A chacun son verglas

 

 Ceux qui me lisent ici savent maintenant que je suis en Australie cet hiver et que je  cède parfois à la solution de facilité de remettre en ligne des textes que j’ai écrits il y a des annéeset  dont les nouvelles du jour me donnent à penser qu’ils sont toujours d’actualité. Ainsi aujourd’hui…

L’Australie connait les pires inondations de son histoire.  Paralysie ? Bien sûr, il y a des villes sous l’eau, des digues qui craquent, des déplacés à foison et quelques morts… Mais dans les têtes et les coeurs, c’est autre chose. On travaille plus dur, on s’entraide… L’Austraiie vit sa crise du verglas… qui a été un grand – et beau – moment de l’histoire du Québec .  Alors ça m’a rappelé….

Je pense qu’on devrait tous se rappeler. On pourrait s »éveiller, se battre  et se débarrasser des Harper, Charest et autres su même acabit.  Dans les Québécois qui sommeillent, il y a peut-être, comme disait Levesque, quelque chose comme un grand peuple…    Je ne sais pas.  La foi, c’est pour quand on ne sait pas.

Guerre et paix

Étant encore enfant, alors que les nouvelles de la guerre mondiale faisaient toutes les manchettes et occupaient à peu près tout l’espace des journaux, je me souviens de m’être souvent demandé de quoi diable on pourrait bien parler quand la paix serait revenue. Quand la guerre s’est terminée, bien sûr, j’ai eu ma réponse. Quand la guerre est finie, on dit des niaiseries.

Quand la guerre est finie, on parle de hockey, de base-ball, de la vie privée des vedettes du sport et du cinéma, de crimes crapuleux qu’on ne fait rien pour empêcher, de trafics qu’on fait tout pour encourager, de pseudo problèmes économiques qu’on pourrait régler d’un trait de plume mais qu’on laisse pourrir, comme le chômage et la dette publique, parce que l’essence d’une politique de temps de paix, c’est de ne pas faire de vagues. Rester tranquille en espérant que la situation demeurera supportable le temps de vivre une carrière de politicien sans envergure. En temps de guerre, c’est autre chose….

En temps de guerre, il y a de vrais problèmes à régler et on prend des décisions. En temps de guerre, on sait que c’est le travail qui produit, qui enrichit et qui fait gagner les guerres… et tout le monde travaille. En temps de guerre, on sait que l’argent est un papier commode pour reconnaître le travail effectué et faciliter les échanges… et on en imprime selon les besoins. En temps de guerre, on sait que c’est la solidarité qui fait gagner les guerres. Pendant la guerre, on reprend contact avec la réalité.

Je dis “la guerre”, mais il faut comprendre “crise”, “urgence”, “catastrophe”. Au Québec, pendant deux semaines, nous avons vécu la guerre. L’ennemi, c’était la neige, le froid, le verglas. Nous avons fait la guerre. Nous allons gagner cette guerre parce que nous nous battons contre de vrais ennemis. Le froid est une réalité; un fil brisé est un vrai problème pour lequel il y a une vraie solution – le réparer – et avec lequel on ne peut pas tricher: le courant passe ou ne passe pas.

Si nous avions réagi à cette crise comme nos gouvernants réagissent à nos problèmes de “temps de paix” – chômage, éducation, justice, santé, etc. – c’est le froid et le verglas qui auraient gagné. Si nous avions procédé par commissions d’enquête, griefs, injonctions, si nous avions lancé un “vaste débat public”, si nous avions pensé d’abord aux coupures budgétaires, aux privilèges syndicaux et au profit des investisseurs, nous serions morts de froid. Dieu merci, on a repris contct avec la réalité et on a fait ce qu’il fallait. Le temps d’une guerre.

Mais après? Quand la guerre à la glace et au froid sera bientôt finie, faudra-t-il vraiment qu’on revienne au spectacle navrant des politiciens de “temps de paix”? Ceux qui se gargarisent de mots et préfèrent se battre contres des fantômes, pour pouvoir dire de temps en temps qu’ils ont gagné quand ils choisissent de changer de moulin a vent ? Ceux à qui il faut 30 ans pour digérer une mise à jour de l’éducation… dans un monde où une technique qui a cinq ans est désuète? Ceux qui trouveraient “naturel” un taux de chômage de 9%, sans vouloir voir qu’il cacherait encore une réalité de 22 % de sans-travail? Des politiciens qui ne voient rien de scandaleux à ce que le monde ordinaire n’ait plus d’accès efficace au système judiciaire, trop lent et trop coûteux?

