement. C’est le maître qui décide quelles recherches il financera, quelles recherches il fera connaître, et lesquelles il laissera crever dans leurs coins, méconnues et sans fric. C’est le maître qui décide du sens du « progrès », puisque c’est lui qui le commandite. Et l’intérêt du maïtre, c’est le contrôle de l’esclave, pas sa libération.

Alors, il faut arrêter avec la magie de l’augmentation des forces productives, et il faut donc aussi arrêter avec le « Croissez et multipliez » de la Bible, repris bêtement par Karl Marx, et il faut bien prendre conscience que la richesse du maître se mesure à son nombre d’esclaves. C’est la vraie raison pour laquelle on a partout à la télé et dans les publicités de la propagande directe ou indirecte, cachée (subliminale) ou non cachée, pour faire le plus de gosses possible. À tel point qu’il devient incompréhensible que les révolutionnaires ne se disent même pas que si le pouvoir veut à tout prix que l’on fasse le plus de gosses possible, c’est qu’il faut bien au contraire faire la grève des gosses.

Il faut bien se dire aussi que plus on est nombreux, et plus la démocratie est difficile. La surpopulation justifie en quelque sorte la dictature.

Sur certains points, Karl Marx s’est totalement trompé.

Bien à vous,
do
http://mai68.org/spip

LA « QUESTION NATIONALE » PALESTINIENNE BOURGEOISE ET RÉACTIONNAIRE

palestine6

 

Toute « question nationale » recèle une problématique bourgeoise

 

Dans la mesure où la classe ouvrière palestinienne est concernée, la « question nationale » palestinienne confronte les différentes factions de la bourgeoisie palestinienne en guerre pour obtenir la gouvernance d’un bantoustan qui leur sera concédé au terme d’une surenchère meurtrière. De temps à autre, les cyniques capitalistes israéliens, de concert avec la puissance impérialiste étatsunienne, interviennent dans les disputes des capitalistes palestiniens afin de donner un coup de main à l’une des factions en conflits et pour soutenir les prétentions d’un groupe de bourgeois en guerre pour un bout de terre à exploiter et une communauté d’ouvriers salariés palestiniens à surexploiter.

 

La chair à canon palestinienne, c’est-à-dire la classe ouvrière et la paysannerie palestinienne, est alors l’objet de bombardements sanglants, de crimes de guerre abominables; de la destruction de leurs maisons emmurées dans le réduit de Gaza et dans quelques villes de Cisjordanie. Ils sont environ cinq millions de martyrs ainsi parqués à attendre que les factions palestiniennes se soient entendues avec les puissances internationales sur le partage des oripeaux de cette terre en lambeaux.

palestine5

Comme partout ailleurs sous le mode de production et les rapports de production capitalistes, les bourgeoisies nationalistes, tant palestinienne qu’israélienne, présentent leur cause chauvine comme la défense des intérêts de leur peuple respectif. La classe dominante présente ses intérêts hégémoniques comme ceux de la « nation » tout entière. Cependant, les marxistes révolutionnaires réfutent ces prétentions « nationalistes ». En autant que la classe prolétarienne est concernée, il n’existe pas de « nations » colonisatrices et  oppressives aliénant des « nations » colonisées – opprimées et exploitées.

 

Entériner le concept de « nation oppressive » signifierait que la classe ouvrière d’une « nation » bourgeoise participe à l’oppression d’une autre « nation » – à la sujétion d’une « nation » opprimée. Or, pour opprimer un peuple – une classe – un groupe  ethnique – une « nation » il faut que la classe oppressive et exploiteuse détienne le pouvoirLa classe oppressive doit contrôler l’appareil de l’État oppresseur afin de l’utiliser dans ses intérêts de classe comme instrument d’oppression d’une  autre « nation » pour en tirer un bénéfice. En pays capitaliste la classe prolétarienne ne détient aucun pouvoir, aucun contrôle sur quelques éléments que ce soit de l’appareil d’État. Ainsi, la classe ouvrière américaine a toujours été sous le joug implacable du grand capital monopoliste, hier pseudo « démocratique » (sic), aujourd’hui totalitaire. La classe prolétarienne étatsunienne a été conscrite dans l’armée américaine raciste et expédiée de force dans la jungle du Vietnam pour y trouver la mort et pour y donner la mort, endoctriné par l’appareil de propagande des capitalistes étatsuniens. Jamais la classe ouvrière américaine n’a constitué la « nation » oppressive. Jamais le prolétariat américain n’a contrôlé ni été intéressé par l’oppression de la « nation » vietnamienne. Jamais la classe prolétarienne américaine n’a détenu le pouvoir de commander la guerre génocidaire contre le prolétariat vietnamien.

 

Une question nationale – une nation – sont des concepts nés de la révolution démocratique bourgeoise anti monarchique et antiféodale qui visait à ériger le pouvoir « démocratique » bourgeois sur une société appelée « nation ». Après sa prise de contrôle de l’appareil d’État féodal, la bourgeoisie s’empressa de le transformer à son image. Elle se dépêcha de construire des frontières « nationales » pour la protection de son industrie « nationale » et garantir sa mainmise exclusive sur l’exploitation du  prolétariat « national ». La classe bourgeoise a conçu la morale « patriotique nationaliste » qu’elle a présenté comme universel et transcendante des classes sociales et des intérêts de classe, présentant ses propres intérêts de classe comme naturels et universels.

 

La lutte de « libération » nationale palestinienne

palestine

La lutte de « libération » nationale palestinienne est une initiative de la bourgeoisie palestinienne soutenue par certaines puissances impérialistes qui pêchent en eau trouble dans cette région fortement convoitée pour ses richesses pétrolières. Quelques puissances impérialistes ont d’abord déporté dans  cette contrée délaissée de l’Empire ottoman déliquescent des populations européennes stigmatisées qui depuis des siècles avaient servi de boucs émissaires aux sections les plus dégénérées de la bourgeoise européenne. On poussa le cynisme jusqu’à suggérer à ces populations déportées qu’elles appartenaient à une race – à un peuple élu – (sic). L’impérialisme britannique et français visait deux objectifs, se débarrasser de populaces qui ne pouvaient plus servir leurs desseins meurtriers dans l’Europe bouleversée et implanter dans cette contrée convoitée une colonie de peuplement qui ne pourrait faire autrement que d’être en guerre perpétuelle contre les autochtones expropriés et déplacés. Plus tard, l’impérialisme étatsunien hégémonique prit la relève et assuma l’armement et le soutien de cette implantation néocoloniale occidentale.

 

Aujourd’hui, la bourgeoisie palestinienne – divisée en différentes factions –  promeut son combat pour se tailler un fief, une « terre nationale palestinienne » sous la tutelle d’une puissance impérialiste afin d’exploiter le prolétariat palestinien dans des « sweats-shops » sis à l’ombre du Mur de ségrégation.

 

travailleurs2

Les sections palestinienne et israélienne de la classe prolétarienne internationale

 

Le prolétariat palestinien n’a aucun motif de s’entretuer pour défendre les intérêts de cette bourgeoisie cynique et meurtrière. La lutte de « libération nationale » de la bourgeoisie palestinienne pour le contrôle de fiefs ne justifie pas que le prolétariat palestinien abandonne sa lutte de classe pour le renversement du mode de production et des rapports de production bourgeois. Il en est de même pour la classe ouvrière israélienne. La section israélienne de la classe prolétarienne internationale n’a que faire de cette guerre continuelle pour la défense des intérêts impérialistes occidentaux au Levant.

 

Dans la mesure où la section israélienne de la classe prolétarienne est concernée, il n’y a pas de question « juive » au Proche-Orient ni nulle ailleurs. La question « juive » est un archaïsme d’une époque révolue, tout comme les questions musulmane et islamiste révèlent l’état arriéré des rapports de production dans ces régions où se côtoient des reliquats du féodalisme putréfié et l’émergence du capitalisme en phase de décadence accélérée. La nation et le peuple « juif » n’existent pas, pas d’avantage que la nation et le peuple des  « Témoins de Jéhovah ». Dans ces deux cas, il s’agit de groupes d’individus appartenant à différentes classes sociales et habitant des pays différents et  adhérant à une idéologie commune. Les matérialistes marxistes ne reconnaissent nullement les concepts religieux de peuple « élu », ni de nation ethnique, ni de nation religieuse (sic).

 

Les positions opportunistes et réformistes sur le nationalisme palestinien

 

Lors d’un récent débat au Canada quelques militants probourgeois palestiniens,  assistés par quelques « juifs » (sic) athées et antisionistes favorables à une implantation pacifique des rapports de production nationalistes capitalistes en Palestine présentaient ainsi la cause de la bourgeoisie palestinienne qu’ils assimilaient à la cause du prolétariat palestinien :

palestine7

 » Il revient au peuple palestinien de trancher. Nous n’avons pas à trancher pour eux, mais il y a deux solutions :  1)  celle de constituer deux États nationaux séparés en Palestine occupée.  2)  Celle de constituer un État unique, laïc, multinational, avec une seule constitution pour toute la Palestine mandataire. Pour les communistes (sic), la chose doit se faire en deux étapes : d’abord, mener la révolution démocratique populaire et ensuite mener la révolution socialiste prolétarienne. Lénine, en 1905, avait insisté sur la nécessité de la révolution démocratique avant de passer à l’étape de la révolution socialiste. Le parti du prolétariat devait, selon Lénine, éduquer les masses populaires pour préparer les deux révolutions successives. »

 

Voilà succinctement résumé l’ensemble de la mystification opportuniste et réformiste propagée depuis des années à propos de la question nationale bourgeoise palestinienne vis-à-vis l’impérialisme international et sa créature locale, l’impérialisme israélien.

 

À propos de Lénine, nous ne citerons qu’un passage qui pour nous dit tout « De toute façon, le développement du capitalisme se poursuit et se poursuivra, dans un État hétérogène unique aussi bien que dans des États nationaux distincts. Dans tous les cas l’ouvrier salarié subira l’exploitation et, pour la combattre avec succès, il faut que le prolétariat soit étranger à tout nationalisme, que les prolétaires soient pour ainsi dire entièrement neutres dans la lutte de la bourgeoisie des différentes nations pour la suprématie » (1).

 

Qu’en 1905, dans la Russie tsariste arriérée, semi-féodale, à peine industrialisée, comprenant plusieurs dizaines de millions de moujiks analphabètes, sans terre, et en quasi-esclavage, Lénine ait pensé que la révolution démocratique bourgeoise était une étape préalable à la révolution socialiste prolétarienne cela est tout à fait compréhensible. Cependant, dix ans plus tard, Lénine a écrit dans l’impérialisme stade suprême du capitalisme que le stade impérialiste du développement capitaliste décadent marquait le passage définitif de la lutte révolutionnaire à l’étape de la  révolution prolétarienne mondiale, sans aucune étape préalable. Il n’y a rien à ajouter à ce constat fondamental et évident.

 

En Palestine-Israël, région fortement industrialisée, développée, soumise au mode de production et aux rapports de production capitaliste avancés, la section palestinienne et la section israélienne de la classe prolétarienne mondiale n’ont qu’un seul item à leur agenda révolutionnaire, renverser leur bourgeoisie capitaliste respective sans aucune étape préalable. Il n’y a pas de question nationale palestinienne, de révolution démocratique bourgeoise, de question islamiste, ni de question juive qui tiennent – il n’y a que la question de la révolution prolétarienne afin de mettre fin à ce mode de production décadent (2).

 

______________________________

 

  1.             V. Lénine (1969). Sur la politique nationale et l’internationalisme prolétarien. Éditions de l’Agence Novosti. Moscou.  Page 42.
  2. R. Bibeau (2012). Impérialisme et question nationale. Montréal. 90 pages. http://www.robertbibeau.ca/commadevolume.html

 

 

MANIFESTE DU PARTI OUVRIER. Robert Bibeau. 2014. Publibook. http://www.publibook.com/librairie/livre.php?isbn=9782924312520

 

La plus grave des traites négrières? (Hanoune)

esclavage-noir-intra-afrique

Et si la traite interafricaine
était beaucoup plus grave
que les autres traites négrières?

Diko Hanoune

Les traites négrières, également appelées traite des Nègres ou traite des Noirs, sont des commerces d’esclaves dont ont été victimes, par millions, les populations de l’Afrique de l’ouest, Afrique centrale et l’Afrique australe durant plusieurs siècles

L’esclavage est le plus grand crime commis sur l’humanité. L’esclavage se pratiquait au sein de toutes les sociétés humaines qui composent le monde actuellement mais celle qui en a bavé plus, est la société noire ou la couleur noire. Pourquoi ?

Avant l’arrivée des religions, l’esclavage existait déjà, c’était une question de domination lors des conflits de territoires, des pillages à l’état sauvage où la loi du plus fort faisait sa loi etc…

Petit à petit, le monde se réveille, la prise de conscience évolue aussi, ceux qui dominaient, se rendent compte qu’ils peuvent aussi vite se retrouver à la place de ceux qu’ils maltraitent ou dominent en perdant une guerre, un conflit de territoire ou même lors d’une rixe avec son voisin tout bêtement.

L’arrivée des religions comme le christianisme et l’islam ont poussé les sociétés blanches occidentales et les arabes à mettre fin à l’esclavage entre eux c’est-à-dire l’asservissement d’un blanc par un autre, idem d’un arabe sur un autre donc il fallait trouver d’autres moyens pour assurer la main d’œuvre gratuite pour le développement économique et industrielle à moindre coût.

C’est là ou l’instrumentalisation des religions prend toutes ces formes, le christianisme arrive en Afrique vers le 1èr siècle après J. Christ et l’islam au 6 où 7ème siècle après J. christ. Aucune de ces religions n’interdit formellement l’esclavage. L’islam régit « organise » par des lois les pratiques de l’esclavage. Voilà pourquoi les arabo-musulmans peuvent toujours défendre que l’islam donne plus de droits par rapport aux autres religions aux esclaves.

C’est de là aussi est parti les manipulations religieuses les unes contre les autres au détriment même de la « vérité divine » qui même si elle favorise les victimes selon les clergés religieux, de même qu’il faut reconnaitre cela reste inconnue ou inaccessible de nos jours aux croyants et n’en parlons pas du grand public.

Les études sur les traites négrières sont souvent orientées par les arabo-musulmans contre les judéo-chrétiens, elles cachent la vérité sur l’esclavage arabo-musulman sur les noirs et l’esclavage inter-africain qui ont fait d’énormes ravages dont les vestiges, les séquelles de cette horreur restent très vivaces de nos jours.

Des indignations sélectives sont érigées en mode de chants cantiques dès qu’on parle de la traite atlantique pour manipuler les consciences qui montrent grossièrement que tous les noirs sont susceptibles d’être victimes seulement de la traite négrière organisée par les blancs mettant de côté la traite des arabes et les noirs.

Pourtant les puissances occidentales qu’on montre du doigt à n’importe quelle occasion respectent mieux les traités et conventions interdisant toute forme de mauvais traitement des humains, les états occidentaux chassent, traquent les bourreaux récalcitrants sur tous les fronts pendant que les états arabes, musulmans et africains peinent à reconnaître ce crime ravageur surtout ils continuent à vouloir massacré ceux qui dénoncent cette barbarie inhumaine.

Certains africains se bombent le torse d’être fier d’avoir des arrières parents ou parents voir même s’ils ne sont pas la continuité eux-mêmes au jour d’aujourd’hui les complices piliers de la traite négrière sur des noirs.

.

Conclusion sur La traite inter-africaine

C’est la plus ancienne et la plus obscure, car la moins documentée, des trois traites. Elle remonte au moins au XIème siècle, a été stimulée par les deux autres, mais n’est devenue dominante qu’au XIXème siècle.

La part de la traite intra-africaine dans l’ensemble de la traite a fortement progressé au XIXème siècle, selon le sociologue Peter Manning. Avant 1850, seulement un tiers des captifs africains restaient sur place. Puis entre 1850 et 1880, leur nombre devint supérieur à ceux des traites occidentales et orientales. Après 1880, les interdictions de traite transatlantique commencent à rendre leurs effets et la quasi-totalité des captifs restèrent sur place. Manning estime à 14 millions le nombre d’esclaves restant sur place, soit l’équivalent de la moitié des captifs exportés par les traites occidentales et orientales.

Le chercheur canadien Martin A. Klein estime lui que, bien avant 1850, plus de la moitié des captifs restaient en Afrique occidentale. Selon lui, même les années où l’exportation d’esclaves atteignait son intensité maximale, les captifs restant sur place — principalement des femmes et des enfants — étaient plus nombreux.

La traite atlantique n’est pas à l’origine de la traite inter-africaine, mais l’augmente et entraîne davantage de guerres tribales. Son existence sert souvent de prétexte humaniste à la constitution des empires coloniaux français, belges, allemand, italien et anglais qui, en effet, y mettent fin mais au prix de la mise sous tutelle coloniale.

Industrie du charbonnage et tempête sociale

INFOBREF N°387  avril 2015. Paris.

charbon1

L’industrie du charbonnage en Grande-Bretagne 

On parle beaucoup du remplacement de la force de travail par la machine, de la domination du travail mort sur le travail vivant, mais on oubli en général que l’énergie qui fait fonctionner les machines est toute aussi importante  et qu’à ce titre elle sera et est toujours source de pouvoir de guerres et révolutions.

 

En effet à l’origine de l’expansion du capitalisme, nous trouvons le charbon et le chemin de fer. La locomotive a vapeur, avait pour fonction initiale de transporter le charbon, c’est à dire d’acheminer cette énergie de la mine aux usines venant ainsi compenser l’acheminement par voie fluviale. Il était devenue possible grâce a l’exploitation de réserves souterraines de charbon d’obtenir une croissance accélérée, la quantité d’énergie produite en Grande Bretagne, fut équivalente à la production pétrolière cumulée de l’Arabie Saoudite (Carbon p. 24)

 

L’invention des machines serait restée au musée de l’histoire sans l’intervention des énergies capables de les mouvoir, et de se substituer à la force de travail humaine ou animale. Le charbon fut dans un premier temps le carburant indispensable à l’émergence de la société industrielle, il allait marcher de paire avec l’expansion des chemins de fer  contribuant ainsi à réduire l’espace/temps. A partir de ce moment qualifié « d’ère du charbon » le capitalisme naissant commença à s’affranchir de la force musculaire des animaux et de la vitesse de régénération des forêts, l’offre d’énergie allait croître non plus de manière linéaire, mais de manière exponentielle.

 

La puissance de blocage de l’économie par l’action des mineurs

 

De la fin du XIX e siècle au début du XXe siècle des vagues de grèves ont entravé l’exploitation minière et de facto touchaient toute l’économie, ce qui donnait aux mineurs une efficacité que les autres secteurs n’avaient pas chaque moyen de transport  dépendant de l’énergie à vapeur ou de l’électricité pouvait être paralysé. Plus l’exploitation de la houille se développait au travers du monde, et plus les grèves  se manifestaient. Des grèves à répétitions touchaient le bassin houiller de Zonguldak sur la côte turque de la mer noire En Avril 1882, le plus grand dépôt de charbon du monde situé à port Said en Égypte fut touché par un important mouvement de grève des porteurs.

 

La puissance des actions des mineurs allait être à l’ origine  d’une réforme du travail en Allemagne, cette dernière avait subit des vagues de grèves sans précèdent en 1889, En mars 1890, le Kaiser réunit une conférence internationale qui fixera des normes régissant le travail dans les mines de charbon ainsi que des restrictions sur l’exploitation des femmes et des enfants.

 

Le jour même de la conférence, les mineurs anglais et du pays de Galles lançaient « la grève la plus importante de l’histoire de la main d’œuvre syndiquée » selon le New York Times, le nombre de grévistes allait monté à 260 000 «Les possibilités d’un conflit du travail gigantesque et ruineux s’ouvraient devant nous» (New York Times du 16 mars 1890). En 1889, se sont les dockers de Glasgow, qui contraint de reprendre le travail du fait de l’embauche de briseurs de grève décidèrent de travailler aussi mal et lentement que ceux ayant pris leur place. Trois jours après ils obtenaient ils obtenaient les augmentations de salaire qu’ils exigeaient.

 

L’utilisation industrielle du pétrole et du gaz, va briser le rapport de force en faveur des mineurs en Grande Bretagne, comme actuellement la chute du prix du pétrole place les mineurs de Pologne et d’ ailleurs dans une situation concurrentielle défavorable.

 

L’exemple anglais : Capital national et capital international

 

 

« Il se passe pour le charbon ce qui se passe pour nombre d’autres industries. Ce n’est pas. comme le croyaient les travaillistes en l947, un simple problème d’efficacité dans un cadre national. Concurrence d’autres formes d’énergie, concurrence d’autres pays producteurs, crise économique. tout concourt à disloquer tous les plans à long terme d’autant plus que leur impact peut varier rapidement avec les variations des coûts internationaux du charbon et des autres sources d’énergies: les règles sauvages du capital que l’on cherchait à éliminer font constamment irruption sur la scène nationale. Du 4éme rang mondial en l970 pour la production charbonnière, le Royaume-Uni passe au 7éme rang en I982.Les victoires des mineurs de 1972 et 1974 ne faisaient pas reculer le déclin des mines et la soumission de leur exploitation aux impératifs du capital. Au contraire, la conquête d’augmentation de salaires importantes rendait plus urgente la restructuration : même si l’agent de cette accélération était la « revanche » que les conservateurs voulaient prendre sur les mineurs d’une défaite politique, le moteur en restait les impératifs du capital.

 

Le déclin de la force des: mines et des mineurs était particulièrement spectaculaire. En 1923, il y avait l.250.000 mineurs produisant 250 millions de tonnes de charbon : ils sont 711.000 (6,3% de la force de travail anglaise) pour en produire 200 millions en 1947; ils ne sont plus que 190.000 en 1983 (moins de 1% de  la force de travail) pour 105 millions de tonnes. Les projets du capital à ce moment : 100.000 mineurs pour 85 millions de tonnes par an. Des régions comme le Pays de Galles ont compté jusqu’à 200.000 mineurs et exportaient dans le monde entier: en 1983, ils sont 23.000 mineurs dans 28 puits qui n’approvisionnent guère que les aciéries locales et il est question de rayer pratiquement cette activité économique de la région. En 1946, l’Ecosse avait 195 puits, 83.000 mineurs pour produire 25 millions de tonnes de charbon: après la grève de 1984, il restera 9 puits et 4000 mineurs pour en produire 5 millions de tonnes. Mais la perte du pouvoir économique du charbon et du pouvoir des mineurs {celui qu’ils ont affirmé encore en 1972 et 1974)  est aussi ailleurs: en 1947. le charbon fournit encore 90%, de l’énergie consommée en Grande-Bretagne; en 1984, cette part n‘est plus que de, 35%. Cette mutation s’est produite essentiellement pendant les 10 dernières années.

