Ça passe ou ça casse. Les grands enjeux de l’Église pour notre temps

OSCAR FORTIN :

ÇA PASSE OU ÇA CASSE

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Le suivi des principaux évènements qui marquent les temps que nous vivons me conduit à partager avec vous les réflexions qu’ils m’inspirent. Le monde vit une époque charnière et déterminante quant à son avenir. Cet enjeu touche tout autant le devenir politique, économique et social de nos sociétés que le devenir des Églises et de façon toute particulière de l’Église catholique. Nous sommes tout à la fois témoins et acteurs de ces changements qui peuvent conduire l’humanité tout autant à la catastrophe finale qu’à un avenir de croissance et de paix.

L’ampleur des sujets traités m’amène à vous présenter ces réflexions en deux articles dont le premier portera sur les enjeux politiques, économiques et sociaux. Le second article portera sur les enjeux d’une Église confrontée à un monde qui l’oblige à sortir de ses murs pour aller là où est le maître avec les pauvres et les exclus de nos sociétés.

D’une Église doctrinale à une Église d’Évangélique

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Avec l’arrivée du pape François au Siège de Pierre, ce sont les rideaux du temple qui se déchirent pour laisser voir la véritable réalité de l’Église. Le pape François, par son attitude, sa simplicité et humilité, met en contraste tous ces personnages qui se complaisent davantage dans leurs titres de noblesse que dans celui de pasteur. Évêques et cardinaux se retrouvent confrontés à un homme qui, tout en occupant la plus haute fonction de l’Église, se préoccupe d’être avant tout un pasteur avec l’odeur de ses brebis.

En plaçant son pontificat sous le signe de François d’Assise, il s’attaque à la reconstruction de l’Église, non pas celle faite de pierres, mais celle faite de chair. Ses quatre références principales, sont Jésus de Nazareth, les Évangiles, les pauvres et exclus de notre monde. Dans ses multiples interventions, il parle le langage des Évangiles pour les hommes et les femmes de notre temps. Son maître, étant Jésus de Nazareth, sa liberté d’agir et de parler s’en trouve renforcée. Il ne se laisse pas guider par le discours et les intérêts des grands et des puissants, mais par celui que lui inspire le Nazaréen. Il est de ce monde sans en être vraiment, comme le suggère Jésus à ses disciples.

Cette approche du pape François met en évidence les deux grandes tendances qui conditionnent fondamentalement l’action de l’Église dans le monde. Il y a ceux pour qui la doctrine est au cœur de la pastorale de l’Église et ceux pour qui l’Évangile, Jésus et les pauvres doivent en être les fondements.

Ceux qui font de la doctrine les fondements de la pastorale de l’Église

Vatican g8-cardinaux-reforme-curie_190x125Lorsque nous parlons de doctrine, il faut bien comprendre qu’il s’agit de celle qui s’est formulée tout au long des siècles à travers les conciles et les déclarations solennelles des papes. Sur le plan pastoral, elle se ramène surtout à définir et à encadrer les activités du culte sacramentel et à fixer la valeur morale des comportements humains.

Dans ce contexte, les célébrations religieuses des sept sacrements deviennent l’expression par excellence de la foi et de sa pratique. L’église de pierre demeure le lieu tout indiqué pour vivre et témoigner de cette foi.

En ce qui a trait à la morale, les thèmes les plus souvent retenus et commentés se réfèrent à la vie sexuelle des personnes et aux relations auxquelles elle donne lieu. Il est évidemment question de la famille, des divorcés, des contraceptifs, de l’homosexualité, de l’avortement, etc. Il y a bien évidemment la morale des guerres, celle de l’exploitation et de domination des peuples, mais ce ne sera que très occasionnellement qu’on s’y référera et, encore là, avec toutes les précautions nécessaires pour ne pas indisposer leurs auteurs qui sont bien souvent leurs bienfaiteurs et alliés. Le rappel se fera toutefois plus pressant auprès des peuples pour qu’ils soient des agents de paix et des collaborateurs soumis à leurs autorités.

Cette Église est dirigée par des « Princes », des Éminences, des Excellences, des « Saintetés » qui se plaisent à parader dans le décorum de leurs soutanes où le rouge du sang des martyrs, comme ils disent, occupe une place qui ne peut échapper à aucun regard. Ce sont des « personnages » d’une institution devenue monarchique dans sa hiérarchie et l’expression de son autorité. Le pasteur n’émerge pas de ces personnages pas plus que l’Évangile de ses doctrines. Une Église qui est en voie de disparaître avec tous ses apparats et ses personnages de fonction.