Pourquoi les gouvernements qui peuvent réagir avec célérité à une crise naturelle imprévue comme celle que nous venons de vivre ne peuvent-ils pas réagir avec la même promptitude pour résoudre les problèmes cruciaux permanents – et bien connus – de notre société? Il n’y a, hélas, qu’une seule réponse à cette question: nos gouvernants NE VEULENT PAS régler les problèmes de notre société.

Ils feignent de lutter contre le chômage, mais, en réalité, ça arrange bien les marchés financiers que près d’un travailleur sur quatre ne travaille pas; ça diminue la pression à la hausse sur les salaires, et il faut bien que les ouvriers cèdent la place aux machines si on veut des investissements rentables et une production concurrentielle. Ils feignent de lutter contre le crime organisé, mais ça fait bien l’affaire du pouvoir en place que les marginaux et délinquants les plus doués trouvent plus attrayant de régler leur problème individuel en s’enrichissnt dan le crime plutôt que de devenir les leaders d’une révolte collective dont ils seraient les Guevara et les Mao potentiels.

Nos gouvernements feignent de vouloir réduire la dette publique, mais tout le monde sait bien que le volume de la dette dépend fondamentalement d’une série de décisions quasi-quotidiennes de recourir à de nouveaux emprunts portant intérêt – plutôt qu’à la prese à billets, gratuite – pour financer les investissements de l’État. Des décisions dont chacune transporte un peu plus vers les riches l’argent qu’on ira chercher chez les moins fortunés de notre société.

Et le reste de l’action de l’État est à l’avenant. Des feintes, des escarmouches, pour soutenir l’image d’une volonté – qui en fait n’existe pas – de changer la situation actuelle, de créer une société plus équitable. Tous nos gouvernants constituent, quel que soit le parti dont ils se réclament – un bloc monolithique opposé au changement. Nos gouvernants sont en paix, bien intégrés dans les rangs de ceux à qui la situation actuelle profite. Rien ne presse. Il n’y a pas de catastrophe…

Quand la guerre est finie, on dit des niaiseries. On dit que nous sommes les meilleurs parce que Villeneuve a des nerfs d’acier et une bonne bagnole, parce que Céline a une jolie voix et un bon manager. On dit qu’il est plus important de rembourser la dette publique que d’avoir une population en santé. On fait comme s’il n’y avait pas d’autres solutions que de donner plus à ceux qui sont déjà pleins aux as et de laisser sur le bord de la route ceux qu’on ne prend pas le temps d’éduquer, de former, de mettre au travail. La solidarité? C’est pour les jours de tempêtes, pour les jours de guerre contre le froid et le verglas.

Il faudrait insuffler à ceux qui nous dirigent la volonté ferme de traiter avec le sérieux qu’ils méritent les problèmes auxquels nous sommes confrontés. Il faudrait qu’ils comprennent que la crise actuelle justifie qu’on lui fasse la guerre. Il faudrait que le temps de la paix ne soit plus le temps de l’exploitation mais le temps de bâtir.

Pierre JC Allard

11 pensées sur “A chacun son verglas

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    12 mars 2012 à 12 12 50 03503
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    PJCA,
    Vous êtes bien chanceux d’être en Australie. Vous dites juste dans votre article.

    Le gouvernemaman créé les crises et propose des solutions (généralement liberticides).

    Un cas, qui est tellement gros, qu’il est dur à croire est l’usine de médicaments de Sandoz à Boucherville, dont la production est suspendue, suite à une réprimande de la FDA (des USA) (qui vient d’avoir un incendie mineur en prime). Évidemment, la FDA est la même agence qui autorise des produits comme le sucaril ou nutrasweet et tputes les autres cochonneires dans les aliments transformés.

    http://m.theglobeandmail.com/globe-investor/sandoz-canadas-production-slows-to-a-crawl-after-harsh-criticism-from-us-regulators/article2343341/?service=mobile

    Tout le système de santé canadien est sur les nerfs, des centaines de chirurgies sont annulées quotidiennement en raison d’une pénurie anticipée de médicaments, parce que Sandoz…. tenez vous bien… est le seul fournisseur AU CANADA de près de 90 % de tous les médicaments injectables utilisés dans les salles d’urgence et blocs opératoires au Canada. Ces médicaments comprennents les anti-douleur, les anticoagulants, les sédatifs, et ceux pour les chimothérapies.

    Quatre-vingt-dix pour cent (90 %). Une seule compagnie pour TOUT le Canada.

