La boulimie de l’ex-lieutenante-gouverneure…. affamée de privilèges !

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Lise Thibault est passible de 14 ans de prison pour les crimes de fraude et de cinq ans pour abus de confiance – PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

CAROLLE ANNE DESSUREAULT ?

La fonction de lieutenant-gouverneur du Québec, symbole monarchique et sans doute désuet, a-t-elle un impact positif sur la qualité de vie économique et sociale des citoyens ? Depuis les accusations d’abus de confiance et de fraude (dépenses de 700 000 $ non liées à ses fonctions) portées en 2007 contre l’ex-lieutenante-gouverneure, Lise Thibault, bien des voix se sont élevées pour abolir ce poste. En 2012, le Parti québécois a déposé une motion en Chambre pour son abolition. Cependant, il faut dire que toute modification de cette charge doit se faire en vertu de la loi constitutionnelle de 1982, ce qui n’est pas simple, puisqu’elle implique le Sénat, la Chambre des Communes et l’assemblée législative de chaque province canadienne qui doivent approuver ensemble les modifications proposées.

Saisissons d’abord en quoi consiste cette haute et prestigieuse charge actuellement occupée par l’Honorable Pierre Dufresne. Une fonction qui coûte plus de 1 million de dollars par année aux Québécoises et Québécois. Donc, beaucoup d’argent…

La fonction de lieutenant-gouverneur est la plus haute fonction de dignitaire au pays et a  même préséance sur tous les membres de la famille royale, à l’exception de sa Majesté la Reine. Un lieutenant-gouverneur se voit accorder des pouvoirs constitutionnels qui équivalent à ceux d’un chef d’état. Ce qu’il exécute comme tâches ? En voici quelques-unes concernant la partie exécutive : ratification des décrets du gouvernement ; sanction des lois ; assermentation des ministres ; nomination des Juges des Cours du Québec ; convocation et dissolution de l’Assemblée nationale. Pour le rôle cérémonial, protocolaire : lecture d’un discours à l’occasion de l’ouverture d’une nouvelle session parlementaire; accueil d’un souverain; d’un membre de famille royale, de dirigeants de pays. Et des réceptions officielles et présidences d’honneur à des événements.

Un mot sur la manière de désigner le lieutenant-gouverneur. Il faut dire Son Honneur. Lorsque le lieutenant-gouverneur est marié, son épouse a automatiquement droit à ce titre. En leur présence, on dit Leurs Honneurs. Même lorsque le dignitaire n’occupe plus cette fonction, il garde le titre d’Honorable toute sa vie.

On comprendra qu’une si haute fonction n’a pas beaucoup de comptes à rendre. On se fie sur l’intégrité du personnage qui l’occupe. Après tout, il est une figure représentative de ce qu’il y a de plus élevé au pays et c’est sa responsabilité morale et professionnelle de s’y conformer.

Le règne de la princesse Lise Thibault – une décennie de dépenses excessives
Personne ne peut nier les compétences professionnelles de cette dame. Son parcours de vie en témoigne honorablement…. jusqu’à l’occupation de son poste de lieutenante-gouverneure en tout cas.

Elle a vécu la grandeur d’une princesse et elle pouvait le faire dans l’exercice de ses fonctions prestigieuses car son mandat l’amenait à vivre royalement. Rappelons aussi qu’elle était bien rémunérée et bénéficiaiit de multiples privilèges. Il y avait peu de dépenses qu’elle assumait, sur le plan personnel ou professionnel.  Elle recevait des deux gouvernements

Sur le site du Bureau du Vérificateur général du Canada, on trouve les montants fournis à Mme Thibault chaque année. Du Gouvernement du Canada, par l’entremise du patrimoine canadien, un salaire de 114 000 $ ou (118 000 $ – imprécis) lui est versé. À cette somme, s’ajoutent annuellement des fonds de 150 000 $ pour couvrir ses dépenses reliées à ses activités officielles. Auxquels s’ajoutent aussi, en provenance du gouvernement du Québec, un soutien logistique, une main-d’oeuvre, une allocation de logement de 48 000 $, un bureau prestigieux, un transport et une sécurité ainsi que divers autres éléments. En fait, l’allocation de dépenses du Québec s’élève à 858 000 $. C’EST CE SOUTIEN QUI COÛTE CHAQUE ANNÉE UN PEU PLUS D’UN MILLION DE DOLLARS.

En tant qu’ex-lieutenante-gouverneur, elle a également reçu le cadeau de 33 000 $ du gouvernement fédéral en remerciement de ses services rendus, c’est sa rente à vie, sans compter ses diverses rentes de retraite pour autres activités professionnelles.

Pour le litige qui concerne Mme Thibault, les activités promotionnelles s’élèvent à 1,7 million de dollars. C’est là qu’il y a une zone flottante de 700 000 $ – soit sans factures, sans pièces justificatives, ou qui relèvent d’activités d’ordre privé.