Ceux qui font de l’Évangile le fondement de la pastorale de l’Église au service de l’humanité

Je pense que de tous les temps il y a eu des hommes et des femmes, des prêtres et évêques qui ont été des témoins d’Évangile. S’ils n’ont pas laissé leurs traces dans l’Institution ecclésiale, ils les auront laissées dans le peuple de Dieu.

francisco con populares.thumbnail.140.100L’Amérique latine qui compte le plus grand nombre de catholiques se démarque par le dynamisme d’une foi qui prend ses distances d’une Église-institution, telle que définie dans la section antérieure, pour donner vie à une Église émergente de la foi dans les Évangiles et en Jésus de Nazareth. En elle renaît ce Jésus prenant de nouveau la parole sur la montagne pour y proclamer les béatitudes de justice, de vérité, de solidarité, de compassion, mais aussi pour y condamner ceux qui font de leurs richesses et de leurs pouvoirs des armes d’oppression et de domination. Un Jésus qui se fait pauvre avec les pauvres, indulgents avec les pécheurs,, mais cinglant avec les docteurs de la loi, les scribes et les pharisiens qui mettent sur les épaules des autres des fardeaux qu’ils ne peuvent eux-mêmes portés. Ce Jésus n’est-il pas celui qui a donné pour consigne à ses disciples « Ne prenez rien pour le voyage, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent, et n`ayez pas deux tuniques. »

C’est de cette Amérique latine que nous vient le pape François. Sensible à ces impératifs évangéliques il en fera le centre de son pontificat. Il ne fait aucun doute que pour lui, l’évangile, Jésus de Nazareth et les pauvres doivent retrouver la place centrale qui leur revient dans la vie de l’Église. Pour cela, il est urgent que l’institution ecclésiale se transforme radicalement, que les évêques et cardinaux se dépouillent du vieil homme avec tous ses apparats et se revêtent de l’homme nouveau pour être pasteurs au milieu des humbles de la terre. Si les doctrines sont importantes, les Évangiles et l’action imprévisible de l’Esprit de Jésus le sont encore davantage

Pour le pape François, l’Église doit sortir des églises de pierre pour aller à la périphérie et y faire sa demeure. Dans son Exhortation apostolique Evangelii Gaudium, il trace la voie de cette Église à renaître au milieu des peuples pour témoigner des Évangiles en solidarité avec les pauvres et les exclus de la terre.

Evo con el papa 0205Du 27 au 29 octobre, plus d’une centaine de représentants des milieux sociaux venus d’un peu partout d’à travers le monde, ont répondu à l’invitation du pape pour échanger sur leur vécu et les graves problèmes qui doivent être résolus. À cette occasion, le pape a pris la parole laquelle fut accueillie avec enthousiasme par les participants et qui fit scandale pour un certain establishment interne à l’Église. Le président de la Bolivie, Evo Morales, le seul Président invité à cette rencontre, pour être le seul Président indien de l’Amérique latine, s’est levé pour aller félicité le pape et pour lui donner une accolade chaleureuse, ce qui provoqua un courant de grande émotion entre tous les participants. Le pape François l’invita à partager son repas du soir de façon très fraternelle. Ce fut l’occasion pour les deux hommes d’échanger pendant plus d’une heure et demie sur les grands défis qui se posent à l’humanité et à l’Église.

Que conclure ?

Il ne fait aucun doute dans mon esprit que le passage d’une Église doctrinale à une Église d’Évangile est incontournable et que ceux qui s’y résistent ont un choix fondamental à faire. L’Église, héritée des empires et de la féodalité, a fait son temps. L’heure n’est plus aux cultes des temples de pierre mais à ceux des temples de chair. Ces derniers témoignent de la foi en Jésus et en ses Évangiles à travers des l’engagements qui servent la justice, la vérité, la solidarité, la compassion, la miséricorde et le don de soi.