    Read more: http://www.montrealgazette.com/health/Boucherville+fire+halts+Sandoz+drug+production/6277957/story.html#ixzz1ovCOhFRB

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    12 mars 2012 à 14 02 35 03353
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    Monsieur A.L. , il n’y avait pas un endroit au Canada , pour produire les affaires nucléaires que l’on utilisait en quelque part dans les hôpitaux ? Un jour j’ai écris que le Québec est le laboratoire des Judéos-Chrétiens , mais où j’ai écrits cela ? === Sont sale et puant ces Juifs et Romains-là. Salut Ti-ben et ceux qui contrôle Sarko et Merkel. Je pense que cela s’appelle ( mettez un nom) pour que je sois sûr que j’ai raison.

    Dans cette clique on pouvait toucher un enfant jusqu’à 9 ans et ce n.était pas péché.
    Jean-Marie De Serre.

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    12 mars 2012 à 15 03 38 03383
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    Sandoz est une filiale de Novartis, qui produit le Ritalin qui est administré aux enfants pour rétablir l’équilibre chimique de leur cerveau, lequel équilibre n’a jamais été mesuré.

    La situation incroyable vécue avec Sandoz est rendue possible par le gouvernement fédéral et Santé Canada qui ont mis en place un système en vertu duquel les sociétés pharmaceutiques doivent elles-mêmes signaler à Santé Canada les problèmes pouvant survenir, l’autorégulation autrement dit. Le gouvernement est devenu une meneuse de claques pour les compagnies comme Sandoz.

    Donc, comme vous voyez, le problème n’est pas qu’il n’y a pas assez d’argent dans le système de santé, On ne règle pas les problèmes en brulant de l’argent.

    Le système est corrompu à l’os. Il est là le problème.

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    12 mars 2012 à 18 06 40 03403
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    Comment tout cela est-il possible?

    On peut dire un gros merci à Big Media qui fait passer pour des ‘nouvelles’ des reportages préparés par des agences de relations publiques, des agences de publicités, des corporations et mêmes des agences gouvernementales.

    Big Media se fait évidemment payer pour ce temps d’antenne qui est en fait de la publicité déguisée ou de la propagande, selon le cas.

    http://www.youtube.com/watch?v=e9Cg5AFT2xY

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    12 mars 2012 à 22 10 15 03153
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    Bonjour Pierre,

    Intéressant le parallèle fait entre les inondations actuelles et notre crise du verglas. J’en conviens aussi, si durant la crise de verglas, nous avions agi comme le gouvernement, nous n’aurions pas vécu cette belle solidarité.

    Les commentaires sur notre système de santé me donnent la nausée.

    Carolle

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    12 mars 2012 à 22 10 23 03233
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    Cela fait deux fois que j’envoie un commentaire qui ne s’affiche pas. Si celui-ci, qui ne dit rien d’important, s’affiche et que l’autre qui contenait une information importante ne s’affiche pas, je vais trouver cela pas mal bizarre.

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    12 mars 2012 à 22 10 24 03243
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    Ouains, c’st exactement cela qui vient d’arriver… très étrange.

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    13 mars 2012 à 10 10 34 03343
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    @ AL

    S’il y a censure elle ne peut etre qu’au niveau de WordPress. Je n’ai pas la competence de verifier. Gaetan, peut-etre…

    PJCA

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    14 mars 2012 à 12 12 17 03173
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    Par contre, rendons justice à ceux qui le méritent, les journalistes de l’émission CBC viennet de faire un reportage sur l’Oxycontin qui est un dérivé d’opium prescrit à des pour lutter contre la douleur et qui crée un taux de dépendance estimé à environ 13 % chez les patients.

    http://www.whps.org/schools/hall/projects/CoC/documents/Oxycontin.pdf

    Uniquement en Ontario, c’est près de 30 000 patients qui ont reçu une prescription pour Oxycontin l’an dernier. Souvent également, Oxycontin est prescrit après des chirurgies mineures. Comme vous savez, les prescriptions sont généralement pour une durée de plusieurs jours.

    Ce reportage met en lumière les tactiques utilisées par l’industrie pharmaceutique pour convaincre les médecins de prescrire ces pilules d’opium. Congrès. voyages, diner, embauche de médecins rémunérés pour faire des vidéos, des annonces, des entrevues et donner des conférences, embauche de médecins dans les hôpitaux universitairses et facultés de médecine…. tout ce beau monde qui fait la promotion des pilules d’opium qui sont supposées être très efficaces contre la douleur et comporter des effets secondaires négligeables selon Purdue Pharma qui est la société pharmacerique qui produit Oxycontin.

