Critias l’Athée!!!


ANDRÉ LEFEBVRE:

Critias et Timée

Critias fut un poète et un politicien grec qui, la dernière années de sa vie, participa, en 404 av J.C., à l’instauration de la « Tyrannie des trente » dont il fit partie. Il en fut un membre influent. Cette tyrannie, appuyée par Sparte, s’avéra cruelle pour les grecs. Elle condamna, entre autres, Socrate à la mort. Critias fut reconnu pour sa rapacité et sa cruauté. Ce qui est assez étonnant, à première vue, de la part d’un habitué de Platon et de Socrate, durant sa jeunesse; mais qui s’explique par un extrait de l’un de se propres écrits : Sisyphe :

« Il fut un temps où la vie des hommes était sans règle, comme celle des bêtes et au service de la force, où les hommes honnêtes n’avaient nulle récompense, ni les méchants, non plus, de punition. Je pense que c’est plus tard que les hommes établirent des lois punitives pour que la justice fût reine sur le genre humain et qu’elle maintînt les débordements en esclavage : on était châtié chaque fois qu’on commettait une faute. Plus tard, encore, comme les lois empêchaient les hommes de mettre de la violence dans les actes commis ouvertement, mais qu’ils en commettaient en cachette, c’est alors, je pense, que, pour la première fois, un homme avisé et de sage intention inventa pour les mortels la crainte de dieux, en sorte qu’il y eût quelque chose à redouter pour les méchants, même s’ils cachent leurs actes, leurs paroles ou leurs pensées. Voilà donc pourquoi il introduisit l’idée de divinité, au sens qu’il existe un être supérieur qui jouit d’une vie éternelle, qui entend et voit en esprit, qui comprend et surveille ces choses, qui est doté d’une nature divine : ainsi, il entendra tout ce qui se dit chez les mortels et sera capable de voir tout ce qui se fait. Si tu médites en secret quelque forfait, celui-ci n’échappera pas aux dieux, car il y a en eux la capacité de le comprendre. »

Il explique ainsi l’apparition de la notion de divinité. En réalité il explique que la divinité est une « création » de l’homme pour contrôler les « fautes commises en cachette ». Il précède donc, et de beaucoup, ceux qui, pompeusement, affirment que Dieu fut créé par l’homme. La notion n’est pas tout à fait nouvelle, elle date de près de 3,000 ans. Rien dans cet extrait ne peut justifier de contrôler tous nos « débordements » possibles puisque la divinité est une « invention » humaine. Ce qui, évidemment, lui permettait à lui, lorsqu’il détint le pouvoir, d’être rapace et cruel. Plusieurs autorités actuelles semblent de son avis. Et surtout, plusieurs individus sont de son avis au sujet de l’origine de Dieu. Comme Critias, ils ne croient pas en son existence. Conséquemment, ceux-ci devraient être portés à croire les affirmations de ce même Critias lorsqu’il donne son opinion sur un autre sujet. Je doute que ce soit le cas, mais nous verrons bien.

Critias est mentionné  dans les œuvres de Platon. Entre autres, dans le Timée et le Critias. Ces deux écrits sont l’unique source originelle du récit de l’Atlantide. Tout ce qui a été produit sur le sujet, APRÈS ces récits, en sont tirés, ou encore sont de simples élucubrations.

Dans le texte : « Contre les mathématiciens » de Sextus Empiricus, on découvre la pensée de Critias au sujet des dieux, présentée un peu différemment :

Et Critias, un de ceux qui furent tyrans à Athènes, semble appartenir au groupe des athées : il déclare que les anciens législateurs ont fabriqué la fiction de Dieu, défini comme une puissance qui porterait son regard sur les actions justes et les fautes des hommes, afin que personne ne portât tort en cachette à son prochain, ayant toujours à se garder du châtiment des dieux. Voici comment il formule cette idée :

En ce temps-là jadis, l’homme traînait sa vie
Sans ordre, bestiale et soumise à la force,
Et jamais aucun prix ne revenait aux bons,
Ni jamais aux méchants aucune punition
Plus tard les hommes, je le crois, ont pour punir
Institué des lois, pour que régnât le droit
Et que pareillement <également à tous>,
La démesure soit maintenue asservie
Alors on put châtier ceux qui avaient fauté.
Mais, puisque par les lois ils étaient empêchés
Par la force, au grand jour, d’accomplir leurs forfaits
Mais qu’ils les commettaient à l’abri de la nuit,
Alors, je le crois, <pour la première fois>,
Un homme à la pensée astucieuse et sage
Inventa la crainte < des dieux > pour les mortels
Afin que les méchants ne cessassent de craindre
« C’était, leur disait-il, comme un démon vivant
d’une vie éternelle. Son intellect entend
Et voit tout en tout lieu. Il dirige les choses
De par sa volonté. Sa nature est divine,
Par elle il entendra toute parole d’homme,
Et par elle il verra tout ce qui se commet.
Et si dans le secret encore tu médites
Quelque mauvaise action, cela n’échappe point
Aux dieux, car c’est en eux qu’est logée la pensée. »
D’avoir compte à rendre de ce qu’ils auraient fait,
Dit, ou encore pensé, même dans le secret :
Aussi introduit-il la pensée du divin.
Et c’est par ces discours qu’il donna son crédit
À cet enseignement paré du plus grand charme.
Quant à la vérité, ainsi enveloppée,
Elle se réduisait à un discours menteur
,
Il racontait ainsi que les dieux habitaient
Un céleste séjour qui par tous ses aspects
Ne pouvait qu’effrayer les malheureux mortels.
Car il savait fort bien d’où vient pour les humains
La crainte, et ce qui peut secourir le malheur.
< Maux et biens > provenaient de la céleste sphère,
De cette voûte immense où brillent les éclairs,
Où éclatent les bruits effrayants du tonnerre;
Mais où se trouve aussi la figure étoilée
De la voûte céleste, et la fresque sublime,
Le chef-d’œuvre du temps, architecte savant,
Où l’astre de lumière, incandescent, s’avance.
Et d’où tombent les pluies sur la terre assoiffée.
Voilà les craintes dont il entoura les hommes,
Par lesquelles il sut, par l’art de la parole,
Fonder au mieux l’idée de la Divinité,
Dans le séjour voulu; et ainsi abolir
Avec les lois le temps de l’illégalité.

