De ogre à calepin…

 

CAROLLE ANNE DESSUREAULT :

D’autres mots qui nous sensibilisent à la signification d’un mot en le situant dans son contexte d’origine. Les mot ne sont pas simplement des mots, ils sont pour la plupart du temps créés à partir d’une expérience humaine.

Les mots qui suivent sont tirés du Petit dictionnaire des mots qui ont une histoire de Gilles Henry aux Éditions Taillandier. C’est le cinquième article.

Ogre

Deux mots sont reliés à la naissance du mot OGRE, soit celui de ORCUS qui était une divinité infernale interdite d’évocation par saint-Éloi, et le nom de OUÏGOURS dans sa forme hongre. De ces deux mots confondus et de l’idée ressentie au Moyen Âge des Hongrois dévastateurs et pillards, naquit celui d’OGRE, devenu un monstre imaginaire dans les contes de fées, puis une personne méchante qui fait peur ou qui mange beaucoup !

Mouchard

Ce mot peu sympathique remonte au seizième siècle. Vivait alors un professeur nommé Antoine de Mouchy qui enseignait la philosophie et la théologie à la prestigieuse Sorbonne. Les événements politiques de l’époque mettaient en opposition le pouvoir et les calvinistes. Monsieur de Mouchy prit activement parti à traquer les calvinistes. Afin d’arriver à ses fins, il utilisa les services d’espions personnels. Ceux-ci furent démasqués et surnommés du nom de leur « patron » des mouchards. Leur nom resta attaché à cette fonction tout au long des siècles quels que soient les régimes.

Panique

Le dieu rustique PAN dans la mythologie grecque veillait sur les troupeaux et les pâturages. Né en Arcadie, fils d’Hermès et de la fille de Dyrops, son culte se marqua par des sacrifices humains et se répandit dans l’Hellade avant de passer à Rome. Lié au cortège de Dionysos, il dirigeait les danses des nymphes à l’aide de sa célèbre flûte. Amoureux, et dieu de la fécondité et de la puissance sexuelle, il poursuivait les nymphes et les jeunes garçons dans tous les lieux sauvages où ces derniers pouvaient se réfugier. La brutalité des désirs exprimés par Pan finirent par provoquer l’épouvante. Rabelais identifia cette peur par le terme « terreur panique ». Il faudra attendre le XIXe siècle pour que le mot – autrement seulement adjectif – devienne substantif en 1853.

Charleston

Qui n’a pas entendu parler de la danse frénétique du charleston !

Au départ, en 1672, des émigrés anglais fondèrent la ville de Charleston en Caroline du Sud avant de connaître un épisode important de l’histoire américaine puisque la guerre de Sécession y débuta. La ville, connue pour son port de commerce et ses industries chimique, métallurgique et cotonnière, était occupée par les sudistes. L’évacuation en 1865 entraîna la fin des hostilités.

Les Noirs du Sud exprimaient par la danse leur volonté de vivre. Une de leurs danses fut surnommée en 1920 « charleston ». La mode du charleston traversa l’Atlantique et fut dansé pour la première fois en France en 1925 dans le spectacle de la Revue Nègre donné au théâtre des Chanps-Elysées. Cette danse fut rapidement appréciée.

Ampère

André Marie Ampère est né en 1775 dans le Rhône et manifesta très jeune son goût pour les sciences exactes. Sa jeunesse fut marquée par la mort de son père, guillotiné sous la Terreur.

André Marie Ampère fut professeur à l’École polytechnique puis inspecteur général de l’université en 1808, et professeur de physique au Collège de France, et membre plus tard de l’Académie des Sciences. Son esprit universel le faisait s’intéresser à toutes les branches du savoir. Il mit en évidence en 1820 la source des actions magnétiques dans l’électricité en mouvement. Sa conclusion sur l’interaction réciproque de deux courants fermés créa l’électrodynamique. Il introduit plus tard les termes de courant électrique, tension, galvanomètre…. et AMPÈRE.

Si son nom ampère est entré dans le langage courant comme unité d’intensité des courants électriques, c’est grâce à une cité industrielle du New Jersey qui lui rendit hommage en 1865.

Jersey

Jersey est un état autonome où le droit coutumier des Normands est la seule loi des habitants est très favorisé par un climat doux.

Très tôt, cette presqu’île installée depuis la grande marée de l’an 700 dans une indépendance insulaire, fabriqua des produits textiles. En Angleterre, on qualifiait de jersey depuis la fin du XVIe siècle toute la production originaire de l’île. Le terme vint en France en 1667 où il désigna un tissu de laine de Jersey, celui que nous connaissons aujourd’hui, comme un tricot fin, fabriqué sur un métier.

À partir de 1836, en raison d’une spécialisation, un jersey s’applique à une sorte de corsage ou maillot de laine ajusté au corps, que les marins, en particulier, connaissent bien, de couleur bleu marine.

Tweed

Tweed est d’abord un fleuve qui délimite sur une partie de son cours la frontière entre l’Angleterre et l’Écosse.

Les fabricants textiles de la ville de Tweed utilisèrent le fleuve pour la fabrication d’une étoffe de laine qui tout naturellement fut baptisée du nom de leur cité.

Calepin

Un moine augustin né à Bergame en 1440 consacra toute sa vie à la rédaction d’un Dictionnaire de la langue latine. Son nom est Ambrosio Calepino.

Le moine Calepino était féru en langues latine, grecque, hébraïque et son travail comme un condensé des sciences de l’époque. Il connut un succès sans précédent. On se mit donc à consulter le calepin. Plusieurs rééditions se succédèrent et d’autres éditions virent le jour : en français, en allemand et en anglais.

Le moine mourut dans son pays natal en 1510 et quelques décennies plus tard, son nom fut donné à tout recueil de renseignements, puis à ce petit carnet de poche où l’on note ce que l’on craint d’oublier.

 

 

 

 

 

 

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d'argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l'épanouissement de la personne par la pratique de l'attention vigilante : la pleine conscience.

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