 

Il ne manquera pas, au cours de la grève des mineurs- et ce sera l’argument central du NUM et de Scargill- des plans pour demander que le pouvoir fasse tout pour que le charbon retrouve la place qu’il a perdue ; de telles discussions procèdent de l’idée qu’il est possible de changer le cours du capital et de toutes les transformations causées par sa dynamique. Pourquoi ce qui n’a pu être fait depuis quarante années pourrait l’être maintenant. À un moment où la crise montre de façon encore plus évidente que la force du capital balaie toutes les tentatives d’endiguer son cours

 

Modernisation et restructuration

 

La modernisation et la rentabilisation signifient toujours une réforme profonde des conditions de travail. c’est-à-dire une transformation tout aussi profonde du rôle des syndicats. Malgré toutes les apparences, la grève de 1984-1985 va être à la fois causée par l’impact de ces perturbations et à son tour accélèrera les restructurations nécessaires pour une pleine efficacité du nouveau système.de production

 

En.1984, Lorsqu’éclate  la grève des mineurs, certains puits sont encore bien démodés ; les mineurs doivent accomplir à pied plus de 5 km pour arriver au front de travail et le charbon est encore évacué par des chevaux au fond de certaines mines (plus de 100 chevaux dans une mine du Pays de Galles). Mais d’autres mines comptent parmi les plus modernes du monde; 70 puits sur 170 sont équipés d’un nouveau système d’exploitation dit «monitoring» et les super puits  comme celui de Selby dans le Yorkshire commencent à entrer en production. Cette mutation technologique est possible parce que l’Angleterre dispose d’énormes réserves de charbon facilement  exploitables: de gros investissements peuvent y être engagés avec des perspectives de haute rentabilité: nulle surprise que les capitaux soient attirés alors qu’ils avaient lui la mine autrefois: comme dans d’autres secteurs abandonnés facilement par le capital, les possibilités offertes par les nouvelles techniques font espérer le retour à une profitabilité perdue. Le nouveau système baptisé MINOS, c‘est la micro révolution dans la mine. Il serait fastidieux d’énumérer ici les différentes facettes de ce système d’ordinateurs qui assurent une automatisation et un contrôle quasi-total depuis les machines d’abattage jusqu’au transport du charbon hors du puits. On peut suivre de la salle de contrôle en surface directement sur un écran comment se fait le travail, tous les incidents qui peuvent  survenir et être informé eu même temps sur leur cause. La relative indépendante de l’équipe au fond de sa galerie qui constituait un contrôle par les mineurs du rythme de leur travail et de ses conditions d’exécution, tout cela est un passé révolu.

 

On comprend que lors de la grève plusieurs de ces chambres de contrôle en surface aient fait l’objet de raids destructeurs. La nouvelle super mine de Selby comportera en 1987  4.000 mineurs ; elle produira par an 10 millions de tonnes de charbon à un coût élevé à un tiers de la moyenne anglaise. A ce même moment, il faudra 20.000 mineurs dans les autres puits pour assurer la même production. Si toutes les mines avaient ce niveau technique, il ne faudrait que 40.000 mineurs pour assurer la production annuelle actuelle de charbon. Les effets combinés de la modernisation et de la, crise devraient faire qu‘en mars l989, 79.000 mineurs travailleront dans 94 puits contre 180.000 dans 198 puits en mars 1984 pour assurer  une production équivalente. » (Grève des mineurs en Grande Bretagne mars 1984 mars 1985 de Henri Simon)

 

charbon 

 

La lente agonie du marché du charbon
par Antoine Larigaudrie
BFM Business – 02 avr 2015
http://bfmbusiness.bfmtv.com/bourse/la-lente-agonie-du-marche-du-charbon-873790.html
Des cours au plus bas historique, un déclin industriel massif, et désormais des risques financiers très élevés… le secteur du charbon connaît sans doute la phase la plus difficile de toute son histoire, après pourtant quelques années fastes où l’on avait cru à une renaissance.

56,45 $ la tonne. Nouveau plus bas historique signé ce matin pour le charbon de chauffage européen livrable l’année prochaine. Et ce n’est sans doute pas fini au vu d’indicateurs fortement baissiers au niveau mondial, pour l’ensemble du marché du charbon, et les industriels qui le produisent. Car ce record de faiblesse n’est que le point d’orgue d’un phénomène latent, qui dure depuis 5 ans. Un déclin ininterrompu. Le Dow Jones Total Coal, indice sectoriel qui mesure la capitalisation des grandes sociétés spécialisées dans l’extraction et le traitement, perd quasiment 80 % sur les 5 dernières années, précisément ce qu’a gagné dans le même temps le S&P500, l’indice large de la Bourse de New York.

 

Il y a 10 ans, face à la perspective d’une raréfaction des ressources pétrolières, et au très lent essor des énergies vertes, le charbon, ressource abondante et bon marché, avait connu une véritable renaissance.  Le charbon à coke est indispensable à la fabrication de l’acier, mais on avait à l’époque une forte hausse de la demande en charbon de chauffage. Jusqu’à représenter près de 30 % de la consommation énergétique mondiale en 2010 !

 

Mais depuis le charbon est sous le coup de 3 menaces écrasantes autant que structurelles. La première menace : Déjà les initiatives de lutte contre les gaz polluants au niveau mondial, dont la mise en place du Protocole de Kyoto en 2005 aura été le point de départ. Le charbon étant considéré comme une des sources d’énergie les plus polluantes au monde, (malgré la construction de centrales à charbon bien moins polluantes et beaucoup plus efficaces ces dernières années), la menace devenait existentielle pour le minerai.

 

La 2ème menace fut évidemment l’essor fulgurant des pétroles de roche américains. En seulement 2 ou 3 ans, ils ont changé radicalement le paysage énergétique mondial, provoquant une dégringolade sans précédent des cours sur l’année écoulée, et qui pourrait se poursuivre. Le charbon a perdu d’un coup son statut d’énergie abondante et bon marché. Une situation de déséquilibre qui provoque même ces derniers temps des situations aberrantes: l’Allemagne qui utilise encore un peu de charbon dans son mix énergétique (puisqu’elle n’utilise plus l’énergie nucléaire), préfère importer du charbon de chauffage américain, bien moins cher que celui produit par la Pologne, pourtant voisine !

 

Enfin la 3ème menace est l’essor, très progressif mais régulier, des énergies vertes. Leur part dans le mix énergétique mondial ne fait qu’augmenter (3 à 4%, 10 à 15% en Europe), et on pourrait aller bien au-delà, une fois que structurellement l’industrie des énergies vertes s’affranchira de la tutelle des politiques d’état. De quoi anéantir l’industrie charbonnière mondiale, hormis la production de coke liée à la sidérurgie. Le charbon de chauffage semble désormais être une énergie menacée d’extinction totale à terme.

 

Un cas de figure qui inquiète énormément d’intervenants financiers, obligés de sonner l’alerte. On a vu notamment depuis la fin de l’année dernière, qu’énormément des flux boursiers actuels étaient alimentés par des produits financiers type ETF  [Exchange Traded Fund – Fonds de placement en valeurs mobilières. NDC], jouant sur la tendance d’un indice, d’un marché, ou d’un secteur particulier, sans aucune distinction entre les différentes valeurs qui le composent. Et malheureusement, énormément de gros investisseurs jouent sur le secteur des matières premières énergétiques. La très forte baisse des prix du pétrole a beaucoup pesé sur l’ensemble des grandes entreprises de l’industrie et a provoqué une vague de prudence sur les secteurs, mais on ne s’en est pas détourné pour autant.

 

Appareil de production en pleine restructuration, perspectives de transformation et de rendement, le secteur pétrolier garde des atouts. Et même s’il représente une grande part des instruments financiers globaux qui jouent sur le secteur de l’énergie, tous les autres types de producteurs y sont représentés, dont beaucoup de charbonniers, notamment américains. Des sociétés qui, selon certaines ONG chargées d’avertir les acteurs du secteur financier et les investisseurs, sont de plus en plus menacées par d’énormes difficultés financières. L’agence britannique Carbon  Tracker rend des rapports réguliers toujours plus alarmants sur leur situation, et estime qu’elle pourrait représenter une menace pour les investisseurs, notamment pas mal de fonds de pensions du pays qui doivent verser des retraites.

 

De quoi faire de la mort lente du charbon thermique une possible source d’instabilité financière, dans  le sens où toute cette industrie est liée au reste du secteur énergétique par un certain nombre de conventions, et au secteur financier par de très importants encours de produits de dette.

http://www.dreamstime.com/royalty-free-stock-photos-woodhorn-colliery-museum-image4168048

En Pologne, face aux mineurs, le gouvernement a dû remballer ses attaques

Sadek Basnacki

 

La Pologne, c’est le charbon. Quant à la bête noire des gouvernements en place depuis 25 ans maintenant, ce sont les mineurs. Trop payés, paraît-il, les mines n’étant pas assez rentables. L’une des entreprises qui exploite les puits de charbon est la Kompania  Weglowa (KW), compagnie publique, la plus grosse entreprise productrice de houille d’Europe pour un pays qui est le neuvième producteur au niveau mondial.

 

Selon les chiffres annoncés à la fin de l’année dernière par le gouvernement de droite ultra-libéral Platforma Obywatelska de l’actuel Président du Conseil européen Donald Tusk, KW aurait perdu 93 millions d’euros entre janvier et novembre 2014 et perdrait 15 euros par tonne extraite. La crise que connaît actuellement le secteur de l’exploitation du charbon en Pologne est, en réalité, notamment due à l’afflux du charbon américain. Mais pour Ewa Kopacz, l’actuelle Premier ministre, elle s’explique avant tout par les « privilèges exorbitants » des mineurs des houillères d’Etat et c’est ce qui a conduit le gouvernement à présenter un plan de restructuration en début d’année. Néanmoins, face à la combativité et à la détermination des mineurs, il a été contraint de manger son chapeau.

 

Selon le projet présenté par Kopacz, l’enjeu était de regrouper les grandes entreprises polonaises du secteur énergétique en deux monopoles compétitifs au niveau européen. Quatre mines étaient montrées du doigt, responsables à elles seules, selon le ministre de l’Energie, de 500 millions d’euros de pertes. Le plan prévoyait donc la fermeture de quatre puits, la vente d’une mine de KW à une autre entreprise et la création d’une nouvelle compagnie détenant les neuf mines restantes, censée fonctionner « selon les principes du marché ». L’enjeu, pour les autorités, était de supprimer la plupart des primes intégrées aux salaires des mineurs et d’instaurer la semaine de 6 jours. A la casse des droits des 49.000 gueules noires de KW devait s’ajouter le licenciement de 5.000 d’entre eux et le déplacement sur d’autres sites de 6.000 mineurs.

 

Une réaction qui ne se fait pas attendre dans les houillères d’État

 

Dès le 8 janvier, les mineurs de Silésie, la principale région productrice du pays, commencent à occuper leurs lieux de travail, entraînés par ceux de Brzeszcze, entrés en grève la veille. Dans la foulée, ils organisent des rassemblements et des blocages de routes dans les agglomérations à proximité des sites menacés. Ils sont rejoints et appuyés, dans leur mouvement, par la population, mais également par d’autres catégories de salariés. Parmi eux, les infirmières et les personnels de la Santé qui figurent parmi leurs principaux soutiens, comme à Bytom, où est organisée une manifestation de 10.000 personnes.

 

Le 16 janvier, droit dans ses bottes, le gouvernement fait passer au Sejm, le Parlement, le projet de loi prévoyant la liquidation des quatre mines, alors que le mouvement s’est également étendu aux mines de Jastrzebska Spolka Weglowa (JSW), l’autre conglomérat dont l’Etat possède 55% des parts. Face à la détermination des mineurs de KW qui ne faiblit pas, le gouvernement finit par retirer son projet de loi.

L’extension du mouvement de grève aux mines JSW

 

Mais, en réalité, le mouvement ne faisait que commencer. A JSW, le mouvement se transforme bientôt en une lutte contre le gel des salaires puis contre la répression. Le 28 janvier, en effet, JSW licencie neuf syndicalistes de la mine de Budryk, accusés d’avoir organisé un débrayage en soutien des mineurs de KW, et l’entreprise revient également sur des conventions collectives. Parmi les syndicalistes dans le viseur, Krzysztof Labadz, figure emblématique du syndicat Août 80 (Sierpien 80), l’un des principaux animateurs de la grève des mineurs de 2007-2008 qui a duré 46 jours.

 

Mais la campagne de répression qui a pour but de casser le mouvement a l’effet inverse et les liens de solidarité de travailleurs se renforcent. Bientôt, les mineurs de Budryk votent le prolongement de la grève à 98%.

 

Le 9 Février, lors d’une manifestation devant le siège de JSW, la police tire sur les manifestants avec des balles en caoutchouc et utilise les canons à eau. Les mineurs, qui bientôt comptent une vingtaine de blessés dans leurs rangs, interpellent les forces de répression en leur criant « Policiers ! Vous voulez refaire décembre 1981 ! », en référence au coup d’Etat de Jaruzelski. Ils réclament la démission de Jaroslaw Zagorowski, responsable selon eux de la rupture du dialogue entre la direction et les travailleurs. Ils demandent également l’annulation de la résiliation des trois conventions collectives et que les mêmes droits s’appliquent dans toutes les mines de JSW.

 

Le 12 Février, la justice déclare la grève illégale et menace les meneurs de payer les pertes de JSW. En réaction, ce sont les femmes et les enfants qui descendent dans la rue pour soutenir les grévistes. Le gouvernement lance une campagne médiatique contre les travailleurs de JSW mais c’est trop tard, car 68% des Polonais disent appuyer les mineurs, alors que le syndicat du chemin de fer et celui de l’énergie soutiennent officiellement la mobilisation, menaçant de la rejoindre. Devant une classe ouvrière soudée le gouvernement recule une nouvelle fois. Il n’y aura ni fermeture immédiate des 4 mines, ni licenciement des 5 000 employés et Zagorowski donne sa démission.

 

Ewa Kopacz avait pour ambition de devenir la « Margaret Thatcher polonaise », en référence à la Dame de fer et au conflit remporté par les conservateurs britanniques contre les mineurs en 1983-1984, lors de la grande grève . Peine perdue. Kopacz ne rime pas avec Thatcher.

 

  charbon2

L’Europe aide la Roumanie à fermer ses mines de charbon

 

La Commission européenne a autorisé la Roumanie à octroyer à l’entreprise National Hard Coal Company JSC Petrosani (CNH SA) un financement public de 1169 millions de RON (soit 270 millions d’euros environ) pour la fermeture de 3 de ses mines de charbon non concurrentielles.

 

Elle estime en effet que la mesure est conforme aux règles de l’UE en matière d’aides d’État. D’une part, l’aide à la production diminuera au fil du temps et d’autre part la Roumanie s’est engagée à prendre des mesures d’accompagnement pour atténuer les effets sociaux et environnementaux des fermetures.

La décision du Conseil relative aux aides d’État destinées à faciliter la fermeture des mines de charbon qui ne sont pas compétitives autorise les pouvoirs publics à accorder, sous certaines conditions, une aide à l’industrie houillère en vue de faciliter, d’ici décembre 2018, la fermeture des mines de charbon non concurrentielles.

National Hard Coal Company JSC Petrosani, qui est une entreprise publique, est la seule entreprise à produire du charbon en Roumanie. Elle compte actuellement 7 unités de production de charbon. Les autorités roumaines ont décidé d’en fermer 3 d’entre elles, jugées non concurrentielles. La première (Petrila Colliery) fermerait fin 2015 et les deux autres (Uricani et Paroseni Collieries) fin 2017.
Le plan de fermeture communiqué par la Roumanie conduit à une réduction progressive du montant global de l’aide accordée pour couvrir les coûts de production, conformément à la décision du Conseil Européen. De plus, ce plan contient des mesures pour atténuer les effets sur l’environnement de la production de charbon. La Roumanie s’est aussi engagée à soutenir les mineurs qui devront être licenciés et à prévoir leur reconversion afin de les aider à trouver un nouvel emploi en dehors de l’industrie houillère.

 

Mario Draghi attaqué à coups de confettis

Photo : AFP/Daniel Rolland

LE YETI :

Ça lui pendait au nez ! Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, attaqué par une jeune femme aux cris de « Non à la dictature de la BCE ! » (“End ECB dictatorship”) pendant la conférence de presse qu’il donnait ce mercredi 15 avril à Francfort.

Les armes de la jeune femme : des papiers utilisés en confettis. L’ex de Goldman Sachs s’en tire finalement avec plus de peur que de mal. Pour l’instant…

Liban : Beyrouth, le Vietnam d’Israël

 

beyrouth-1982

RENÉ NABA :

(REPRISE)
La mère de toutes les villes du récit de la résistance arabe. L’auteur dédie ce papier à la génération de la relève du Liban et du Monde arabe afin qu’elle échappe aux travestissements des faits, qu’elle prenne l’exacte mesure du nanisme politique de ses dirigeants…….. à titre de contribution à sa pédagogie politique, en guise de dette d’honneur de l’auteur envers son pays d’origine en ce que le Liban, en ces temps de sectarisme, est l’unique pays au Monde où chrétiens et musulmans, sunnites et chiites se partagent le pouvoir.

Papier remis en ligne le 13 avril 2015 à l’occasion du 40 me anniversaire du déclenchement de la guerre civile libanaise.

Beyrouth, 40 ans après

40 ans se sont écoulés depuis la sinistre fusillade d’Aïn Al Remmaneh, dans la banlieue sud-est de Beyrouth, et depuis lors beaucoup d’eau a coulé sous combien de ponts brisés. Quarante ans plus tard, alors que les Libanais émergent titubant d’une longue nuit de sang et de fureurs, leur pays, à l’ombre de l’accord de Taëf (1989), acte fondateur d’un Liban normalisé, a abordé le XXI siècle en lente convalescence miraculeusement rescapé de quatorze ans d’une guerre sans répit ni merci, accablé par la surcharge de neuf ans d’une gestion erratique menée sous le premier mandat de la deuxième République Libanaise (1990-1998).

Dans la mémoire collective de la nation défile, en surimpression, la trajectoire des principaux protagonistes d’un drame qui a tourné à l’hécatombe, décimant deux classes d’âge -la génération de la relève-, mutilant physiquement et psychiquement le tiers de la population active de ce pays de trois millions d’habitants jadis à l’avant-garde aujourd’hui à l’arrière ban de la constellation des États du Moyen-Orient.

Répertorié dans l’histoire comme la première guerre civile urbaine de l’époque contemporaine, précurseur des guerres modernes d’épuration ethnique, ce drame, par son ampleur, fera l’objet d’un enseignement dans les académies militaires. Piètre consolation pour un pays en état d’apnée à la recherche de son âme au moment où le Moyen-Orient s’engouffre dans une frénétique confusion vers une problématique pacification diplomatique sous les fourches caudines d’Israël et des États-Unis.

Chefs de guerre, grands ou petits, fiers ou crapuleux, qui pendant vingt ans ont sillonné le pays, parfois d’une manière sanglante, que sont-ils devenus ? Héritiers politiques des pères de l’Indépendance, Bachir Gemayel, Tony Frangieh, Dany Chamoun, chefs charismatiques de l’équipée chrétienne, ont été tués dans leurs propres fiefs par leurs propres frères d’armes alors qu’ils rêvaient de passer à la postérité en tant que bâtisseurs d’un état fort et souverain, havre de la chrétienté d’Orient, tandis que le chef de file des chrétiens modérés, Raymond Eddé, était forcé à l’exil sous la pression de la traque phalangiste et des artilleurs syriens lancés à ses trousses.
Leurs vis à vis de l’hétéroclite coalition palestino progressiste ont connu un sort quasi-identique. Premier dans l’ordre des trépassés, le chef druze du camp progressiste libanais, Kamal Joumblatt, a été lui aussi assassiné le 16 mars 1977 dans son propre fief. Pourfendeurs du défaitisme arabe, principaux animateurs de la lutte armée et la révolte palestinienne en Cisjordanie et à Gaza, Abou Jihad (Khalil Al Wazir), responsable militaire de la guérilla palestinienne, et Abou Iyad (Salah Khalaf), chef du renseignement, ont péri eux aussi de mort violente. Symboliquement, comme pour signifier l’échec de leur projet, dans l’un des endroits les plus éloignés de la Palestine, en Tunisie, leur troisième lieu d’exil après la Jordanie et le Liban, pays réputé davantage pour son mercantilisme que pour son militantisme.

Le militaire Abou Djihad par un commando israélien, le second Abou Iyad, suprême infamie pour cet homme du renseignement, par des membres de sa propre garde.

La coalition, elle, a volé en éclats. Son chef Yasser Arafat qui rêvait de transformer radicalement le Monde arabe, galvanisé par le mot d’ordre d’une « Révolution jusqu’à la victoire », a fait l’objet d’un confinement jusqu’à sa mort, et, l’autorité de son successeur est âprement contestée par ses anciens partisans happés par la tentation intégriste, sous la tutelle sourcilleuse de ses deux parrains l’Egypte et Israël.
Jamais personne n’avait imaginé qu’une telle détonation allait engendrer pareille conflagration. Nul ne s’était jamais hasardé à prédire un cataclysme si interminablement dévastateur.

Ce jour-là, pourtant, Beyrouth se berçait sous un dimanche ensoleillé du printemps méditerranéen, vaquant à la célébration rituelle de la « Fête des Rameaux ». Alors que le président libanais Soleimane Frangieh était hospitalisé d’urgence pour une intervention chirurgicale, 27 passagers d’un car palestinien étaient fauchés par la mitraille dans le quartier chrétien d’Aïn Al Remmaneh, à la lisière des agglomérations populeuses de Beyrouth.

La fusillade, sombre présage, éclate dans la quinzaine qui voit la chute de Pnom Penh et de Saigon, les deux bastions américains en Asie dans la lutte contre le communisme international à l’apogée de la guerre froide soviéto-américaine. C’était le 13 avril 1975, date généralement retenue pour le début d’une guerre qui va saper les fondements du Liban, briser sa cohésion nationale et la cohabitation libano palestinienne, rompre la solidarité arabe et enrichir de surcroît le martyrologe contemporain de certains de ses plus dramatiques épisodes. Qu’on en juge.

