De la république jacobine à la dictature thermidorienne

« Ceux qui font des révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau. »
Antoine de Saint-Just, Homme politique et révolutionnaire français, 1767 – 1794.

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4.11.2019.Thermidorian dictatorship-English-Italian-Spanish-Portuguese

 

La Révolution française amorcée en juillet 1789, après cinq années d’effervescence insurrectionnelle culminant à l’époque du triomphe du jacobinisme, impulsée en septembre 1792 avec la proclamation de la République, est au final ligotée et liquidée par les forces conservatrices apeurées, épouvantées par la radicalisation des classes populaires galvanisées par l’idéal de l’égalitarisme social. Au plan de la gouvernance, aux forces populaires animées de la volonté d’éradiquer les inégalités héritées de l’Ancien Régime ont succédé les dirigeants bourgeois résolus à abattre le nouveau régime républicain et démocratique. Le baptême du feu de la contre-révolution est lancé le 9 thermidor 1794, le jour de l’arrestation de Robespierre, suivie de son exécution.

« Maximilien Robespierre, la veille encore l’homme le plus puissant de France, est étendu, couvert de sang et la mâchoire fracassée. Le grand fauve est capturé. La Terreur prend fin. Avec elle s’éteint l’esprit enflammé de la Révolution ; l’ère héroïque est terminée. C’est l’heure des héritiers, des chevaliers d’industrie et des profiteurs, des faiseurs de butin et des âmes à double visage, des généraux et des financiers », écrit Stefan Zweig.

Avant de poursuivre notre analyse sur la contre-révolution thermidorienne, il est utile de rappeler que l’emploi du terme « terreur » (pour qualifier cette période révolutionnaire jacobine) est l’œuvre de la bourgeoisie contre-révolutionnaire. Parce qu’elles ont voulu imposer l’égalité aux riches et les contraindre à « être honnêtes », les classes possédantes et dirigeantes ont qualifié cette politique sociale d’entreprise de terreur. À l’évidence, de tous temps, les vainqueurs, tout comme les classes dominantes confrontées aux révoltes insurrectionnelles, s’acharnent toujours à disqualifier le combat de leurs ennemis. Notamment par l’usage de qualificatifs péjoratifs, délibérément dévalorisants, criminalisants. Ainsi, le combat des Algériens pour se libérer du joug colonial français est toujours considéré de nos jours encore par une partie des nostalgiques de l’Algérie française comme du terrorisme. Les révolutionnaires algériens étaient taxés de terroristes. De même, les Communards étaient qualifiés de terroristes par les Versaillais. Pareillement, les Bolcheviks étaient également étiquetés de criminels par le tsar et l’armée blanche soulevée contre le nouveau pouvoir populaire soviétique.

De manière générale, dès qu’il s’agit de remettre en cause l’ordre établi, la classe dominante criminalise le combat de ses adversaires politiques. En particulier, par le recours à une rhétorique outrageante et diffamatoire, notamment par l’usage de termes spécifiquement réservés ordinairement aux criminels de droit commun. Toujours  est-il que, pour neutraliser la révolte légitime du peuple, la classe dominante emploie d’abord les insultes ordurières, ensuite les balles meurtrières.

Au reste, il est fréquent dans l’imaginaire collectif de la société (façonné au moyen de l’inoculation de l’idéologie bourgeoise), à l’évocation de l’idée de Révolution, d’associer celle-ci spontanément au sang, à la terreur, au massacre. Or, il n’y a rien de plus inexact, de plus fallacieux. La révolution n’est absolument pas synonyme de massacre. À l’orée de la Révolution, elle ne génère souvent que quelques victimes. La prise du pouvoir par les Bolcheviks a fait à peine quelques dizaines de morts. Comme nous l’enseigne l’histoire, c’est la réaction des classes dominantes qui provoque les bains de sang. Ce sont elles, résolues à se maintenir au pouvoir et à protéger leurs privilèges, qui sauvagement répondent par la violence, répandent la terreur. La différence est importante. C’est la classe dominante, appuyée sur ses deux bras armés, les forces répressives policières et militaires, qui ripostent par la terreur contre le soulèvement du peuple désarmé, afin de préserver son ordre établi. Pour tordre le cou à ces falsifications historiques et manipulations mentales relatives à la question de la terreur prétendument inhérente à toute Révolution, il est de la plus haute importance de rappeler qu’une seule guerre capitaliste (guerre napoléonienne ou la Première Guerre mondiale) a fait des milliers de fois plus de victimes que toutes les révolutions réunies.

