Crimes et mensonges remix

Avis de recherche: Médecins de famille
A la limite, il y a un côté canaille qui détonne avec la profession, un peu comme le curé qui lancerait: va au diable. Plus besoin de se surprendre de voir les populations de certains pays qu’on croit à tort trop différentes laissées à elles-mêmes, abandonnées, délaissées, à peine tolérées en vie et encore, puisqu’au fil du temps on a établi des règles qui permettent de les ignorer.

C’est ainsi que se concrétisent des années de pillage caractérisé par une soif de richesse si puissante qu’elle relaie au second plan la vie humaine sous toutes ses facettes. Il faut comprendre l’appel de l’argent, le droit fondamental à en posséder toujours plus qui régit les âmes… et le je le mérite (écoeurante façon d’assommer la réalité à coup d’orgueil en faisant taire des univers d’injustices). Certains, dont l’opulence dépend malheureusement de la main qui doit toucher celle tendue, auront des horaires précis pour s’en acquitter et d’autres demanderont qu’on leur baise les pieds pour daigner s’exécuter. Il faut comprendre que la morale, la charité, la compassion, l’altruisme, le civisme sont des valeurs dépassées, qu’on laisse le soin aux encore-humains de les véhiculer et que ceux-ci parlent de plus en plus une langue de bois.

Comme des brigands, on vole une à une la dignité de ces vies, huilant ce qui grince pour ne plus l’entendre, amassant plus pour les mauvais jours comme s’ils justifiaient un tel saccage, sinon pour les meilleurs jours comme si ceux-ci étaient maintenus dans le coma en attendant qu’on ait les moyens de les vivre.

Y a-t-il un docteur?

Que le système de santé soit déficitaire n’a rien de surprenant. Tout ce que les puissants du pouvoir touchent l’est. On aurait dû s’attendre à ce que les acteurs intéressés fassent pression pour que soit améliorée la situation insoutenable de leur clientèle totalement dépendante en donnant l’exemple, mais il n’en est rien. La clinique a dicté ses règles parallèles après leur avoir offert un statut de businessman à la manière des franchisés, contribuant à regrouper un pouvoir médical dont elle a redéfini le rôle. Le secteur privé leur décoche des oeillades, forçant un management différent des cliniques qui s’adaptent afin d’être prêtes à faire le saut le moment venu. Pouvoir, argent… et ce qui supplante le tout: ambition. Ainsi trouver des solutions pour verser un peu d’humanité dans les coeurs semble illusoire. Les quelques irréductibles qui font face acapella sont dignes de mention.

Béqué bobo

Pourtant malgré une apparente pénurie, il y a de plus en plus de médecins per capita. Etonnant et révélateur, socialement troublant, moralement ridicule vu le constat de pénurie. Chacun de nous, quelque part, cherche à tirer la couverture, hâtant les étapes, s’arrogeant un pouvoir sur autrui, qu’il soit minime ou significatif. En certains lieux et en certaines manières, cette prédation a des conséquences. Comme on ne peut juger que les actes et non les coeurs, il fut impérieux de construire la tour de Babel des inconduites et d’en faire le chef-lieu des débats. Là hurlent les blessés dans une cacaphonie prévisible et souvent inutile. Qu’il est difficile d’être.

Dossier réglé

Les instances gouvernementales étant cogitées par un système ayant perdu tout intérêt (autre que financier) ne sont plus à la merci d’une élémentaire cohérence, multipliant les paliers pour offrir plus de portes closes, se ralliant sans trop de mal aux lois de Murphy.

Ainsi le protecteur du citoyen devrait en penser quelque chose mais il a de longs délais à faire respecter même lorsque son mandat l’oblige à tendre l’oreille. Ainsi, les normes du travail devraient en penser quelque chose mais cela leur demanderait beaucoup d’efforts et les éloignerait de leur zone de confort. Même chose pour la corporation des médecins et pour les tonnes d’associations OSBL. Et la liste s’allonge à l’infini. Il faut du jus de coude, du coeur au ventre et ailleurs, des efforts et malheureusement c’est fatiguant, peu gratifiant et surtout moins payant. Lorsqu’on a appris la loi du moindre effort, lorsque l’ambition et l’orgueil mettent KO les convenances, lorsque l’on sait que l’on est à l’abri d’une quelconque responsabilité car on a bien voulu rendre le tout anonymement et inhumainement inaccessible, on peut s’amuser à jouer au suivant de façon cavalière et même croire, qui sait, que quelqu’un quelque part finira par régler le problème.

Cours Forest

De façon insidieuse, on a multiplié les étapes créant les barrières toujours plus difficiles à franchir, comme c’est le cas dans les différents secteurs de la machine. Attente, déplacements, paperasse, rendez-vous et, la plus importante de toutes, ne jamais pouvoir s’adresser rapidement à la personne responsable, confiant à l’ordinateur et au téléphone le rôle d’intervenants. Les plus déterminés, les plus patients, les nouveaux-venus ou les désespérés en seront quittes pour subir la médecine qu’on leur impose, de plus en plus lourde, de plus en plus lente, de plus en plus chère, impersonnelle pour sûr, digne de scénarios peu rassurants. Sommes-nous trop jeunes, trop ordinaires, trop gros, trop vieux, trop roux, trop soumis, trop coûteux, trop génétiquement modifiés? Que le labeur de nos mains et le sacrifice de notre qualité de vie servent à construire plus de panthéons afin de glorifier les hommes faits dieu et les soustraire au regard des indignes.

