Denis Coderre maire de Montréal. La démocratie comme un charme

PIERRE JC ALLARD:

Denis Coderre est maire de Montreal.  Un résultat sans surprise et annoncé depuis des mois.  Que signifie cet  événement?   A mon avis, la négation finale de l’idéal démocratique. Pas une faille ou une défaite de la démocratie; au contraire, la démocratie a parfaitement fonctionné  avec des masses de candidats. La simple preuve que par le corruption, la manipulation, la désinformation et une grande sagacité le choix d’une majorité peut toujours être vidé de son sens.  La démocratie fonctionne comme un charme. C’est e mythe d’une majorité qui pense, qu’on écoute et qui décide qui est un leurre.

Ici, on a pris une population tout entière vendue à l’idée d’un changement… puis  on l’a fait voter pour la continuité.  On l’a fait facilement.  Continuité au palier du chef, d’abord. La population voulait un homme neuf ? On lui a donné un vieux politicien roublard et fort en gueule.   On y est parvenu en se mettant d’accord  toutes portes closes, au sein de l’Establishment, sur un candidat et un seul pour le statu quo. Toutes tendance politiques confondues.  Ce débat s’est terminé quand on a choisi Coderre et qu’on nous a dit d’un même souffle qu’il gagnerait. Un seul sondage – dont rien ne permet de penser qu’il ait ou n’ait pas été fait honnêtement – puis silence radio, coupé du seul bruit des médias, unanimes à prédire sa victoire.   Ce sera Coderre.

Toutes tendances confondues, car on notera que ce vieux Libéral n’aura été a aucun moment contesté par une candidature nationaliste. Étonnant ? Simplement  l’affirmation manifeste, provocante, qu’il n’y a qu’une seule politique « en haut » et quelle est fermement entre les mains de ceux dont le rôle est de gérer ce volet politique du pouvoir. Nationaliste, fédéraliste, peu importe, on avait des choses plus sérieuses à régler.  La politique partisane est volet mineur de représentation et de bavardage, pendant que les pouvoirs financiers et des fonctionnaires de carrière font marcher ce pays.

S’il y a eu un doute ou un débat  au moment de choisir ce candidat pour tous, l’affaire s’est réglée sans bruit.  Louise Harel, la péquiste du dernier round, sera cette fois recyclée dans un parti qui n’aura plus de saveur nationaliste, au contraire… et placée sous un chef  dont on pourrait se demander pourquoi il s’est mêlé  de ce genre de choses qui sont a cent lieues de ce qui a fait sa force.

Il faudra voir, dans quelque temps, ce que Marcel Côté aura tiré de cette aventure.  Il est habile. Je serais surpris que ce qu’il en tirera soit bien différent de ce qu’il espérait en tirer.   Marcel Côté aura joué dans cette élection le rôle de faire valoir pour ceux qui cherchent du sérieux, mais n’aura rien fait pour être dans la course. Un mauvais sondage au départ, une bourde caricaturale, l’image mille fois répétée qu’il n’est pas un politicien… et voila!  Ce sera Coderre.

Evidemment, il y a Bergeron et avec une image d’intégrité dont on a vu aux dernières élections que le système ne voulait a aucun prix.  Comment contrer Bergeron ?  Simple.  On crée un nouvelle candidate qui sort de nulle part avec une intégrité PARFAITE;  elle n’a aucun péché … puisqu’elle a aucun passé!  Elle est gentille, jeune, jolie… Parfaite pour ceux qui ne veulent qu’une image. Au premier sondage, sans aucun souci pour la vraisemblance, on lui donnera 20 % des intentions de vote. Ensuite il suffira de le répéter ad nauséeam.   Quand on contrôle les médias, toutes les prophéties tendent à se réaliser. Ce sera suffisant pour diviser le vote de ceux qui ne pourraient pas blairer Coderre.  Ce sera Coderre.

Coderre, mais avec qui ?  Avec les mêmes. C’est la continuité qu’on veut. Au niveau du chef, mais aussi à celui des troupes, car on ne va tout de même pas se casser la tête à former toute une nouvelle structure, alors qu’on en a une qui a déjà fait ses preuves et donné satisfaction !  Alors tous les anciens acolytes du Grand Innocent Tremblay, à quelques très mauvais sujets près, vont devenir les acolytes du nouveau maire. La continuité s’installe… et le grand changement que voulait la population passe aux oubliettes.  Ni vu ni connu.

