Au bûcher! À la hart! à la potence!!!

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ANDRE LEFEBVRE

Charles-Gabriel Lefebvre, un autre fils de Gabriel-Nicolas et de Louise Duclos, nait à Batiscan le 16 juin 1700; Il est coureur de bois et il sait écrire. C’est lui qui vivra constamment à Montréal et tiendra commerce comme négociant en fourrure, ce qui permettra à la famille de faire la traite en douce.

Il adoptera le surnom de « Landreville ».

Il décède âgé de 80 ans, apprécié de ses concitoyens, à Montréal.

Le 24 janvier 1731, il épouse, à l’âge de 31 ans, Josephte Gaudet (24 ans) fille de Jacques Gaudet et de Marguerite Duguay à Montréal. Sont présents au mariage : François Poulin de Francheville (Marchand et fondateur des forges de Saint-Maurice, mort en 1733 âgé de 41 ans. Son esclave noire, Angélique, sera pendue pour avoir brûlé Montréal.); Louis De la Corne Écuyer, aide-major des troupes, François Maillot (Marchand), Bertrand Trutau et Paul Jourdain sculpteur et facteur d’orgue.

Angélique Francheville:

Angélique est l’esclave noire de François Poulin de Francheville. Elle tombe amoureuse d’un blanc nommé Claude Thibault qui travaille pour Francheville. Thibault  est un faux saunier (contrebandier de sel en France), débarqué à Montréal en 1732 parce que sa sentence aux galères est commuée en exil au Canada. Le marchand François Poulin de Francheville décède de l’épidémie de variole de 1733.  L’année suivante, Angélique apprend que sa maîtresse, Thérèse De Couagne, veuve de François Poulin, a décidé de la vendre à François Etienne Cugnet, marchand de Québec. Le 22 février 1734, elle décide plutôt de s’enfuir vers la Nouvelle Angleterre, avec son amant depuis un an, Claude Thibault. Ils sont capturés et ramenés à Montréal le 5 mars. Angélique retourne à sa propriétaire et Thibault est emprisonné pour être relâché le 8 avril.

Le lendemain de sa remise en liberté, Thibault se présente chez la veuve Poulin pour réclamer un salaire dû avant sa fuite. La somme est payée mais on averti Thibault de ne jamais remettre les pieds à cette résidence. Il vient de perdre son emploi. Le soir du 10 avril, Angélique sort de la maison de la veuve, rue Saint-Paul à Montréal, en criant « Au feu! Au feu ! ». Un incendie vient  d’éclater sur le toit de la maison. Le feu se répand rapidement et 46 maisons sont la proie des flammes, incluant une partie de l’Hotel-Dieu.

À cause de rumeurs qui se mettent à circuler, on arrête l’esclave Angélique que l’on trouve dans la cour de l’hôpital, où elle a placé en sécurité des effets de sa maîtresse. On tente d’arrêter également Thibault, mais il a disparu. Il ne sera jamais revu en Nouvelle France. Le 11 avril 1734, on accuse l’esclave noire d’avoir mis le feu à la moitié de la ville de Montréal. Après une enquête qui, au départ, semble sérieuse, l’accusation, parmi plus de 12 témoignages, fini par s’appuyer sur le témoignage d’un enfant de cinq ans. Cette enfant s’appelle Amable, fille du marchand Alexis Monière. Notons que celui-ci avait voulu accoupler Angélique avec un autre esclave. Angélique, reconnue coupable, la condamnation se lit comme suit :

« …à faire amende honorable nue en chemise, la corde au col, tenant en ses mains une torche ardente du poids de deux livres au devant de la porte et entrée de l’Église paroissiale de la Ville de Montréal, ou Elle sera menée et conduite par l’Exécuteur de la Haute Justice dans un tombereau servant à enlever les immondices, ayant Écriteau devant et derrière avec le mot incendiaire, et la, nue tête et à genoux déclarer que méchamment Elle a mis le feu et causé ledit incendie dont Elle se repent et demande pardon à Dieu, au Roy et a la Justice, ce fait avoir le poing coupé sur un poteau qui sera planté au devant de la dite Église, après quoi sera menée par ledit Exécuteur dans le même tombereau à la place publique pour y être attaché à un poteau avec une chaine de fer et brulée vive, son corps réduit en cendres et celle-ci jetées au vent. » 

APQ. Registre criminel, IV: 24-26; Procédures judiciaires, Matières criminelles, IV: feuille 237. – BRH, XXIV : 275

Conduite à Québec, Marie-Josèphe Angélique en appelle au Conseil Souverain qui accepte d’adoucir sa peine. Elle n’aura pas le poing coupé et son corps ne sera brûlé qu’après la mort. La coupable est ramenée à Montréal où, selon l’ordonnance, le 21 juin 1734, on l’exécute.  Le matin de son exécution elle est soumise à la Question Ordinaire et Extraordinaire. Angélique avoue son crime après quatre tentatives du tortionnaire. Elle persiste, cependant, à ne dénoncer aucun complice. Vers les trois heures elle est placée dans la charrette à vidanges, conduite à l’échafaud où elle est pendue et ensuite brulée.