Le lendemain de cette fusillade, Beyrouth tant vantée alors pour sa convivialité inter communautaire se crispe et se tétanise avant de basculer dans la guerre civile. Les objectifs initiaux de la guerre vont vite être dépassés et les rivalités interconfessionnelles vont s’enchevêtrer avec les enjeux stratégiques des puissances régionales -Arabie saoudite, Égypte, Israël, Syrie, Irak, Iran et Libye-, et de leurs parrains respectifs -les États-Unis et l’Union Soviétique- pour transformer ce paisible pays en un polygone de tir permanent de la technologie militaire de l’après Vietnam.

La route internationale Beyrouth Damas, veine jugulaire de la métropole libanaise vers l’hinterland arabo musulman, devient la ligne de démarcation de deux univers qui ne cesseront dès lors de graviter dans des orbites différents.
À l’arrière plan des pourparlers de paix égypto israéliens, sur fond de conflit irako iranien, les protagonistes se rejetteront mutuellement la responsabilité d’un conflit aux multiples rebondissements. Ils feront flamber dans une sorte de Potlatch, le rituel d’ostentation et d’autodestruction dans les sociétés primitives, le Saint-Georges et le Phoenicia, joyaux de l’industrie hôtelière de l’Orient. Pour alimenter leur trésor de guerre, ils pilleront la « British Bank of Middle East » et les autres établissements de la célèbre « Rue des banques ».

Telle une sarabande mortifère, La Quarantaine, Damour, Tall El Zaatar en 1976, puis Sabra et Chatila en 1982 passeront dans l’histoire comme de sanglantes illustrations de la déraison humaine. La Kalachnikov, le fusil d’assaut soviétique symbole des luttes de libération du tiers-monde et son équivalent américain, le M16, seront vite déclassés au profit des batteries de D.C.A. transformées en mitrailleuses à tirs rapides. Elles-mêmes seront supplantées par les missiles sol-sol français Crotale et soviétique GRAD, puis par les bombes à implosion lâchées lors du siège de Beyrouth en juin 1982 par les Israéliens à la poursuite des dirigeants palestiniens. Le point d’orgue sera atteint en 1983-1984 par la terrifiante artillerie de marine du destroyer américain « New Jersey » rescapé de la 2me guerre mondiale et remis en service pour la circonstance.

En février 1984, neuf ans après la fusillade de Beyrouth, la plus importante armada de l’après-guerre était déployée aux larges des côtes libanaises. S’y côtoyaient à quelques encablures, la flotte soviétique dont les alliés syriens s’opposaient à la constitution d’un axe proaméricain Le Caire Tel-Aviv Beyrouth, et la marine de guerre de quatre pays de l’Otan (États-Unis, France, Grande Bretagne, Italie), accourus deux ans plus tôt sous la bannière de la Force Multinationale occidentale pour assurer l’évacuation des combattants palestiniens retranchés dans Beyrouth assiégée.

Derniers arrivés, les Occidentaux partiront les premiers sous le coup de boutoir d’une mystérieuse organisation à l’efficacité redoutable, le Jihad islamique. Les uns, les États-Unis, sans délai, les autres, les Français, sans précipitation, laissant en 18 mois près de 300 victimes tués dans des attentats à Beyrouth contre les quartiers généraux américains et français. Les Israéliens, sollicités dès 1976 par le camp chrétien, prennent pied au sud Liban en 1978 avant de pousser aux portes de Beyrouth quatre ans plus tard, en 1982. Au printemps 1985, opérant une retraite sans gloire sans avoir rempli leurs objectifs initiaux, ils dénombreront près de 600 tués et 3.000 blessés dans ce que l’un des leurs qualifiera de « Guerre des dupes ». Les Palestiniens, auparavant, avaient perdu leur sanctuaire libanais où ils étaient implantés militairement depuis 14 ans.

Génération orpheline d’un espoir révolutionnaire, la coalition palestino progressiste, jadis fer de lance de la contestation arabe, s’est, elle, disloquée dans un rejet mutuel supplantée par des guérilleros du type nouveau : les combattants islamistes, lesquels tiendront l’Occident en haleine pendant près d’une décennie avec l’infernale spirale des otages, dont la plus illustre victime sera paradoxalement le plus brillant représentant de la jeune génération d’arabisants occidentaux, le Français Michel Seurat. De tous les protagonistes, seuls les Syriens subsisteront, devenant désormais un élément incontournable de l’échiquier libanais.
Les Chrétiens libanais repliés dans le « Marounistan », selon l’expression du journaliste américain Jonathan Randall, chercheront à compenser leur solitude par une dévotion sans limite à la mémoire de leur chef fédérateur Bachir Gemayel. Une poignée de ses fidèles nostalgiques se révoltera en mars 1985 contre son frère et successeur le président Amine Gemayel, lequel à la fin de son mandat, suprême humiliation pour un seigneur du terroir, sera interdit de séjour dans son propre pays.

Dans la foulée, le camp chrétien, comme décapité, basculera dans un cycle de violence, culminant en 1989 avec le combats des chefs qui mettra aux prises le chef des milices Samir Geagea au général Michel Aoun, commandant de l’armée régulière et chef du gouvernement transitoire. Cette guerre fratricide aura dévasté le camp chrétien beaucoup plus durablement que l’ensemble du conflit libanais et dont l’épilogue sanglant aura achevé de désorienter la communauté catholique du Liban et, au delà la chrétienté d’Orient.

Dans cette ambiance de folie meurtrière, le président élu René Mouawad connaîtra un magistère aussi éphémère que son prédécesseur Bachir Gemayel et un sort tragiquement identique. Il périra sous les bombes, fait symptomatique, le 22 novembre 1989, jour anniversaire de l’Indépendance du Liban, alors que les derniers en date des belligérants chrétiens étaient renvoyés dos à dos, le général Aoun en exil à Paris et Samir Geagea en prison.

De ces péripéties guerrières, la fonction politique de Beyrouth et le rôle économique du Liban en pâtiront inexorablement. Naguère ville d’avant garde et haut lieu du cosmopolitisme, concentrant les succursales d’une centaine de banques parmi les plus importantes du monde, Beyrouth, sous l’ombre tutélaire de deux établissements de renom, l’Université américaine (AUB) et l’Université pontificale des Pères Jésuites (USJ), a favorisé l’éclosion culturelle et la cohabitation intellectuelle de personnages aussi antinomiques que Georges Habbache, médecin, chrétien, palestinien, marxiste, chef du Front Populaire pour la Libération de Palestine, diplômé de l’Université américaine et l’un des plus virulents partisans de la guérilla anti-américaine, Jalal Sadek Al Azm, un intellectuel musulman pourfendeur dans deux ouvrages retentissants de l’intelligentsia arabe et de la religiosité musulmane ou encore le célèbre poète libanais Chrétien Said Akl, auteur des hymnes les plus majestueux à la gloire de l’Islam et de l’arabisme, particulièrement de la dynastie omeyyade de Damas.

Au crépuscule de sa vie, Georges Habbache, frappé de paralysie politique par l’effondrement de son allié soviétique et la défection de ses soutiens arabes sera frappé, par réaction somatique, d’hémiplégie. Quant au philosophe syrien, banni du Liban, il dispensera son enseignement à la prestigieuse université de Princeton (États-Unis), alors que le poète libanais, prix Lénine de la Paix, opérant une reconversion sans gloire, versera dans un militantisme religieux à l’image de bon nombre de ses coreligionnaires.

Capitale surdimensionnée, à contre-courant du monde arabe dont elle secouera régulièrement la léthargie, Beyrouth a compensé par une fonction tribunitienne la défaite historique du nationalisme arabe, donnant le ton à toutes les manifestations de protestation pan arabes. Toutes les chapelles du nationalisme, du marxisme et du fondamentalisme politique ou religieux y avaient pignon sur rue et disposaient de journaux forts documentés sur la situation de leur pays d’origine, à la plus grande satisfaction et au plus grand bénéfice de près de 500 correspondants de la presse internationale accrédités à Beyrouth, qui faisait office en la circonstance de capitale régionale de l’information.

Abritant avant-guerre près de 3.000 imprimeries et une centaine de maisons d’édition, Beyrouth a produit une littérature politique supérieure en quantité et souvent en qualité à la totalité des pays arabes et se jouant de la censure -courante dans ces pays- en a assuré la diffusion.
Dans les années 1960-1970, en plein boom économique, à proximité des boîtes de nuit les plus luxurieuses d’Orient, les Beatles et la philosophie psychédélique de l’américain Timothy Leary pâtiront à Beyrouth de l’attrait qu’exerçaient sur les jeunes militants arabes les œuvres du grand timonier chinois Mao Tsé Toung ou les écrits du triptyque universitaire de la révolte étudiante de Mai 1968 en France, l’économiste Charles Bettelheim, le philosophe Louis Althusser et le politologue Nicos Poulantzas.

Pendant qu’une bonne partie de la planète vibrait aux exploits fantasmagoriques de James Bond ou compatissaient aux souffrances d’Aly Mac Graw dans « Love Story », Beyrouth, signe prémonitoire, réservait sa plus forte audience au film de Costa Gavras « Z » sur les agissements de la CIA, la centrale américaine du renseignement, dans un pays méditerranéen proche du Liban.

C’est dans Beyrouth que la Résistance palestinienne a trouvé aide et refuge après le septembre noir jordanien (1970) et que se sont aguerris les premiers chefs des pasdarans iraniens, tombeurs de la dynastie Pahlévi, bastion américain de la zone pétrolifère du Golfe. C’est dans cette ville encore que tous les opposants arabes, bourgeois ou révolutionnaires, capitalistes ou déshérités, en délicatesse avec les autorités de leur pays, en rupture de ban avec leur société d‘origine, ont cohabité pêle-mêle aux côtés des maquisards pourchassés du Golfe à la Méditerranée, aussi bien les Arméniens de l’ASALA que les Kurdes du PKK, les Somaliens ou les Érythréens, les Saoudiens et les Yéménites regroupés au sein du Front de Libération de la Péninsule Arabique. C’est dans cette ville enfin assiégée par les Israéliens en juin 1982 que Yasser Arafat assurera avoir humé dans son sanctuaire transformé en camp retranché « les senteurs du paradis » (Rawaeh Al Jannah), le pressentiment de l’au-delà.

Rafic Hariri, victime majeure du discours disjonctif occidental

C’est dans ce contexte que surgit Rafic Hariri, avec ses bulldozers et ses travaux de déblaiement en pleine invasion israélienne du Liban, en 1982, rénovateur de Beyrouth dont il s’en emparera carnet de chèques à la main, sans toutefois réussir à conquérir son âme, qui en sera sa tombe, ignorant ou feignant d’ignorer que l’ancrage sunnite de Beyrouth ressortait non du mercantilisme qu’il incarnait, mais du nationalisme arabe militant qu’il combattait avec vigueur, en contradiction avec les idéaux de sa jeunesse, en contradiction avec la tradition militante de la capitale, unique foyer de contestation du Monde arabe.
Dans la griserie de l’époque, ni Jacques Chirac ni Rafic Hariri n’avaient relevé la coïncidence de la propulsion du milliardaire libano saoudien aux responsabilités gouvernementales au Liban, l’année même de l’entrée en scène du Hezbollah chiite dans l’arène politique libanaise, en 1992, occultant de ce fait la montée en puissance des Chiites au Liban et de l’Iran au Moyen orient, dans la foulée de l’enlisement américain en Irak et en Afghanistan et les bouleversements démographiques et géostratégiques que cette nouvelle donne induisait sur le double plan libanais et régional.

Désormais majoritaires, adossés aux deux grandes puissances régionales, qui plus est les chefs de file des deux courants de l’Islam, l’Arabie saoudite et l’Iran, sunnites et chiites libanais se substitueront aux anciennes communautés fondatrices du Liban, -druzes et maronites-, dans le commandement de la vie politique libanaise, modifiant radicalement l’équation libanaise que Hariri de même que son compère Chirac, les yeux rivés sur l’Arabie saoudite, leur Mecque politique commune, continuaient de lire avec une ancienne grille de lecture, une grille exclusivement sunnite.

Mal leur en prit. Cédant aux sollicitations de son protégé libanais qui pensait mettre au pas la Syrie au profit de son protégé sunnite le vice président syrien Abdel Halim Khaddam, à la faveur du bouleversement géopolitique induit par l’invasion américaine de l’Irak, Jacques Chirac va opérer un infléchissement de sa politique dans un sens atlantiste, parrainant une résolution du Conseil de sécurité (N°1509, 2 septembre 2004) préconisant le retrait militaire syrien du Liban.
Résolution fatale à Rafic Hariri. La Syrie se retirera effectivement du Liban, mais l’ancien partenaire en affaires des dirigeants syriens et nouveau chef de file de l’opposition anti-syrienne sera assassiné le 15 février 2005, six mois après l’adoption de ce document, de même que certains principaux vecteurs de la francophilie au Moyen Orient, les deux journalistes du quotidien pro occidental « An Nahar » (Gébrane Tuéni et Samir Kassir), alors que le président français était caramélisé à son tour, trois mois plus tard, par sa déroute au référendum européen le 29 mai 2005.

Le roi Fahd d’Arabie, le principal bailleur de fonds des équipées occidentales dans le monde arabo musulman et protecteur de l’ancien premier ministre libanais, décédait, lui, six mois après l’assassinat de Hariri, en Août 2005, au moment même où l’Iran, le grand rival chiite et pétrolier de l’Arabie saoudite, se dotait d’un nouveau président en la personne de Mohamad Ahmadinijad, un dur parmi les durs, un ancien des gardiens de la révolution.

Épreuve supplémentaire, Jacques Chirac vivra la guerre de destruction israélienne du Liban, en juillet 2006, en situation cataclysmique : son enfant chéri, politiquement parlant, Rafic Hariri, assassiné un an auparavant, son œuvre qui le destinait à la postérité, la reconstruction du centre-ville de Beyrouth, fera à son tour l’objet d’une démolition systématique de la part du nouveau meilleur allié de la France, le premier ministre israélien Ehud Olmert. Les nouveaux bâtisseurs de Beyrouth ne seront pas forcément les Hariri et Jacques Chirac ne sera plus non plus au pouvoir lorsque le nouveau Beyrouth sera reconstruit dans quinze ans.
La France, de concert avec Israël, s’est livrée en 1956 à une expédition punitive contre l’Égypte pour punir Nasser d’avoir nationalisé le canal de Suez. Cinquante ans après en 2006, elle préconisait des « mesures coercitives » contre le Hezbollah. Les réflexes coloniaux demeures tenaces en France, réduisant la « politique arabe de la France » à la fréquentation des milliardaires, et, dans le cas d’espèce, pour Chirac, principalement le Roi du Maroc, Rafic Hariri, auparavant Saddam Hussein.
Principal latifundiaire du pays, propriétaire de près du cinquième de la superficie d’un minuscule État de 10 000 km2, par ailleurs propriétaire d’un empire médiatique surpassant l’ensemble du parc libanais, disposant de surcroît d’une fortune personnelle supérieure au produit national brut, monopolisant en outre l’expression politique de l’islam sunnite libanais, Rafic Hariri était d’un calibrage conforme aux spécifications de ses mentors, son parrain saoudien et le protecteur américain de la pétromonarchie. Dans un pays désarticulé et segmenté en une multitude de communautés religieuses, sa protubérance paraissait inadaptée aux structures libanaises.

Que le combat contre l’arbitraire ait été mené par cet homme-là qui s’est longtemps vécu abusivement comme le président effectif du Liban, un homme que les chrétiens accusaient en catimini d’« islamiser la terre libanaise » en raison de ses achats massifs de biens fonciers, participe d’un dévoiement de la pensée.

Que l’alliance entre l’un des rares dirigeants arabes se réclamant du socialisme, Walid Joumblatt, et un parfait représentant du pan capitalisme pétro monarchique pro américain ait abouti au terme de son processus, en juin 2005, à l’éviction de la scène politique de l’ancien Premier ministre Sélim El Hoss et du député nationaliste Najah Wakim, deux forts symboles de la lutte anti corruption, porte en germe la marque d’une dégénérescence de la vie démocratique du pays.
Qu’une telle alliance ait entraîné l’élimination des deux seuls parlementaires qui n’aient jamais pratiqué la vendetta (Omar Karamé, ancien Premier ministre lui-même et frère d’un Premier ministre assassiné, Rachid Karamé, et Soleimane Frangieh dont toute la famille a été décapitée par les milices chrétiennes), que cette double éviction se soit accompagnée du blanchiment simultané de tous les criminels de guerre libanais sans égard pour leurs victimes sanctionne la déliquescence morale de la nation.

À défaut de contrepoids, faute de balises, ce vizir qui se rêvait à la place du grand vizir, électron libre aux effets centrifuges, a pu paraître comme un facteur de déséquilibre, un instrument de déstabilisation pour le Liban et son voisinage immédiat.
Chef du clan américano saoudien au Liban, Rafic Hariri, ancien partenaire de la Syrie reconverti en fer de lance du combat anti baasiste, a été, en protée de la vassalité, un exécutant majeur de la pantomime du Moyen-Orient, et, à ce titre, une victime majeure du discours disjonctif occidental, discours prônant la promotion des valeurs universelles pour la protection d’intérêts matériels, discours en apparence universel mais à tonalité morale variable, adaptable en fonction des intérêts particuliers des États et des dirigeants.

L’histoire du Monde arabe abonde de ces exemples de « fusibles » magnifiés dans le « martyr », victimes sacrificielles d’une politique de puissance dont ils auront été, les partenaires jamais, les exécutants fidèles, toujours. Dans les périodes de bouleversement géostratégique, les dépassements de seuil ne sauraient se franchir dans le monde arabe sans déclencher des répliques punitives.
Le Roi Abdallah 1er de Jordanie, assassiné en 1948, le premier ministre irakien Noury Saïd, lynché par la population 10 ans après à Bagdad, en 1958, ainsi que son compère jordanien Wasfi Tall, tué en 1971, le président égyptien Sadate en 1981, le président libanais Bachir Gemayel, dynamité à la veille de sa prise du pouvoir en 1982, l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri en 2005, et l’ancien premier ministre du Pakistan Benazir Bhutto en 2007, enfin, constituent à cet égard les plus illustres témoins posthumes de cette règle non écrite des lois de la polémologie si particulière du Moyen-Orient. Tel pourrait être l’enseignement majeur de cette séquence dont la victime principale aura été l’espérance.
Un des rares hommes politiques libanais de premier plan à s’être propulsé à la tête de l’état sans avoir auparavant exercé le moindre mandat électif, ni la moindre fonction politique, M. Hariri cherchera à compenser par sa fortune et ses amitiés internationales son inexpérience politique et gouvernementale. Homme de parade, il occupera pendant vingt-sept ans (1978 -2005) le devant de la scène politique et médiatique d’abord en tant qu’hommes d’affaires, puis pendant ses dix ans de pouvoir (1992-1998/2000-2004) comme chef de gouvernement.
Relayé par une importante force de frappe cathodique, il reléguera à l’arrière-plan non seulement la totalité de la classe politique, mais également le pays lui-même. Il exercera une sorte de magistère de la parole pour promouvoir son projet politique d’identification substitution, confondant dans sa personne et l’état et la nation, donnant par la même un rare exemple de prépotence. A l’heure du bilan, l’erreur lui sera fatale tout comme son excès de confiance dans ses capacités de gestionnaire sur le plan économique et de manœuvrier sur le plan politique.
Pur produit de la financiarisation de la vie publique nationale du fait de la mondialisation économique, à l’exemple de l’italien Silvio Berlusconi, Rafic Hariri aura implosé à l’instar d’une bulle financière, en purge d’un passif, en solde de tout compte.

Abdel Halim Khaddam, Moustapha Tlass, les deux cautions sunnites du régime baasiste syriens happés par les pétrodollars saoudiens

Au-delà de Rafic Hariri, la « diplomatie du carnet de chèques », maniée de tous temps par les Saoudiens, pour restaurer le pouvoir sunnite tant à Beyrouth qu’à Damas aura ainsi montré son indigence et ses limites et ses vecteurs, son manque de consistance : Les deux cautions sunnites inamovibles du pouvoir alaouite, pendant trente ans, le général Moustapha Tlass, ministre de la Défense, et Abdel Halim Khaddam, ministre des Affaires étrangères, deux personnalités de premier plan, présumées socialistes du régime baasiste, céderont finalement aux sirènes des pétrodollars saoudiens, avant de se désintégrer.
Le militaire laissera convoler sa fille Nahed, une belle tige de la société syrienne, vers le septuagénaire marchand d’armes saoudien Akram Ojjeh, avant de sombrer dans le comique d’un problématique doctorat universitaire parisien, tandis que le diplomate laïc versait dans l’affairisme Haririen et l’intégrisme religieux des « Frères Musulmans », avant de se carboniser.

Détail piquant, l’homme en charge du dossier libanais en Syrie pendant trente ans, celui-la même qui était craint par les diverses factions libanaises et redouté par les chancelleries arabes et occidentales qui tonnait la foudre et ordonnait les accalmies, à ce titre responsable au premier chef des dérives syriennes au Liban, le vice-président de la République Abdel Halim Khaddam, sera promu comme sauveur suprême de la Syrie et du Liban. Il se retrouvera relégué aux oubliettes de l’histoire lâché par tous, y compris par ses nouveaux alliés, l’organisation des « Frères musulmans », celle là même qui s’était lancée à l’assaut du pouvoir, en février 1982, en vue de faire trébucher le régime baasiste dont il était un des piliers, à quatre mois de l’invasion israélienne du Liban.
Le bien nommé Khaddam, dont le patronyme en arabe signifie littéralement « le serviteur », reniera singulièrement son militantisme après avoir abusivement ponctionné le Liban, opérant par cupidité la plus retentissante reconversion de l’histoire politique récente, finissant sa vie en factotum de son coreligionnaire sunnite libanais Rafic Hariri. Amplement gratifié de sa forfaiture d’un somptueux cadeau, -la résidence du nabab pétrolier grec, Aristote Onassis, sur la plus célèbre artère de la capitale française, l’Avenue Foch—le renégat devra livrer bataille devant la justice française afin de se maintenir dans les lieux, alors que son pendant français, l’ancien président Jacques Chirac avait droit à un appartement avec vue sur Seine Quai Voltaire à Paris. Judas a trahi son Seigneur pour trente deniers. D’autres trahisons valent certes leur pesant d’or mais accablent le renégat d’un discrédit pour l’éternité.
Éternel trouble-fête de la politique arabe, la Syrie, sur la sellette après l’implosion de l’Irak en 2003, opérera, parallèlement, un rétablissement spectaculaire, déjouant la manœuvre d’étranglement dont elle était l’objet de la part des grands pays arabes sunnites en vue de provoquer sinon l’effondrement du régime baasiste, à tout le moins la rupture de son alliance stratégique avec l’Iran.

