Contre le symétrisme masculiniste

Masculinisme-symetriste

Si les dames veulent vraiment
Être l’égales de tout ça
En s’embarquant là d’dans
Ça va leur prendre des bras…

Plume Latraverse, Rince-cochon, 1987

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YSENGRIMUS   Voyons d’abord en quoi consistent les principes du symétrisme. On parle ici d’une conception générale assez ancienne dont le propos insidieusement dogmatique sert, depuis des lunes, la vision réactionnaire du monde. Par a priori, le symétrisme donne l’équilibre, la stabilité et l’immuabilité des choses comme fondamentaux. Voyons la teneur de ses principaux aphorismes:

  • Dans une situation d’opposition polarisée, les deux pôles de l’opposition sont identiques.
  • Le fondement de l’existence est stable. Tout changement est un phénomène de surface. La structure prime sur son mouvement. L’équilibre repose sur un principe fondamental de symétrie. La perte d’équilibre est un accident, toujours temporaire.
  • Tout mouvement est réversible sans perte. La nature fondamentale des petits mouvements est pendulaire. La nature fondamentale des grands mouvements est cyclique. Cycle des saisons. Cycles de l’Histoire.
  • La loi (bourgeoise) est conforme aux faits. Elle les reflète sans distorsion. La justice existe. Elle consiste à ajuster sans résidu la symétrie des lois à la symétrie des faits. La balance, symbole de la justice, est un modèle symétriste.

Initialement, dans son déploiement historique, le masculinisme n’est pas symétriste. Le masculinisme 1.0. était sciemment et sereinement inégalitaire, puisque phallocrate. Il se confondait alors avec la masculinité dominante, sans qu’aucune question ne se pose. On notera au demeurant que la notion explicite de masculinisme est une notion récente, dans sa formulation tant théorique (si vous m’excusez l’énormité) et doctrinale que verbale. Cette notion a été ouvertement fabriquée par symétrie mimétique sur la notion de féminisme, plus ancienne… plus glorieuse aussi, n’ayons pas peur des mots…

Ce sont les acquis sociohistoriques, obtenus dans les deux derniers siècles, par les luttes des femmes, qui ont éventuellement fait apparaître le masculinisme 2.0., qui est la prise de position symétriste des idéologies masculines réactionnaires. Si on se résume, on a:

Masculinisme 1.0. (implicite): phallocratisme tranquille et misogynie de système
Masculinisme 2.0.: égalitarisme symétriste et crypto-misogynie androhystérique

La notion clef sur laquelle le masculinisme assoit sa tricherie idéologique, c’est la notion d’égalité. Notion symétriste par excellence, l’égalité (de la femme) était tout simplement refusée par le masculinisme 1.0. Les femmes l’ont obtenue collectivement, de par une combinaison dialectique de la généralisation au sexage du nivellement des fonctions sociales sous le capitalisme et des luttes féministes (on se donne toujours les luttes où la victoire est rendue possible par le développement du monde objectif). Lesdites luttes féministes, déterminantes et solidement installées dans les masses, ne sont pas terminées et ce, tout simplement parce que l’égalité juridique et pratique des hommes et des femmes n’est pas encore complétée, même dans la ci-devant civilisation tertiarisée.

Mais, bon, il reste que l’égalité de l’homme et de la femme est suffisamment bien installée pour que la réaction masculiniste y jette désormais son ancre. Le masculinisme 2.0. raisonne comme suit: les hommes et les femmes sont égaux, tellement égaux! La femme n’est pas particulièrement désavantagée par des siècles de domination patriarcale. Elle ne transporte pas de bagage, ne charrie pas de séquelles, sociologiques et/ou psychologiques, des abus passés d’un lourd héritage historique phallocrate dont il est ici implicitement et unilatéralement fait abstraction. Et la société civile (qui dans l’implicite masculiniste, n’est pas une société de classe au demeurant: tout le monde y est égaux/égales. C’est le modèle bourgeois réac classique) n’a pas spécialement de rattrapage à faire en matière de statut de la femme. Égal veut dire égal comme dans symétrie sans résidus, tant et tant que, dans l’analyse masculiniste, toute action affirmative (affirmative action) en faveur des femmes est une injustice compromettant l’équilibre compétitif, neutre et sain, qui existe entre hommes et femmes. La ci-devant discrimination positive est avant tout une discrimination, répréhensible donc aux yeux du masculinisme. Le militant masculiniste croit que la société civile triche en faveur des femmes et que cette pratique accidentelle et trublionne doit être matée, au nom de la justice symétriste.