On ne peut empêcher l’impression que cet évènement est une page sombre de l’histoire judiciaire de la Nouvelle-France. Il est certain, à mes yeux, qu’Angélique n’est pas coupable de la catastrophe. Au départ, elle ne serait pas sortie de la maison en criant « Au feu!!! » si elle avait voulu tout brûler. Il est même plus que probable que cet incendie ne soit pas criminel.

En 1734, le 26 janvier, Charles-Gabriel Lefebvre devient parrain de Marie-Josephe Trudau fille de Bertrand Trudau et Marie-Anne Gervay à Montréal. La marraine est Marie-Josephe Gervay.

Ce Bertrand Trudau est le frère de François Trudau, époux de Jeanne Burel, qui déménage à la Nouvelle Orléans, en Louisiane, avant 1710.  Ce Trudau de Louisiane témoigne en faveur de Lemoyne de Bienville lors du procès sur son administration. Son beau-père, Étienne Burel, fournit un témoignage aussi positif, malgré que Bienville l’ait déjà condamné à fermer sa taverne et à une amende de 50 couronnes. François Trudau décède le 29 septembre 1739 en Louisiane, dans la maison de son gendre Pierre Gabriel de Juzan. Son neveu Zénon Trudeau deviendra Lieutenant gouverneur de la Haute-Louisiane en 1792 et sera acteur de l’histoire de la prise de possession de la Louisiane par les USA vers 1805.

L’épouse de Charles-Gabriel, Josephe Gaudet, est marraine de Marie Josephe Larchevesque, fille de Jacques Larchevesque (forgeron et marchand de pelleteries) et Jeanne Godet. Charles Gabriel est le beau-frère de celui qui deviendra, en 1769, beau-père de Jean-Baptiste Chaboilliez, le marchand de fourrures. Ce Jacques Larchevesque est le même personnage que l’on a déjà rencontré, auquel  François Duclos, selon son contrat de voyageur, ne devait rien remettre lors de son passage à Détroit.

Charles-Gabriel est ensuite parrain de Marie-Madeleine Parant, fille de Joseph Parant armurier et Marie-Josephe Mauni. La marraine est Marie-Madeleine Trutau. Armuriers, forgerons, coureurs de bois, marchands de fourrures, on se rend compte que ce domaine commercial des pelleteries, plus ou moins en parallèle, est « tissé serré » chez nos Canayens au moyen de liens familiaux et n’a rien à envier aux commerce structuré officiellement.

Son épouse Josephe Godet, est choisie marraine de Marie Josephe Bouvet, fille de Michel Bouvet (profession:  Boulanger) et Isabelle Mignot Lafrenaye. Charles-Gabriel est présent à la cérémonie.

Le 16 mai 1738, Charles Lefebvre engage André Larivière de St-François de Contrecoeur comme milieu et gouvernail, au montant de 210 livres,  pour se rendre à Michilimakinac,

Le 12 février 1748  il assiste au mariage de Joseph Trutau et Catherine Ménard, fils de Jean Baptiste Trutau et Madeleine Parent. Sont également présents : Bertrand Trutau, Charles Drouillard et Charles Demers.

En 1751, il organise deux voyages de traite. L’un à Michilimakinac et l’autre au pays des Illinois. Ceux qui se rendent aux Pays des Illinois sont Joseph Lefebvre  son frère (400 livres), Jean Baptiste Léger dit le Parisien (250 livres), Nicolas Mongrain (250 lives), Paschal Beauchamp (250 livres), Laurent Dicaire (380 livres), René Maillot (260 livres), Charles Cadot (300 livres) et Joseph Dicaire (250 livres). Selon l’échelle des salaires, il découle de ces contrats que Joseph Lefebvre est Gouvernail et Charles Cadot, Devant.

Ceux en route pour Michilimakinac sont: Pierre Pompert de Louiseville, Gouvernail (250 livres), Julien Lefebvre et Claude Mongrain. Encore selon les salaires, il est évident que Michilimakinac représente une destination moins longue et moins risquée que celle du pays des Illinois.

Le 7 février 1752,  Charles-Gabriel assiste au mariage de Louis Belec (de Batiscan) et Louise Gauthier St-Germain (Veuve de Phillippe Gervaise). La cérémonie a lieu à Montréal.

Le 22 mai 1755, on le trouve au mariage de Jean Baptiste Mongrain 38 ans (Batiscan) fils de Jean Mongrain et Françoise Loranger, et Marie-Anne Jourdain 19 ans, fille de Paul Jourdain dit Labrosse (facteur d’orgue) et Françoise Gaudet.

