Commençons par Monsieur Sandwich

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CAROLLE ANNE DESSUREAULT :

Ah ! Ces mots qui nous font voyager dans le temps. Des mots qui nous font sortir de leur coquille pour découvrir une autre histoire sur le mot. Connaître l’histoire des mots élargit la perception qu’on en a et les rend plus vivants et essentiels.

En feuilletant le Petit dictionnaire des mots qui ont une histoire de Gilles Henry aux Éditions Taillandier, j’ai eu l’idée d’en relever quelques-uns pour vous les partager. J’ai choisi des mots souvent communs, comme le mot « sandwich » qui, pour moi, représente deux banales tranches de pain avec un remplissage de ce que l’on veut bien mettre entre les deux. Ce mot sandwich représente beaucoup plus. Commençons donc par Monsieur Sandwich.

Sandwich
En 1762, le comte de Sandwich (John Montagu) ne voulait pas quitter la table de jeu à laquelle il participait passionnément. Ça faisait bien des heures que le jeu se poursuivait sans que rien n’ait été commandé pour le repas et il avait faim. Il était pris dans un dilemme : manger et jouer en même temps sans avoir à quitter la table. Il demanda à son cuisinier de lui préparer un quelque chose qui lui permettrait de calmer son appétit tout en continuant à jouer avec les membres du club de jeu.

Son cuisiner lui apporta un en-cas fait de viande prise entre deux tranches de pain. Le succès fut immédiat. Tout le monde apprécia et félicita le cuisinier pour son idée géniale. La coutume du sandwich se répandit dans toute l’Angleterre et gagna la France au début du siècle suivant.

Il y a des liens fascinants en histoire. John Montagu, quatrième comte de Sandwich, était aussi premier Lord de l’Amirauté. Passionné également pour l’archéologie, il favorisa les voyages de James Cook. Celui-ci donna le nom d’îles Sandwich à un archipel en Polynésie en l’honneur de son bienfaiteur où il mourut une douzaine d’années avant lui.

Silhouette
L’histoire du mot silhouette relève de mépris et de méchancetés envers Monsieur Silhouette.

Né en France au début du XVIIIe siècle, ce monsieur occupa des fonctions prestigieuses, d’abord chancelier du duc d’Orléans, puis maître des requêtes, commissaire du roi auprès de la Compagnie des Indes et, grâce à Madame de Pompadour, contrôleur général des Finances en 1759. Le nouveau contrôleur entame immédiatement des réformes pour mieux répartir la richesse en taxant les terres des nobles et les privilégiés. Hélas, l’histoire se répète, mais il dérangeait et fut tassé au bout de huit mois.

Ses ennemis qui cherchaient à le discréditer se mirent à ridiculiser ses habits étriqués sans plis et sans gousset. On le disait pingre et on le méprisait. On alla même jusqu’à caricaturer son portrait en n’esquissant que le contour de ses formes, ce qui lança la mode des « portraits à la silhouette ».

C’est longtemps après la mort d’Étienne Silhouette que l’Académie française accepta le mot silhouette dans son Dictionnaire, soit en 1835.

Esclave
Voici un mot qui évoque des chaînes et une exploitation d’une personne par une autre. L’histoire de l’origine du mot est plus géographique que thématique.

Otton 1er ou Othon le Grand est né en 912 et mort en 973. Il eut une vie bien remplie. Roi de Germanie à l’âge de vingt-quatre ans, il réprima les révoltes des grands vassaux avant d’arrêter les Hongrois près d’Augsbourg en 955.

Couronné empereur après avoir défendu le pape Jean XII contre Béranger, roi d’Italie, il fut couronné empereur sans pour autant pouvoir enlever l’Italie méridionale à Byzance.

Revenons aux Hongrois. C’est lors des combats contre eux qu’on parla de vaincus. Comme il s’agissait de peuples slaves, on les appela Slaves ou Esclavons – et ils furet tous vendus après leur défaite.

Le terme d’esclave subsista après la vente des Esclavons signifiant désormais une personne qui perdait sa liberté et était assujettie à un autre homme. Le Dictionnaire de l’Académie adopta le mot esclave en 1696. Sainte Maure avait déjà fait mention en 1175 du terme d’esclaves.

Assassin
Le mot « assassin » provient d’une corruption du mot « haschischins » guère facile à prononcer

Cela se passe au XIe siècle sur les territoires de l’Égypte, de la Syrie et de la Perse, où vivait une secte de musulmans dissidents appelés Ismaélites. Un de leurs chefs, Hassan-ben-Sabbah-Homairi, voulut utiliser le fanatisme des Ismaélites à son profit et il parvint en 1090 à s’emparer d’une forteresse persane. Pour assurer sa protection, il s’entoura de sicaires (tueurs à gages) qu’il s’attacha d’une manière spéciale. Comment ? En leur fournissant un breuvage préparé avec du chanvre indien qui procurait une voluptueuse ivresse : le haschisch. Conséquemment, on se mit à surnommer les sicaires du terme de « haschischins », terme difficile à prononcer qui se transforma en « assassin ».

Notons que la puissance des Assassins fut détruite par les Mongols en 1258. Quant au mot, il se fixa au début du XIVe siècle.

Binette
C’est un terme qu’on utilise quand on aime pas l’expression d’une personne.

Le sieur Binet devint coiffeur à la Cour de Louis XIV et se démarqua en créant des perruques artistiques et surtout la perruque dorée que le Roi arbora en 1662 pour interpréter un rôle dans une pièce lors d’une fête aux Tuileries.

Les perruques du sieur Binet devinrent vite à la mode. Les gens se mirent à porter la binette donnant à chacun une drôle de figure, une drôle de tête… disons-le, une drôle de binette !

Si la mode des excentricités du sieur Binet disparut assez rapidement, le terme s’ancra en 1791 avant de passer à l’argot où un dictionnaire spécialisé le recense en 1848.

Mansarde
J’aime particulièrement ce mot qui image un lieu douillet où se dorloter, à l’abri de l’extérieur, sous un toit brisé avec murs inclinés et plafonds bas. Un endroit privilégié pour lire ou rêvasser.

Le mot vient de François Mansard, un Parisien né à la fin du XVIe siècle. Architecte du roi, M. Mansard construisit l’hôtel de La Vrillière (devenu le siège de la Banque de France). Il traça les plans du Val-de-Grâce et du château de Maisons-Lafitte. Ce qui n’est pas rien.

Il restaura l’hôtel Carnavalet dans lequel vécut madame de Sévigné. Il travailla sur plusieurs autres projets. Son nom était bien établi lorsqu’il mourut en 1666. Cependant, sa notoriété prit de l’expansion avec son petit-neveu, Jules Hardouin-Mansard. Le nom de la famille Mansard devint symbole de réussite et de renommée avec la Place Vendôme, la Place des Victoires, la chapelle et le dôme des Invalides, le Grand Trianon, et surtout, Versailles.

Le terme « combles à la Mansard » signifie les combles brisés à quatre pans, et les chambres aménagées dans ces combles.

Ce n’est qu’en 1844 que l’adjectif « mansardé » apparut.

À suivre

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d'argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l'épanouissement de la personne par la pratique de l'attention vigilante : la pleine conscience.

2 pensées sur “Commençons par Monsieur Sandwich

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      6 décembre 2016 à 12 12 04 120412
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      Merci de votre commentaire et bonne journée,

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