Avons-nous l’argent nécessaire pour légaliser la prostitution ?

avons nous l'argent nécessaire pour légaliser la prostitution

Raymond Viger   Dossier Prostitution.

La Commission du conseil municipal sur le développement culturel et la qualité du milieu de vie a déposé son rapport au conseil municipal de Montréal le 26 novembre dernier. La commission a reçu deux mémoires qui présentent des positions tout à fait opposées sur la question de la prostitution. La commission souhaite recevoir davantage d’information avant de formuler des recommandations sur le sujet.

À Vancouver, des pressions sont exercées pour légaliser des bordels en coopérative pour les Jeux Olympiques de Vancouver.

Le débat sur la légalisation de la prostitution est cependant faussé. Il n’existe pas une forme de prostitution mais plusieurs formes de prostitution.

Une personne prostituée à 4 000$ pour un week-end qui couche avec des politiciens ou des grosses vedettes internationales ne vit pas dans le même contexte qu’une autre à 20$ pour une pipe, qui est toxicomane, avec des champignons dans la bouche et atteinte du Sida.

Certaines personnes se positionnent en faveur de la légalisation de la prostitution, sous prétexte de vouloir venir en aide aux personnes qui font de la prostitution de rue, assurer leur sécurité… Mais qu’adviendra-t-il de ces personnes lorsque nous aurons légalisé toutes les formes de prostitution ?

Les dangers d’une légalisation sans encadrement

De la « viande fraîche »

En autorisant l’ouverture de bordel, les nouveaux entrepreneurs de l’industrie du sexe, pour utiliser leur langage, vont vouloir engager de la « viande fraîche » pour satisfaire leurs clients. Par « viande fraîche » on pense à des personnes de 18 à 23 ans en santé. Pour la majorité des personnes se prostituant dans la rue, l’entrée dans ces bordels leur sera refusée et elles devront continuer à exercer dans la rue. Dans les faits, l’âge moyen d’entrée dans la prostitution est de 14 ans !

Pire, après un certain nombre d’années, lorsque les premières personnes ayant travaillé dans ces bordels commenceront à vieillir, les entrepreneurs qui veulent bien traiter leurs clients vont remplacer leurs personnels par des plus jeunes. Il y aura donc encore plus de personnes exerçant la prostitution dans les rues. Ceci se vérifie par les expériences des pays ayant légalisé la prostitution depuis une dizaine d’années et qui se retrouvent avec 3 à 10 fois plus de prostitués de rue qu’avant la légalisation (Australie, Pays-Bas, Allemagne…).

Les clients indésirables

Mais si un client peut aller en toute légalité dans un bordel pour engager une personne jeune et attrayante, pourquoi utiliserait-il les services d’une personne exerçant dans la rue ? Parce qu’il est violent et qu’il se ferait sortir des bordels ? Parce qu’il veut exiger de faire des choses qui devraient être refusées dans le bordel comme avoir une relation sans condoms ? Ou encore parce qu’il veut payer moins cher ? Pour toutes ces raisons et pour plusieurs autres, les personnes exerçant la prostitution de rue seront encore plus marginalisées après la légalisation. Le nombre de mauvais clients rencontrés sur la rue sera encore plus grand et il sera encore plus risqué d’être une personne prostituée.

Citoyens et commerçants

Et que dire de nos honorables citoyens ! Puisque la prostitution serait maintenant légalisée, l’intolérance de ceux-ci aura monté d’un cran. « Puisque c’est légal et qu’il existe des bordels, je ne veux plus te voir traîner dans les rues de mon quartier ou devant les vitrines de mon commerce ». Comment vont réagir ces citoyens quand ils vont s’apercevoir que non seulement la légalisation n’a pas diminué le nombre de personnes devant leur honorable résidence, mais qu’en plus, il y en aura 3 fois plus ! L’intolérance ne fera qu’augmenter.

Bordels en région

En légalisant, le gouvernement fédéral ne doit pas s’en laver les mains en prétextant qu’il délègue son autorité aux municipalités pour gérer le tout !

