Un pas de plus…

images4image de Gilbert Garcin

CAROLLE ANNE DESSUREAULT :

(Reprise d’article)

Je me suis plongée cette semaine dans des élucubrations nocturnes qui m’ont fait voyager sur des ondes profondes et intimes … Je vous livre donc ce matin, sans détours, un regard intérieur posé sur la vaste toile de la réalité extérieure souvent éclaboussée par le chaos social.

Je voudrais parler de paix intérieure et du pas de plus à faire pour l’atteindre. La mienne dépend beaucoup de la manière dont je perçois les choses et les événements de la vie.

Avez-vous remarqué qu’il y a le mot percer dans l’unité phonétique « percevoir » ? Le sens le dit, c’est percer le voile, voir au-delà des apparences, élargir sa vision pour mieux voir. Il y a dans le mot percevoir une connaissance que n’a pas celui de voir.

Mon raisonnement s’en tient à trois façons de voir et de percevoir. La première consiste à voir les choses telles qu’elles sont, c’est la perception directe, objective et supérieure, à large rayonnement. Dans cette vision, nous voyons comme si nous étions sur le toit d’une maison et avions accès à la globalité du paysage, une vision à 360e degrés. C’est comme ouvrir les fenêtres de notre intellect pour laisser passer un souffle différent. C’est la vision des sages et des moments d’illumination qui surgissent spontanément du Soi intérieur. Les très jeunes enfants perçoivent l’essence de cette réalité, sans l’intellectualiser ni le savoir, à la différence des Sages, le mot « sage » étant pris ici dans le sens d’une libération de la servitude, qui en sont pleinement conscients.

La seconde est de voir les choses telles qu’on le souhaiterait au lieu de laisser les événements de la vie se manifester tels qu’ils sont, ce qui engendre, on le sait, insatisfaction et morosité.

La dernière, fort répandue, fait voir les choses telles qu’on a été conditionné à les voir ! La vision est réduite aux dimensions du cadre par lequel nous regardons. On voit des pans de réalité avec des fenêtres grillagées. Il n’est pas facile de modifier cette vision facilement ré-ancrée par la justification, l’argumentation, le besoin d’avoir raison, de se distinguer des autres, de bien paraître, d’être mieux, d’être approuvé, de la peur du manque, de l’insécurité, des blessures, et de toutes autres considérations qui s’y rattachent.

J’observe que ma perception de la réalité est en étroite liaison avec la nature de mes pensées et conséquemment de mes émotions. Mon confort personnel dépend aussi du confort des autres. Je ne le conscientise pas toujours, mais mon énergie est diminuée par les guerres, les abus de pouvoir, la pauvreté, les tortures, les accidents, la violence, la rage que suscitent les injustices et les écarts de partage. Ce qui arrive aux autres ne me laisse pas indifférente. On cherche instinctivement à ne pas être atteint. Pour survivre. Mais on survit mal de cette façon. Une partie de nous, une partie de moi, sait et perçoit.

Mon confort personnel dépend surtout beaucoup de la manière avec laquelle j’observe ce qui se passe en moi et autour de moi. Quand je n’essaie pas de modifier ce que je vois, je perçois mieux. Un rayon paisible s’étend sur moi. Parce que je suis en vie et qu’en moi – comme dans tout être humain – résident des forces vitales qui ne demandent qu’à s’exprimer. Pour qu’elles s’expriment, je dois faire un pas de plus. Oui, un pas de plus, même après avoir espéré en une société meilleure et agi le plus honorablement possible. En faisant de mon mieux, comme tant d’autres autour de moi.

La façon dont je perçois est aussi en relation directe avec mon énergie. Il y a une énergie de survie, qui se dilapide vite au contact de pensées lourdes et chargées d’émotions de résistance et d’opposition, de refus et de tristesse. Au contraire, en plaçant volontairement mon attention sur des pensées supérieures, l’énergie universelle prend le relais et me pousse comme si des ailes venaient de me pousser. Cette énergie est reliée à un éclair de perception directe.

J’ai beau chercher à me protéger dans mon environnement, mon nid, plus le temps passe et plus ce qui se passe à l’échelle mondiale rentre en moi à grandes bouffées, souvent étouffantes. Ce qui me conduit à l’impuissance. Que puis-je faire ? Un seul pas de plus … Celui que je suis en train de faire, continuer à le faire comme si tout était à espérer et comme si tout allait changer, même si je sais que presque rien ne changera, alors qu’en réalité tout change, ce sont mes yeux qui ne peuvent le voir. Je ne peux pas voir les semences sous terre, pourtant elles existent et croissent. Ma vision humaine, hélas, ne voit qu’à court terme. C’est dans le tréfonds du plus profond en moi que je puis voir à long terme, dans l’éternité du présent.

Comment atteindre la paix et percer le voile de la morosité tout en restant lucide ? Je crois qu’une vision éthique élevée de la vie aide à l’objectivité et perce les apparences, et fait sortir de l’ombre. Comme tout se processus se déroule dans le moment présent, le seul temps créatif, utile et neuf qui nous est donné, c’est toujours à refaire.

Un pas de plus à faire, c’est de rester calme et de croire en l’humanité. Elle est mienne. Elle est mon miroir.

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d’argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l’épanouissement de la personne par la pratique de l’attention vigilante : la pleine conscience.

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