Qu’est-ce qui choque dans la posture de Madame Lise Thibault ?
Au procès, Madame Thibault a éclaté en larmes se plaignant qu’elle allait tout perdre, qu’elle ne méritait pas cela. Nous pouvons compatir humainement avec ses douleurs émotionnelles. Pourtant, ici, il s’agit d’autre chose. Il y a une rectification à faire.

Comme nous avons pu le lire plus haut, l’ex-lieutenante-gouverneure n’est pas sans ressources financières. On ne parle pas de sa résidence ou de ses résidences. Ses fonds de pension assurés, son argent mis de côté. Enfin, là n’est pas la question, L’essentiel est que Mme Thibault a autant les moyens de rembourser ce qu’elle a volé qu’un conducteur sur le seuil de la pauvreté qui doit rembourser une contravention de 180 $, ce qui représente pour lui une fracture dans son budget qui lui prendra presque une année avant de s’en remettre. Donc, nous allons maîtriser nos pleurs et ne pas trop nous en faire pour elle à ce niveau.

En fait, personnellement, ce qui me choque dans la posture de Mme Thibault, c’est son abus de confiance. Ce n’est pas qu’elle ait profité raisonnablement du système et qu’elle ait vécu une vie luxueuse, elle a oeuvré en fonction d’atteindre cette gloire, et elle l’a méritée.

Ce qui me choque, c’est sa mesquinerie, de vouloir en avoir plus, de prendre plus, comme des petits mafiosos, de trafiquer des documents, de faire de la double facturation. Il y avait une attention trop soutenue accordée aux façons qui pouvaient lui permettre d’en sortir toujours un peu plus. Elle ne pensait donc qu’à cela !

En raison de la très haute fonction qu’elle a occupé pendant une décennie comme gardienne de la légitimité en incarnant la continuité de l’État, elle n’a pas tenu les normes éthiques recommandées pour ce poste. Sur le site web du Bureau du vérificateur général du Canada, on peut lire qu’on attendait d’elle de s’acquitter de ses responsabilités conformément à des normes éthiques très élevées sur les plans de l’intégrité, l’objectivité et une parfaite impartialité. Il était aussi attendu d’elle qu’elle fasse preuve de prudence, de saine gestion et de transparence dans l’utilisation des fonds publics qui lui étaient versés. Il est clair que ces dernières qualités n’ont pas été exercées adéquatement.

De plus, un point qui me semble fondamental, Mme Thibault de par son poste se devait aussi de se tenir au courant des préoccupations des Québécoises et des Québécois et de l’activité du Québec dans ce sens. Connaît-elle seulement ce que le peuple désire ? Ou est-ce trop éloigné d’elle pour y être sensible ? Ne sait-elle pas que ce que les citoyens ordinaires désirent en ces temps troubles depuis plusieurs années, c’est de payer moins de taxes, d’être allégés de leur fardeau fiscal, de trouver de l’emploi, d’être payés convenablement, de pouvoir envoyer leurs enfants dans des écoles pour recevoir une formation solide, enrayer la pauvreté…. . Qu’a-t-elle fait dans ce sens ? Mme Thibault a plutôt fréquenté le gratin chic des gens riches, célèbres et connus. Et dépensé beaucoup beaucoup beaucoup pour ces gens qui se sont tous félicités entre eux.

L’impression perçue par un tel déploiement de privilèges et d’abondance pris sur le dos des citoyens gêne beaucoup parce qu’on entend peu parler du rôle humanitaire que cette « grande dame » a réalisé pour l’ensemble des citoyens. Je ne parle pas de ses amis, à qui elle a donné notre argent, ni à quelques handicapés à qui elle a versé des fonds qui nous appartiennent, donc le mérite ne lui en revient pas. Elle a trafiqué aux frais des petites gens. C’est pourquoi dans ce sens il y a quelque chose de gênant qui ressort de sa posture de grande dignité. De mon avis, elle me semble avoir confondu la grandeur de son poste avec la grandeur de sa propre personne.

Son règne fut non seulement marqué par l’exagération, la frénésie de la somptuosité, mais pire par une double facturation, par des moyens mesquins pour soutirer davantage à ceux qui en ont très peu.

Sans doute se croyait-elle invincible puisqu’elle a à plusieurs reprises revendiqué avoir droit à l’immunité royale et ne devoir répondre à personne. Elle a menti, elle est revenue sur sa parole, elle a manipulé, et sa dernière trouvaille pour émouvoir les gens – mais qui n’a pas fonctionné – fut de se déclarer la Robin des bois modernes.