Pourquoi les groupes criminalisés sont si forts en région ? Parce que les petites municipalités avec peu de policier n’ont pas les moyens d’avoir le contrôle sur ces puissants groupes. Quand le policier est connu de tous, que tout le monde sait où il demeure et que tout le monde connaît sa famille au complet et à quelle heure sa petite fille sort de l’école, pensez-vous qu’il sera assez fou pour tenir tête aux groupes criminalisés ? C’est un policier qui fait de son mieux, pas une personne suicidaire. Cela n’est pas sans rappeler encore une fois les pays ayant déjà fait l’expérimentation de la légalisation, qui avouent avoir perdu le contrôle. De plus, ils deviennent incapables de gérer ce nouvel engouement pour le sport sexuel.

Tous les paliers de gouvernements devront s’impliquer dans une approche multidisciplinaire. Pas question de laisser les municipalités se démerder seules dans une industrie qui est déjà internationale et qui a de gros moyens financiers pour brouiller les cartes.

L’industrie du tourisme

Un bel exemple que j’ai vécu personnellement. L’état du Nevada permet aux municipalités de légaliser la prostitution. Las Végas, malgré ses innombrables Casinos et ses spectacles grandioses, se refusent de légaliser la prostitution. La ville voisine a légalisé la prostitution. C’est pourquoi nous voyons sur certains coins de rue de Las Végas des dizaines de Mexicains qui tendent des annonces pour inciter l’achat de services sexuels dans la ville voisine. La ville de Las Végas est allée en cour pour tenter d’empêcher ces Mexicains de faire de la sollicitation dans les rues de Las Végas. Pour le bénéfice de la libre entreprise et de la liberté d’expression, la ville de Las Végas a perdu contre les Mexicains.

Ceux qui font le rabattage de clients sont majoritairement des garçons. Mais ce qui m’a déchiré le cœur, a été de voir une fille mexicaine d’environ 12 ans, faire du rabattage. Les questions que je me pose encore : le faisait-elle pour sa sœur ou sa mère ? Va-t-elle se prostituer et à quel âge risque-t-elle de commencer ?

Ce qui s’est passé à Las Végas risque de nous arriver. Montréal avec ces grands festivals et ces grands rassemblements ne tolérera pas de prostitution sur son territoire. Les entrepreneurs de bordels vont s’établir à Terrebonne ou à Bois-des-Filions. Ça va être bon pour l’industrie du taxi. Les gens viennent de partout pour un festival. Ensuite une petite balade en taxi pour la visite des bordels en banlieue. Parce que la prostitution, ce n’est pas bon pour l’industrie du tourisme. Ce n’est pas bon pour l’image d’un grand centre urbain. Quand on voit de nouveaux logements sociaux des auberges du cœur passer criminellement au feu dans le sud-ouest de Montréal, quand des gens font pressions pour empêcher des organismes communautaires comme Cactus de se relocaliser dans le Centre-ville de Montréal, les principes de « pas dans ma cour » vont continuer à se faire prévaloir.

Pénurie de main-d’œuvre

Les bordels vont se multiplier en région et les nouveaux entrepreneurs vont y faire la pluie et le beau temps. À un point où il ne serait pas surprenant qu’il manque de main-d’œuvre. Un peu comme il s’est passé quand on a légalisé les danses à 10$. On a manqué de filles pour aller travailler dans les isoloirs. Va-t-on créer un programme pour permettre à des danseuses exotiques étrangères de venir travailler au Canada ? Devrons-nous réouvrir ce programme et l’élargir aux artistes de la prostitution ? N’est-ce pas ce programme où des fonctionnaires et des intervenants du milieu mentionnent qu’il a profité aux groupes criminalisés ? Plusieurs de ces danseuses ont disparu. Le gouvernement américain affirmait en 2003 que le Canada était une plaque tournante pour le trafic des femmes et des enfants.