Bien utile, ce blanchiment,  puisque la population, en reconduisant tous ces élus dont on peut supposer qu’ils ne pouvaient pas ne pas avoir ouï un peu de toute cette corruption dans l’administration municipale, leur donne du même coup l’absolution pour toutes leurs incartades.  Tous ces gens retrouvent une virginité…  On peut être certain qu’ils en feront le meilleur usage.  Ils en ont désormais une plus grande expérience.

Le Guépard voulait que « tout change pour que rien ne change » et Claudel, dans le Soulier de Satin, parle d’un  » Nouveau qui soit exactement semblable à l’ancien...  »     C’est ce miracle que peut produire la démocratie. Encore, et encore…. Comme un charme.  L’hypnose peut continuer.

Pierre JC Allard

9 pensées sur “Denis Coderre maire de Montréal. La démocratie comme un charme

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    4 novembre 2013 à 9 09 31 113111
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    On a bien sûr choisi le contenant plutôt que le contenu.

    Jamais les élections municipales n’ont été aussi couvertes médiatiquement.
    La soirée électorale hier était hallucinante.

    Nous avons vécu tellement d’années sans même nous apercevoir qu’il y avait une élection dans notre municipalité !

    Avec le recul c’est toujours intéressant de revoir des textes:
    http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/montreal-lelection-municipale-la-plus-captivante-de-tous-les-temps/

    Je disais:
    « Trop souvent le contenant l’emporte facilement sur le contenu. On peut même dire que pratiquement toujours le contenant sort gagnant. Espérons que les Montréalais pour cette élection captivante s’attardent un peu plus au contenu. »

    Ce fut le cas. L’imposant contenant a fait mordre la poussière à tout ce contenu accumulé pendant dix années de loyaux services.

    À mon avis, M. Bergeron aurait mérité mieux et les Montréalais aussi.

    Et que dire à Québec !
    Définitivement, lors d’une élection il faut frapper avec un contenant, même vide, il a plus de poids que tous les contenus.

    C’est la triste réalité.
    Et dire qu’on perd son temps à écrire pour sensibiliser au contenu !

    Serge Charbonneau
    Québec

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      4 novembre 2013 à 11 11 14 111411
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      @SC

      Le jugement final et fatal sur la démocratie, c’est que malgré le cirque médiatique les deux tiers des électeurs ne se son t pas donné la peine d’aller voter

      PJCA

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    4 novembre 2013 à 9 09 36 113611
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    Il est pertinent de dire «C’est le mythe d’une majorité».

    Il nous faudrait des élections à deux tours.
    Coderre n’est absolument pas élu avec une majorité.
    Si on additionne Bergeron et Joly, Coderre est totalement battu.

    Il aurait fallu un deuxième tour pour obtenir un élu vraiment élu par la majorité, mais ici, on ne comprend pas les mathématiques.
    On a des gouvernements majoritaires (sic) avec moins de 50% des votes !

    Serge Charbonneau
    Québec

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      4 novembre 2013 à 10 10 06 110611
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      Bien sur que c’est un mythe, avec 40% comme taux de participation on a des majorités avec moins de 20% d’appuis des citoyens.

      On a eu droit pour Montréal avec Melanie Joly à une canne d’air pur (vide) avec une jolie étiquette imprimée NEW. Tout comme Justin Trudeau (Joly a participé à sa campagne) avec son étiquette IMPROVE since 1965 vendant le même air, un bel air de famille.

      DG

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    4 novembre 2013 à 13 01 16 111611
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    Combien parmis ces 41% sont aller, comme moi, juste pour canceller leur vote ?

    Bonne journée

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    4 novembre 2013 à 14 02 02 110211
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    La politique, c’est une business.

    Dans plusieurs petites villes et municipalités, les maires ont été réélus sans opposition. Parfois, il peut être risqué de se porter candidat, comme l’a appris à ses dépens le candidat à la mairie de St-Constant.

    http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/faitsdivers/archives/2013/11/20131102-225709.html

    Ce qui manque sur les bulletins de vote est une case ‘aucun des candidats’.

    À Montréal, la majorité des électeurs a dit qu’aucun des candidats ne mérite leur vote. C’est ça le résultat.

