L’addiction aux jeux vidéo : une vraie maladie

CAROLLE ANNE DESSUREAULT ;

L’addiction aux jeux vidéo me semblait une évidence depuis plusieurs années.

Maintenant que l’Organisation mondiale de la santé vient de mettre à jour sa Classification internationale des maladies ET considère, pour la première fois, l’addiction aux jeux vidéo comme une maladie à part entière, peut-être y aura-t-il, socialement, un encadrement pour limiter les dégâts !

L’ARTICLE QUI SUIT A ÉTÉ ÉCRIT PAR EMMANUELLE LUCAS, journaliste au service PARENTS & ENFANTS de La Croix (juin 2018)

« Comme la cocaïne ou les jeux d’agents, les jeux vidéo sont potentiellement addictifs, écrit pour la première fois l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à l’occasion de la 11e mise à jour de sa Classification internationale des maladies. L’organisation y reconnaît en effet officiellement l’existence d’un « trouble du jeu vidéo ».

L’OMS ne bannit pas l’usage en tant que tel du jeu vidéo, qui séduit pas moins de 2,5 milliards d’adeptes dans le monde, mais l’abus de cet usage. Celui-ci se manifeste par une pratique extrême avec des conséquences négatives sur les « activités personnelles, familiales, sociales, éducatives, professionnelles, a détaillé Shekhar Saxena, directeur du département de la santé mentale et de la toxicomanie de l’OMS. La personne joue tellement que d’autres centres d’intérêt et activités sont délaissés, y compris le sommeil et les repas. »

► Que représente ce phénomène en France ?

« Dans l’enquête Pelleas que nous avons menée en 2013 en Île-de-France, de 5 à 10 % des adolescents de 14 à 18 ans développent un usage addictif des jeux vidéo,rapporte Olivier Phan, pédopsychiatre et addictologue à la Fondation pour la santé des étudiants de France et la Croix-Rouge. Par ailleurs, dans le cadre de ma consultation, sur les 400 jeunes que je reçois chaque année, 40 % sont victimes d’une addiction aux jeux vidéo. »

Le phénomène n’est donc pas rare et sa fréquence s’amplifie, poursuit le médecin. « Depuis l’arrivée des jeux en ligne, les jeunes peuvent incarner un personnage et intégrer un univers virtuel. Ils acquièrent alors une reconnaissance de la part des autres joueurs avec le risque de devenir dépendants de cette gratification. » Tous les jeunes ne seraient pas exposés de la même façon à ce risque. « Il faut une fragilité initiale. L’adolescent doit éprouver le besoin d’une reconnaissance qu’il n’obtient pas sur un plan scolaire ou familial, par exemple », reprend Olivier Phan.

D’autres, comme les jeunes qui souffrent de troubles de l’attention, sont aussi particulièrement exposés. Ils peuvent avoir l’impression que les jeux vidéo leur permettent se concentrer. « Mais il s’agit d’une illusion : c’est le jeu qui capte l’attention. L’enfant ne sera pas plus concentré, explique le médecin. Au contraire, ses troubles vont s’accentuer. »

► Quelles sont les conséquences de cette inscription ?

La Classification internationale des maladies de l’OMS a une valeur de référence pour les personnels soignants, mais aussi pour les pouvoirs publics ou les assureurs. « L’intérêt de cet ajout est donc multiple », reprend Laurent Bègue. Tout d’abord, il va aider les soignants à poser un diagnostic. Afin de l’établir, les médecins devront constater un problème d’isolement social pendant au moins un an. Seule est en effet visée « une petite minorité » de joueurs, reprend Shekhar Saxena, à l’instar des « hikikomori » japonais, qui restent des mois entiers dans leur chambre, rivés sur leurs écrans de jeux.

Arte mise sur les jeux vidéo culturels

Sur le plan de la recherche, ensuite, cette reconnaissance devrait permettre le lancement de nouvelles études sur les conséquences des jeux vidéo sur les adolescents et les enfants. Enfin, elle devrait « soulager les parents qui vont comprendre qu’il y a quelque chose d’addictif dans la nature même des jeux vidéo et se permettront peut-être de venir consulter plus librement », espère de son côté Olivier Phan. »

 

 

 

 

 

 

 

 

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d'argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l'épanouissement de la personne par la pratique de l'attention vigilante : la pleine conscience.

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