En 1757, le 31 mars, il devient le parrain de Charles Gassien, fils de Rene Gassien et Thérèse Maret. La marraine est Marie Josephe Gassien, épouse du voyageur Pierre Boyer. Charles est enregistré sur l’Acte de Baptême, comme « Négociant ».

Cette année-là il organise deux autres voyages de traite, toujours à Michilimakinac et au pays des Illinois.

Vers Michilimakinac : Jean Baptiste Letendre, gouvernail (340 livres) et Charles Leger dit le Parisien, guide (600 livre). Il n’envoie donc qu’un seul canot à cet endroit.

Au Pays des Illinois : Joseph Marie Pouillon, gouvernail et hivernant (400 livres), Étienne Vallée dit Blois, gouvernail et devant, hivernant (400 livres), Jean Baptiste Lavigne hivernant, gouvernail et devant (400 livres). Ici, on voit qu’il expédie au moins deux canots, sinon trois, aux Illinois.

1759 C’est l’escarmouche des Plaines d’Abraham où Montcalm se sert des Canayens comme de la chair à canon, sans leur donner l’opportunité de combattre comme ils savent le faire. L’année suivante Montréal capitule sans tirer un seul coup de feu. On a appelé ça: la Conquête.

1761 le 16 mars, on le choisit comme parrain de Jean Baptiste Jobert fils de J.B. Jobert et de Charlotte Larchevesque. La marraine est Jeanne Gaudet. La sœur de cet enfant, Charlotte Jobert, épousera à l’âge de 18 ans,  Joseph Frobisher de la Compagnie du Nord Ouest, en 1779. On voit bien que toutes ces familles orbitent dans le commerce des pelleteries pendant plusieurs générations.

1762 Il est parrain de Josephe, fille de son neveu Joseph Lefebvre fils d’Antoine Lefebvre dit Despins. La marraine est Josephe Vissinas (Vézina); le 8 novembre il est présent au mariage  d’Antoine Perot, fils de Pierre Perot dit St-Pierre, veuf d’Angélique Dulignon, et Jeanne Piquet fille de François Piquet et Charlotte Gaudry.

1763 le 22 mars, il est parrain  de Philippe Dejean fils de Philippe et de Marie-Josephe Larchevesque dit Lapromenade. La marraine est Charlotte Larchevesque dit Lapromenade

Le 29 mars 1766,  son épouse Josephe Gaudet, décède à Montréal âgée de 59 ans. Charles est alors âgé de 66 ans.

1778,  le 19 octobre, il assiste au mariage d’Augustin Dubuc 30 ans, fils d’augustin et Marie Maillot, et d’Archange Prat 33 ans, fille de Jean Baptiste Prat et Marie Charlotte Gaudet. On l’inscrit comme Charles Landreville Lefebvre.

1780, le 3 août, il décède, finalement, à Montréal âgé de 80 ans. Il est inhumé à l’intérieur de la chapelle St-Amable de l’église Notre-Dame de Montréal.

Le couple Charles Lefebvre dit Landreville et Josephe Gaudet n’aura aucun enfant. Il faut, cependant qu’il ait été reconnu comme une figure importante de sa communauté pour être inhumé À L’INTÉRIEUR  de cette chapelle St-Amable de l’église Notre-Dame.

Cette chapelle St-Amable fut construite aux frais du curé Antoine Déat, sulpicien qui fonda, la même année, la confrérie de la Bonne Mort. L’épouse d’un autre Lefebvre de la lignée, Suzanne Turner,  beaucoup plus tard, sera membre de cette confrérie de la Bonne Mort et enregistrée dans ses livres. Le curé Antoine Déat fut reconnu comme un grand prédicateur. On conserve 150 de ses sermons écrits de sa main. Il décède le 23 mars 1761 âgé de 65 ans. Il est inhumé dans cette chapelle de St-Amable.

Il est assez remarquable que l’histoire des habitants Canayens est très vivante, productive  depuis longtemps au Canada et se déroule en parallèle de l’histoire officielle que l’on nous a raconté. La différence entre les deux « histoires » est que celle des « Canayens » n’est pas en fonction de s’accaparer des richesses personnelles ou de l’installation du « capitalisme sauvage ». Ce capitalisme annoncé déjà par Murray avant 1764, lorsqu’il dit:  » La diligence et la méthode SUPÉRIEURE des trafiquants anglais donnera à ce genre de commerce une expansion beaucoup plus considérable que sous l’administration française« .

À suivre.

André Lefebvre

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Andre lefebvre

Mon premier livre « L’histoire de ma nation » est publier chez:

http://fondationlitterairefleurdelyslibrairie.wordpress.com/

André Lefebvre

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