Unique pays se réclamant de la laïcité dans le Monde arabe, mais, paradoxalement, partenaire stratégique de l’unique régime théocratique se réclamant du chiisme, la République Islamique d’Iran, la branche rivale du sunnisme, segment dominant dans les pays arabes, la Syrie a été, simultanément et cumulativement accusée d’être un foyer du terrorisme international, un pivot de l’axe du mal, le phagocytaire du Liban et de la Palestine, le fossoyeur du leadership libanais.
Pointée du doigt pour sa responsabilité présumée mais non avérée dans l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri, la Syrie sera mise en quarantaine diplomatique, régulièrement soumise, de surcroît, en toute impunité, à des coups de butoir d’Israël, tantôt par un mystérieux raid aérien au-dessus du nord syrien, à l’automne 2007, tantôt par l’assassinat sur son sol d’un chef militaire du Hezbollah Imad Moughniyeh, le Maître d’œuvre des opérations anti-occidentales au Moyen-Orient depuis vingt ans.

Mais ce paria-là, selon le schéma occidental, s’est trouvé être en phase avec la multitude des « laissés pour compte » de la paix, à tout le moins perçu comme tel, au-delà des turpitudes dont il peut être à tort ou à raison crédité, qui voient en lui l’ultime porteur de la revendication nationaliste arabe, à une période de l’histoire marquée par une déperdition identitaire et une religiosité régressive.

Redoutable honneur qui lui vaut l’hostilité sans nuances des pays qualifiés de « modérés » dans le jargon diplomatique et médiatique occidental, principalement l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Jordanie c’est-à-dire les régimes affligés des mêmes tares d’autoritarisme, de népotisme et de corruption que le régime syrien mais que leur alignement docile au camp occidental exonère de toute critique.
Sous le souffle du boulet, la Syrie pliera mais ne rompra pas, alors que son grand rival arabe l’Égypte se, muait en « passeur de plats » de la stratégie israélo américaine dans la zone.

Le plus grand pays arabe, longtemps cauchemar de l’Occident, se révélera sous Moubarak, un nain diplomatique, le pantin disloqué de la stratégie israélo américaine, curieuse mutation de ce pays en un demi-siècle, de Nasser à Moubarak, illustration pathologique des dérives du Monde arabe, de la confusion mentale de ses dirigeants et de leur servilité à l’ordre occidental, à en juger par leur comportement honteusement frileux durant les deux dernières confrontations israélo-arabes, la guerre de destruction israélienne du Liban, en juillet 2006, et la guerre de destruction israélienne de Gaza, deux ans plus tard, en décembre 2008.
Par un invraisemblable renversement d’alliance qui témoigne du strabisme stratégique de l’Égypte, c’est la Syrie, son ancien partenaire arabe dans la guerre d’indépendance, et non Israël, qui constitue désormais sa bête noire. C’est Gaza, à bord de l’apoplexie, qui est maintenu sous blocus et non Israël, ravitaillé en énergie à des prix avantageux, défiants toute concurrence, sans doute pour galvaniser la machine de guerre israélienne contre un pays sous occupation et sous perfusion, la Palestine.

Le Primus inter pares des Arabes est désormais « le passeur des plat » officiel de la diplomatie israélo américaine. Un triste destin pour Le Caire, Al-Kahira, la victorieuse dans sa signification arabe, ravalée désormais au rang de chef de file de « l’axe de la modération arabe ».
L’ancien chef de file du combat indépendantiste arabe, amorphe et atone, assumant, désormais, sans vergogne, le rôle de chef de file de l’axe de la soumission et de la corruption…l’axe de la résignation et de la capitulation…l’axe de la trahison des idéaux du sursaut nassérien.
Son primat diplomatique est remis en question par l’émergence des deux puissances musulmanes régionales non arabes, l’Iran et la Turquie, dans la suppléance de la défaillance diplomatique arabe, de même que son primat militaire, relégué aux oubliettes par la relève rebelle des artisans victorieux de la nouvelle guerre asymétrique contre Israël, le chiite Hezbollah libanais et le sunnite Hamas palestinien, rendant obsolète la fausse querelle que tentent d’impulser l’Arabie Saoudite et l’Égypte entre les deux branches de l’Islam dans l’espace arabe.

Suprême humiliation, Bachar Al Assad, tant vilipendé par Nicolas Sarkozy au début de son mandat présidentiel, sera l’un des ses principaux interlocuteurs, en fin de mandat, le principal levier de l’influence française au Proche orient depuis le naufrage du projet phare de la diplomatie sarkozienne l’« Union Pour la Méditerranée » et les camouflets successifs que ce « sang mêlé », meilleur allié d’Israël dans l’histoire de la Vme République, subira de la part de son « pays de prédilection », particulièrement ses alliés du Likoud.

N’en déplaise aux analystes occidentaux, le monde arabe est redevable à l’Iran d’un basculement stratégique qui a eu pour effet de neutraliser quelque peu les effets désastreux de la défaite arabe de juin 1967, en substituant un régime allié d’Israël, la dynastie Pahlévi, le meilleur allié musulman de l’état hébreu, par un régime islamique, reprenant à son compte la position initiale arabe scellée par le sommet arabe de Khartoum (Août 1967) des « Trois NON» (non à la reconnaissance, non à la normalisation, non à la négociation) avec Israël, offrant à l’ensemble arabe une profondeur stratégique en le libérant de la tenaille israélo iranienne, qui l’enserrait dans une alliance de revers, compensant, même, dans la foulée, la mise à l’écart de l’Égypte du champs de bataille du fait de son traité de paix avec Israël.

En retour, les Arabes mèneront contre l’Iran, un pays déjà sous embargo, dans une démarche d’une rare ingratitude, une guerre de dix ans, via l’Irak, éliminant au passage le chef charismatique de la communauté chiite libanaise, l’Imam Moussa Sadr (Libye 1978), combattant dans le même temps l’Union soviétique en Afghanistan, le principal pourvoyeur d’armes des pays du champ de bataille contre Israël. Son comportement erratique à l’égard de ses alliés naturels (l’Union soviétique et l’Iran), explique le discrédit du monde arabe sur la scène internationale et une part de son collapsus stratégique.
Comme un pied de nez à l’ensemble arabe, l’Iran, malgré guerres, embargo et ostracisme, accédera au rang de « puissance seuil nucléaire », alors que le Monde arabe, qui a engagé près de deux mille milliards de dollars au titre des dépenses militaires depuis le dernier tiers du XX me siècle, soit environ 50 milliards de dollars par an en moyenne, demeure impotent privé des trois attributs de la puissance moderne, -la capacité de projection de puissance, la capacité de dissuasion nucléaire, la capacité spatiale du renseignement-, autant d’attributs qui lui font cruellement défaut à l’ère de la société de l’information et de son application militaire, l’info guerre.

Strategic Foresight Group (SFG), chiffrait, quant à lui, à douze mille milliards de dollars la somme perdue du fait des guerres qui ensanglantent l’ensemble du Proche-Orient depuis 1991. Ce coût englobant aussi bien les pertes humaines que les dégâts infligés à l’écologie, aux répercussions sur l’eau, le climat, l’agriculture, en passant par la croissance démographique, le chômage, l’émigration, la hausse des loyers, le prix du pétrole, voire même l’éducation.
Plus de cinquante experts d’Israël, des territoires palestiniens, d’Irak, du Liban, de Jordanie, d’Égypte, du Qatar, du Koweït et de la Ligue arabe ont participé à cette étude menée par ce groupe de réflexion basé en Inde et soutenu par la Suisse, la Norvège, le Qatar et la Turquie. Le rapport de 170 pages, publié en 2010, pointe par exemple les centaines de milliers d’heures de travail perdues par les Palestiniens aux check points (barrages israéliens). Il révèle aussi que 91% des Israéliens vivent dans un perpétuel sentiment de peur et d’insécurité.
Sauf à entraîner le monde arabe dans un déclin irrémédiable, une claire rupture avec la logique de la vassalité s’impose, alors que la scène internationale s’achemine vers un choc entre le leader en devenir (la Chine) et la puissance déclinante (les États-Unis), impliquant une vaste redistribution des cartes géopolitiques à l’échelle planétaire.

Le Liban, un vaste cimetière des illusions perdues

Quarante ans après le cataclysme déclencheur, le Liban apparaît comme déconnecté, en proie à l’affairisme, la population atteinte du « syndrome de Beyrouth », sorte de rétrécissement du champ affectif et mental. Hormis la guerre irako iranienne, et sous réserve du bilan final de la guerre de Syrie, la guerre du Liban revendique, par son bilan (150.000 morts), l’un des plus forts taux de mortalité des conflits régionaux contemporains, infiniment plus élevé que la totalité des guerres arabo israéliennes combinées.

Légendaire symbole du Liban, la qualité de vie a été viciée par des politiciens cupides et avides. Le pays du lait et du miel tant vanté par la Bible a été transformé en un dépotoir nucléaire, cruelle ironie du sort, avec la complicité d’hommes en charge de l’environnement, avec à l’horizon un risque de désertification du fait d’incendies périodiques de nature criminelle. Le patrimoine archéologique des vieux quartiers de la capitale, -la célèbre Beryte et sa faculté de Droit de l’époque romaine- risque une dénaturation par de lucratifs projets d’urbanisation moderniste.

Quarante après, la guerre du Liban apparaît ainsi, rétrospectivement, comme l’histoire d’un incommensurable gâchis et le Liban un gigantesque cimetière des illusions perdues. De ce naufrage ne subsiste que la place de Beyrouth dans la mémoire collective arabe, la mère de toutes villes du récit de la résistance arabe dans sa double, version Beyrouth ouest, en 1982, et Beyrouth sud, en 2006, le Vietnam d’Israël, son titre de gloire qui passera à la postérité.

Beyrouth, immarcescible

Beyrouth revendique, en effet, le privilège unique au Monde d’avoir symbolisé, à deux reprises dans l’histoire contemporaine, la résistance arabe à l’hégémonie israélo américaine. La première fois, en 1982, lors du siège de la capitale libanaise par le général Ariel Sharon, du temps où le sunnisme s’identifiait au combat nationaliste, depuis le fief du sunnisme libanais à Beyrouth Ouest.
La deuxième fois, en 2006, depuis Beyrouth Sud, cette fois, (Ad Dahyah al Jounoubiyah, littéralement la banlieue sud de la capitale), le fief chiite de la capitale, du temps du coma du général Ariel Sharon, où le chiisme libanais suppléant la vassalisation du sunnisme arabe à l’axe israélo américain prenait sa relève en vue de pérenniser le combat nationaliste arabe.

C’est Beyrouth, jadis symbole de la douceur de vivre, qui livrera face à un immobilisme arabe quasi-général un combat solitaire contre les assaillants israéliens, en 1982, pour que cette ville qui fut pendant un quart de siècle le vivier du nationalisme militant échappe au déshonneur de la capitulation.
C’est Beyrouth, encore une fois, qui lavera l’honneur arabe, en 2006, sous l’égide du moine soldat de l’Islam moderne Hassan Nasrallah, infligeant un camouflet aux Israéliens, rééditant son exploit 24 ans après, en dépit de la complicité d’une large fraction des pays arabes.
Au-delà de ces tragiques événements, un fait demeure, toutefois, lourd de conséquences pour l’avenir : Pour la première fois dans l’Histoire, l’unique président chrétien du Monde arabe aura été ostracisé du fait de la France, traditionnelle protectrice des Chrétiens arabes et la vacance de pouvoir qui s’est ensuivi, a constitué un dangereux précédent lourd de conséquences.

Ce bilan est à mettre, au premier chef, au passif de Jacques Chirac, sans qu’il ait été possible d’établir avec certitude si l’initiative du président français de l’époque était commandée par un grand dessein de la France ou commanditée par un devoir de gratitude à l’égard de son bienfaiteur. Un devoir d’un commandité à l’égard de son hôte obligeamment hospitalier, au-delà de son assassinat, maintenant, au-dessus du Liban, une « épée de Damoclès », matérialisée par le Tribunal Spécial sur le Liban, dont le verdict pré déterminé fait planer des risques non seulement sur le Liban, mais sur la famille de son propre bienfaiteur, en ce qu’il confie à son héritier la responsabilité de la mise à mort, symbolique, de l’unique formation politico-militaire arabe victorieuse d’Israël. Une mission suicidaire, s’il en est, par sa perversité.

Quoiqu’il en soit, une brèche constitutionnelle s’est ouverte, qui devrait conduire les nostalgiques du Liban d’antan à se résoudre à l’évidence. Le Liban ne sera plus ce que son géniteur -la France- a voulu qu’il soit : un foyer chrétien, principalement Maronite, en Orient au bénéfice exclusif de la politique occidentale.
Conscience critique de toute une génération politique, soupape de sécurité des gouvernements arabes pendant un demi siècle, pacifiée, normalisée, reconstruite par Rafic Hariri, à nouveau détruite par Israël, Beyrouth, immarcescible, demeure le pôle de référence inoxydable de la combativité libanaise et arabe, exerçant désormais une fonction traumatique à l’égard des Israéliens, au grand désespoir des Occidentaux, de leurs alliés arabes et du Clan Hariri au Liban.
Sic Transit Gloria Mundi… Ainsi passent les gloires de ce monde.

Pour aller plus loin

Vert est aussi la couleur de l’argent (et du pouvoir)

Cook-et-al-2013-déboulonné-300x195

PHILIPPE DAVID :

Pendant que vous regardez les idiots-utiles de la religion verte se geler les couilles samedi dernier, j’aimerais vous entretenir que quelques faits que vous ignorez probablement au sujet de cette idée reçue au Québec que le réchauffement climatique est causé par l’homme et qu’il y a urgence de déconstruire toute l’industrie du carbone et de la remplacer par de l’énergie renouvelable à grands coups de subventions afin de « sauver la planète ».

97% des scientifiques sont de cet avis?

Le Président Obama lui-même a gazouillé sur Twitter que 97% des scientifiques étaient d’accord sur le fait qu’il y a un réchauffement global, qu’il est causé par l’homme et que nous courons vers la catastrophe. Si Obama le dit, ça doit être vrai, non?

En fait, non, ça ne l’est pas et même si ça l’était, ça ne ferait aucune différence parce que cette affirmation est tout simplement un sophisme d’appel à l’autorité. De dire que 97% des experts sont d’accord ne prouve rien du tout.  Dans l’histoire de l’humanité, plusieurs théories ont fait l’objet d’un consensus comme l’idée que la terre était plate, par exemple. Peu importe le nombre de gens qui y croyaient pendant des siècles, nous savons qu’ils avaient tous tort. La seule chose qui importe en science, ce sont des résultats réels et reproductibles, pas les opinions. Il suffit d’une expérience dont les résultats contredisent une hypothèse pour que celle-ci soit invalidée. Seulement une! Le consensus est l’apanage de la politique, pas de la science.

Mais encore pire que ça, le fameux chiffre de 97% vient en fait d’une étude passablement biaisée de 12000 articles écrits depuis 1991 jusqu’à 2011 basée sur une recherche par mot-clé, réalisée par un activiste australien du nom de John Cook et un groupe de collaborateurs (Cook et al, 2013) et qui a été maintes fois réfutée.

Primo, l’étude dit dans les faits que parmis ceux qui expriment une opinion sur le réchauffement anthropogénique, 97% sont d’accord pour dire que l’activité humaine en était la cause. Pourtant, des 12 000 documents examinés, seulement 65 affirment avec un degré de certitude de plus de 50% que l’activité humaine est responsable du réchauffement et 78 indiquent totalement le contraire.

Du reste, un grand nombre de ces documents n’expriment pas d’aucune façon que le réchauffement est anthropogénique, mais ne formulent que des recommandation implicites. Voici la répartition des documents selon les opinions exprimées:
Cook et al 2013 déboulonné

Comme vous voyez, cette étude est très loin d’exprimer un consensus sur l’origine anthropogénique du réchauffement climatique, encore moins de permettre de déterminer l’adoption de politiques publiques coûteuses pour mitiger les émissions de CO2 basé sur une fumisterie statistique.

Si c’est de l’autorité que vous voulez, dites-vous bien qu’en contrepartie des 12 000 scientifiques du fameux consensus de Cook, les climatosceptiques peuvent fournir une liste de 31 487 scientifiques qui sont en désaccord, mais comme je disais plus haut, la science n’a rien à voir avec combien sont d’accord ou non avec une hypothèse.

D’ailleurs, de tous les papiers évalués par Cook et al qui expriment un soutien à l’hypothèse que le réchauffement des 150 dernières années est probablement causé par les émissions humaines de CO2, pas un seul ne démontrent empiriquement que les présomptions des modèles informatiques du GIEC sur l’influence de la vapeur d’eau et des nuages sont exactes et si elles ne le sont pas, comme le suggèrent plusieurs publications, alors le réchauffement projeté par ces modèles est grossièrement exagéré. D’ailleurs, jusqu’ici, aucun de ces modèles n’a réussi à prédire quoi que ce soit conforme aux observations. Pas un seul, par exemple, n’avait prédit la pause du réchauffement qui dure depuis 1997. Alors, pourquoi continue-t-on à écrire papier par-dessus papier en soutien de cette hypothèse? Et pourquoi basons-nous des politiques publiques se chiffrant dans les milliards sur cette présomption?

« Follow the money »

Il faut suivre le fric pour vraiment comprendre les dessous de la lubie climatique. Une des accusations fréquemment lancée par les fidèles envers les climatosceptiques est qu’ils sont financés par les méchantes pétrolières et les vilains frères Koch. En fait, selon Greenpeace, ces derniers auraient contribué pour $79,048,951 à divers thinktanks climatosceptiques de 1997 à 2010. Voici, selon eux, la répartition de ce financement maléfique:

climate denial funds

Notons au passage que les revenus de Greenpeace International se chiffraient en 2013 à 68 830 000 Euros, soit environ $72 millions USD pour une seule année. Mais voici pour vous donner une petite idée de l’ordre de grandeur des différences en financement, tout ce que le gouvernement américain a dépensé en subventions de toute sorte pour soutenir l’hypothèse du réchauffement anthropogénique:

climate-funding-US-govt-spending-web

Et c’est sans parler de toutes les subventions d’autres gouvernements à travers le monde pour la recherche sur cette même hypothèse, ni des $170 milliards en crédits de carbones échangés annuellement ou du quart de billion (trillion en anglais) de dollars en investissements au développement d’énergies renouvelables. On peut facilement constater que les frères Koch et Exxon ne font tout simplement pas le poids. Ça fait enormément de gens qui perdraient leur gagne-pain, si l’hypothèse du réchauffement anthropogénique venait à tomber.

Si avez autant d’argent à investir dans une théorie, croyez-vous que vous arriveriez à recruter un grand nombre de gens pour vous dire ce que vous voulez entendre?

Le plus ironique est que malgré tout cet argent et toute cette propagande, il n’existe toujours pas de preuve irréfutable que le réchauffement climatique est de source humaine plutôt que de causes naturelles, encore moins que ce réchauffement ait des conséquences catastrophiques.  Nous ne comprenons tout simplement pas assez les mécanismes du climat pour tirer de telles conclusions. On devrait exiger un remboursement.

Une croisade idéologique contre le capitalisme.

La photo que j’ai mis à l’en-tête de mon texte n’est pas accidentelle. Derrière la propagande catastrophiste se cache une croisade contre le capitalisme. On a depuis longtemps décidé que le fait d’attribuer le réchauffement à l’activité humaine était l’excuse parfaite pour blâmer le capitalisme et sa soi-disant exploitation et son consumérisme et promouvoir le socialisme en solution de rechange. Les gouvernements et les activistes travaillent très fort à nous convaincre que c’est notre faute, qu’il nous faut agir en réduisant notre dépendance aux hydrocarbures et en pratiquant la simplicité volontaire. Tout le discours mathusien voulant que nous allons épuiser toute nos ressources est orienté vers ce seul but.

Ils n’ont pas réussi à nous convertir au communisme et à la planification centrale entière de notre économie à travers la lutte les classes, alors les melons d’eau veulent le réaliser en nous faisant croire que nous détruisons la planète par notre propre cupidité et que la seule façon de renverser la vapeur est de nous soumettre à la planification économique d’un gouvernement omniscient. N’avons-nous pas eu suffisamment d’exemples de ce que donne ce genre de planification anti-marché pour réaliser ce que ça va donner?

Regardez ce que ça nous donne au Québec avec ses politiques sur les éoliennes, les hydroliennes, l’électrification des transports, les bixis, etc.,  et notre résistance à tout développement de ressources pétrolières et gazières  Combien de millions gaspillons-nous à chaque année alors que nous sapons notre propre économie?

Et si le réchauffement était naturel?

Nous dépensons des milliards chaque année sous la prémisse que nous sommes responsables du réchauffement. Et si nous nous trompons? Tous cet argent que nous dépensons pour limiter nos émissions de carbone (qui dans les faits n’est non seulement pas un polluant, mais apporte même des bienfaits à la croissance des plantes), ne serait-il pas un énorme gaspillage? Pouvons-nous mitiger les effets néfastes du réchauffement d’une autre manière? Si effets néfastes, il y a? Supposons que le réchauffement faisait vraiment monter le niveau des océans, ne serait-il pas moins coûteux de construire des digues pour enrayer les inondations, que de tenter vainement de controler le climat?

Voyez-vous, il peut y avoir de multiples solutions à un problème mais pour une raison étrange, nous nous obstinons à essayer de pousser la solution qui est la plus coûteuse et la moins efficace et si quelqu’un essaie d’aller à contre-courant, on l’ostracise et on va même suggérer l’emprisonnement (comme David Suzuki, par exemple). Depuis deux décennies, on essaie d’étouffer tout débat. Il est temps d’extraire la politique du débat climatique et commencer à considérer le problème sous tous ses angles et pas seulement le carbone. Après cela, peut-être arriverons nous aux bonnes solutions.

