Bastarache : le nom d’une rupture

Qui aurait pensé que le Juge Bastarache passerait à l’Histoire ? Enfin, son nom, plutôt, mais qu’est-on dans l’Histoire sauf un nom !  Oświęcim serait une petite ville industrielle de Pologne sans histoires, si ce n’était  de la mauvaise réputation qu’elle traîne et qui en a fait plus qu’un détail de l’Histoire…

Important un nom. Dans un siècle, au Québec, on confondra peut-être les 2 ou 3 Johnson et même les 2 Bourassa – et qui sait, « les » Trudeau –  mais Bastarache est un nom qui ne s’oubliera pas. C’est le nom d’une rupture.

Pour ceux hors Québec, un mot d’explication. On a tiré le Juge Bastarache de sa retraite pour qu’il préside une Commission d’enquête sur le processus de nomination des juges, processus dont on a contesté l’intégrité.  Important, mais encore bien plus qu’on ne le pensait, car on s’aperçoit  que cette Commission arrive comme la proverbiale paille, pour craquer le dos du chameau.

Il y a longtemps que la confiance se perdait, mais c’est cette Commission en trompe l’œil qui a poussé les citoyens à faire un bilan.  75%  des Québécois ne croient plus  la parole du Premier Ministre; on croit son accusateur.  C’est un seuil dans le rejet du pouvoir. On dira désormais « Bastarache »,  pour marquer la ligne de partage des eaux de l’Histoire du Québec.

Avant, il y aura eu une population jocrisse qui croyait en tous et en n’importe quoi. Ses curés, ses élites, ses journalistes, ses  politiciens, ses syndicats, une affirmation  nationale  progressive et un enrichissement constant dans une économie prospère.

Après, la religion sera apparue une affaire d’enfants ou d’étrangers, les élites comme des intellectuels déphasés ou des bourgeois profiteurs. Les journalistes – à de rares exceptions près – auront été perçus comme les larbins des groupes de presse ou d’inoffensifs protestataires qu’on aura mis au trottoir quand ils refusaient de le faire.  Politiciens et syndicats ? Une même omniprésente corruption. Affirmation nationale ?  En veilleuse.  Enrichissement constant dans une économie prospère ?  Parlons d’autre chose…

Avant, le citoyen lambda, malgré les rumeurs qui volaient parfois de-ci de là, croyait encore qu’il existait un havre  d’honnêteté dans la structure de la société ; une justice rendue par des juges.  Il voyait les avocats comme des exploiteurs sans conscience, mais il croyait fermement qu’il y avait, dans toute cour de justice, un juge  qui agissait de bonne foi. Un homme incorruptible qui cherchait la vérité et voulait la justice. Il pensait que, même accablé par l’argent et le pouvoir, le bon droit pouvait prévaloir.  Il avait des doutes, mais il le croyait. Maintenant, il ne le croit plus.

Maintenant, le citoyen lambda a déjà porté son verdict, avec ce total désintérêt pour les procédures qui est le propre de la justice populaire : il croit que les juges sont nommés arbitrairement par le gouvernement, sur l’avis de gens peu recommandables et qu’ils jugent en fonction des intérêts de ceux qui les ont nommés ou fait nommer. Des preuves ? Le citoyen se contrefiche des preuves formelles.

Il regarde autour de lui et il voit un monde de totale injustice où règne aussi la corruption.  Il fait des liens et des rapports  entre l’injustice qui est partout  et une Justice qui ne semble plus être là.  Il ne donne pas le bénéfice du doute ; il n’a plus de doutes.  Peu lui importe que les trafics d’influence, en supposant qu’il y en ait, ne s’appliqueraient que dans des dossiers « importants ».   Il est maintenant persuadé que même « ses » petites causes à lui ne sont pas jugées impartialement elles non plus.  Il découvre que le type en robe noire qui en décide du sort est un être humain qui a des amis, des parents, des intérêts… peu-têtre des faiblesses.

On vient de tuer ce qui restait de confiance dans l’esprit et le cœur du monde ordinaire. En élargissant l’enquête à la période péquiste – en soi un geste équitable –  Bastarache ne dédouane pas les Libéraux ; il  fait seulement qu’après avoir dit au peuple  « je t’ai trompé », le pouvoir  – qui reste UN, dans l’esprit des gens, quelle que soit sa couleur – lui ajoutera perfidement « …et je t’ai toujours trompé ! », rendant le divorce inévitable.  Bastarache va présider à un divorce.

Quel divorce ?  Le divorce entre  la population – qui prend le nom de peuple dans les grandes occasions – et  une certaine caste dirigeante qui la contrôle, la manipule et l’exploite sous couvert d’une pseudo démocratie qui n’est qu’un leurre. La désacralisation du pouvoir judiciaire qui résulte de l’inouïe stupidité qu’est cette enquête vient compléter, dans l’esprit des gens, la fusion des trois pouvoirs de l’État dans une même turpitude.   Si notre « démocratie », demain, était attaquée, qui prendrait sa défense ?

Dommage pour Bastarache, qui n’a rien à y voir ou si peu, mais il a eu la mauvaise fortune d’être celui dont on a choisi le nom pour désigner cet événement qui marque la rupture.  Dommage.   C’est sérieux, un nom et ça dure.  Monsieur le Juge devrait peut-être en changer …  comme cette petites ville des années quarante – Auschwitz – qui n’avait pas choisi les « industries » qu’on y avait installées.

Pierre JC Allard

8 pensées sur “Bastarache : le nom d’une rupture

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    30 août 2010 à 7 07 27 08278
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    Bingo! Bien visé, Pierre.

    Qui donc fait encore confiance à système de justice, à ces politiciens, à cette gang de clowns en cravate?