    Le reportage de CBC explique comment Purdue Pharma a été accusée au civil et au criminel aux É-U, et comment cette société a dû payer 600 millions de dollars en condamnations et amendes criminelles.

    Le reportage de The Fifth Estate est ici :

    http://www.cbc.ca/fifth/

    Au Canada, les ventes d’Oxycontin sont passées de 3 millions $ en 1996 à 240 millions $ en 2010.

    Maintenant, les gouvernements de l’Ontario et d’autres provinces ont décidé de cesser de fournir l’Oxycontin aux milliers d’usagers qui en sont devenus dépendants. Les cliniques de méthadone (qui est une forme d’opium sysnthétique) sont plus achalandées que jamais et on a déjà rapporté trois décès qui impliqueraient des utilisateurs en manque. Apparamment, une pilule couterait jusqu’à 400 $.

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    14 mars 2012 à 12 12 43 03433
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    Connaissez-vous le ‘Pink Slime, cette substance rose dégoutante composés de tous les déchets provenant d’un boeuf dépecés. puis qui sont traités avec de l’Amoniac (eau de javel) et qui est ajouté au boeuf haché dans une proportion pouvant atteindre 15 % sans nécessité d’indiquer quoi ce soit sur l’étiquette?

    http://news.yahoo.com/blogs/sideshow/mcdonald-confirms-no-longer-using-pink-slime-chemicals-171209662.html

    Bien, vous serez sans doute heureux d’apprendre que McDonalds, vous savez le Pavillon Ronald McDonald, a annoncé récemment que depuis le mois d’août 2011, ils ne mettent plus de ‘Pink Slime’ dans leurs hamburgers.

    Voici un extrait de l’article en lien ci-dessous :

    McDonald’s announced last week that, as of last August, is has stopped using ammonium hydroxide in the production of its hamburgers. MSNBC reports that the chemical, used in fertilizers, household cleaners and even homemade explosives, was also used to prepare McDonalds’ hamburger meat.

    And while the announcement is making headlines, you may (or may not) want to know about some other unusual chemicals being used in the production of some of our most-popular foods:

    The International Business Times lists some other questionable chemicals showing up in our foods:

    Propylene glycol: This chemical is very similar to ethylene glycol, a dangerous anti-freeze. This less-toxic cousin prevents products from becoming too solid. Some ice creams have this ingredient; otherwise you’d be eating ice.

    Carmine: Commonly found in red food coloring, this chemical comes from crushed cochineal, small red beetles that burrow into cacti. Husks of the beetle are ground up and forms the basis for red coloring found in foods ranging from cranberry juice to M&Ms.

    Shellac: Yes, this chemical used to finish wood products also gives some candies their sheen. It comes from the female Lac beetle.

    L-cycsteine: This common dough enhancer comes from hair, feathers, hooves and bristles.

    Lanolin (gum base): Next time you chew on gum, remember this. The goopiness of gum comes from lanolin, oils from sheep’s wool that is also used for vitamin D3 supplements.

    Silicon dioxide: Nothing weird about eating sand, right? This anti-caking agent is found in many foods including shredded cheese and fast food chili.

    So, what moved McDonald’s to make the change in their hamburger production? In a statement posted on its website, McDonald’s senior director of quality systems Todd Bacon wrote:

    « At the beginning of 2011, we made a decision to discontinue the use of ammonia-treated beef in our hamburgers. This product has been out of our supply chain since August of last year. This decision was a result of our efforts to align our global standards for how we source beef around the world. »

    The U.S. Agriculture Department classifies the chemical as « generally recognized as safe. » McDonald’s says they stopped using the chemical months ago and deny the move came after a public campaign against ammonium hydroxide by celebrity chef Jamie Oliver.

    http://news.yahoo.com/blogs/sideshow/mcdonald-confirms-no-longer-using-pink-slime-chemicals-171209662.html

    Bon bien c’est cela, bonne journée à tous et excusez les fautes de frappes par ci, par là.

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    14 mars 2012 à 14 02 38 03383
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    Monsieur A.L. quand je viens de voir comme ici avec un ti-peu de Français , les fautes de frappes , I forget that. Yes sir.
    Personne n’a répondu à ma question : Pourquoi l’armé Canadienne a interdit à ses soldats de manger du Mc Donalds en Afghanistan ?
    Jean-Marie De Serre.

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