Métro, RER : une victime de harcèlement sexuel parle

FERGUS :

Un rapport* remis au gouvernement l’affirme : 100 % des femmes qui utilisent les transports en commun de l’Essone et de Seine-Saint-denis ont été confrontées à du harcèlement sexiste ou à des agressions sexuelles dans le cadre de leurs déplacements. Effarant, non ? Et scandaleux ! Bien que le sujet soit sérieux, il n’est toutefois pas interdit de l’aborder d’une manière légère, en écoutant les conseils d’Antoinette Védrines, experte dans la lutte contre les comportements déplacés…

Expérience faite, je peux aujourd’hui l’affirmer en connaissance de cause, le métro répond à une triple nécessité : transporter les millions d’usagers de la mégalopole ; assurer durant la journée un gîte aux sans-abri et à leurs chiens ; permettre aux frustrés et aux refoulés d’assouvir dans l’anonymat leurs fantasmes et leurs obsessions. Sur ce dernier point, je pourrais vous en raconter des tonnes. À commencer par mon tout premier voyage sur la ligne 7 avec Marion, le jour même de notre embauche.

Il y avait eu ce matin-là quelques débrayages de personnel à la suite de l’agression d’un conducteur. Les rames de métro, déjà très chargées en temps normal, étaient bondées comme jamais. Poussées par la déferlante migratoire des populations laborieuses, nous avions pourtant été propulsées, Dieu sait comment, à l’intérieur d’un wagon, puis comprimées dans la masse humaine comme des harengs en caque. En moins confortable, les harengs sont formels !

Passé Châtelet et de nouvelles convulsions du magma humain dans lequel nous étions engluées, je m’étais retrouvée calée contre une barre d’appui. Une bien curieuse barre qui mesurait dans les quinze centimètres de hauteur et s’imprimait avec insistance entre mes fesses en ponctuant chaque secousse de la rame d’un vigoureux coup de boutoir. Une barre sexuée ! Par manque d’expérience, je m’étais dégagée sans esclandre.

Quant à Marionnette, rose à Châtelet, elle était devenue rouge à Palais-Royal et pivoine à Opéra, chacune de ces étapes marquant la progression d’une main exploratrice sous les plis de sa jupe. « Allez Marion, tu en verras d’autres ! » lui avais-je lancé à la sortie du métro après qu’elle m’eut raconté sa mésaventure.

Elle en avait vu d’autres effectivement, et moi avec. À cela près que, depuis, nous avions appris à nous défendre. Maladroitement dans les premiers temps, avec des attaques personnelles contre l’agresseur supposé. Mauvais ça, très mauvais : le mec n’est plus protégé du regard des autres par l’anonymat et il se sent agressé à son tour, surtout si vous lui avez balancé en public une apostrophe du genre : « Ça vous ennuierait de retirer votre main de sous ma jupe ? » Généralement la réponse fuse aussitôt : « Mais ça va pas, elle est complètement bargeot, celle-là ! » Ou alors : « Non mais, t’as vu ta tronche, hé ! morue ? Faudrait pas prendre tes désirs pour des réalités ! »

Et toc, ça vous retombe sur le blair. Pour un peu, c’est vous la coupable ! Cela étant, vous avez quand même gagné sur un point : le peloteur effectue une prudente et rapide retraite. En revanche, si votre jupette n’est plus squattée, vous êtes devenue le point de mire général. Ou du moins vous croyez l’être car, ne vous faites pas d’illusion, les autres voyageurs se contrefoutent de votre problème. Ça fait belle lurette qu’ils n’en ont plus rien à cirer de ce genre d’incidents. Si on devait sonner la charge à chaque fois qu’une nana se fait mettre la main au cul…

Autre danger de la riposte personnalisée : vous pouvez vous planter. Comme la fois où, agacée par un gugusse qui me tripatouillait les miches, j’avais tourné la tête vers lui en l’invitant vertement à explorer autre chose que ma petite culotte. Fatale erreur : sa main gauche bidouillait un walkman récalcitrant et la droite était prise dans un plâtre. J’avais bonne mine…

En fait, la troisième main appartenait à un costard-cravate perdu dans la contemplation du plan de ligne affiché au-dessus de la porte. Un costard-cravate ! A priori, pas le genre à te masser le croupion. Tu parles ! Ce sont les pires. D’accord, on se fait aussi palucher par des gros rustauds ou par des ados libidineux, mais ceux-là sont maladroits ou manquent d’assurance, quand ils n’ont pas une peur bleue de se faire piquer. Le costard-cravate, lui, sait parfaitement ce qu’il veut, il est malin et a l’habitude de dissimuler sa perversion sous son uniforme de respectabilité. Il procède en douceur, évalue la résistance, progresse par paliers à la manière d’un plongeur de haute mer et, pour peu que la victime soit paralysée par la peur du scandale, va jusqu’au bout de son désir.

Femmes, mes sœurs, n’ayez plus peur de réagir lorsque vous êtes confrontées à ce type d’agressions. Costard-cravate ou pas, il y en a marre de se faire tripoter le troufignon, ras le bol de se faire malaxer l’arrière-train, plein le dos de se faire impunément chatouiller le minou. Faites comme moi, engagez-vous sans hésiter dans la voie des représailles silencieuses : coup de pompe vachard dans le tibia par-ci, coup de coude vengeur dans l’estomac par-là, sans oublier le nec plus ultra de la répression : le coup d’épingle vicelard dans la viande du bonhomme. Rien de tel pour évacuer les doigts indiscrets ou faire débander le gros porc qui vous colle. Foi de Toinon !

Maintenant, si vous êtes une adepte convaincue de la non-violence, il n’y a guère de solution. Sauf à manifester votre irritation bruyamment, mais surtout de manière anonyme, j’insiste sur ce point. Quitte à attirer l’attention sur vous. Dans ce cas, utilisez de préférence le mode humoristique, il mettra les rieurs de votre côté. Choisissez par exemple une formule comme celle-ci : « Une main s’est égarée entre mes cuisses. La pauvrette recherche désespérément son propriétaire. » Ou alors, sur le mode comminatoire : « Le mec qui a fourré sa main sous ma jupe a dix secondes pour la retirer, sinon ça va saigner ! » Ou bien encore, sur un ton calme mais lourd de menaces : « Je préviens gentiment le type qui explore mes sous-vêtements qu’il arrive en terrain miné ! »

Je vous le garantis pour avoir moi-même expérimenté ces différentes formules : c’est très efficace et vous êtes instantanément déparasitée. Encore faut-il oser tenir ce genre de propos en public ! Bien que cela ne me dérange pas le moins du monde, pour ma part, je préfère quand même l’épingle. Question de goût !

Ce rapport, destiné à lutter contre les violences sexistes, a été remis le jeudi 16 avril par la présidente du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, Danielle Bousquet, à la secrétaire d’État chargée des Droits des femmes, Pascale Boistard. Il a été rédigé après une enquête réalisée auprès de 600 femmes résidant en banlieue parisienne.

ALERTE INFO ! Un bateau avec 650 migrants à bord chavire en Méditerranée

crise

La marine maltaise a signalé qu’une opération de sauvetage était en cours en mer Méditerranée. Un navire aurait chaviré avec 650 migrants à bord.

Un oeil sur… les conflits
Allain Jules :

Le drame s’est produit à moins de 200 km de l’île italienne de Lampedusa, peu au-delà des eaux territoriales libyennes. Selon le journal Times of Malta, un bateau a donné l’alerte vers minuit. Les occupants de l’embarcation se sont peut-être déplacés d’un côté de celle-ci, la faisant ainsi chavirer.

Les migrants continuent, entre-temps, d’arriver sur les côtes italiennes. Rien que sur la semaine écoulée, il y en aurait eu 11.000. Selon le Haut Commissariat de l’ONU aux réfugiés, il y aurait déjà eu plus de 900 morts cette année lors des traversées périlleuses de la Méditerranée que tentent ces candidats à l’immigration.

Il ne faut surtout oublier que, cette déferlante de migrants est la résultante des guerres causées par l’Occident ici ou là. Libye, Syrie etc. Après, il ne faut pas se plaindre quand, on s’arroge le droit de remplacer les « dictateurs » comme ils disent…Il faut assumer. L’UE l’a compris.

En effet, la Commission européenne a appelé l’Espagne à renoncer aux refoulements « à chaud » des immigrants à la frontière de ses enclaves de Ceuta et Melilla et du Maroc.

Fukushima… bye les robots

OLIVIER CABANEL :

Décidément, Tepco joue de malchance, il pensait avoir trouvé une parade à la situation inextricable rencontrée : tenter de comprendre ce qui se passait au cœur des réacteurs fondus…trouver la trace du corium en balade, et tout ça grâce à un robot.

Il était question début mars 2015 de retrouver le corium perdu, et une mesure originale avait été tentée : utiliser les rayons cosmiques afin de pratiquer des tests…

Il s’agissait d’utiliser des particules élémentaires, appelées muons, lesquels auraient permis de déceler la présence du combustible dans le réacteur, pratique qui avait permis de localiser le combustible dans les piscines de refroidissement.

Ces cousins des électrons ont la faculté de traverser librement de nombreux matériaux, mais ils peuvent être stoppés par des substances à haute densité, et ils auraient pu permettre de produire une image de la présence du combustible nucléaire dans le réacteur. lien

Peine perdue, la tentative a échoué et la seule certitude qu’ont les exploitants du site, c’est que les réacteurs 1,2 et 3 ont fondu, et que personne ne peut dire où sont passés les coriums. lien

Alors il fallait tenter autre chose : les robots, puisque toute intervention humaine est impossible : dans cet environnement dangereux, les radiations tuent dans l’heure.

Sauf qu’on sait, depuis Tchernobyl, que les robots, aussi sophistiqués soient-ils, ont une électronique qui ne résiste pas longtemps aux niveaux élevés de radioactivité.

Et puis, même si on retrouvait un jour ces coriums, on ne voit pas très bien comment il serait possible de les récupérer, étape pourtant essentielle pour commencer le démantèlement.

Comme l’expliquait Jean-Pierre Petit lors d’une communication : « le robot est resté sur place, K.O. Arrivé au bord du cratère, il a fonctionné pendant une seconde, puis s’est arrêté ». lien

Ce qui n’empêche pas le groupe « INTRA » (groupe d’intervention robotique sur accidents » de tenter à mettre au point une dizaine de robots pour intervenir dans le cas d’un accident nucléaire en France.

Ces robots ont un prix, et il est question d’une dépense de 4 millions d’euros annuels.

Les animateurs de l’Intra avaient envoyé en 2011, 130 tonnes de matériel à Fukushima, et avait proposé à Tepco les robots français, mais ce dernier a préféré la technologie américaine développée par IRobot. lien

À la mi-avril, Tepco a donc tenté d’envoyer un robot dans le réacteur dévasté de l’unité n°1, afin de tenter de localiser le corium…mais finalement, le robot a cessé toute activité le 10 avril dernier.

Ce qui a permis à l’exploitant nucléaire de déclarer laconiquement en utilisant une magnifique langue de bois : « la technologie des robots pour récupérer le corium devrait être développée » : ces robots avaient été mis au point par Hitachi, qui assurait qu’ils étaient capables de fonctionner pendant environ 10 heures, même exposés à d’importants rayonnements. lien

Pourtant, au bout de 3 petites heures, le robot à cessé de fonctionner.

Sur ce lien, une courte vidéo résumant l’accident, y compris comment les robots devaient intervenir.

On peut légitimement se poser une question : n’aurait-il pas été plus intelligent de mettre au point des robots capables de travailler dans un environnement si difficile, au lieu de construire à tout va des centrales nucléaires, sans se donner les moyens de pouvoir intervenir en cas d’accident majeur ?

Pour la 1ère fois, Tepco à présenté, le 13 avril, des images inquiétantes de l’intérieur du réacteur n°1, confirmant que la radioactivité qui règne dans l’enceinte se mesure de 6 à 25 sieverts/heure, ce qui entraînerait la mort d’un homme en moins d’une heure, et sur ce lien, on peut voir les images peu rassurantes qu’a réussi à prendre le robot, prouvant que plus de 4 ans après la tragédie, rien n’est terminé.

À la seule vue de cette courte vidéo, on comprend bien que rien n’est maitrisé, et que la radioactivité continue de se dégager du site dévasté, sans qu’il soit possible de l’empêcher.

Aujourd’hui, la situation continue donc de se dégrader, les fuites radioactives se multiplient, l’eau polluée continue de s’accumuler dans les plus de 800 réservoirs, des milliers de sacs de terre souillée représentant 200 000 tonnes s’entassent sur des hectares, des dizaines de milliers de japonais sont privés de leur habitation, installés dans des baraquements de fortune, dans des zones encore polluées pour longtemps, alors que l’état japonais les encourage à retourner dans leurs maisons…

Quant aux 70 milliards que l’état Japonais a avancés à Tepco, il pourrait bien devoir attendre 30 ans pour les récupérer… lien

En France, le petit monde du nucléaire continue aussi à s’enfoncer dans la crise, financière mais aussi sanitaire.

Financière, puisque chacun sait que la dernière technologie vantée par les lobbys, les EPR, commencent à couter très cher, et est en grande partie responsables de la quasi faillite de l’entreprise nationale Areva.

En Finlande, ou à Flamanville, les délais et surtout les prix, ont explosé.

Flamanville devait être opérationnel en 2012…on envisage aujourd’hui 2017…et la facture est passé de 3 milliards d’euros à 9 milliards. lien

Ce dépassement de facture est d’autant plus dommageable que le contrat signé avec la Finlande stipulait que tout dépassement des 3 milliards convenus serait à la charge d’Areva, donc de la France, actionnaire majoritaire de l’entreprise (86%)…

La perte record atteindrait les 5 milliards d’euros, et le réseau « sortir du nucléaire » alerte les conséquences à venir de ce gouffre financier, lequel sera, de toute évidence payé par les consommateurs. lien

Mais ce n’est pas tout, des « anomalies » ont été découvertes pour la cuve de Flamanville, or la cuve est l’organe essentiel de la centrale.

C’est l’ASN (autorité de sureté nucléaire) qui a fait cette découverte, constatant la présence d’une zone « présentant une concentration importante en carbone et conduisant à des valeurs de résilience mécanique plus faibles qu’attendues ».

Ces zones à problème concernent le fond de la cuve et le couvercle de celle-ci, et Areva a proposé à l’autorité nucléaire de procéder à une nouvelle campagne d’essais…mais on ne voit pas très bien pour quelles raisons la situation pourrait changer ? lien

En tout cas, il semble bien que l’ASN soit prête à suspendre le chantier, tant la question cruciale d’une défaillance de la cuve reste posée, Pierre-Franck Chevet, président de l’autorité, ayant qualifié de « sérieuse, voire très sérieuse » l’anomalie de la cuve de l’EPR, affirmant que si les nouveaux tests confirment ce qui a été découvert « je ne vois pas d’autres solutions que de la changer ». lien

Or, il faut savoir que cette cuve a été posée en janvier 2014, et qu’elle est déjà raccordée et soudée aux tuyauteries du circuit primaire de refroidissement.

Un changement de cuve repousserait un peu plus la date de mise en service, et ferait grimper un peu plus la facture. lien

Quant aux vieilles centrales françaises, 5 d’entre elles sont pointées du doigt par l’ASN, il s’agit de Chinon, Bugey, Cattenom, Belleville, Cruas-Meysse.

Dans son dernier rapport, l’autorité de surveillance les note défavorablement et réclame une mise à niveau importante de l’outil industriel, ce qui aura un prix. lien

Voila qui risque de ne pas faire les affaires des consommateurs français, lesquels doivent s’attendre à voir leur facture d’électricité faire prochainement quelques bonds.

En effet, les experts de la Cour des Comptes ont fait les calculs : pour un cout final du chantier à 8,5 milliards (dépassés aujourd’hui), le prix serait de 107 €/MWh…à comparer avec les 77 € de l’éolien, ou les 76 € du solaire photovoltaïque (prix moyen 2017). lien

Pour aller un peu plus loin, il faut savoir que le prix de l’électricité, sur le marché de gros, est quasi inférieur de moitié à celui qui concerne les installations nouvelles, ce qui veut dire qu’une nouvelle centrale nucléaire ne pourra jamais être rentabilisée, à moins d’augmenter drastiquement le prix du KW, et du coup les énergies renouvelables et propres deviennent compétitives par rapport aux énergies fossiles et sales. lien

Et pourtant, le gouvernement continue à traîner les pieds pour mettre en place la transition énergétique, d’autant que ce sont maintenant le Sénat et l’Assemblée nationale qui s’affrontent sur le thème, le Sénat ayant retiré la date butoir de réduction du nucléaire à 50% en 2025. lien

C’est donc peut-être le moment pour les consommateurs avisés de changer de fournisseur d’énergie, ou de produire leur propres énergie, d’autant qu’EDF n’est pas l’entreprise la mieux placée comme on peut le constater sur ce lien.

Comme dit mon vieil ami africain : « l’oiseau né dans une cage croit que voler est une maladie  ».

L’image illustrant l’article vient de mirror.co.uk

Merci aux internautes de leur aide précieuse

Olivier Cabanel

Sites à consulter

L’info au jour le jour sur le site acro

L’observatoire du nucléaire

Greenpeace

Fukushima-blog

Articles anciens

Tchernobyl, drôle d’anniversaire (12 mars 2011)

Fukushima, mon amour

Fukushima, Sarko pète les plombs

Fukushima, et maintenant ?

Fukushima, nuages noirs à l’horizon

Entre fusion et confusion

Fukushima, le monde du silence

Au pays du soleil, le Vent !

Fukushima, le syndrome Japonais

Fukushima, la fuite en avant

Fukushima, plus jamais ça

C’est foutu…shima

L’exode nucléaire

Ça fume à Fukushima

Nucléaire, la cible terroriste

Fukushima, le mensonge organisé

Faire reculer le crabe

Le Japon bientôt inhabitable ?

Le silence des salauds

On a retrouvé le corium de Fukushima

La France a peur

Fukushima, tragédie en sous sol

Fukushima, tournée mondiale

Fukushima, un silence inquiétant

Fukushima, le début de la fin

Nucléaire, explosion des prix

Penly du feu et des flammes

Les normes sont-elles normales ?

Fukushima, quand c’est fini, ça recommence

Fukushima, l’en pire Japonais

Le mensonge nucléaire de sarközy

Palmiers contre nucléaire

Promo nucléaire : pour toute centrale achetée, leucémie en prime !

Fukushima, les limites du cynisme

Ce cher nucléaire

Nucléaire, de la fission aux fissures

La fable du thorium

L’hallali nucléaire

Fukushima, la stratégie de l’oubli

Fukushima s’enfonce-t-il ?

Fukushima hors contröle

Fukushima, le pire des scénarios

Fukushima, le tonneau des Danaïdes

Fukushima, réaction en chaîne à ciel ouvert

Fukushima, le mois de tous les dangers

Fukushima, la loi du silence

Fukushima, l’illusion d’une solution

Tchernobyl, Fukushima, à qui le tour ?

Fukushima, un désastre illimité

courage, fuyons

NOUS SOMMES EN GUERRE?

????????????????A ne pas en douter, la raison tel le secret d’Etat reste le pilier des finances, la France, l’Europe, l’Occident s’espionnent les uns les autres comme dans une cour de récréation dérapant et niant à qui mieux mieux.

Nous devons tous êtres des assassins en puissance, mais nous n’avons pas besoin des politiques pour le savoir.

Le risque zéro à tous les stades n’existent nullement alors ne nous prenez pas pour des demeurés dont vous tirez vos fortunes.

Le jour même de l’ouverture du débat à l’Assemblée Nationale en France seulement 68 députés sur 577 élus étaient présents, ouf !

Puis dire qu’ils sont censés représenter l’opinion du peuple.

Puis cette loi date de 2007 le comble du comble à présent elle va devenir effective, enfin à la suite de son vote pour une Assemblée déserte mais où les comptes des députés et des ministres se gonflent parfois sans écoute.

Au moment où se traite le droit à la liberté de simplement pouvoir échanger, se parler et tout ce qui en découle, nous sommes bâillonnés, observés et toutes les dérives qui vont pousser les valeurs du numérique à fuir, comme les capitaux dans le cadre du blanchissement des finances aux plus hautes places de l’Etat, puis cela de quels bords qu’ils soient.

C’est bien pire que ce que l’on craignait. Selon les informations du Monde, la France a mis en place depuis 2007 un système de surveillance massive qui dépasse les pires craintes des défenseurs des libertés. La plateforme nationale de cryptage et de décryptement (PNCD), installée pour l’essentiel dans les bâtiments du siège de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) à Paris, dispose des plus puissants calculateurs de France et intercepte puis stocke « des milliards de données françaises et étrangères ».

Gérée par la DGSE, les espions qui assurent la préservation des intérêts français hors du territoire national (en théorie…), la PNCD est aussi une source majeure d’informations pour les autres services de renseignement, tels que la Direction générale de la sécurité intérieure DGSI, mais aussi les services militaires DPSD et DRM, financiers Tracfin, contre le blanchiment ou encore douaniers DNRED. Et ce, en dehors de tout contrôle démocratique.

Sans aucun filtre, en termes plus simples pas vu pas prit et cela durant des années.

CRAC BOUM

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette consultation ne se fait sans aucun filtre, ni ceux des ministères de tutelle, ni celui de la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité CNCIS, écrit le quotidien du soir. Au nom de l’intégration, les services de renseignement intéressés ont même installé des agents directement au siège de la DGSE pour mieux piocher dans les millions de téraoctets d’informations stockées, et déchiffrées par les calculateurs lorsqu’elles sont protégées.

Et ce n’est pas fini, comme dirait la pub. Les services étrangers se servent eux aussi allègrement dans les données volées par la France à ses citoyens et aux internautes étrangers. Selon Le Monde, l’Agence nationale de sécurité américaine NSA et son homologue britannique, le GCHQ, s’adressent régulièrement à la DGSE pour récupérer des blocs concernant des régions du monde particulièrement surveillées par la France, dont notamment le Sahel. Ces blocs, qui contiennent parfois plusieurs mois d’archives pour des régions entières, sont échangés contre des informations sur les ennemis de la France. Ces pratiques peuvent aussi alimenter des cyberguerres entre alliés, comme on l’a vu lorsque la Grande-Bretagne a piraté l’opérateur belge Belgacom afin de voler les données des institutions européennes de Bruxelles pour les transmettre à Washington. Fausse opération transparence à Matignon

Ces révélations tombent mal, au moment où le gouvernement fait la promotion de son projet de loi sur le renseignement, qui est examiné par l’Assemblée à partir de lundi. Dans la mesure où cette loi semble nécessaire pour donner un cadre légal à certaines habitudes aujourd’hui clandestines mais vitales pour la sécurité et la préservation des intérêts de la nation, elle ne traite absolument pas de la PNCD et n’y changera rien. En l’état du texte, cette plateforme restera clandestine et sans contrôle démocratique, pas même a posteriori.