Il y a, dans le discours masculiniste, une symétrie absolue des forces entre l’homme et la femme et conséquemment il est temps pour un masculinisme militant (singeant symétristement le féminisme militant) de compléter l’égalité entre l’homme et la femme. Des injustices persistent, des triches philogynes, des combines discriminatoires misandres. Le masculinisme se lance alors dans des développements à rallonges sur les droits du père sur ses enfants (souvent restreints par un système judiciaire qui serait intégralement pro-femmes) et le droit du conjoint à empêcher la femme qu’il a mis enceinte de se faire avorter (la décision d’avorter devrait procéder d’un 50/50 symétriste que le masculinisme réclame très ouvertement, en jetant les hauts cris). Comme ils croient viscéralement en la justice autant qu’en leur bon droit, ils ne se gênent pas pour intenter, sur ces questions, des poursuites juridiques en rafales. Certains masculinistes vont même jusqu’à parler ouvertement de gynocratie, invoquant notamment le cas du système scolaire dont la déphallocratisation gynodominante est censée être la cause motrice du déclin de l’engagement académique des garçons.

Le masculinisme est un équilibrisme onctueux au cœur d’un ballet implacablement hypocrite. Ne disposant plus officiellement de l’option violente ou brutale, le masculinisme minaude. Il danse devant le féminisme comme devant un miroir et adopte (symé)tristement toutes ses postures de conciliation et de combat, histoire de s’inspirer de son succès et de son prestige, sans l’admettre naturellement. Mais singer ne suffit pas. Le masculinisme est froidement conscient du fait que les immenses luttes du féminisme de gauche autant que celles, plus circonscrites, du féminisme de droite portent un contenu intrinsèquement progressiste dont il faut inverser l’image et dissoudre la crédibilité. Il se manifeste donc un lourd et ronflant militantisme anti-féministe du masculinisme. Simplement celles qu’on appelle un peu abstraitement les féministes ne sont plus présentées, comme le faisait autrefois le masculinisme 1.0., comme des hystériques exhibitio qui se débattent dans leurs rets mais comme des tyrannes tranquilles qui oppressent sous leur joug.

Ce qu’il faut comprendre crucialement ici, c’est que la dimension symétriste du masculinisme est un leurre, un maquis argumentatif dans lequel certains hommes se terrent et finassent puisqu’ils ne peuvent plus détruire et frapper, comme autrefois. Le masculinisme ne croit pas vraiment radicalement au symétrisme dont il se réclame si bruyamment dans ses atermoiements intellectuels usuels. Symétriste en surface (le symétrisme étant toujours une analyse de surface, le masculinisme n’échappe pas à cette contrainte philosophique), le masculinisme est lui aussi vrillé et travaillé par le torve et l’irréversible. La confusion qu’il cultive veulement entre égalité juridique et identification factuelle des hommes et des femmes est le symbole le plus probant du rejet secret par le masculinisme de l’égalité des droits des hommes et des femmes. Le masculinisme accuse la société civile contemporaine de vouloir changer les hommes en femmes (voir notre illustration). Et si le masculinisme brandit cette accusation inane, c’est bien qu’il n’aime pas tant que ça qu’une symétrie s’instaure entre les deux pôles du combat d’arrière–garde qu’il mène.

