« Ne pleurez pas sur moi, mais sur vous-mêmes et sur vos enfants »

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(Luc 23, 28)

OSCAR FORTIN :

Cette phrase, prononcée, il y a plus de 2000 ans, par un condamné à mort, alors qu’il portait la croix sur laquelle il allait être exécuté, a de quoi interpeller croyants et non croyants.

C’est que cette condamnation répondait à la volonté des pouvoirs religieux et politiques de se débarrasser de ce personnage dont la solidarité et les discours rejoignaient les humbles et les déshérités de la terre. Qui plus est, il ne se gênait pas pour démasquer l’hypocrisie et la cupidité de ceux qui vivaient de ces pouvoirs. Sa condamnation à mort signifiait le refus de ces derniers de reconnaître d’une part les crimes dont ils étaient les auteurs et d’autre part les ambitions dont ils se gavaient secrètement sous des dehors de fidélité à la loi de Moise et à celle de l’Empereur.

Caïphe, le grand-prêtre, Hérode, le roi des juifs, et Pilate, le gouverneur romain, sont ceux qui ont organisé et planifié l’arrestation et la condamnation de ce personnage jugé trop dérangeant et encombrant. Originaire de Nazareth, il avait parcouru la Judée et la Galilée, se faisant proche des malades, des pécheurs, des gens humbles, proclamant un message d’espérance sur l’avènement d’un monde de justice, de solidarité, de compassion, de vérité. Autant il mettait en évidence la sincérité et l’honnêteté qui habitaient le cœur des gens humbles, autant il se faisait critique à l’endroit de ceux qui se donnaient en modèles tout en s’enveloppant d’un légalisme sans vie, détaché du quotidien humain.

Il savait que Caïphe et les Grands Prêtres avaient monté la tête des gens présents au procès pour qu’ils réclament la libération de Barabbas, un voleur de grand chemin, et exigent plutôt sa condamnation. L’usage de la manipulation et du chantage était utilisé en ces temps là comme il l’est encore de nos jours. Sur le chemin qui le conduisait au Golgotha, où il devait être crucifié, il croisa des femmes qui pleuraient à le voir porter si douloureusement sa croix. Il s’arrêta et il leur dit « Ne pleurez pas sur moi, mais sur vous-mêmes et sur vos enfants. » Il savait que les véritables motifs pour lesquels il était condamné à mort seraient utilisés pendant des siècles, pour arrêter, torturer et condamner à mort des millions de personnes.

S’il faut pleurer c’est plutôt sur cette cupidité et hypocrisie, qui empoisonnent la conscience des personnes et des peuples et qui sont sources d’autant de souffrances et de malheurs. S’Il faut pleurer c’est tout autant sur ceux qui s’en font les auteurs que sur ceux qui, envoutés par la manipulation de ces derniers, en deviennent des promoteurs. Quant à ceux et celles qui, comme lui, sacrifieront tout pour briser ce cercle infernal des injustices et des mensonges, il leur aura déjà dit : ‘Heureux les persécutés pour la justice, le royaume des cieux est à eux. » Par ces paroles, ce condamné à mort, du nom de Jésus de Nazareth, nous renvoie à nous-mêmes, à ce que nous sommes et à ce que nous faisons.

Rien ne sert de pleurer sur la misère et les souffrances des autres si par nos comportements et engagements nous en sommes responsables. Que faisons-nous de ces guerres qui tuent, torturent, emprisonnent par milliers hommes, femmes et enfants et que nos gouvernements alimentent en soldats, en armes et que vous, moi, finançons sans poser de questions ? Quels critiques avons-nous par rapport à tout ce qui nous est dit et raconté dans nos parlements et médias? Combien de fois avons-nous réalisé qu’on nous mentait carrément sur des motifs de guerre sans que nous y réagissions vraiment? Les guerres en Irak, en Afghanistan et maintenant au Moyen Orient et en Afrique du Nord, sont justifiées par des tissus de mensonges, de demi-vérités qui cachent mal les ambitions de conquête et de domination des grandes puissances auxquelles nous appartenons.

Ces questions ne font guère l’enjeu des élections qui amusent le bon peuple avec des promesses d’un peu de sel, de poivre et de sucre dans l’assiette de chacun et chacune. Que font les Églises qui se réclament de ce Jésus? Là encore, il y a de quoi pleurer sur nous-mêmes. On ne peut s’empêcher de faire un parallèle entre les synagogues et les grands prêtres du temps de ce Jésus et les Églises et les hiérarchies ecclésiales d’aujourd’hui. En dépit du fait que la foi de ces dernières porte sur ce Jésus de Nazareth, qu’elles connaissent son message de justice, de vérité et de service auprès de gens humbles et de bonne volonté, elles n’en continuent pas moins à se faire tout autant solidaires des puissances oligarchiques que discrètes sur les questions pouvant en ternir l’action.