Il y a quelques semaines, Matignon avait convié des journalistes à une réunion informelle pour expliquer les objectifs de la loi. Le but était de déminer les critiques prévisibles sur certaines mesures, comme celle prévoyant d’installer des mouchards chez les opérateurs télécoms et ainsi de profiler l’ensemble des internautes. Responsables de cabinets ministériels Intérieur, Justice et Défense, notamment) et autres cadres du renseignement dont la DGSE avaient alors juré que la France ne surveille pas, puis de plus ne surveillera pas avec l’adoption de cette loi ses citoyens de façon massive. Soit ils ignoraient la vérité, et c’est une terrible faille pour la démocratie, soit ils se sont moqués des journalistes présents et, surtout, de leurs lecteurs.

La loi sur le renseignement rendue inutile

Dans les deux cas, la tentative d’opération transparence du gouvernement est totalement discréditée, et l’objectif de la loi sur le renseignement, c’est-à-dire fixer un cadre légal aux pratiques clandestines, tombe à l’eau, puisqu’il restera un monstre caché dans l’ombre : la PNCD.

Espérons que les députés et les sénateurs introduiront des amendements au projet de loi. Ils pourraient par exemple soumettre la PNCD au contrôle de la nouvelle Commission de contrôle des techniques de renseignement CNCTR prévue par la loi, limiter la fuite d’informations sur les citoyens français vers les alliés étrangers ou encore borner la quantité de données recueillies et analysées chaque jour.

Mais puisque cette plateforme n’existe officiellement pas, difficile d’exiger sa régulation. Et au regard du tragique consensus droite-gauche sur la sécurité face au spectre terroriste, il est peu probable que les élus réclament des changements de fond avant de voter le texte.

securite-liberteSur l’esprit de ce texte, il est évident que les techniques de recueil de renseignement sont  susceptibles, sont susceptibles, de porter atteinte à la vie privée, aux droits des personnes sur la vie privée, à la vie familiale, à l’inviolabilité du domicile ainsi qu’au secret de correspondance. Ce sont des droits qui sont garantis par notre Constitution, bien entendu, inscrits dans notre Code civil essentiellement aux articles 9 et 10. Ce sont des droits aussi auxquels la France est engagée dans ses relations conventionnelles puisque ce sont des droits qui sont prévus à l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’Homme. Et le gouvernement a eu le souci, constamment, dans l’écriture de ce texte, de s’assurer qu’il serait respectueux de ses propres obligations, ses obligations inscrites dans le Code civil, ses obligations conventionnelles, ses obligations constitutionnelles. Et c’est pour ça que nous avons le souci, constamment en écrivant ce texte, de veiller à trouver la bonne mesure entre les nécessités opérationnelles ainsi que la protection des lois et des libertés.

Voilà. Difficile de dire tout ça en 140 signes. On le reconnaît.

Là où le message posté / supprimé par le ministère de la Justice pose problème, c’est que certains suspectent Christiane Taubira d’être opposée personnellement à ce projet de loi sur le renseignement. Éric Ciotti a ainsi attaqué la ministre ce lundi, lui reprochant son « silence ».  

Le Canard Enchaîné rapportait des propos tenus par la Garde des sceaux aux ex-ministres Aurélie « Bonnie » Filippetti et Arnaud « Clyde » Montebourg. Voici ce qu’elle dit selon l’hebdomadaire :

J’avale des couleuvres de plus en plus épaisses. La loi sur le renseignement, qui permet une intrusion dans la vie privée, est aux antipodes de mes idées. 

Voilà ce qui ressort à force de vouloir lutter contre le terrorisme ce qui semble indispensable pour la sécurité de tout un chacun mais pas à n’importe quelles violations des libertés du citoyen basique.

SERRURE AVANT ENTREEMais la question qu’il faut avoir le courage de se poser personne ne peut faire d’omelette sans qu’une poule ou plusieurs pondent, mais là aussi surgit les fameuses théories de Darwin de la poule à 3 pattes accompagnée d’un coq à 5 pattes.

Messieurs les anglais vous pouvez tirer en second personne ne vous voudra.

Procès en série pour apologie du terrorisme, censures administratives de sites Internet, volonté de sortir la diffamation et l’insulte racistes du cadre de la loi de 1881 sur la liberté de la presse : les limitations de la liberté d’expression en France sont de plus en plus nombreuses. Est-ce un danger pour le respect et l’avenir de cette liberté essentielle pour la vie démocratique ? Invités pour débattre de cette question : Jean-Julien Xavier-Rolai, magistrat et conseiller du ministre de l’intérieur, Laurence Blisson, porte parole du Syndicat de la Magistrature, Geneviève Garrigos, Président d’Amnesty International France, Sacha Reingewirtz, Président de l’Union des Étudiants Juifs de France, Grégoire Pouget, Reporters sans Frontières.

Voici la position de RFI, même si la durée à entendre dure plus de 60 minutes, cela nous concerne tous, pour connaitre leurs positions respectives les dangers de tels textes une fois votés peuvent être plus dangereux que bénéfiques dans le droit d’expression et de nos libertés. Ayez juste un peu de bon sens et cliquez sur le lien de RFI merci pour nous tous !

L’époque que nous vivons est particulièrement plus que difficile, et encore si l’euro n’avait pas chuté par rapport au dollar et le baril en surproduction, le FMI ne tirerait pas des lauriers sur les finances de la nation France.

Le Panda

Patrick Juan

La cantate ICH HABE GENUG de Jean-Sébastien Bach

Cantate de Bacj

DANIEL DUCHARME   Ich habe genug est sans aucun doute la cantate la plus célèbre de Jean-Sébastien Bach. Composée pour la fête de la Purification de Marie, elle est traduite en français par « J’en ai bien assez » par Jean-Pierre Grivois (voir le site Web dédié aux cantates de Bach) mais ailleurs, notamment dans le livret accompagnant l’Intégrale des œuvres de Bach chez Brilliant Classics, elle est plutôt traduite par « J’ai ce qu’il me faut » ou encore par « Je suis comblé ». Cette cantate figure généralement au répertoire de tout baryton ou basse qui se respecte. Il en existerait une version pour soprano, mais je ne l’ai jamais entendue. Peu importe qu’elle soit chantée par une voix baryton, basse ou soprano, Ich habe genug n’en demeure pas moins une cantate fort belle soutenue par une instrumentation sobre: hautbois (solo), cordes et basse continue. Sa ligne mélodique, d’une grande pureté, vous envoûte dès la première écoute. En tout cas, chez moi l’effet fut immédiat et j’ai voulu savoir sur-le-champ ce qu’elle signifiait.

Ich habe genug relate l’histoire d’un homme qui, fort de sa foi en Dieu, se dit prêt à mourir pour aller rejoindre son créateur, car il a tout ce qu’il lui faut, c’est-à-dire sa foi. Ce qui surprend, ce qui choque dans cette cantate, c’est qu’elle va beaucoup plus loin: elle exprime clairement que l’homme souhaite mourir, implorant le Seigneur de le « délivrer des chaînes de ce corps » afin qu’il fasse le grand saut dans la mort. Se tenir prêt à mourir, n’est-ce pas normal pour tout homme sage en ce monde? Apprendre à mourir, n’est-ce pas la tâche fondamentale de toute philosophie ? Mais en exprimer le souhait, c’est une tout autre chose qui peut conduire à une dérive. D’ailleurs, cette cantate n’hésite pas à mépriser la vie réelle: « Ici, je ne peux que bâtir misère, mais là-bas, je contemplerai la douce paix, le calme, le repos ». Et l’on chante le moment béni où,  » couché sur la terre froide, on pourra se reposer en Lui « . On voudrait former des kamikazes, on n’agirait pas autrement…

Une amie, toutefois, nuance cette interprétation qu’elle juge abusive. En fait, cette cantate de Bach est inspirée du Cantique de Siméon (Luc 2, 29-32). Or, ce cantique, dans sa version évangélique, s’avère plutôt l’acceptation sereine de la mort par un très vieil homme qui était intimement persuadé qu’il ne mourrait pas avant d’avoir vu le Christ. L’ayant reconnu au moment de sa présentation au temple où Siméon lui-même officiait, il pouvait désormais lâcher prise avec, non seulement le sentiment du devoir accompli, mais aussi le réconfort de savoir que ce en quoi il avait cru été avéré: « Maintenant, Seigneur, laisse ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole, car mes yeux ont vu ton salut, que tu as apprêté à la face de tous les peuples: lumière pour éclairer les nations et gloire de ton peuple Israël. »

Alors, je suis allé aux sources. Dans la Bible de Jérusalem, le passage où Luc (2,29-32) relate les paroles de Siméon est fort bref et, à mon avis, ne permet pas de dégager une interprétation solide et, surtout, d’établir un lien avec la cantate de Bach. En effet, dans ce passage, on parle de « s’en aller en paix » après avoir vu son salut dans le regard de Jésus. On est donc à mille lieues du chant du renoncement à la vie, de l’appel désespéré à la mort par un homme comblé par l’existence. Dans le passage de Luc, rien n’indique que la mort est perçue comme une réjouissance, un moyen d’échapper aux misères qui nous attachent au monde. En fin de compte, ne serait-ce pas plutôt le librettiste de Bach qui fait une interprétation abusive du texte biblique? Il est vrai qu’avec une telle musique on se laisse facilement emporter…

Mon amie, toujours la même, m’informe que le passage de Siméon a inspiré le cantique Herr nun lassest du de Mendelssohn. Cette version du compositeur romantique reprendrait exactement le texte de l’évangile, exprimant espoir et apaisement devant la mort, et non résignation morbide. À écouter, donc…

La version offerte par Naxos à prix modique (Nothern Chamber Orchestra, sous la direction de Jeremy Summerly) est tout à fait acceptable. Sinon, je vous recommande vivement celle du Bach Collegium Japan qui, avec son chef Massaki Suzuki, a entrepris l’enregistrement du cycle complet des cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach, un projet immense initié au début des années 1990. La cantate BWV 82 figure sur le disque 38 de l’intégrale en cours d’enregistrement (BIS Records).

Ich habe genug est une cantate sublime… belle à en donner des frissons dans le dos. Tout compte fait, il vaut peut-être mieux l’écouter sans chercher à en percer le sens…

Grand marché eurasiatique ou guerre nucléaire?

 

Source  Par Pepe Escobar  Mondialisation.ca, 8 avril 2015.  Url de l’article:
http://www.mondialisation.ca/grand-marche-eurasiatique-ou-guerre-nucleaire/5441693

 

(Nous affirmons depuis quelque temps déjà que  l’Allemagne cherche a construire sa propre alliance impérialiste autour de l’Union européenne. Nous affirmons depuis quelque temps déjà que l’Allemagne cherche, non pas à détruire ou à encercler la Russie, mais à la rallier au sein de son alliance. Nous affirmons depuis quelque temps déjà que l’Allemagne agit ainsi  – et se construit sa propre alliance avec la France comme partenaire –  parce que l’Alliance Atlantique est en panade et la puissance ex-hégémonique qui la dirige est en débandade économique.  Nous affirmons depuis quelque temps déjà que les tensions montent entre Berlin et Washington.  Nous affirmons depuis quelque temps déjà que la Chine est la puissance économique capitaliste montante au firmament mondial et qu’elle bâtit sa propre alliance impérialiste internationale dans laquelle la Russie tient un rôle très important (énergie, matières premières et militaire) . Nous affirmons depuis quelque temps déjà que l’Allemagne a sa place dans l’alliance impérialiste chinoise pour peu qu’elle cesse de tenter de diviser la Russie de l’alliance eurasiatique chinoise. Le texte de Pepe Escobar – étaye sérieusement l’ensemble de nos thèses comme vous pourrez le constater chers lecteurs de LES 7 DU QUÉBEC.  Robert Bibeau).

**********

Une source haut placée dans la diplomatie européenne a révélé à Asia Times que le gouvernement de la chancelière allemande Angela Merkel  n’’y est pas allé de main morte avec Pékin, dans le but de faire dérailler son partenariat stratégique à plusieurs volets avec la Russie.

Pékin ne va pas nécessairement prêter l’’oreille à ce geste politique de Berlin, car la Chine est trop occupée à accorder les cordes de son instrument qu’’est la Nouvelle route de la soie pan-eurasiatique, qui implique des liens d’’affaires et de commerce étroits à la fois avec l’’Allemagne et la Russie.

La tactique allemande fait ressortir encore plus la pression exercée par les éléments durs au sein du gouvernement des USA, qui sont résolus à prendre pour cible la Russie et à l’’encercler. En dépit de tous les beaux discours autour de l’’indignation causée par les manigances de la U.S. National Security Agency (NSA) qui l’’a mise sous écoute, la chancelière suit la voie tracée par Washington. Si elle avait été vraiment outrée, elle aurait levé unilatéralement les sanctions imposées à la Russie. Comme Merkel ne l’’a pas fait, nous voici donc en présence de la bonne vieille tactique de négociation du bon et du méchant.  (Ici Pepe se goure royalement. Merkel n’a pas déclamé qu’elle levait les sanctions – elle le fait en secret, sans crier son méfait.  Robert Bibeau)

Bref, Washington ne peut tolérer que l’’Allemagne et la Russie s’’engagent dans des relations commerciales et politiques étroites, qui menaceraient directement son hégémonie dans l’’Empire du Chaos.  (Ici Pepe se goure royalement. L’empire n’est pas l’Empire du chaos mais l’empire de la débandade et de la déliquescence et les USA sont l’ex-puissance hégémonique en phaising out. Robert Bibeau).

Ainsi, toute la tragédie ukrainienne n’’a absolument rien à voir avec les droits de la personne et le caractère sacré des frontières. Rappelons que l’’Otan a arraché le Kosovo à la Yougoslavie-Serbie sans même se donner la peine de tenir un vote, comme on l’’a fait en Crimée.

Ces S-500 sont à surveiller

Parallèlement à cela, une autre tactique fascinante est en cours. Certains éléments du royaume du baratin formé par les groupes de réflexion aux USA, qui ont des liens étroits avec la CIA, commencent à tergiverser à propos de la guerre froide 2.0, par crainte d’’avoir mal jugé ce qui se passe vraiment sur l’’échiquier géopolitique.

J’’arrive de Moscou, où l’’on a l’’impression que le Service fédéral de sécurité et les services du renseignement militaire russe sont de plus en plus exaspérés par les provocations sans fin de Washington et de l’’Otan, des pays baltes à l’’Asie centrale, de la Pologne à la Roumanie, de l’’Azerbaïdjan à la Turquie.

Vous trouverez ici (http://www.globalresearch.ca/pentagon-nato-chiefs-discuss-operations-in-three-continents/5440121) un résumé détaillé mais partiel de ce que l’’ensemble de la Russie considère comme une menace existentielle, soit la volonté de Washington et de l’’Otan d’’empêcher la Russie de s’’engager dans le commerce et le développement en Eurasie, de détruire son périmètre de défense et de l’’amener à s’’engager dans une guerre frontale.

Une guerre frontale n’’est pas une idée particulièrement géniale. Les missiles antimissiles et antiaériens russes du système S-500 peuvent intercepter tout missile balistique intercontinental, missile de croisière ou avion existant. Ils sont propulsés à une vitesse de 25 000 km/h, atteignent une altitude de 185 km, parcourent horizontalement 3 500 km et peuvent intercepter jusqu’’à dix missiles en approche. Aucun système antimissiles des USA ne peut les arrêter (Ici Pepe, de retour de Moscou,  se fait-il le commissionnaire de la puissance impérialiste russe pour menacer l’OTAN et l’Oncle Sam ? Pour notre part nous préférons dénoncer les deux fomenteurs d’une guerre nucléaire. Robert Bibeau).

Du côté des USA, certains disent que le système S-500 est déployé en accéléré, ce qu’’a corroboré à Asia Times une source proche des services secrets des USA. Les Russes n’’ont rien confirmé. Officiellement, Moscou dit que le système sera déployé en 2017. Ce qui veut dire que tôt ou tard, l’’espace aérien appartiendra aux Russes. Il est dès lors facile d’’en tirer les conclusions qui s’imposent.

La politique de l’’administration Obama, qui consiste à promouvoir l’’hystérie guerrière contre la Russie tout en lui livrant une guerre économique (à coup de sanctions), monétaire (contre le rouble) et pétrolière apparaît alors comme l’’oeuvre d’’une bande de spécimens appartenant à une sous-classe de la zoologie.

Au sein de l’’Union européenne, certains adultes voient déjà les signes avant-coureurs d’’une guerre nucléaire. Les systèmes de défense conventionnels de l’’Otan ne sont pas de taille, tout comme l’’accroissement de la puissance militaire en cours d’’ailleurs, car le tout peut être démoli par les quelque 5 000 armes nucléaires tactiques dont Moscou dispose. (Il semble que Pepe prend son rôle d’agent de propagande russo-chinois  au sérieux comme ce monsieur qui dirige le Réseau Voltaire en Europe. L’impérialisme américain-européen et l’impérialisme chinois-russe sont tous les deux à craindre et sont tous les deux capables de nous entraîner vers la guerre nucléaire. Robert Bibeau)

Dans le doute, ne t’’abstiens pas de les intimider !

Il faut évidemment du temps pour transformer les mentalités actuellement fixées sur la guerre froide 2.0, mais certains signes laissent croire que les Maîtres de l’’Univers prêtent l’’oreille, comme dans cet article  (https://www.stratfor.com/weekly/backtracking-brink-ukraine) qui, pourrait-on dire, brise la glace (publiquement).

Admettons que la Russie décide de mobiliser cinq millions de personnes et de passer à la production militaire. L’’Occident reviendrait alors aussitôt sur sa politique et proposerait une entente cordiale. Admettons aussi que Moscou décide de confisquer tout ce qui reste des richesses acquises de façon douteuse par les oligarques. Le taux d’’approbation de Vladimir Poutine, déjà loin d’’être négligeable, grimperait à au moins 98 %. Poutine a fait preuve d’’assez de retenue jusqu’’à maintenant, ce qui n’’a pas empêché sa diabolisation hystérique puérile de se poursuivre.

Nous assistons à une perpétuelle escalade. Les révolutions de couleur; le coup d’’État de Maidan ; les sanctions; le méchant Hitler-Poutine; l’’entrée de l’’Ukraine dans l’’Otan; des bases de l’’Otan partout. Sauf que dans la réalité, le contre-coup d’’État en Crimée et les victoires sur le champ de bataille par les armées des Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk ont fait dérailler les plans les plus détaillés du département d’’État des USA et de l’’Otan. En plus de cela, Merkel et François Hollande ont été contraints de conclure une entente cordiale avec la Russie (Minsk 2), parce qu’’ils savaient que c’’était l’’unique moyen d’’empêcher Washington d’’armer davantage Kiev (Ici Pepe loupe le coche. Washington a armer Kiev autant qu’il le pouvait. Kiev ne sait pas mieux faire que ce qu’il fait – s’étioler.  Paris et Berlin ont  signé  Minsk 2 parce que Hollande et Merkel  tentent d’arracher la Russie à l’alliance Eurasiatique pour l’amener dans l’Alliance européenne -ce que la Russie ne fera pas tant que Washington exercera sa tutelle sur l’UE… C’est donc  la lente implosion de l’Alliance Atlantique qu’il faut surveiller. Cette implosion pourrait amener la guerre nucléaire. Robert Bibeau).

Poutine est essentiellement engagé dans un processus très complexe de préservation et d’’épanouissement de l’’histoire et de la culture de la Russie, teinté de panslavisme et d’’eurasisme. Le comparer à Hitler ne tient même pas la route comme blague de jardin d’’enfants.

Mais il serait étonnant que les néocons à Washington comprennent quoi que ce soit à l’’histoire et à la culture russes. La plupart d’’entre eux n’’arriveraient même pas à répondre à des questions portant sur Leo Strauss et Carl Schmitt, leurs héros adorés. En outre, leur anti-intellectualisme et leur arrogance exceptionnaliste n’’offrent un espace privilégié qu’’à une intimidation sans borne.

Une de mes sources, universitaire aux USA, a envoyé une lettre à Nancy Pelosi avec copie conforme à un néocon notoire, l’’époux de Victoria, reine du Nulandistan. Voici la réponse du néocon, à partir de son adresse courriel à la Brookings Institution : Va donc te faire f… ! Un autre exemple éloquent de mari et femme faits l’’un pour l’’autre.

Il semble toutefois y avoir, dans l’’entourage du gouvernement, des gens avec un QI décent qui sont prêts à affronter la cellule néoconservatrice au sein du département d’’État, les néocons qui infestent les pages éditoriales du Wall Street Journal et du Washington Post, toute une série de groupes de réflexion et bien sûr l’’Otan, dont le chef militaire en place, le général Breedlove/Follehaine, fait tout pour se distinguer dans son interprétation postmoderne du docteur Folamour. (Ici Pepe s’adonne à son activité préféré – le sophisme et l’allégation et l’idéalisme bourgeois. Les préparatifs de guerre américains ne sont pas causés par une bande de NÉOCONS décervelés. Toujours se rappeler que les idées (et les néocons) surgissent des nécessités économiques du mode de production. La crise systémique du capitalisme décadent force les USA, l’ex-puissance hégémonique à mener cette politique guerrière en espérant ainsi soumettre ses concurrents et rivaux qui s’échappent de son étau pour mieux se lancer dans les bras de la puissance impérialiste montante…  Robert Bibeau).

L’’agression russe est un mythe

La stratégie adoptée jusqu’ici par Moscou est purement défensive. Moscou s’’engagerait sans hésiter dans une coopération stratégique avec l’’Occident si cette dernière comprenait les intérêts de la Russie en matière de sécurité (en matière économique pour commencer mon cher Pepe. Robert Bibeau).  Si les intérêts de l’’ours sont bafoués, comme lorsqu’on le provoque, l’’ours se défendra. Quiconque possède une compréhension minimale de l’’histoire sait que l’’ours a déjà enduré quelques souffrances. Il ne s’’effondra pas et ne disparaîtra pas non plus.

Par ailleurs, un autre mythe a été démoli, celui voulant que les sanctions nuiraient grandement aux exportations et aux surplus commerciaux de la Russie. Elle a bien sûr été blessée, mais le mal était supportable. La Russie possède des matières premières à profusion et une immense capacité de production intérieure, ce qui suffit à répondre à la majeure partie de la demande dans le pays.

Ce qui nous ramène à l’’UE, à la Russie, à la Chine et à tout ce qui se trouve autour, qui pourraient se joindre au plus grand marché commercial de l’’histoire couvrant l’’ensemble de l’’Eurasie. C’’est ce que Poutine a proposé en Allemagne il y a quelques années. C’’est aussi ce à quoi s’’affaire déjà la Chine. Que proposent les néocons en retour? Une guerre nucléaire en sol européen.

