À Loto-Québec de qui se moque-t-on?

À Loto-Québec de qui se moque-t-on?

Raymond Viger Dossier jeu compulsif

Depuis quelque temps, des documentaires et des reportages publiés dans plusieurs médias traitent des effets pervers du jeu compulsif. Non seulement la souffrance et la détresse des joueurs et de leurs proches y sont soulignées, mais plusieurs journalistes ont questionné fortement l’intégrité et la conscience de Loto-Québec.

Voyant son image ternie par les «méchants» journalistes, les dirigeants de Loto-Québec lancent une campagne de publicité pour redorer leur image corporative et démontrer que Loto-Québec agit en bon père de famille corporatif.

L’intérêt public

Quand les journalistes questionnent les agissements de Loto-Québec, ils font leur travail. C’est d’intérêt public et le citoyen est mieux informé. Leurs médias, eux, vendent des pleines pages de publicité où Loto-Québec vante ses mérites. N’est-ce pas contraire à l’intérêt public? Peut-on décrier dans nos éditoriaux des choses et accepter de passer de la publicité qui va à l’encontre de ce que l’on dénonce? Il y a ici un illogisme flagrant et un manque de respect pour le travail des journalistes et pour les lecteurs.

La vraie mission de Loto-Québec

Les profits de Loto-Québec doivent, dit-on, servir à baisser nos impôts, à soutenir les arts et la culture, faire de la prévention et de l’intervention auprès des joueurs compulsifs. Peut-on accepter que Loto-Québec utilise ces profits pour redorer son image publique? En bon père de famille, Loto-Québec aurait dû accepter la critique et prendre le temps de se remettre en question.

Pourquoi ne pas avoir investi ce budget en prévention? Les prestigieuses commandites de Loto-Québec leur donnent déjà suffisamment une belle image.

Boycott de Loto-Québec

Loto-Québec nous a proposé cette publicité où ils se décrivent comme «une institution consciencieuse qui assure un équilibre entre sa mission économique et sa responsabilité sociale».

Nos principes, nos valeurs et le respect que nous portons à nos lecteurs et aux journalistes nous obligent à refuser cette publicité de Loto-Québec. Nous leur avons demandé de la remplacer par une page de publicité sur la prévention face au jeu compulsif. Malgré que Loto-Québec investit des sommes importantes pour redorer leur image corporative, ils n’avaient pas de budget pour faire de la prévention! La directrice des communications corporative de Loto-Québec, Mme Carole Villeneuve, comprenant la spécificité de notre magazine, ne peut rien faire d’autre que d’envoyer une note à la fondation Mise sur toi pour qu’ils pensent à notre magazine lors de leur prochaine campagne. Compte tenu de l’indépendance de la fondation envers Loto-Québec, Mme Villeneuve ne peut cependant rien garantir.

Rien de disponible en prévention

La fondation Mise sur toi n’a pas de budget de publicité disponible pour nous pour l’instant. Personne ne pouvant nous offrir une publicité en prévention, nous avons dû refuser l’offre de Loto-Québec. Financièrement, cela nous fait mal. Très mal (3 350$). Mais nous gardons la tête haute et cela n’a pas de prix.

Finalement, nous avons réussi à obtenir une publicité en prévention du jeu compulsif de la part du Ministère de la Santé. Est-ce la responsabilité de ce Ministère de prévenir les effets pervers de Loto-Québec et de remplacer la fondation Mise sur toi en ce qui concerne la prévention du jeu compulsif?

Textes sur le Gambling et jeu compulsif:

Témoignage d’un joueur compulsif

Comment fidéliser un gambler?

DVD prévention gambling et jeu compulsif

Être le conjoint d’un gambler

Le prix à payer pour devenir un gambler

La Sérénité pour un joueur compulsif

Biz Locolocass et le gambling

Éléonore Mainguy, ex-croupière du Casino

Did Tafari Bélizaire, casino, jeu compulsif et suicide

Jeux de cartes entre amis

Statistiques du pile ou face

Responsabilité de Loto-Québec

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11 pensées sur “À Loto-Québec de qui se moque-t-on?

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    25 octobre 2008 à 8 08 07 100710
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    Il y a un rapprochement à faire entre votre article et celui que j’ai publié la semaine passé (Il faut réinventer l’information en région). Comme vous le soulignez si bien, la campagne de Loto-Québec attaque directement le travail des journalistes plutôt que de s’attaquer aux problèmes liés au jeu compulsif. Mais les médias ne refusent pas, courageusement comme le vôtre, de lécher la main qui les nourrit. Le jour où l’éthique sera leur règle absolue, alors vous ne serez plus seul.

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    25 octobre 2008 à 10 10 32 103210
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    Il y a un jeu de cartes pour les enfants qui se joue a deux. Chacun a sa pile et les deux simultanément ouvrent une carte, la plus forte prend la plus faible. Quand elles sont identiques… Bataille ! on accumule les cartes suivantes et le prochain qui en aura une semblable les ramassera toutes. Simple.

    Si alors qu’on attend la carte semblable on a encore deux cartes identiques différentes, il y a bataille dans la bataille et on règlera ce conflit avant de poursuivre la solution du premier. Moins simple, pour un enfant de 4 ans… Il apprend a définir des priorités… ou à noyer le poisson

    Loto Québec a un poisson a noyer et cherche à nous distraire…. comme des enfants. Bien sûr, on peut discuter sur le rôle des medias. Un des aspect de cette discussion est la relation entre l’État et les médias et, dans cette relation, il y a une intéressant aparté à faire sur les moyens de contrôle par la population civile de la relation de l’État aux medias, dans cet aparté il y a des des sous-apartés, etc etc…

    Le poisson va suffoquer. LA question, qui doit être réglée par un consensus démocratique, c’est: est ce qu’on veut que l’État allège le fardeau fiscal de tous en tirant profit des assuétudes de quelques uns. Le jeu, mais aussi les drogues comme l’alcool, le tabac, le cannabis… et la prostitution.