Conditions essentielles

Si nous sommes sérieux dans notre volonté de légaliser la prostitution, il y a des préalables essentiels. La prostitution concerne des êtres humains qui doivent être considérés dans leur globalité. Ceci nous oblige à prévoir une approche multidisciplinaire.

Il faut faire de la prévention en ce qui concerne les jeunes de la rue et ceux placés par la DPJ. Ils sont des victimes vulnérables. La réforme de la DPJ devra tenir compte de cette vulnérabilité. Il faut aussi faire de la prévention et de la sensibilisation dans les écoles et les différents milieux de vie des jeunes.

Pour s’assurer que la prostitution est bel et bien un choix, et non pas un manque de choix face à la pauvreté ou à d’autres difficultés, il faut s’assurer d’offrir un soutien et un encadrement aux personnes concernées.

Il faut prévoir une aide accrue aux organismes d’intervention auprès des personnes prostituées de rue. Nous ne pouvons pas penser légaliser le marché du sexe sans aussi donner les services d’aide et de soutien aux personnes dans le besoin qui seront exclues et marginalisées. Si une municipalité veut ouvrir un bordel, les services aux personnes se prostituant doivent être présents avant son ouverture.

Il faut prévoir des mécanismes de contrôle et de sécurité avant la légalisation. Nous avons laissé à eux-mêmes des groupes criminalisés pendant des décennies. Ils sont devenus des forces redoutables, organisées, structurées et très bien financées. Reprendre le contrôle après coup est très coûteux, voire impossible. La prostitution, ne se limite pas aux limites géographiques d’une ville, mais fait partie d’un réseau international, qui nécessitera une coordination des différents corps policiers qui devront apprendre à travailler efficacement ensemble. Cela nécessitera de généreux budgets aux différents corps policiers.

Il faudra donc s’assurer qu’il y ait une prise en charge complète par le gouvernement de ces bordels, à tous les niveaux : sécurité, administration, gestion, encadrement, surveillance, finance… Il n’y a pas d’entre-deux possibles pour éviter que la situation ne dérape et qu’il y ait abus.

Il ne faut pas s’imaginer que les revenus de taxes et d’impôt sur la prostitution permettront de compenser les investissements que nous aurons à faire pour légaliser la prostitution. Les pays qui ont déjà légalisé, ont perdu le contrôle et se sont retrouvés avec plus d’effets pervers que de problèmes résolus.

Si nous n’avons pas l’argent nécessaire pour nous impliquer adéquatement, nous en aurons encore moins après.

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2 pensées sur “Avons-nous l’argent nécessaire pour légaliser la prostitution ?

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    20 décembre 2007 à 18 06 21 122112
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    Pas trop sur de bien comprendre votre commentaire.

    Mais en ce qui concerne la prostitution pour homme, elle existe au Québec. Majoritairement homosexuelle et visible.

    En ce qui concerne la prostitution mâle pour les femmes, elle n’est pas visible sur les coins de rue ou dans les parcs même si elle existe.

    Le débat sur la légalisation de la prostitution, même si en théorie est indépendant qu’elle concerne les hommes ou les femmes, demeure, malgré tout, un débat qui touche plus celle des femmes. D’une part, parce que c’est elle qui est le plus visible. D’autre part, parce que pour les groupes criminalisés et les gangs de rue, c’est elle qui les nourrit.

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    21 décembre 2007 à 5 05 24 122412
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    Effectivement, le point de vue des femmes est très important dans ce débat. Ayant été intervenant auprès de prostitués (hommes et femmes), et journalistes pour le magazine d’information et de sensibilisation Reflet de Société édité par le Journal de la Rue, cela nous a permis de recueillir plusieurs témoignages très intéressants. Je vous laisse quelques liens pour y avoir accès.

    Du viol à la prostitution

    Prostitution et toxicomanie, rue de la violence

    Ma vie dans les agences d’escorte

    Les joies de la prostitution

    Les hauts et les bas d’une escorte: prostitution de luxe

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