« Cessez d’apporter de vaines offrandes : J’ai en horreur l’encens, les nouvelles lunes, les sabbats et les assemblées ; je ne puis voir le crime s’associer aux solennités. Quand vous étendez vos mains, je détourne de vous mes yeux ; quand vous multipliez les prières, je n’écoute pas : vos mains sont pleines de sang. Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, protégez l’opprimé ; faites droit à l’orphelin, défendez la veuve. (Is.1, 13-17) »

Je vous laisse avec ces considérations qui sont celles d’un observateur toujours à la recherche du grand courant de conscience qui traverse l’humanité des temps présents.
Oscar Fortin
http://humanisme.blogspot.com
10 novembre 2014

http://nsae.fr/2014/10/30/au-vatican-rencontre-mondiale-des-mouvements-populaires/ 

http://humanisme.blogspot.ca/2013/10/v-behaviorurldefaultvmlo.html 

http://humanisme.blogspot.ca/2012/10/une-eglise-la-recherche-delle-meme-ou.html

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Oscar Fortin

Libre penseur intéressé par tout ce qui interpelle l'humain dans ses valeurs sociales, politiques, économiques et religieuses. Bien que disposant d'une formation en Science Politique (maîtrise) ainsi qu'en Théologie (maîtrise), je demeure avant tout à l'écoute des évènements et de ce qu'ils m'inspirent.

6 pensées sur “Ça passe ou ça casse. Les grands enjeux de l’Église pour notre temps

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    24 novembre 2014 à 18 06 45 114511
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    Bonjour Oscar,

    Il ne faut pas se fier aux apparences, les manipulateurs peuvent être astucieux. Ton soutien envers le pape François me semble très naïf. Cet homme a participé à la dictature argentine, mais pire encore c’est un sioniste pro-Israélien et anti-palestinien comme le démontre son admiration pour le fondateur du sionisme. Ce pape est un pion sioniste. Comment un pape simple et humble pourrait-il dirigé une église depuis longtemps corrompue et sous l’emprise des sionistes mondialistes?

    http://www.alterinfo.net/HONTE-a-VOUS-BERGOLIO-_a102964.html

    Cordialement,

    Nicolas

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    24 novembre 2014 à 21 09 22 112211
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    Bonjour Nicolas, avant tout un merci sincère pour ton commentaire qui me donne l’occasion de préciser certains points importants. Je pense sincèrement que vous avez raison d’être quelque peu sceptique par rapport au personnage et à ses orientations sociales et politiques. Je suis évidemment un peu naïf, mais d’une naïveté consciente, en ce sens que je donne la chance au coureur.

    Pour ce qui est de sa collaboration avec la junte militaire de Videla dans les années 1976, je vous dirai qu’en 2010, après avoir pris connaissance du livre de ce journaliste qui l’impliquait à plein avec la Junte contre deux prêtres engagés dans la nouvelle évangélisation avec les pauvres des banlieues défavorisés, je fus scandalisé et j’écrivis à l’époque un article cinglant à son sujet. Voir cet article sur mon site :
    http://humanisme.blogspot.ca/2010/05/autorite-morale-de-leglise-un-double.html
    Le gouvernement argentin sous la gouverne des Kirchner fit tout pour l’impliquer dans cette complicité avec la junte militaire. Mais ce fut en vain, il ne trouva rien dans les archives et rien dans les nombreuses heures d’interrogation auxquelles il fut soumis. Lorsqu’il fut nommé pape, cette histoire a refait surface, mais déjà certains s’étaient rétractés dont un des deux prêtres, le second étant décédé. Ce fut d’abord le prix Nobel de la paix,Esquivel, qui était à l’époque des militaires un militant impliqué dans la défense des droits des personnes, qui est venu à la défense du nouveau pape en affirmant qu’il avait toujours reçu de ce jésuite, alors provincial des jésuites pour la région de Buenos Aires, une coopération pleine et entière. Qui plus est, il affirma n’avoir jamais reçu de plaintes pouvant l’impliquer. En second lieu, il fut démontré que le livre, écrit en 2005, montrant de nombreuses photos, supposément de Bergoglio, évêque, avec les militaires, s’est avéré un montage, tant au niveau du contenu que des photos présentées, À l’époque, Bergoglio n’était pas évêque. En troisième lieu, la présidente des femmes en blanc de la plaza de mayo, convaincue tout comme je l’étais en 2010 de l’implication du cardinal Bergoglio, s’est récemment rétractée et s’est excusée auprès du pape d’avoir accordé autant de crédibilité à l’information transmise à cette époque. Une information qui s’est avérée fausse depuis.

    Concernant le point du sionisme, je ne puis qu’admettre que sa situation n’est pas bien claire. À plusieurs reprises, dans des textes espagnols que j’ai écrits et dans des commentaires formulés avant son départ pour Israël, je l’ai interpellé pour qu’il nous dise ce qu’il pense du sionisme. Il ne l’a pas fait et il s’est même rendu au tombeau de celui que l’on considère comme son fondateur. Ce sera une page de l’histoire, qui faudra à un moment ou à un autre clarifier.