Puis, peu après, il conclut :

C’est ainsi, je le crois, que quelqu’un, le premier,
Persuada les mortels de former la pensée
Qu’il existe des dieux.

 

Cette  pensée indique que les Grecs « croyants » et tous les hommes qui les ont précédé qui croyaient aux dieux, sont d’avis que ces dieux « voient  tout », même ce qui est caché, de sorte que si l’on va à l’encontre de leur volonté, on est châtié par eux. C’est ce que Critias appelle « la crainte des dieux ».

Critias a vécu durant la dernière partie du 5e siècle av J.C. Par contre, on retrouve cette « crainte des dieux » à une époque beaucoup plus reculée. Elle existe chez les Sumériens 3,000 ans av J. C. et elle est confirmée, même, par le comportement d’Abraham dans la Thora, qui aurait vécu vers 2,000 av J.C.. La pensée athée de Critias est donc le résultat d’une évolution de la pensée religieuse  qui a duré plus de 2,500 ans. Mais est-ce une évolution qui s’est fait durant la vie de Critias? Il serait intéressant de le découvrir.

C’est ce que nous tenterons de voir en étudiant les textes de Platon.

Remarquons, cependant, que l’athéisme n’est pas une « découverte » de l’époque des Lumières.

À suivre

André Lefebvre

 

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Andre lefebvre

Mon premier livre "L'histoire de ma nation" est publier chez: http://fondationlitterairefleurdelyslibrairie.wordpress.com/ André Lefebvre

4 pensées sur “Critias l’Athée!!!

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    21 mai 2013 à 1 01 01 05015
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    Intèressant. Personnelement je crois que l’athéisme es en quelques sorte l’ancêtre du raisonnement scientifique par opposition a une croyance aveugle en une entité, mal défini et a laquelle l’on attribue des caractéristiques humaines a la puissance infini !
    En Hébreu (HWHY DE DROITE A GAUCHE ) se qui est, qui était et sera, a quelques variations près. L’ultime réalité, la seule qui soit, c’est la Vie sous toutes ses formes, la loi du plus fort règne encore malgré les loi et cela a tout les échelons de la vie.

    Et puis dans cette histoire de Critias comment éviter de faire rèfèrence a l’empathie, la conscience, la culpabilité etc., etc., etc, ? Pour ce qui est des Sum.riens ou avant eux, comment ne pas donner un rôle a la peur face a l’incompr.hension des phénomènes naturel interprètés comme des punitions des dieux envers ceux qui avaient des raisons de croire qu’ils m.ritaient un chatiment pour des actions répréhensibles individuelle ou de masses…!?

    Certains disent que Dieu est amour…et d’autre que l’Amour est dieu…encore faudrait-il définir de facon pr.cise, ce qu’est l’A(a)mour. Scott Peck dans « le chemin le moin fréquenté  » en donne une assez bonne définition, du moin pour moi.

    J’ai hate de lire la suite.

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    21 mai 2013 à 7 07 20 05205
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    Merci pour le commentaire.

    Vous dites:
    « Pour ce qui est des Sum.riens ou avant eux, comment ne pas donner un rôle a la peur face a l’incompr.hension des phénomènes naturel interprètés comme des punitions des dieux… »

    Simplement parce que je n’ai jamais rencontré ou entendu parler d’un « primitif » qui était « envahi par la peur » devant un phénomène naturel. Par contre, devant un phénomène qui ne serait pas NATUREL, alors là…

    André Lefebvre

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    21 mai 2013 à 13 01 42 05425
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    Si Dieu n’existe pas alors tout est permis, Wow! je vais reprendre le temps perdu à être honnête et gentil.

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    22 mai 2013 à 13 01 36 05365
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    M. Huet, je trouve votre réaction très saine; par contre, pour certains MARTEAU et l’UPAC semble avoir été plus efficace. 🙂

    André Lefebvre

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