Double facturation
Toujours sur le site du Bureau du Vérificateur général du Canada, on apprend que des dépenses personnelles de 239 000 $, soit rencontres familiales, voyages, spectacles, anniversaire d’un membre de la famille (4 000 $) ainsi que des repas au restaurant dans la région de Québec pour 2 800 $, et voyage de pêche de 3 700 $. Aussi, un voyage en Ontario de 5 jours (pas d’activité officielle) au montant de 2 300 $; voyage de 3 jours au Nouveau-Brunswick où elle a participé à des parties de golf : 1 600 $.

L’ex-lieutenante-gouverneure a réclamé au Fédéral, payé par Patrimoine canadien, des dépenses d’hébergement et de repas de 129 000 $ MÊME si le gouvernement du Québec lui versait une allocation à cet effet pour un montant mensuel de 4 000 $ additionné de 800 $ pour des frais fixes mensuels. Le 129 000 $ remboursé par Patrimoine canadien comprenait 90 000 $ de frais d’hébergement et 39 600 $.

Parlons aussi des subventions reçues par Patrimoine canadien au montant de 343 200 $ pour couvrir des dépenses engagées dans la capitale provinciale

Sur le site de la  Ligue des contribuables du Québec, on retrouve des informations précises à ce sujet. En 1997-1998, elle recevait des remboursements de totalisant 135 000 $, toutefois, cinq ans plus tard, elle réclamait 223 000 $, soit 90 000 $ de plus. C’est suite à cette situation que le gouvernement fédéral a modifié sa politique et a décidé d’octroyer une allocation fixe de 147 000 $ aux lieutenants-gouverneurs du pays plutôt que d’exiger des factures.

Sa boulimie de profiter du système allait aussi jusqu’à l’achat de viande dans une boucherie pour des montants d’environ 2 800 $ chargés au fédéral, et près de 3 000 $ chargés au provincial.

En février 2000, Mme Thibault séjourne au Mont-Saint-Anne. Pourtant, les fonctionnaires vont recevoir deux réclamations pour des repas pris dans des restaurants différents se trouvant dans d’autres villes, dont un à 300 km de là. Ce qui est impossible à moins d’avoir le don d’ubiquité.  En 2002, à Montréal, au Reine-Elizabeth, elle réclame 286 $ pour quatre repas – et elle soumet également une autre facture à la même date de 266 $ pour un repas pris à Sainte-Foy.

Elle fréquentait les restaurants à l’extérieur des limites municipales imposées, ceci afin de profiter du remboursement de ses repas.

Anniversaires, funérailles, dépenses dans une pourvoirie, location de cannes à pêche, achat de vers de terre, activités familiales sont passées pour des activités professionnelles.

Je ne mentionnerai pas le détail de ses extravagances, réceptions à 30 000 $, ce serait trop long.

Un remboursement intégral serait plus honnête
Le 22 mai dernier, La Couronne a estimé que la fraude et l’abus de confiance dont s’est reconnue coupable l’ex-lieutenante-gouverneure Lise Thibault méritent une peine de quatre ans de prison. La Couronne s’oppose à une peine dans la collectivité comme l’a suggéré la défense. Afin d’éviter d’autres abus, la seule sanction possible est l’emprisonnement. La Couronne réclame un remboursement de 430 000 $ et estime que Mme Thibault a les moyens de rembourser les contribuables.

Maintenant, Me Labelle, l’avocat de la défense, a proposé qu’une partie des sommes que devrait rembourser Mme Thibault soient puisées à même le Fonds créé en son nom. NON. Me Guimont a rappelé que ces dons au Fonds Lise Thibault ont été faits par des citoyens pour les personnes handicapées.

BUSTEDEBRONZEie
Le buste de Lise Thibault
Une coûteuse réception fut donnée en 2005 par l’ex-lieutenante-gouverneure à sa résidence À St-Hippolyte. Soirée de 500 invités. Ce qu’il y a de plus beau, et bien entouré de militaires, chefs de police, politiciens, artistes connus. Le clou de la réception fut le buste de Lise Thibault en bronze. D’après des experts, il serait évalué entre 8 000 $ à 10 000 $.

RÉSIDENCE DE LISE THIBAULTRésidence à St-Hipppolyte

NOTE : d’après un sculpteur sur bronze contacté par Cogeco Nouvelles, le buste de Lise Thibault a dû coûter entre 8,000 et 10,000 $. Il est certain de son évaluation, ayant lui-même vu la pièce.

SUGGESTION : Il n’y a jamais personne qui a pensé à organiser ce genre de réceptions pour la plèbe qui s’y présenterait avec son éternelle reconnaissance. Après tout, c’est cette dernière qui paie la majorité de toutes ces dépenses.

 

https://www.lieutenant-gouverneur.qc.ca/roles-et-fonctions/role-constitutionnel.html

http://www.985fm.ca/regional/nouvelles/un-buste-de-bronze-pour-lise-thibault-360650.html

http://www.oag-bvg.gc.ca/internet/Francais/oth_200706_f_17484.html

 

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d’argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l’épanouissement de la personne par la pratique de l’attention vigilante : la pleine conscience.

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