(Ici Pepe met les points sur les « i » pour qui n’aurait pas compris. Voilà effectivement l’enjeu – auquel les USA répondent en disant :  « Si vous les russes et les chinois tenter de me ravir mes marchés – moi les USA je vous ferai la guerre en Europe et en Asie ».  La classe ouvrière devrait-elle se joindre à l’exploiteur russo-chinois ou encore au voleur États-Unis – Union européenne ? D’autant que les deux alliances capitalistes se dirigent toutes les deux droits dans la pire crise économique capitaliste de l’histoire.  Ni Dieu, ni César, ni tribun – ils sont tous pareils répond le prolétariat en colère. Robert Bibeau).

**********

Pepe Escobar

Article original en anglais: Eurasian emporium or nuclear war?, Asia Times, 6 avril 2015.

Traduit par Daniel, relu par Diane pour Le Saker francophone

Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan: How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), Red Zone Blues: a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007), Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009) et le petit dernier, Empire of Chaos (Nimble Books).

 

Liberté d’expression : idéal difficile à atteindre, mais possible

 

 

 

 

 

 

 

La liberté d’expression est un idéal à atteindre. Difficile, mais possible où chacun doit collaborer. Pour ce faire, je rappelle que nos auteurs et commentateurs ont le droit d’exprimer librement leurs opinions quel que soit le sujet : religion, politique, art de vivre. La seule chose que je réfute catégoriquement est l’attaque sur la personne sans référence aucune au thème d’un article. Je le demande de nouveau : svp, respectez la pensée d’un auteur ou d’un commentateur, et n’y ajoutez pas le mépris ni la condescendance. Vous est-il possible de vous mettre à la place de votre interlocuteur ? Si oui, vous faites partie de ceux qui ensemencez des points d’ouverture. Je fais confiance à la beauté qui habite chaque être. Votre contribution est importante et fera la différence selon votre manière de vous exprimer. À l’avance je vous remercie. Carolle Anne Dessureault, éditrice.

 

Le salariat, la belle arnaque du capitalisme !

salariat2

MICHEL PEYRET
« Les trade-unions, conclut Marx, agissent utilement en tant que centres de résistance aux empiètement du capital. Elles manquent en partie leur but dès qu’elles font un emploi peu judicieux de leur puissance. Elles manquent entièrement leur but dès qu’elles se bornent à une guerre d’escarmouches contre les effets du régime existant, au lieu de travailler en même temps à sa transformation et de se servir de leur force organisée comme d’un levier pour l’émancipation définitive de la classe travailleuse, c’est-à-dire pour l’abolition définitive du salariat. »

L’abolition définitive du salariat, est-ce toujours à l’ordre du jour ? Si oui, pourquoi n’en parle-t-on pas davantage ?

Michel Peyret

Salaires, prix et profits de Karl Marx
29 oct 2013

Salaire, Prix et Profit, c’est un petit bouquin d’à peine 70 pages qui ne paie pas de mine. Et pourtant, c’est dans les grandes lignes de cet essai que Marx esquisse sa théorie de la valeur : toute la valeur vient du travail. Toute ? Toute ; pas un kopeck ne lui échappe. Certes, mais à quoi ça sert ? A démontrer que le salariat, qui ne rémunère que partiellement le travail, ne se distingue du servage et de l’esclavage que par sa forme historique. Comme mode d’exploitation, il est impossible pour un socialiste de prétendre l’améliorer : la seule alternative est son abolition.

On frétille d’avance de savoir comment Marx parvient en quelques pages à vaincre les démons réformistes et les trade-unions à courte-vue. Ce n’est pourtant pas si compliqué…

Sommaire

1/ L’offre et la demande sont une belle arnaque

2/ Le mystère de la valeur

3/Lorsqu’on vend les marchandises à leur valeur, on forme de la plus-value

4/ Le salariat, une belle arnaque du capitalisme

5/Pour conclure…

1/ L’offre et la demande sont une belle arnaque

Tout le monde l’a déjà entendu au moins une fois dans sa vie : la valeur d’une marchandise se détermine par la loi de l’offre et de la demande ; plus une marchandise est réclamée, plus son prix monte ; plus elle est courante, moins elle est chère. Mais que se passe-t-il quand l’offre et la demande s’équilibrent ? Pour Marx, on atteint le « prix naturel » de la marchandise, qui coïncide avec sa valeur. La grande erreur des libéraux est d’avoir confondu le prix, qui fluctue en fonction de l’offre et de la demande, avec la valeur de la marchandise, qui, elle, reste fixe, toutes choses égales par ailleurs. La loi de l’offre et de la demande ne fait qu’expliquer la variation des prix ; pas la valeur des marchandises. « L’offre et la demande ne règlent pas autre chose que les fluctuations momentanées du marché », écrit Marx.

2/ Le mystère de la valeur

MARXQu’en est-il alors de la valeur ? Pour Marx, c’est le grand mystère de l’économie politique. Il existe bien quelques « économistes en retraite » pour expliquer que la valeur est déterminée par le prix des salaires ; mais personne ne sait d’où vient la valeur des salaires eux-mêmes. « L’assertion selon laquelle « les salaires déterminent les prix des marchandises » revient à ceci, « la valeur est déterminée par la valeur », et cette tautologie signifie en fait que nous ne savons rien de la valeur ». Les salaires ne déterminent pas la valeur ; pour cette raison, il serait stupide de considérer que la valeur d’une marchandise est le salaire auquel s’ajoutent des pourcentages de profit et de rente.

Mais alors, d’où vient la valeur si ce n’est des salaires ? Pour cela, « il faut nous demander quelle est la substance sociale commune à toute les marchandises », trouver quelque chose que toutes les marchandises aient en commun et qui permette de les situer les unes par rapport aux autres. Pour Marx, cela ne fait aucun doute : « c’est le travail ». Explication :

Lorsque l’ouvrier travaille une heure pour créer une marchandise, on dira que ce produit cristallise une heure de travail ; et la valeur de cette marchandise sera celle d’une heure de travail. « Naturellement, pour se servir de cette mesure, on ramènera tous les genres de travail au travail moyen », c’est-à-dire qu’on considère la moyenne du taux de productivité dans un contexte social donné. La valeur des marchandises varie ensuite en fonction de l’apparition de nouvelles technologies qui rendent le travail plus productif (et qui permettent plus de production en une heure de travail), ou de difficultés qui rendent le travail moins productif (comme l’appauvrissement des terres, par exemple).

En bref, ce raisonnement permet à Marx d’arriver à énoncer la loi économique suivante :

Les valeurs des marchandises sont directement proportionnelles au temps de travail employé à leur production, et inversement proportionnelles à la force productive du travail employé.
3/Lorsqu’on vend les marchandises à leur valeur, on forme de la plus-value

il est absurde de supposer que le profit (…) provient d’une majoration du prix des marchandises

-Karl Marx

La conversion de la valeur en prix est simplement le procédé par lequel on exprime les valeurs des différents objets comme des quantités variables d’un même travail social. Les objets, en dehors des fluctuations de l’offre et de la demande, se retrouvent donc sur le marché à un prix proche de leur valeur réelle. Aussi, enchaîne Marx –et c’est là tout le nœud du problème- « il est absurde de supposer que le profit (…) provient d’une majoration du prix des marchandises », puisque ces marchandises sont vendues la plupart du temps à des prix proches de leur valeur réelle : « les profits proviennent du fait qu’on vend les marchandises à leur valeur. »

Pour comprendre cela, il faut revenir à la source du problème : le travail. Quand on prend n’importe quelle marchandise, sa valeur équivaut à la quantité totale du travail contenu dedans : par exemple, pour un pull : la quantité de travail nécessaire pour obtenir la matière première + la quantité de travail nécessaire de l’ouvrier qui a assemblé le pull + la quantité de travail nécessaire à construire les machines qui permettent de tisser le pull, divisée par le nombre de pulls qu’elles produisent. Et voilà la valeur totale de mon pull. Et c’est la même chose pour la force de travail : sa valeur équivaut à la valeur que l’ouvrier consomme chaque jour en produits de première nécessité : la valeur totale de sa force de travail est la valeur de ce qu’il mange, de ce qu’il s’habille, voire la valeur qu’il consomme en formation, etc. L’ouvrier ne vend pas son travail au capitaliste : il vend cette force de travail, et c’est la valeur de cette force de travail que le capitaliste lui paie.

Mais admettons que le total de ce que l’ouvrier consomme chaque jour en produits de première nécessité corresponde à 5heures de travail en moyenne (qu’il ait fallu 5 heures par jour pour produire sa nourriture, ses vêtements, etc.). La valeur de la force de travail de l’ouvrier équivaut à celle de ces 5 heures de travail. Le capitaliste lui paiera donc la valeur de ces cinq heures (s’il lui payait moins, l’ouvrier finirait par décéder), mais tout en le faisant travailler dix heures : « La quantité de travail qui limite la valeur de la force de travail de l’ouvrier ne constitue en aucun cas la limite de la quantité de travail que peut exécuter sa force de travail ». Il y a donc cinq heures de « surtravail », non-payées à l’ouvrier, et qui vont représenter la plus-value. « Le taux de la plus-value, toutes circonstances égales d’ailleurs, dépendra du rapport entre la partie de la journée de travail, qui est nécessaire pour renouveler la valeur de la force de travail, et le surtravail ou temps employé en plus pour le capitaliste. »

4/Le salariat, une belle arnaque du captalisme

L’ouvrier a tendance à penser qu’il le prix payé pour sa seule force de travail est le prix général de son travail. Il n’a donc pas l’impression de travailler gratos la moitié de sa journée. « La valeur ou le prix de la force de travail prend l’apparence extérieure du prix ou de la valeur du travail lui-même, bien que, rigoureusement parlant, le terme de valeur ou de prix du travail n’ait aucun sens. » : « à la base du système du salariat, même le travail non payé semble être du travail payé. » La seule différence avec l’esclavage, estime Marx, c’est que l’esclave a l’impression de travailler pour rien, alors qu’on lui assure le renouvellement de sa force de travail, tandis que le salarié à l’impression d’être payé. En réalité, la seule différence avec le serf qui travaillait trois jours sur son champ puis trois jours gratuitement sur le champ de son seigneur, c’est une différence spatio-temporelle : dans une journée de travail, le salarié a travaillé un certain temps payé et un autre temps non-payé.

La plus-value, c’est-à-dire la partie de la valeur totale des marchandises dans laquelle est incorporée le surtravail, le travail non-payé de l’ouvrier, je l’appelle le profit.
-Karl Marx
Pourtant, même quand il n’est plus payé, il continue de « cristalliser » dans la marchandise qu’il produit la valeur de son travail. C’est pourquoi en vendant une marchandise à sa valeur, le capitaliste réalise son profit, puisqu’il ne paie à l’ouvrier qu’une partie de cette valeur. Son profit lui permet ensuite de payer ses intérêts, son loyer : ainsi, rente, profit et intérêt ne s’ajoutent pas aux salaires pour constituer le prix ; ils sont la partie de la valeur non-payée au salarié. « Laplus-value, c’est-à-dire la partie de la valeur totale des marchandises dans laquelle est incorporée le surtravail, letravail non-payé de l’ouvrier, je l’appelle le profit. » A noter que le rapport entre salaires et profit peut varier : plus on paie l’ouvrier au-dessus de la valeur de sa force de travail, moins le capitaliste a de profit à se mettre sous la dent, puisque les marchandises restent en moyenne vendues à leur valeur.

5/Pour conclure…

Marx condamne en fait le principe du syndicat, qui serait simplement d’augmenter les salaires en pensant faire ainsi chuter le taux de profit de patron ; c’est-à-dire d’aménager le salariat afin qu’il soit plus profitable à l’ouvrier. Mais le salariat est la forme d’exploitation du prolétariat : il ne faut pas travailler à son aménagement, mais à son abolition. Laissons la conclusion à Marx lui-même, et à la dernière proposition de son ouvrage :

Les trade-unions agissent utilement en tant que centres de résistance aux empiètement du capital. Elles manquent en partie leur but dès qu’elles font un emploi peu judicieux de leur puissance. Elles manquent entièrement leur but dès qu’elles se bornent à une guerre d’escarmouches contre les effets du régime existant, au lieu de travailler en même temps à sa transformation et de se servir de leur force organisée comme d’un levier pour l’émancipation définitive de la classe travailleuse, c’est-à-dire pour l’abolition définitive du salariat.
Salaires, prix et profits de Karl Marx (libre de droit)

Pour aller plus loins : le texte intégral sur Marxists.org, La fiche du livre chez Smolny, Une synthèse de l’oeuvre chez OCML-VP, une contextualisation chez Révolution Socialiste

Le salariat, la belle arnaque du capitalisme !

 

salariat2

Par: MICHEL PEYRET

« Les trade-unions, conclut Marx, agissent utilement en tant que centres de résistance aux empiètement du capital. Elles manquent en partie leur but dès qu’elles font un emploi peu judicieux de leur puissance. Elles manquent entièrement leur but dès qu’elles se bornent à une guerre d’escarmouches contre les effets du régime existant, au lieu de travailler en même temps à sa transformation et de se servir de leur force organisée comme d’un levier pour l’émancipation définitive de la classe travailleuse, c’est-à-dire pour l’abolition définitive du salariat. »

L’abolition définitive du salariat, est-ce toujours à l’ordre du jour ? Si oui, pourquoi n’en parle-t-on pas davantage ?

Salaires, prix et profits de Karl Marx
Salaire, Prix et Profit, c’est un petit bouquin d’à peine 70 pages qui ne paie pas de mine. Et pourtant, c’est dans les grandes lignes de cet essai que Marx esquisse sa théorie de la valeur : toute la valeur vient du travail. Toute ? Toute ; pas un kopeck ne lui échappe. Certes, mais à quoi ça sert ? A démontrer que le salariat, qui ne rémunère que partiellement le travail, ne se distingue du servage et de l’esclavage que par sa forme historique. Comme mode d’exploitation, il est impossible pour un socialiste de prétendre l’améliorer : la seule alternative est son abolition.

On frétille d’avance de savoir comment Marx parvient en quelques pages à vaincre les démons réformistes et les trade-unions à courte-vue. Ce n’est pourtant pas si compliqué…

Sommaire

1/ L’offre et la demande sont une belle arnaque

2/ Le mystère de la valeur

3/Lorsqu’on vend les marchandises à leur valeur, on forme de la plus-value

4/ Le salariat, une belle arnaque du capitalisme

5/Pour conclure…

**********

1/ L’offre et la demande sont une belle arnaque

Tout le monde l’a déjà entendu au moins une fois dans sa vie : la valeur d’une marchandise se détermine par la loi de l’offre et de la demande ; plus une marchandise est réclamée, plus son prix monte ; plus elle est courante, moins elle est chère. Mais que se passe-t-il quand l’offre et la demande s’équilibrent ? Pour Marx, on atteint le « prix naturel » de la marchandise, qui coïncide avec sa valeur. La grande erreur des libéraux est d’avoir confondu le prix, qui fluctue en fonction de l’offre et de la demande, avec la valeur de la marchandise, qui, elle, reste fixe, toutes choses égales par ailleurs. La loi de l’offre et de la demande ne fait qu’expliquer la variation des prix ; pas la valeur des marchandises. « L’offre et la demande ne règlent pas autre chose que les fluctuations momentanées du marché », écrit Marx.

2/ Le mystère de la valeur

MARXQu’en est-il alors de la valeur ? Pour Marx, c’est le grand mystère de l’économie politique. Il existe bien quelques « économistes en retraite » pour expliquer que la valeur est déterminée par le prix des salaires ; mais personne ne sait d’où vient la valeur des salaires eux-mêmes. « L’assertion selon laquelle « les salaires déterminent les prix des marchandises » revient à ceci, « la valeur est déterminée par la valeur », et cette tautologie signifie en fait que nous ne savons rien de la valeur ». Les salaires ne déterminent pas la valeur ; pour cette raison, il serait stupide de considérer que la valeur d’une marchandise est le salaire auquel s’ajoutent des pourcentages de profit et de rente.

Mais alors, d’où vient la valeur si ce n’est des salaires ? Pour cela, « il faut nous demander quelle est la substance sociale commune à toute les marchandises », trouver quelque chose que toutes les marchandises aient en commun et qui permette de les situer les unes par rapport aux autres. Pour Marx, cela ne fait aucun doute : « c’est le travail ». Explication :

Lorsque l’ouvrier travaille une heure pour créer une marchandise, on dira que ce produit cristallise une heure de travail ; et la valeur de cette marchandise sera celle d’une heure de travail. « Naturellement, pour se servir de cette mesure, on ramènera tous les genres de travail au travail moyen », c’est-à-dire qu’on considère la moyenne du taux de productivité dans un contexte social donné. La valeur des marchandises varie ensuite en fonction de l’apparition de nouvelles technologies qui rendent le travail plus productif (et qui permettent plus de production en une heure de travail), ou de difficultés qui rendent le travail moins productif (comme l’appauvrissement des terres, par exemple).

En bref, ce raisonnement permet à Marx d’arriver à énoncer la loi économique suivante :

Les valeurs des marchandises sont directement proportionnelles au temps de travail employé à leur production, et inversement proportionnelles à la force productive du travail employé.
3/Lorsqu’on vend les marchandises à leur valeur, on forme de la plus-value

il est absurde de supposer que le profit (…) provient d’une majoration du prix des marchandises

-Karl Marx

La conversion de la valeur en prix est simplement le procédé par lequel on exprime les valeurs des différents objets comme des quantités variables d’un même travail social. Les objets, en dehors des fluctuations de l’offre et de la demande, se retrouvent donc sur le marché à un prix proche de leur valeur réelle. Aussi, enchaîne Marx –et c’est là tout le nœud du problème- « il est absurde de supposer que le profit (…) provient d’une majoration du prix des marchandises », puisque ces marchandises sont vendues la plupart du temps à des prix proches de leur valeur réelle : « les profits proviennent du fait qu’on vend les marchandises à leur valeur. »

Pour comprendre cela, il faut revenir à la source du problème : le travail. Quand on prend n’importe quelle marchandise, sa valeur équivaut à la quantité totale du travail contenu dedans : par exemple, pour un pull : la quantité de travail nécessaire pour obtenir la matière première + la quantité de travail nécessaire de l’ouvrier qui a assemblé le pull + la quantité de travail nécessaire à construire les machines qui permettent de tisser le pull, divisée par le nombre de pulls qu’elles produisent. Et voilà la valeur totale de mon pull. Et c’est la même chose pour la force de travail : sa valeur équivaut à la valeur que l’ouvrier consomme chaque jour en produits de première nécessité : la valeur totale de sa force de travail est la valeur de ce qu’il mange, de ce qu’il s’habille, voire la valeur qu’il consomme en formation, etc. L’ouvrier ne vend pas son travail au capitaliste : il vend cette force de travail, et c’est la valeur de cette force de travail que le capitaliste lui paie.

Mais admettons que le total de ce que l’ouvrier consomme chaque jour en produits de première nécessité corresponde à 5heures de travail en moyenne (qu’il ait fallu 5 heures par jour pour produire sa nourriture, ses vêtements, etc.). La valeur de la force de travail de l’ouvrier équivaut à celle de ces 5 heures de travail. Le capitaliste lui paiera donc la valeur de ces cinq heures (s’il lui payait moins, l’ouvrier finirait par décéder), mais tout en le faisant travailler dix heures : « La quantité de travail qui limite la valeur de la force de travail de l’ouvrier ne constitue en aucun cas la limite de la quantité de travail que peut exécuter sa force de travail ». Il y a donc cinq heures de « surtravail », non-payées à l’ouvrier, et qui vont représenter la plus-value. « Le taux de la plus-value, toutes circonstances égales d’ailleurs, dépendra du rapport entre la partie de la journée de travail, qui est nécessaire pour renouveler la valeur de la force de travail, et le surtravail ou temps employé en plus pour le capitaliste. »

4/Le salariat, une belle arnaque du captalisme

L’ouvrier a tendance à penser qu’il le prix payé pour sa seule force de travail est le prix général de son travail. Il n’a donc pas l’impression de travailler gratos la moitié de sa journée. « La valeur ou le prix de la force de travail prend l’apparence extérieure du prix ou de la valeur du travail lui-même, bien que, rigoureusement parlant, le terme de valeur ou de prix du travail n’ait aucun sens. » : « à la base du système du salariat, même le travail non payé semble être du travail payé. » La seule différence avec l’esclavage, estime Marx, c’est que l’esclave a l’impression de travailler pour rien, alors qu’on lui assure le renouvellement de sa force de travail, tandis que le salarié à l’impression d’être payé. En réalité, la seule différence avec le serf qui travaillait trois jours sur son champ puis trois jours gratuitement sur le champ de son seigneur, c’est une différence spatio-temporelle : dans une journée de travail, le salarié a travaillé un certain temps payé et un autre temps non-payé.

La plus-value, c’est-à-dire la partie de la valeur totale des marchandises dans laquelle est incorporée le surtravail, le travail non-payé de l’ouvrier, je l’appelle le profit.
-Karl Marx
Pourtant, même quand il n’est plus payé, il continue de « cristalliser » dans la marchandise qu’il produit la valeur de son travail. C’est pourquoi en vendant une marchandise à sa valeur, le capitaliste réalise son profit, puisqu’il ne paie à l’ouvrier qu’une partie de cette valeur. Son profit lui permet ensuite de payer ses intérêts, son loyer : ainsi, rente, profit et intérêt ne s’ajoutent pas aux salaires pour constituer le prix ; ils sont la partie de la valeur non-payée au salarié. « Laplus-value, c’est-à-dire la partie de la valeur totale des marchandises dans laquelle est incorporée le surtravail, letravail non-payé de l’ouvrier, je l’appelle le profit. » A noter que le rapport entre salaires et profit peut varier : plus on paie l’ouvrier au-dessus de la valeur de sa force de travail, moins le capitaliste a de profit à se mettre sous la dent, puisque les marchandises restent en moyenne vendues à leur valeur.