Et donc?

Il y avait un homme qui pour contenir une iliectomie avait fait provision de sacs plastique d’épicerie. C’est triste quand on considère que le système de santé a été mis en place pour soigner. Triste dis-je? Inadmissible. Y a-t-il quelqu’un encore sain d’esprit pour remettre la machine sur les rails? Ce n’est pas un signe de santé mentale que d’être adapté à une société malade.

Notion naive d’un monde à portée de mains pour tous, auquel il est plutôt préférable de s’adapter en se prostituant, sous peine d’être rejeté comme une marchandise sub-standard. Il n’y a pas une route franchie qui soit agréable et sécuritaire et, ce qui devrait constituer une normalité devient marginal. On a développé une nature peut-être post-humaine qui permet d’accueillir sans heurts, sans sourciller vraiment, les plus solides aberrations par peur, par endoctrinement, par nonchalence, par manque d’intérêt, par habitude, par inconscience, par ignorance, par désabusement. N’oublions pas alouette.

J’avais un tonton, magnifique tonton dans la soixantaine, à qui un cardiologue annonca que le peacemaker spécial (le plus dispendieux des peacemakers) qu’il utilisait depuis longtemps car il avait une malformation cardiaque, était en fin de vie et qu’il ne serait pas remplacé. Il n’entrait plus dans les critères de productivité, ni dans ceux de la déférence. On lui a simplement dit que ces appareils coûtaient cher et qu’on en réservait l’usage. Next. Faut-il pleurer, faut-il en rire? Il est parti peu de temps après: un dommage collatéral des coupures budgétaires. Dans un monde fait de cliniques privées, il s’agira ouvertement d’un dommage collatéral de la pauvreté. C’était un homme instruit, actif et inventif, drôle et intelligent, un homme bien, mais son handicap fut son talon d’Achile, sa condition financière après une vie à verser impôts et redevances n’était pas assez significative pour lui permettre d’être sauvé. La société lui montrait sans gêne quelles étaient ses attentes. Etais-ce la société ou de simples règles qu’il faudrait tous craindre tout autant que cette frénésie à trouer le nord?

En cette période d’élection, dont le but ultime est de permettre à une poignée d’individus de se hisser rapidement à une pension à vie, les chamans obscurs ébranlent les ardeurs, rappelant subtilement à une part de plus en plus importante de la population qu’elle est à la merci d’un système à peine conçu pour elle dont elle doit craindre les soubresauts sous peine de voir s’écrouler la pyramide de Maslow.

Le système de santé est appelé en renfort. Même si personne n’y croit, ceux qui en ont besoin n’ont pas le choix. On leur rappelle qu’il vaut mieux s’accrocher à ce qu’il en reste et signer un chèque en blanc pour qu’il soit amélioré de la seule façon qu’on a l’intention de l’améliorer: partenariat public-privé. On a coulé le navire de la santé, le torpillage ayant été amorcé sous les péquistes. Ce fut long mais réalisable. De mauvais acteurs viennent nous dire que durant août 2012 il sont hautement interpelés par le besoin criant de médecins de famille et ceux d’entre eux qui étaient en position de s’en soucier bien avant et de régler le problème sont assez prétentieux pour croire qu’ils sont convaincants. On est à construire en mode turbo un monde pour les riches, tel qu’il existe déjà dans plusieurs pays, ceux qui curieusement abritent le plus de pauvreté.

2016?

Le ministre de la santé affirme que d’ici 2016 chaque québécois aura son médecin de famille. 2016 semble une année charnière pour les libéraux. Voilà je frotte la boule de cristal et je n’y vois qu’un 21 décembre 2012 qui flash (les boules de cristal ont été manufacturées en conséquence) et je me dis que d’ici 2016 il n’y aura peut-être plus de système de santé gratuit et possiblement que des enfants riches sur les bancs d’école. Vive 2016! un grand futur cru. 2016 est l’année qui refermera la brèche faite à la Loi sur les sociétés, afin de permettre d’offrir un sauf-conduit à tout ce qui nage en milieu des affaires. Passé ce délai, ceux qui n’auront pas profité de l’entorse faite à la loi devront se résigner à rester du côté de la loi. Euh… bon enfin, résumons en disant que cette entorse servait à éviter que des gens soient considérés hors-la-loi en agissant hors-la-loi. Puisqu’on ne pouvait abroger cette loi, on l’a assouplie temporairement. Une forme de banditisme légal dont certains ont profité sous notre nez encore récemment.

There’s vultures and thieves at your back

A trop les voir virevolter, s’empêtrer dans les détails qu’ils n’ont pas prévu régler puisque dans leurs scénarios nous allons devoir suivre ou crever, on en vient presque à préférer les mensonges. Dream land. Pour demeurer lucide il faut être courageux.

2 pensées sur “Crimes et mensonges remix

  • avatar
    27 août 2012 à 18 06 07 08078
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    Je sens qu’il y a du vécu derrière ce texte. J’ai aimé, beaucoup. Désolé pour votre Tonton.

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