    Il faut regler cette question. Le reste est affaire de degrés, de réglements et de tactiques.

    Derrière cette question, il y en a une encore plus fondamentale: l’État est-il justifié d’interdire à un adulte consentant quoi que ce soit qui ne porte pas atteinte aux droits des autres ?

    Mais c’est un autre débat…

    Pierre JC Allard

    http://nouvellesociete.org/120.html

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    25 octobre 2008 à 10 10 41 104110
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    Petit addendum: quand l’Alabama permettait qu’on fouette les esclaves, mais pas qu’on les pende, doit-on dire que cet État sudiste « assurait consciencieusement un équilibre entre sa mission économique et sa responsabilité sociale » ?

    PJCA

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    25 octobre 2008 à 18 06 05 100510
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    @Pierre JC Allard: je me souviens d’une entrevue faite par Paul Arcand (je crois) au 98,5FM à un enquêteur de la police qui disait que la cigarette de contrebande nuisait à l’économie… Même en étant moins-même non fumeur, j’ai trouvé cette remarque enrageante.

    Comme si il disait: « Les gens qui payent leur cigarette moins chère sont des beaux traîtres qui méritent une amende ou la prison! »

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    25 octobre 2008 à 19 07 26 102610
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    Ce billet m’interpelle. Je ne vais pas livrer mon message ici… ce n’est pas la place.

    N’ayant pas encore vu cette publicité, je vais certainement revenir quand ce sera fait.

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    26 octobre 2008 à 0 12 55 105510
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    À mon avis toute publicité concernant le jeu (même celui de l’État) devrait être interdite au même titre que la cigarette.

    Votre addendun est cinglant M.Allard mais combien signifiant.

    La nouvelle presse libre se fait sur internet maintenant, à mon avis. J’y passe 2 hrs à chaque soir pour y glanner toutes mes informations dans des sites alternatifs. Plus de télé ni de journaux dit  »majeurs-officiels » depuis 2 ans et demi.

    Merci Raymond pour ce bon papier.

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    26 octobre 2008 à 7 07 50 105010
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    Je suis d’accord avec vous M. Denis G. que tout publicité sur le jeu devrait être défendu comme on défend celle des cigarettes.

    Dans ma vision de la gestion du jeu, Loto-Québec a un rôle de gérer le jeu, non pas de le vendre par la publicité et encore moins de se donner bonne conscience en ayant une présence dans tous les festivals et activités festives.

    Peut-on accepter que des sociétés d’État comme Loto-Québec et la Société des Alcools aient plus d’argent à investir dans la culture que le ministère de la Culture? Les investissements du ministère de la Culture se font dans une vision sociale de la culture à long terme. Pour les sociétés d’État, leurs commandites et leurs investissments publicitaires ne servent qu’à acheter la conscience de certains.

    http://raymondviger.wordpress.com/2006/05/31/les-societes-detat-veulent-ils-remplacer-le-ministere-de-la-culture/

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    26 octobre 2008 à 13 01 48 104810
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    En effet Raymond, assez troublant de constater que la machine marchande du laissez faire financier a propagé son esprit néo-libéral même dans l’État.
    La culture par son ministère apauvri, et le vice par les commandites de Loto-Québec sont un bon exemple de cette dérive.
    Il est temps de mettre de l’ordre dans la morale de notre État. L’éthique a été laissé pour compte au profit de la rentabilité.
    On ne gère pas un gouvernement comme une entreprise avec comme seul objectif l’économique.

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    26 octobre 2008 à 20 08 09 100910
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    Quels sont les façons de pouvoir mettre de l’ordre dans la morale de notre État? Nous en sommes rendu qu’un groupe de joueurs compulsifs poursuit Loto-Québec dans un recours collectif:
    http://les7duquebec.wordpress.com/2008/09/13/alain-dubois-loto-qubec-les-joueurs-compulsifs-et-le-recours-collectif-brochu/

    Quand on en est rendu à ce que le citoyen doive passer par la cour pour se faire entendre, c’est que la morale de notre société d’État est rendu loin.

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    27 octobre 2008 à 0 12 49 104910
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    Je vous avourai Raymond que les combats sont tellement nombreux et compliqués que plusieurs espèrent de tout coeur que la crise financière actuelle soit totale et irréversible et souhaitent un effondrement majeur du système libéral économique actuel.

    Je me souvient avoir lu un livre  »La refondation du monde » de Jean-Claude Guillebaud (1999, Le Seuil) et je suis de ceux qui cherchent une nouvelle façon de faire, autour de la Cité, une société nouvelle.
    Utopie? je ne sais pas, mais je le désire. Le désir est déjà un pas, reste à savoir où poser le pied.

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    27 octobre 2008 à 21 09 26 102610
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    Toute société se bâti une pierre à la fois. Je crois qu’une nouvelle société est possible. Oui, il faut continuer de questionner le système en place. Mais il ne faut pas mettre toute son énergie dans la critique de ce que l’on veut voir disparaître. Il faut trouver nos nouvelles pierres à placer, faire rayonner une nouvelle philosophie. C’est à ses fruits que l’on reconnaît l’arbre.

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