Comprenons-nous bien. Est féministe une personne qui considère que les hommes et les femmes sont sociologiquement égaux malgré les différences naturelles et ethnoculturelles qui, ÉVENTUELLEMENT, les distinguent et ce, à l’encontre ferme d’un héritage historique fondé sur une division sexuelle du travail non-égalitaire. Sociologiquement égaux signifie, entre autres, égaux en droits, et cela n’est pas acquis. Il faut donc réaliser cette égalité dans les luttes sociales… Est masculiniste une personne qui considère que les hommes et les femmes ne sont pas biologiquement égaux malgré les similarités naturelles et ethnoculturelles qui les rapprochent et ce, à l’encontre ferme d’une gynocratie non-égalitaire et triomphante largement fantasmée et imaginaire. Biologiquement inégaux signifie, entre autres, ÉVENTUELLEMENT, égaux en droits contre la dissymétrie [noter ce mot — c’est ici que le masque masculiniste tombe] fondamentale que nous dicterait la nature. En conditions démonstratives sociologiquement contraires, le masculinisme adopte une affectation symétriste qui ne sert qu’à dorer la pilule réactionnaire qu’il veut nous faire gober en lui donnant des dehors scintillants. L’égalité de la femme n’est rien d’autre pour lui qu’une concession argumentative temporaire. L’inégalité des hommes et des femmes (à l’avantage de l’homme) c’est lui le principe immuable [Noter ce mot. Fondamentalement rien ne change vraiment dans la vision symétriste du monde] à défendre par tous les moyens (y compris les moyens secrets des cyber-combattants de l’ombre). Il est à ce jour compromis par l’accident historique féministe.

Je suis contre le symétrisme masculiniste pour deux raisons. D’abord le symétrisme en soi est une erreur d’analyse, ce qui en fait le générateur d’un faux corpus d’arguments. Il donne comme identique ce qui diffère et nie l’irréversible. L’avancée sociohistorique du pouvoir des femmes est irréversible et le bon vieux temps phallocrate ne reviendra pas. S’il vous plait messieurs, essayez d’assumer. La seconde raison pour laquelle je demande au masculinisme de nous lâcher avec son blablabla symétriste c’est que c’est là la rhétorique malhonnête et tartuffesque de ces social-darwinistes effectifs qui continuent de juger dans le fond, en conscience, que la femme est inférieure à l’homme et que le biologique (Darwin) prime sur l’historique (Marx).

Le masculinisme est une androhystérie ratiocinée. Il flétrit ma virilité tranquille. Je demande aux masculinistes, ces faux théoriciens du miroir singeant superficiellement la pensée qui s’avance, de foutre la paix (notamment sur internet et sous cyber-anonymat) aux femmes, mes égales, et de me laisser les aimer. Je veux aimer les femmes telles qu’elles sont, dans l’ordre nouveau du sexage qui continue de tranquillement apparaître et resplendir. Je veux aimer les femmes telles qu’elles sont, sans me faire constamment enquiquiner et picosser par les bites-aiguillons des petits couillons complexés de la salle de garde malodorante de toutes nos postures de mectons rétrogrades.

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Ysengrimus

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12 pensées sur “Contre le symétrisme masculiniste

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    24 juillet 2015 à 10 10 45 07457
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    @ Paul

    C’est fort et puissant ton texte, fouillé et argumenté. Félicitation. Un complément d’information cependant. Tu écris ceci :
    « Les femmes l’ont obtenue collectivement, de par une combinaison dialectique de la généralisation au sexage du nivellement des fonctions sociales sous le capitalisme et des luttes féministes (on se donne toujours les luttes où la victoire est rendue possible par le développement du monde objectif). »

    Écrit autrement, ça donnerait quoi ???

    Moi je dois t’avouer que j’aime ta position philosophique – et comme toi j’aime la femme et j’aime les femmes – MAIS les féministes hystériques qui me ferment la gueule chaque fois que je dis  » Les travailleurs des postes et les facteurs…’ Je dois me reprendre – briser dans mon élan oratoire – pour dire « Les travailleurs et les travailleuses -les facteurs et les factoresses – les postiers et les postières… souvent j’en perd le fil de mes idées

    Ce doit être un vieux restant de machisme qui m’habite et qui empêche la révolution sociale de progresser – Mais j’ai parfois le sentiment que l’objectif ultime de ces marâtres du verbiage désexuer n’est pas vraiment LA RÉVOLUTION SOCIALE RADICALE…

    Mon autocritique étant faite .. et si on parlait Révolution !