    Aucun des candidats n’a suffisamment de votes pour représenter les électeurs.

    Chaque candidat a été désavoué par une majorité d’électeurs, incluant Denis Coderre.

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    9 novembre 2013 à 11 11 43 114311
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    La démocratie n’est qu’un leurre, un faire-valoir. Il s’agit d’une pantalonnade qui ne fait plus rire personne. Pour preuve : 60 % des citoyens ne se sont pas présentés aux urnes. Et, ils ont bien fait.

    Les 40 % de votants, sont, de facto, ceux qui profitent le plus de cette démocratie de façade. Les groupes de pression communautaires et communautaristes, les lobbies financiers, les propriétaires de condos, ceux qui profitent d’une manière ou d’une autre du système. Les autres, les petits artisans, les vrais artistes non-subventionnés, les travailleurs autonomes, les sans-emplois, les petits propriétaires qui ne spéculent pas et la faction citoyenne qui est dans le collimateur, ils se sont donc abstenus.

    L’équipe Coderre est une équipe de transition, parce que le «système démocratique» veut ceci :

    Projet Montréal est en train de prendre le contrôle absolu, sans réplique aucune, du grand centre-ville. Cette formation – qui défend certaines politiques fort louables au demeurant – est un faux-nez. Le faux-nez de l’environnement et du transport en commun. Alors que la gentrification à outrance produit son effet de centrifugeuse, les cohortes de technocrates aux ordres de la nouvelle gouvernance mondialiste prennent d’assaut les anciens faubourgs ouvriers de la métropole : le Sud-Ouest, Verdun, Ville-Marie, le Vieux-Montréal, le Plateau, Rosemont-Petite-Patrie, une partie croissante de Hochelaga-Maisonneuve-Mercier, la Petite-Italie et plus encore.

    Les nouveaux «citoyens» qui occupent le centre historique de la cité classique ont les moyens de payer des taxes à la hauteur de leurs attentes en termes de réaménagement du domaine public, de lutte aux îlots de chaleur, de mitigation de la circulation, etc. Les autres, le commun de la plèbe, sont repoussés en périphérie et même en banlieue … malgré les exhortations du faux-nez en chef, Richard Bergeron, pour que les familles reviennent au bercail !

    La situation socio-économique sera la suivante : Projet Montréal va assumer la gestion courante du cœur de la métropole, un noyau dur accessible seulement aux plus fortunés avec ses terrains de jeu pour adultes consentants : le Quartier des spectacles et toutes ses déclinaisons de marchandisation nihiliste de la cité.

    Coderre assume la transition pour les maires des arrondissements en périphérie qui vont adopter une position réfractaire afin de contrer la hausse de taxe, de retenir les familles chez eux et aussi, il faut bien le dire, continuer de pratiquer une gestion du domaine public fort discutable … les édiles menés sous la houlette de Projet Montréal réclameront toujours plus de clarté, de contrôle, et de ponction fiscale. C’est déjà plié d’avance.

    Montréal, autour des années 2020, ressemblera à ceci : un centre-ville intégralement dédié au maintient d’un noyau dur de technocrates au service de l’hyper-classe, une périphérie en proie à la dislocation socio-économique, une proche banlieue (deuxième noyau dur des technocrates et autres prévaricateurs) qui agira comme une couronne de fer empêchant les classes laborieuses de pouvoir s’échapper de l’enfer urbain montréalais.

    D’ici là, la démocratie ayant montré ses ultimes limites, il faudra que le peuple (ce qu’il en reste) prenne en main sa propre destinée. Qu’est-ce à dire ? On parle d’organiser la résistance non-électorale, c’est-à-dire que des conseils de quartier, d’entreprise, de commerce, de famille, de regroupement de citoyens, se forment afin d’organiser la lutte contre les hausses de taxe, l’éviction des moins fortunés, la désorganisation croissante des axes de communication, la vente au privé des derniers vestiges des infrastructures d’arrondissement, la destruction systématique des classes populaires et l’éradication complète du caractère français de Montréal.

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    9 novembre 2013 à 14 02 58 115811
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    De toutes facons, des groupes criminalisés offre des ‘ élections clefs en main’ moyennant un retour d’ascenseurs.

    Il faut changer le système au complet, il est déja infiltré de partout par le crime organisé.

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