    Ma foi en ce pape vient du fait qu’il se retrouve dans une situation qui le place dans un monde qui est pratiquement entièrement en opposition avec les préceptes évangéliques. Il a commencé par lui-même en démystifiant cette fonction d’un personnage appelé pape. Son mode de vie interpelle à peu tous ces messeigneurs qui se prennent pour des princes et des rois. Je vois son action, à ce niveau comme très positive et je m’en fais un défenseur. Je crois également en sa sincérité. Lui-même s’est déjà défini comme quelqu’un d’astucieux, qui sait gérer des personnes, mais aussi comme un peu naîf et surtout comme pécheur.

    Il y aurait encore beaucoup à dire, mais je puis dès maintenant vous assurer que l’Église n’est pas au Vatican, mais là où sont les humbles et les pauvres de la terre.

    Avec tout mon respect

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      25 novembre 2014 à 13 01 13 111311
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      Bonjour Oscar,

      Concernant la dictature argentine, je peux admettre ton point de vue. Mais sa position pro-sioniste détruit sa crédibilité. De toute façon comment aurait-il pu être élu pape alors que la majorité des cardinaux sont corrompus? Ce sont les mêmes qui ont élu Ratzinger juste avant. Et que fait ce nouveau pape par rapport au problème grave de la pédophilie généralisée dans l’église? Je ne vois pas de changement. Il devrait permettre aux membres du clergé d’avoir des relations sexuelles avec des femmes, ce qui sauverait des enfants. Qu’attends-il?

      Cordialement,

      Nicolas

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    25 novembre 2014 à 21 09 22 112211
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    Nicolas: Jorge Bergoglio est pape, mais il n’est pas un dictateur qui peut tout changer du jour au lendemain. Il y a des décisions qui se prennent en collégialité et sur la base d’un consensus ecclésial. Avec le peu qu’il a fait, il y en a qui sont déjà prêts à le crucifier, une manière de dire, à s’en débarrasser. Mon opinion est que l’Église doit se détacher le plus rapidement de l’État du Vatican et retourner à ses bases que sont les communautés chrétiennes. C’est là que les décisions doivent se prendre selon les divers milieux de vie. La référence fondamentale demeure les Évangiles et le lieu tout indiqué pour en témoigner, là où vivent les pauvres, les exclus, les humbles de la terre. Pour cela, l’Église n’a pas besoin d’un État du Vatican avec tous ces princes qui sont un véritable contre signal de l’Évangile. Je pense que le pape François avance dans cette direction, mais à travers une fonction encore trop liée à l’État du Vatican, véritable piège du pouvoir.

    Bonne fin de journée et merci de partager votre point de vue

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      26 novembre 2014 à 14 02 00 110011
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      Bonjour Oscar,

      Si le pape est aussi bon, comment a t-il pu être élu par des gens qui sont contre ses réformes? Jean-Paul 1er a été assassiné parce qu’il voulait faire des réformes importantes. Le pape François est-il en danger? Mais comment concilier l’énorme contradiction de sa foi sioniste avec sa supposée véritable foi chrétienne qu’il ne peut même pas appliquer au-delà de ses discours? À quoi sert-il s’il ne peut pas mettre en oeuvre ses beaux principes?

      Cordialement,

      Nicolas

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    26 novembre 2014 à 16 04 35 113511
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    Selon ce qu’on a pu en savoir, l’élection de Jorge Bergoglio s’est produite à partir du fait que les deux principaux candidats à se disputer la papauté, n’ont consenti à aucun compromis et que le candidat Bergoglio s’est glissé entre les deux.

    Quant aux contradictions, je dois tout de même nuancer la contradiction. Il est vrai que le pape n’a jamais prononcé le mot sionisme pas plus que le mot antisionisme. Il est vrai également qu’il s’est rendu au tombeau de celui qui a fait du sionisme l’idéologie dominante d’israël. Je fus un de ceux qui a dénoncé le fait qu’il n’ait pas condamner le sionisme à l’occasion de ce voyage et qui ait relevé l’incohérence de cette visite au tombeau de son auteur. Par contre, je sais qu’il ait étroitement lié par amitié avec des juifs d’Argentine qu’il a d’ailleurs reçu une ou deux fois au Vatican.
    Dire que cela en fait un militant du sionisme et le fondement de sa foi, c’est aller un peu vite. Oui, il y a en ce comportement une interrogation sérieuse, non ce n’est pas le fondement de sa foi, que sont Jésus de Nazareth et les Évangiles.

    Avec tout mon respect

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