5/Pour conclure…

Marx condamne en fait le principe du syndicat, qui serait simplement d’augmenter les salaires en pensant faire ainsi chuter le taux de profit de patron ; c’est-à-dire d’aménager le salariat afin qu’il soit plus profitable à l’ouvrier. Mais le salariat est la forme d’exploitation du prolétariat : il ne faut pas travailler à son aménagement, mais à son abolition. Laissons la conclusion à Marx lui-même, et à la dernière proposition de son ouvrage :

Les trade-unions agissent utilement en tant que centres de résistance aux empiètement du capital. Elles manquent en partie leur but dès qu’elles font un emploi peu judicieux de leur puissance. Elles manquent entièrement leur but dès qu’elles se bornent à une guerre d’escarmouches contre les effets du régime existant, au lieu de travailler en même temps à sa transformation et de se servir de leur force organisée comme d’un levier pour l’émancipation définitive de la classe travailleuse, c’est-à-dire pour l’abolition définitive du salariat.
Salaires, prix et profits de Karl Marx (libre de droit)

Pour aller plus loins : le texte intégral sur Marxists.org, La fiche du livre chez Smolny, Une synthèse de l’oeuvre chez OCML-VP, une contextualisation chez Révolution Socialiste.

 

Paroles de femmes ou de féministes?

Paroles en l’air

Micro libre au Ste-Cath

Encore à fleur de peau, j’ai eu de la difficulté à trouver les mots justes pour rendre compte de l’atmosphère empreinte d’émotions de la 2ème édition de Paroles en l’air au Ste-Cath. C’est pourquoi je reviens sur le sujet. 

Annie Dion-Clément  dossiers  CultureÉgalité Homme-Femme.

Paroles en l'air, paroles de femmes«Pas assez femme»,

«Trop de fesses»,

«Rompre le silence»,

«Se construire dans la honte»,

«Force utile des survivantes»,

«Ne pas accepter de se faire pogner le cul»,

«Peau fripée comme celle d’un pruneau»,

«Droit de ne pas avoir d’enfant»,

«Essence d’un grand cœur qui bat»,«Pour éviter tes yeux»,

«Je ne ressens rien»,«Je suis un pion»,

«Être femme, c’est politique»,«Je me sens conne et inutile»,

«Être est mon hésitation»,«Rester silencieuse»,

«Réussir sa vie et maintenir un équilibre».

Ces quelques paroles illustrent fortement les sujets abordés et la fébrilité qui régnait lors de cette soirée. Elles ont été prononcées par 3 féministes à l’occasion de la journée internationale de la femme pour lancer la discussion sur le thème: La parole au féminin.

Les 3 courageuses

Nathalie Boisvert, dramaturge, a débuté avec la lecture d’un extrait de son recueil de poèmes Fureur immobile. Récit d’une femme violentée et isolée refusant de quitter celui qui la maltraite par manque d’estime. Ce texte fort empreint de gravité a donné le coup d’envoi à l’événement.

Vint ensuite la prestation de Tanya St-Jean du collectif Je suis indestructible. Avec un sanglot dans la gorge, elle a témoigné de son récit personnel. Élevée par une mère monoparentale, elle a été agressée par plusieurs hommes, dont son père et son frère. Son parcours de vie est à l’origine de ses études en travail social et en service communautaire. C’est à cette époque qu’elle décide de rompre le silence et de ne plus se sentir petite.

Dernière présentatrice, Amélie Prévost, accompagnée de son guitariste, a oeuvré dans un style plus léger avec une performance haute en couleurs de 5 de ses chansons. L’une d’elles abordait le droit de vieillir au féminin et d’aimer ses rides, témoignages de notre histoire et de ce qui nous anime dans la vie comme le montrent ces paroles : «Les doigts croches d’avoir trop joué de piano.»

Courageuses et déterminées à ne pas être des victimes, celles qui sont montées sur scène ont le mérite de révéler au grand jour leurs questionnements sur la condition féminine. Elles ont aussi le mérite de s’affirmer dans ce qu’elles sont et ce qu’elles ont de plus intime: leur histoire.

Pour cette raison, elles demeurent des modèles pour toutes celles qui n’acceptent pas leur passé et ce qu’elles sont. À travers ces témoignages, je me suis sentie interpellée et solidaire de toutes celles que je ne connaissais pas. J’étais fière d’être une femme.

Autres textes sur Égalité Homme-Femme

Le spectacle étant gratuit, préférable de réserver votre table.

Bistro le Ste-Cath
4264 Ste-Catherine est, Montréal (une rue à l’est de PIE-IX)
(514) 223-8116
http://www.le-ste-cath.com
bistro@le-ste-cath.com

Pour ne pas manquer les nouveautés, inscrivez-vous à notre info-lettre sur le site http://www.le-ste-cath.com.

Merci d’inviter Le Ste-Cath parmi vos amis Facebook: Bistro le Ste-Cath.

La programmation 2015 est affichée sur le site du bistro.

Bistro le Ste-Cath

bistro restaurant où manger bonne bouffe est montréal souper spectacle bistronomiqueUn restaurant, une chaleureuse terrasse. Pour une rencontre entre amis ou en famille, les chefs du Bistro le Ste-Cath sauront vous offrir une cuisine réinventée et originale à un prix abordable.

Situé en plein coeur d’Hochelaga-Maisonneuve, au sud du Stade Olympique, à l’est de PIE-IX. 4264 Ste-Catherine est.

Bistro le Ste-Cath est opéré par l’organisme communautaire le Journal de la Rue. Tous les profits servent à financer notre intervention auprès des jeunes.

Pour informations et réservations: (514) 223-8116 ou bistro@le-ste-cath.com.

La libre pensée…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sans doute l’aviez-vous remarqué ? Les 7 du Québec vous offre, par la diversité de ses auteurs et leur indépendance journalistique, une occasion de vous soustraire au conditionnement médiatique imposé par la presse officielle et d’amorcer ainsi une réflexion à partir d’éléments fondés sur une réalité autre que fabriquée. C’est la voie que nous privilégions : la libre-pensée. Nous pouvons le faire puisque nous ne dépendons d’aucun organisme et ne privilégions aucun parti ni courant de pensée. Néanmoins, nous valorisons la solidarité et les échanges. Soyez assurés que votre point de vue nous intéresse. Vous êtes chaleureusement invités à commenter – dans la courtoisie et le respect de l’autre. Votre participation ne peut que nous enrichir.  Carolle Anne Dessureault, éditrice

Le capitalisme écovert à la ferme

[L’industrialisation inéluctable de l’agriculture capitaliste (ici en France, mais chacun trouvera une situation semblable dans chaque pays fortement industrialisé). L’équipe du magazine REPORTERRE – écologique constate l’intensification (hausse de productivité industrielle) et la concentration monopolistique intensifiée – de l’industrie agricole française. L’usine-ferme après  s’être mécanisée poursuit son industrialisation et sa concentration monopolistique capitaliste sous la botte de grands groupes agroalimentaires internationaux. L’homme d’affaires agricole – le capitaliste du fermage – n’a rien à voir avec la classe ouvrière. L’administrateur de ferme industrielle emploie et exploite des dizaines de travailleurs  (ici  au Canada ce sont des Mexicains et des Sud-Américains, en France ce sont des Maghrébins et des  Africains). La maturation des conditions objectives de la révolution anticapitaliste passe aussi par la capitalisation monopolistique de l’industrie agricole, de la ferme à la chaîne d’épicerie monopolistique. L’«agriculture paysanne» et l’écolo vert ? Cela n’existe plus depuis belle lurette en pays capitaliste avancé. En pays capitaliste sous-industrialisé et sous-développé, les paysans meurent doucement sur leurs terres en jachère,  affamés par l’agriculture industrielle des pays impérialistes avancés.  Bienvenue au stade impérialisme du capitalisme anarchique à tous ceux qui s’étonnent encore de ne plus reconnaître la «Vache qui rit» et le grelot des chèvres dans les prés de leur passé.  Robert Bibeau].

*******

Titre original :  ENQUÊTE – 1 – Le maître caché de l’industrialisation de l’agriculture française.  Source :  20 février 2015 / Barnabé Binctin et Laure Chanon (Reporterre) http://www.reporterre.net/ENQUETE-1-Le-maitre-cache-de-l

*******

Les nombreux projets de ferme-usines en cours annoncent l’industrialisation de l’agriculture. Un chemin totalement différent du modèle mis en scène par le Salon de l’agriculture qui s’ouvre samedi. Le but : une agro-industrie avec peu de travailleurs et maximisant le profit de grandes entreprises. Une holding nommée Avril – nouvel avatar de Sofiprotéol – joue un rôle clé dans cette mutation forcée. Reporterre a exploré les méandres du maître secret de l’agriculture française.

Leur étendard le plus connu reste encore les mille vaches. Mais elles se développent aussi pour les jeunes bovins, avec la ferme des mille veaux ou pour d’autre bétail, à l’image de la ferme des trois mille cochons ou à celle des mille truies. En production de volailles, les chiffres sont encore plus spectaculaires, on parle de 250 000 poules. Le gigantisme gagne aussi les élevages mixtes, comme en Touraine, où la ferme des 2 200 animaux doit accueillir prochainement ensemble,vaches laitières, taurillons, génisses et chèvres. Autant d’avatars d’un même modèle : la ferme-usine.

Une logique d’agrandissement sur tout le territoire

La carte interactive que publie Reporterre ce jour ne laisse plus de doute : les projets d’élevage géants explosent en France. Dans le même temps, les fermes traditionnelles, de modèle familial, peu aidées, ne parviennent plus à survivre à un environnement économique de plus en plus dur.

En 60 ans, le nombre des exploitations agricoles a été divisé par quatre, passant de deux millions en 1955 à 500 000 environ en 2010. Selon le recensement agricole de 2010, deux cents exploitations disparaissent chaque semaine. Le secteur laitier, avec la crise du lait en 2009, a sans doute payé le plus lourd tribut. Le nombre de fermes laitières s’élevait en 2010 à 78 362 contre environ 427 000 en 1983, soit une perte de 82%, selon une étude de FranceAgriMer.

Souvent, ceux qui jettent l’éponge vendent tout ou partie de leurs terres et de leurs bêtes aux voisins, qui agrandissent leur exploitation pour gagner en chiffre d’affaires et faire des économies d’échelle. Aussi, la taille des fermes grossit. En 1955, 80 % des fermes françaises comptaientmoins de 20 hectares en moyenne contre 55 hectares en 2010.

Selon FranceAgriMer toujours, les troupeaux laitiers ont grossi de 40 % entre 2000 et 2010. Actuellement, une ferme laitière compte encore cinquante vaches en moyenne. On reste certes loin du gigantisme du modèle américano-hollandais. « On compte une dizaine de fermes de plus de 250 vaches en France, mais le processus s’accélère » souligne-t-on toutefois du côté de la Confédération Paysanne.


- Dans la ferme-usine des Mille vaches -

L’agrandissement est une question de compétitivité selon Xavier Beulin, président de la FNSEA(Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), qui déclarait, en avril 2014, que« celui qui a deux hectares, trois chèvres et deux moutons n’est pas agriculteur ».

Et c’est au nom d’une « agriculture moderne et performante » qu’il réaffirmait, il y a quelques jours encore, auprès de François Hollande, son soutien au projet de la ferme des mille veaux. Voici donc comment la taille se retrouve synonyme de performance dans le discours du premier syndicat agricole.

Concentration, Industrialisation, financiarisation

Voilà quelle direction est donc donnée à l’agriculture. Dans son livre Le business est dans le préparu cette semaine, Aurélie Trouvé résume : « Les entreprises agro-alimentaires se concentrent ; les PME disparaissent au profit des plus grandes, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que quelques-unes qui contrôlent l’essentiel du marché ».

La métamorphose du vocabulaire – « entreprise », « PME », « marché » – illustre celle du monde agricole dans son ensemble. Le changement d’échelle des fermes traduit leur industrialisation. Dans ces grandes exploitations, la rationalisation du travail mène les machines sophistiquées à remplacer le plus possible les hommes. En novembre, les journalistes de Complément d’enquêtesont parvenus à filmer l’intérieur de l’usine des mille vaches : on y découvre le plus gros« rotolactor » de France, une machine qui permet de traire cinquante vaches en cinq minutes. Il n’y a plus de pâturage, et les animaux sont alimentés avec des composés industriels, tandis que les éleveurs sont devenus de véritables ouvriers spécialisés.

Le statut même d’agriculteur est remis en cause. La loi d’avenir agricole, votée à l’automne, en redéfinit les critères. Pour toucher les aides publiques, l’« agriculteur actif » doit désormais répondre au critère de revenu dégagé – à côté de ceux de la surface cultivée et du temps de travail. Quel sera le minimum à atteindre ? Un décret d’application en discussion doit le préciser. Mais le lobbying de la FNSEA a d’ores et déjà payé : le chiffre d’affaire est désormais un élément déterminant dans la définition du statut de l’agriculteur et de son « entreprise ».

L’industrialisation a une autre conséquence : la financiarisation de l’agriculture. La dimension des infrastructures ouvre la porte aux capitaux extérieurs, seules des entreprises à fort capital peuvent financer les acquisitions foncières et les équipements adossés. Si, jusqu’à présent, les agriculteurs restent propriétaires de leur société, on constate de plus en plus l’arrivée d’actionnaires non-agriculteurs.

L’exemple de la filière porcine en Bretagne

Deux projets de porcherie géante, inscrits également à la carte de l’industrialisation de l’agriculture, illustrent cette mutation. A Poiroux (Vendée) et à Trébrivan (Côtes-d’Armor), les deux fermes-usines prévoient d’accueillir un millier de truies qui donneront naissance à près de 25 000 porcelets par an. Outre les nuisances environnementales, ces exploitations sont symptomatiques du modèle économique qui se dessine : journal spécialisé, Porc Magazine offre dans un article intitulé « Un concentré de solutions originales » une vue approfondie de l’intérieur de la maternité de Trébrivan.

Qu’apprend-on ? Que « tout est pensé pour réduire l’importance d’une main-d’œuvre salariée »grâce à une « mécanisation complète » et « à la pointe de la technologie ». Moins de travailleurs, plus de capital : « Les originalités économiques de construction payent pour une part les équipements high-tech, les associés misent au final sur une grosse productivité allégée en main d’œuvre ».

Qui porte le projet de Trébrivan ? La SCEA (Société civile d’Exploitation Agricole) Ker Anna, qui est composée de cinq associés-fondateurs :

- Voir les statuts de la SCEA Ker Anna :  [http://www.reporterre.net/ENQUETE-1-Le-maitre-cache-de-l ]

L’un de ces cinq associés est la SARL Kerloann, que l’on retrouve également au capital de la ferme de Poiroux, dont le projet est porté par la SCEA Village du Bois.

- Voir les statuts de la SCEA Village du Bois : [http://www.reporterre.net/ENQUETE-1-Le-maitre-cache-de-l]

Initialement, la SAS Sanders Ouest était également présente dans le montage sociétaire, comme l’indiquait il y a quelques semaines un article de Ouest France, puis elle a disparu du montage final de Poiroux. Mais en réalité, la SAS Sanders Ouest n’a pas vraiment disparu du projet. Elle est en effet un actionnaire de la même SARL Kerloann, au même titre que Sanders Bretagne, Abera ou encore Les groupements de producteurs de porcs de l’Ouest et de l’Armorique :

- Voir les statuts de la SARL Kerloann : [http://www.reporterre.net/ENQUETE-1-Le-maitre-cache-de-l]

Sanders Ouest est même doublement dans la Sarl Kerloann, puisque la SAS Sanders Ouest, tout comme de nouveau la SAS Sanders Bretagne, est également au capital de Porc Armor – également actionnaire de Kerloann donc – né de la fusion des groupements de producteurs de porcs de l’ouest et de l’Armorique. On y trouve aussi, entre autres, France Gènes :

- Voir les statuts de la SAS Porc Armor :[http://www.reporterre.net/ENQUETE-1-Le-maitre-cache-de-l]

Vous vous y perdez ? C’est pourtant simple. Sanders Ouest, Sanders Bretagne, Abera, France Gènes sont toutes filiales d’un seul et même opérateur : Sofiproteol, rebaptisé Avril le mois dernier.

Avril-Sofiproteol, acteur omnipotent des filières de l’agro-industrie

Leader français de l’alimentation animale, avec Glon Sanders justement, le groupe Avril-Sofiproteol est très présent dans la filière porcine à travers ses filiales spécialisées dans la nutrition (Sunfeed), l’hygiène et la santé (Tecnofirm), la génétique (Adevia, fruit de la fusion de France Gènes, la même structure qui est au capital de Porc Armor…), et ce jusqu’à l’aval de la filière, avec les abattoirs, par le biais d’Abera – société que l’on retrouve elle au capital de la SASKerloann.

L’actualité illustre encore la volonté du groupe d’étendre son réseau : le site manchois des abattoirs AIM, dont les salariés sont en grève depuis jeudi 19 février, n’a qu’un repreneur présenté officiellement, et il se nomme… Sofiproteol.

Ce groupe peut-il être à la fois le principal acteur économique de la filière et participer au capital des nouvelles exploitations industrielles qui s’y montent ? Comment ne pas imaginer alors qu’il assure par la même occasion un débouché à ses diverses activités ?

Nous avons voulu poser directement la question au président du groupe, qui n’est autre que… Xavier Beulin, également président du principal syndicat agricole, et que nous avons rencontré pour un entretien détaillé sur toutes les activités d’Avril. Et là, surprise. Le dirigeant nie la participation au capital des maternités porcines :


- Xavier Beulin en entretien avec Barnabé Binctin -

Xavier Beulin peut-il ne pas être au courant ? Si cela était, son ignorance serait une preuve supplémentaire de l’immensité de la taille du groupe Avril-Sofiproteol dans le secteur agricole, son président ne maîtrisant plus toute la chaîne des implications.

Ou alors Xavier Beulin se trompe-t-il sciemment ? A-t-il conscience de ce qu’un tel aveu dirait sur l’intégration totale d’une filière par un seul et même acteur économique ?

Car le groupe Avril-Sofiproteol, rarement visible sur la scène médiatique, n’en est pas moins un acteur-clé de l’agriculture française. Et la filière porcine est loin d’être la seule scène où il joue sa partition. La volaille ? Il est le propriétaire de Matines, la célèbre marque d’œufs et a échoué à lareprise de Doux, à l’été 2012. Les huiles ? Le groupe est leader dans le secteur en France, mais aussi au Maroc et en Roumanie, grâce notamment à Lesieur et Puget.   Avril-Sofiproteol se développe aussi dans les biotechnologies, avec Biogemma, In Vivo ou Hendrix Genetics dont Sofiproteol est actionnaire.

En fait, la question n’est plus tant de savoir dans quelles branches de l’activité agricole s’est spécialisée Avril, mais plutôt dans laquelle elle ne s’est pas encore développée. Holding regroupant plus de 150 sociétés différentes, le groupe pèse 7 milliards d’euros et reste le bras financier de l’agriculture par le biais de Sofiproteol. De l’alimentation humaine à la nutrition animale, en passant par les semences, les énergies renouvelables et même la presse du secteur, de l’amont jusqu’à l’aval, en France et mais aussi au Maghreb, en Afrique ou en Europe de l’Est, Avril-Sofiproteol est partout.

Et partout où l’on regarde, on constate que les activités industrielles de Sofiproteol s’accordent parfaitement avec le développement des fermes-usines et des nouveaux besoins qui leur sont corrélés : le groupe est un partenaire stratégique de l’industrialisation de l’agriculture.

A partir de lundi, suivez le reportage sur Avril-Sofiproteol, qui revendique « un nouveau printemps » pour l’agriculture française. Tout au long de la semaine, découvrez sur Reporterre le récit de la construction de cet empire.


Lire aussi : ENQUETE – 2 – Au coeur de l’agro-industrie française, les tentacules d’Avril Sofiproteol

 

Mourir pour des idées (Brassens)

mourir-pour-des-ideesl

Mourir pour des idées
Georges Brassens, 1972

Mourir pour des idées,
L’idée est excellente.
Moi j’ai failli mourir
De ne l’avoir pas eu
Car tous ceux qui l’avaient,
Multitude accablante,
En hurlant à la mort
Me sont tombés dessus.
Ils ont su me convaincre
Et ma muse insolente
Abjurant ses erreurs,
Se rallie à leur foi
Avec un soupçon de
Réserve toutefois:
Mourons pour des idées
D’accord,
Mais de mort lente,
D’accord
Mais de mort lente.

Jugeant qu’il n’y a pas
Péril en la demeure
Allons vers l’autre monde
En flânant en chemin
Car, à forcer l’allure,
Il arrive qu’on meure
Pour des idées n’ayant
Plus cours le lendemain.
Or, s’il est une chose
Amère, désolante
En rendant l’âme à Dieu
C’est bien de constater
Qu’on a fait fausse route,
Qu’on s’est trompé d’idées
Mourons pour des idées
D’accord,
Mais de mort lente,
D’accord
Mais de mort lente.

Les Saints Jean bouche d’or
Qui prêchent le martyre
Le plus souvent, d’ailleurs,
S’attardent ici bas.
Mourir pour des idées,
C’est le cas de le dire
C’est leur raison de vivre,
Ils ne s’en privent pas
Dans presque tous les camps
On en voit qui supplantent
Bientôt Mathusalem
Dans la longévité
J’en conclus qu’ils doivent
Se dire, en aparté:
Mourons pour des idées
D’accord,
Mais de mort lente,
D’accord
Mais de mort lente.

Des idées réclamant
Le fameux sacrifice,
Les sectes de tout poil
En offrent des séquelles
Et la question se pose
Aux victimes novices:
Mourir pour des idées,
C’est bien beau, mais lesquelles?
Et comme toutes sont
Entre elles ressemblantes,
Quand il les voit venir
Avec leur gros drapeau,
Le sage en hésitant
Tourne autour du tombeau.
Mourons pour des idées
D’accord,
Mais de mort lente,
D’accord
Mais de mort lente.

Encore s’il suffisait
De quelques hécatombes
Pour qu’enfin tout changeât,
Qu’enfin tout s’arrangeât!
Depuis tant de grands soirs
Que tant de têtes tombent,
Au paradis sur terre
On y serait déjà.
Mais l »âge d’or sans cesse
Est remis aux calendes
Les dieux ont toujours soif,
N’en ont jamais assez
Et c’est la mort, la mort
Toujours recommencée
Mourons pour des idées
D’accord, mais de mort lente,
D’accord
Mais de mort lente.

Ô vous les boutefeux,
Ô vous les bons apôtres
Mourez donc les premiers,
Nous vous cédons le pas
Mais, de grâce, morbleu!
Laissez vivre les autres!
La vie est à peu prés
Leur seul luxe ici bas;
Car enfin, la camarde
Est assez vigilante
Elle n’a pas besoin
Qu’on lui tienne la faux
Plus de danse macabre
Autour des échafauds!
Mourons pour des idées
D’accord,
Mais de mort lente,
D’accord
Mais de mort lente.