    « 75% des Québécois ne croient plus la parole du Premier Ministre; on croit son accusateur. »

    Les 25% qui reste doivent être solidement saouls ou bien on a interrogé des enfants qui ne sont pas encore en âge cognitif pour comprendre le monde qui les entoure!

    Qui sont ces 25% qui ont encore confiance?!?!?! lol

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    30 août 2010 à 13 01 36 08368
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    Il est à noter que selon le dernier sondage Leger, seulement 13% des gens sondés (9% francophone) croient à M. Charest, et ce avant même la comparution de ce dernier. Ce sondage est fait après la première comparution de M.Bellemarre.

    Intéressant de constater que certaines personnes parmis les 9% hurlent d’attendre la fin de la commission et croient quand même Charest avant sa déposition. (Le cabinet, le cocus, les membres du parti libéral, les contributeurs et les magouilleurs vont défendre becs et ongles cette forme de corruption).

    Trop tard pourtant, la rupture Bastarache divise déjà le peuple et près de 70% désire le départ de Charest,. Bastarache n’est pas Gomery. La honte et l’honneur.

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    30 août 2010 à 19 07 28 08288
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    @Francois M.

    « Qui sont ces 25% qui ont encore confiance?!?!?! lol »

    …Ceux qui ont contribué a la caisse du parti et qui attendent encore le retour de l’ascenseur. Bref, ceux qui ont encore espoir que leur envellope brune se retrouve sur le dessus de la pile. lol

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    31 août 2010 à 19 07 53 08538
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    «Qui sont ces 25% qui ont encore confiance?!?!?!», se demande François Marginean!!!

    Voici des choix de réponses:

    1) Les Anglais qui craignent encore plus les «méchants séparatisss» que la corruption, comme nous l’a prouvé la dernière élection municipale à Montréal;

    2) Les immigrants anglicisés non-intégrés qui se sacrent bien de nous-autres, qui sont venus ici uniquement pour travailler, qui sont connectés aux médias de leur pays d’origine et qui ont peur des «méchants séparatisss» plus que de la corruption;

    3) Les militants libéraux peints en rouge depuis leur plus tendre enfance;

    4) Les bons French Canayens living in la Belle Province of Quebec à la Denis Coderre ou à la radio-poubelle monarcho-fédéraste fasciste de Quebec city et qui sont tellement brainwashés par les «vertues» du Canada et qui sont tellement crinqués contre les «maudits péquistes» qu’ils préfèrent s’accommoder du régime corrompu de Charest, plutôt que de risquer de donner raison au PQ et aux contradicteurs du régime (Marc Bellemare, dans ce cas-ci), de peur que leur Saint-PLQ perde des points;

    4) Ceux qui ne prennent pas le temps de s’informer et qui, ce faisant, sont ceux qui créent le statu quo: http://lequebecdedemain.blogspot.com/2009/03/lignorance-cest-la-force.html ;

    5) Autres;

    6) Toutes ces réponses;

    7) Aucune de ces réponses!!!

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    1 septembre 2010 à 14 02 05 09059
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    Et le PQ lui, ne fait rien, et pense que le pouvoir lui tombera automatiquement dans les mains. Pourtant, des magouilles du genre, il y en a eu durant le PQ, et partout ailleurs dans le monde. C’est le propre de la démocratie, « Scratch my back, I’ll scratch yours ».

    Les gens ne font pas plus confiance à Marois. Ca nous prend un nouveau parti, qui n’a pas encore été infiltré et qui n’a pas subit l’usure du pouvoir. Un qui va faire le ménage!

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    1 septembre 2010 à 17 05 16 09169
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    La seule facon d’avoir un nouveau parti non infiltre, serai d’elire un premier ministre issu de la pauvrete et instruit par la generosite, specimen tres tres rare qui aurait peut-etre la force et le courage de detourne les avance des riche de la societe.

    toutes autres premier ministre, tel ceux « cons » eli nee avec un compte de banque, nourrit avec une cuilliere en or, qui devienne avocat ou comptable agree, ceux qui savent pas et ne seront jamais ces quoi pas avoir d’epicerie, eux sont deja vendu avant meme d’avoir ete elu pour la premiere fois.

    le parti du peuple, drevait etre forme de gens du peuple, et revise par le peuple et non une personne en general.

    ex: ont vote une fois aux quatre ans pour chaque position du gouvernement, pas question que le premier ministre choisi ses chum pour fair si ou ca, tout parti confondu, de plus un commite de revision d’une douzaine de personnes choisi aux hazard chaque annee, dans les spheres de competances de chaque ministere, (sante = douze; medecin, infimiere et ambulancier)
    (Finance = douze; gerant d’entreprise, comptable d’entreprise propritaire de pme)

    ce sera toujour possible de fourer le monde, mais sa renderais la tache un peut plus dure, de plus si preuve est fait qu’un ministre a fourer le pleuple il devrais passer a la court pour trahison pas juste une tape sur les doigts pis un cheque de pension.

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    1 septembre 2010 à 20 08 45 09459
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    Il est impensable que la démocratie que nous avons produise autre chose e que ce que nous avons. Il faut se faire à l’idée que seul l’équivalent d’un coup d’État suivi d’un gouvernement autoritaire pourra faire le ménage. Ici… et dans toutes les pseudo démocraties occidentales

    Ca durera une dizaine d’années, au plus, et la démocratie reviendra. Propre, plus représentative.. une VRAIE démocratie. Nous en somme là.

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/05/12/cette-mochete-de-democratie/

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/06/15/un-mauvais-moment/

    PJCA

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    5 septembre 2010 à 18 06 27 09279
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    Un coup d’état ici au Québec ? hum… on habite pas le même Québec 🙂

    Ça dort pas mal au gaz pour du monde qui devraient se soulever !

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