Dave Courage se rebâtit lentement

 

Unknown 

 

CAROLLE ANNE DESSUREAULT :

Depuis qu’il a été grièvement blessé par une balle pendant le discours de Madame Pauline Marois le soir de son élection comme Première ministre du Québec en septembre 2012, Dave Courage fait preuve chaque jour d’un grand courage pour poursuivre sa vie le plus normalement possible. Même si plus jamais sa vie ne sera ce qu’elle était.

Cela se passait au Métropolis à Montréal où M. Courage, technicien de scène, s’était présenté en compagnie de Denis Blanchette, son collègue de travail, afin de monter la scène pour le rassemblement du PQ. Juste avant minuit, malheureusement, alors qu’il se trouvait à quelques pieds d’une entrée latérale à l’arrière de l’établissement, Richard Henry Bain ouvre le feu et après avoir tué sur le coup Denis Blanchette qui se tenait à ses côtés, l’atteint d’une balle qui traverse son corps d’une hanche à l’autre, fracturant au passage son coccyx. L’auteur de l’attentat est arrêté pour meurtre prémédité et tentative de meurtre.

Dave Courage passe sept jours à l’hôpital pour se remettre de son intervention. Hélas, ses ennuis de santé ne font que commencer. Pendant les mois suivants, il doit vivre avec une colostomie qui, mal guérie, cause des complications. De plus, il souffre de dommages physiques et psychologiques qui nécessitent des soins en physiothérapie et ergothérapie. Comme les séquelles psychologiques et le stress post-traumatique l’empêchent de retourner au travail, sa vie financière est au plus mal. La Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) lui verse 50 $ par jour – soit le maximum prévu par la loi en fonction des revenus qu’il avait avant la fusillade – mais avant l’accident, il travaillait de 50 à 60 heures par semaine. Il a trente ans et est père de trois enfants et la famille a de la difficulté à joindre les deux bouts. Il se désole de savoir qu’il ne pourra plus jamais gagner sa vie à 100 %. Chaque matin, le simple fait de se lever est pénible et douloureux.

M. Courage reproche à Spectra et au gouvernement du Québec de ne pas avoir assuré adéquatement la sécurité des lieux ce soir du 4 septembre 2012, vu l’ampleur de l’événement. Il dit avoir vu dans des « show de rock » beaucoup plus de sécurité, et qu’une personne ait pu approcher aussi facilement Mme Marois avec autant d’arsenal dans ses mains relève d’un manque flagrant de sécurité.

En conséquence, il a poursuivi en 2014  le gouvernement du Québec et Spectra pour un montant de 295 000 $. Dans la requête déposée en Cour supérieure, il allègue que le gouvernement et le propriétaire de la salle de spectacle ont manqué à leurs obligations de le protéger le soir de cet attentat. La poursuite est pilotée par l’avocat Jamie Benizri de Legal Logik Inc. Disons qu’une somme de 295 000 $ pour avoir subi autant de séquelles et de stress post-traumatique, et rester aux prises avec une douleur chronique qu’il décrit comme un « fil électrique » le foudroyant de la hanche aux orteils, c’est plus que très raisonnable.

D’autant plus que les coûts reliés au procès de l’auteur de l’attentat sont énormes. Procès qui, après plus de trois ans, n’aura lieu qu’à la fin de mai 2016 et où la Défense entend plaider la non-responsabilité criminelle. C’est une expression que l’on entend de plus en plus souvent maintenant. Coupable, oui, mais responsable, là est le véritable enjeu. À plusieurs reprises, M. Bain a demandé au gouvernement un prêt pour payer les frais de 40 000 $ et plus de ses avocats. En avril 2015, la ministre de la Justice a avancé à l’accusé les sommes nécessaires pour sa défense…. Notons que l’homme d’affaires Richard Bain est propriétaire de plusieurs terrains et propriétés, et reçoit des pensions et montants de 47 000 $ par année.

M. Bain fait face à une quinzaine d’accusations, incluant meurtre prémédité, tentatives de meurtres, incendie criminel, possession d’armes… M. Courage suit l’évolution du dossier à distance. Il n’est pas certain encore s’il sera appelé à témoigner.

Le présumé auteur de l’attentat du Métropolis, Richard Henry Bain, fait face à 15 chefs d’accusation relativement à cette affaire, dont ceux de meurtre au premier degré et de tentative de meurtre. Il demande à ce que l’État paie ses frais d’avocat.

Quant à la requête déposée par Dave Courage en 2014, une entente à l’amiable s’est faite un an plus tard entre les deux parties. Celle-ci demeure confidentielle.

Dave Courage ne veut pas être habité par la haine ni la violence ni la tristesse. S’il n’est plus le même homme, il se sent béni d’avoir survécu à la violence. Récemment, il est retourné au Métropolis – c’était le troisième essai – et ce fut difficile. Il n’a pu s’empêcher de pleurer et de trembler.

Il rêve de travailler dans l’industrie musicale. Il veut chanter des messages positifs. Il s’est construit un personnage du nom de D.C. Mélodic.

On lui souhaite la plus belle des chances dans ses démarches.

 

 

 

 

 

 

Sources :

La Presse.ca (Christine Desjardins)

Ici Radio-Canada

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d’argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l’épanouissement de la personne par la pratique de l’attention vigilante : la pleine conscience.

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