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      24 juillet 2015 à 22 10 29 07297
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      Un peu courte quand-même, l’autocritique…

      Enfin il reste que si le tout de la révolution est entravé par des contraintes insolites comme ces petits dédoublements des genres et autres circonlocutions verbales c’est peut-être qu’elle se perd justement dans ça, des méandres verbalistes.

      Or, la révolution, c’est moins quelque chose qui se dit que quelque chose qui se fait…

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        25 juillet 2015 à 8 08 11 07117
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        @ Paul

        Le faire de la RÉVOLUTION sociale radicale (i.e. pour renverser le mode de production présent et en construire un nouveau) commence par le « comprendre », le « penser » – le « dire » – le « réfléchir » de façon que le cerveau dirige les gestes – les actions – le faire – le tout solidement enserré dans un processus dialectique dont la pensée est maîtresse dans l’immédiat – et le geste – l’acte révolutionnaire est le fondement dans le long terme.

        C’est comme si tu tentais de séparer la recherche – la discussion entre ingénieurs d’avec leur travail de construire la navette – en disant arrêter de parler d’ingénérie – de thèses et de calcul mathématique et de principes physiques et faites la navette spatiale – car une navette ça se fait… Sur quelles bases scientifiques justement – si on souhaite qu’elle vole et qu’elle revienne ????

        Idem pour la Révolution… Je repose la question : les simagrés des féministes petites-bourgeoises hystériques qui disent que les femmes font la révolution en cessant de faire des enfants (!?…) et que l’espèce disparaisse…
        se dirigent-elles vers la RÉVOLUTION SOCIALE ? Ou ne sont-elles que de vieilles féministes petites-bourgeoises frustrées, heureuses de contribuer à dévier une petite portion des femmes ouvrières aliénées de la révolution sociale prolétarien et prolétarienne 🙂

        Ne m’intéresse, personnellement, non pas la libération des femmes en général (bourgeoises notamment) mais la libération des prolétaires femmes et hommes. Ainsi, je ne considère pas du tout que la libération ds femmes prolétariennes ait progressé d’un iota le jour ou une femme MAROIS devint la première femme Première Ministre du Gouvernement capitaliste québécois.
        (T’as vu, je féminise – la Révolution est terminée…gagnée, NON ???).

        invite à réfléchir avant de FAIRE mon ami Paul…

        Robert Bibeau
        Marxiste

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          25 juillet 2015 à 8 08 57 07577
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          Le monde va changer de bases… bases misogynes inclusivement.

          À te lire, on comprend qu’il y a un travail colossal à entreprendre, camarade épicène…

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    24 juillet 2015 à 15 03 59 07597
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    Des mots savants…des mots savants…des mots savants…toujours des mots savants pour t’enfoncer dans ta schizophrénie, bravoure devant la réalité j’en conviens. Je ne me complique pas la vie, pas besoin de s’enfermer pendant des années à l’université, moi c’est le divertissement hollywoodien et disneyen, très macho comme je l’aime.

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    8 mars 2016 à 12 12 53 03533
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    Toujours d’actualité ce texte cher Paul

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      8 mars 2016 à 13 01 08 03083
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      Merci, Robert. Je viens de tout transférer sur le Carnet d’Ysengrimus pour le 8 mars. La discussion s’y poursuit.

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    23 février 2017 à 10 10 49 02492
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    Castré!

    Les vrais femmes qui s’assument cherche de vrais hommes.

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      23 février 2017 à 15 03 18 02182
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      Masculinisme n’est pas virilité. Au contraire. Mais bon, comme la preuve que je pourrais faire de ceci serait plus empirique qu’intellectuelle, on va en rester là…

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