L’Église hiérarchique de l’Amérique latine, entre autres, en est l’illustration par excellence. Comment y reconnaître ce Jésus en la regardant dans ses institutions et ses personnages? Il y a évidemment des exceptions qui nous rappellent les véritables appartenances de l’Église. Mgr Oscar Romero, Don Elder Camara et certains autres de la hiérarchie ecclésiale ont témoigné de leur vie ce témoignage évangélique. L’authenticité et la radicalité du message évangélique commandent la transformation des attitudes et comportements de toute personne de bonne volonté dans le sens d’une justice étendue à tous les humains de la terre, d’une transparence de vie qui rend hommage à la vérité, d’une solidarité faite de compassion, de bonté, de miséricorde. Rien à voir avec la haine alimentée par tous les «… ismes » y inclut le catholicisme, l’islamisme, le protestantisme, l’athéisme, le capitalisme, le communisme, le sionisme etc.

Pour les chrétiens du monde, la semaine que nous vivons est célébrée comme la semaine sainte. Elle fait revivre les principaux moments de l’arrestation, du jugement et de la mise à mort de ce Jésus de Nazareth qui, selon le témoignage de ses disciples, est ressuscité le dimanche de Pâque aux petites heures du matin. Une occasion pour les croyants d’aller à l’essentiel de ce message et d’entendre de nouveau ces paroles du condamné à mort, portant sa croix, leur dire : « NE PLEUREZ PAS SUR MOI, MAIS SUR VOUS-MÊMES ET SUR VOS ENFANTS. » C’est le temps d’un examen de conscience en profondeur sur les véritables enjeux du monde dans lequel nous vivons et sur nos engagements, autant comme croyants que non croyants, pour lui donner un visage d’humanité, respirant la justice, la vérité et la vie.

Oscar Fortin

(Reprise de l’article publié à Québec, le 19 avril 2011)

http://humanisme.blogspot.com

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Oscar Fortin

Libre penseur intéressé par tout ce qui interpelle l'humain dans ses valeurs sociales, politiques, économiques et religieuses. Bien que disposant d'une formation en Science Politique (maîtrise) ainsi qu'en Théologie (maîtrise), je demeure avant tout à l'écoute des évènements et de ce qu'ils m'inspirent.

4 pensées sur “« Ne pleurez pas sur moi, mais sur vous-mêmes et sur vos enfants »

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    29 juillet 2014 à 15 03 32 07327
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    Autrement dit, il savait que les choses ne changerais pas.Qu’est-ce qui pourrait faire quelles changent aujourd’hui ?

    Pourquoi les Palestiniens, qu’es-ce qui fait peur a l’élite dominante a propos d’eux ? Es-ce en rapport avec leur racines anciennes, liés aux Égyptiens et a leur language sacrés, le Copte ? Qu’ils tuent leurs enfants avec l’assentiment des puissances de ce mondes, me font penser qu’ils craignent la venue de quelquechose ou quelqun au sein de ce peuple.

    ….?

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    29 juillet 2014 à 19 07 29 07297
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    Cette parole de Jésus à ceux et celles qui pleuraient de le voir porter la croix sur laquelle il allait laisser son dernier souffle, a une portée énorme pour tous ceux et celles qui se réclament de la foi et qui pleurent sur les souffrances de ce Jésus alors qu’ils ou qu’elles se font insensibles aux causes profondes qui génèrent cette haine capable d’autant de cruauté.

    Pour moi, ces paroles me disent de regarder vers la terre pour y découvrir jusqu’où nous sommes capables d’aller dans les tortures et la haine. S’il faut pleurer c’est sur cet état de fait, et s’il faut faire quelque chose c’est là qu’il faut agir.

    Quant à ce qui se passe en au M.O. entre Israël et la Palestine vous en savez plus que moi. Personnellement, je suis frustré chaque que j’entends nos médias et nos dirigeants affirmer le droit d’Israël à se défendre sans ajouter le droit des Palestiniens à récupérer les terres qui sont volées depuis 1967.

    On accorde au voleur le droit de se défendre contre celui à qui il a volé les terres, mais lorsque le Palestinien utilise son droit à récupérer ce qui lui appartient, on parle alors d’actions terroristes. Israël veut tout avoir avec la protection de ses alliés occidentaux. Tout le reste n’est que maquillage.

    Depuis que les Nations Unies ont tracé les frontières en 1967 entre les deux peuples, Israël n’a cessé d’empiéter sur les terres palestiniennes et ces derniers n’ont comme pas le droit de récupérer ce qu’on lui vole.

    Nous avons l’impression de revivre l’histoire mythique de Jacob y d’Esaü que l’on donne comme les ancêtres de ces deux peuples. Je pense avoir déjà publié ce texte sur les 7duquebec:

    http://humanisme.blogspot.ca/2014/06/un-jour-pour-la-paix.html

    Une histoire de tricheries, d’ambitions, de domination, de manipulation. Ceux et celles qui en paient le prix ce sont ces innocentes victimes, enfants, femmes et civils.

    Merci Peephole de me donner l’occasion de m’exprimer sur ces questions.

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      30 juillet 2014 à 9 09 26 07267
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      Vous êtes un des rares personnes que j’ai lu à comprendre vraiment la parole de Jésus Christ, c’est tout à votre honneur Monsieur Fortin.

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