 

Pour revenir à la Révolution française, par l’exécution de Robespierre et de ses compagnons de combat, c’est la République démocratique et égalitaire qu’on a assassinée. C’est la république sociale qu’on a guillotinée. C’est la conception sociale solidaire de la société qu’on a enterrée. En effet, Thermidor a marqué l’accaparement définitif du pouvoir par les élites bourgeoises. La fin du contrôle des instances politiques par les masses populaires, cette force plébéienne. Elle a sonné le tocsin de la conception résolument conflictuelle de la gestion de la société. Le nouveau régime, dirigé par le Directoire, a proclamé la fin des conflits et des idéologies (entendant par-là, la fin de la lutte de classe menée par les classes populaires contre les riches aristocrates et aussi bourgeois). Aussi, à la politique de confrontation sociale a succédé la politique consensuelle, le régime du compromis politique, de la modération revendicative populaire, l’abolition des « privilèges sociaux » concédés à la plèbe par la République jacobine, l’instauration de la vraie terreur de classe contre le peuple au moyen d’une politique répressive tous azimuts.

Par cette politique élitiste, on a renvoyé les masses dans leurs chaumières, pour octroyer le pouvoir qu’aux seuls dirigeants bourgeois rétablis dans leurs châteaux.

De toute évidence, la politique radicale d’égalité sociale menée par les Jacobins, particulièrement initiée par son aile gauche (représentée par Marat, Jacques Roux, l’ouvrier Tiger, Théophile Leclerc, Varlet, Babeuf, Sylvain Maréchal, Anarcharsis Cloots, Claire Lacombe, Pauline Léon, Marie Anne Vilquin, Constance Evrard, Olympe de Gouges, etc., véritables héros issus des masses populaires révolutionnaires) avait manifestement traumatisé les classes privilégiées bourgeoises et aristocratiques. Pour preuve, dans un rapport publié au lendemain du coup d’État thermidorien, en 1795, consacré aux « crimes » perpétrés par Robespierre et les Jacobins (accusés d’avoir voulu subvertir l’ordre divin dominant en s’attaquant aux riches), il est écrit : « Ordre fut donné, et exécuté en partie, d’exterminer les riches, les hommes éclairés (…) afin de réaliser le nivellement, la sans-culottisation générale, par l’extinction de la richesse et la ruine du commerce. » Voilà comment la classe dominante, effrayée par son déclassement, sa disparition, sauvée in extremis grâce à son coup d’Etat, a décrit la gouvernance jacobine, a perçu la politique d’égalisation sociale mise en œuvre par les Jacobins sous l’instigation de son aile maximaliste. C’est une lecture de classe. La vision d’une bourgeoisie effrayée par la prise du pouvoir par les sans-culottes, néanmoins une bourgeoisie déterminée à défendre ses intérêts, sa condition sociale de classe dominante.

Quoi qu’il en soit, les Thermidoriens (1), dans leurs récriminations contre les Jacobins, n’ont pas pardonné au peuple d’avoir usé de la violence pour imposer son programme économique, d’avoir contraint les classes privilégiées à partager leurs richesses, d’avoir instauré une démocratie directe au service du peuple. En résumé, d’avoir porté atteinte au droit sacré de la propriété bourgeoise, d’avoir mis à mal les principes les plus élémentaires de l’économie capitalistes embryonnaire et précipité la France dans la « ruine du commerce » (la ruine de leurs richesses associées à la France, alors qu’elle en était la seule bénéficiaire par sa position dominante, par son statut de propriétaire exclusive des moyens de production et des marchandises. Pour la bourgeoisie, ses intérêts se confondent avec le pays qu’elle gère comme son entreprise pour son seul profit ; la fin de sa domination sur l’économie signifie à ses yeux la ruine du pays, autrement dit la fin de son monde constitue la fin du monde).

Au reste, l’objectif des Thermidoriens était clair : bannir du paysage politique la phase jacobine de la République française pour enrayer définitivement l’expérience populaire de la démocratie sociale et directe. En effet, aux yeux des Jacobins, particulièrement de son aile gauche, la démocratie était inséparable de la quête du bien commun, du bonheur (« Le bonheur est une idée neuve en Europe », avait proclamé le révolutionnaire Saint-Just), du pouvoir populaire. L’exercice du pouvoir était soumis au contrôle direct des élus et du gouvernement mandatés par les citoyens, par le « peuple jacobin ». Or, cette république populaire et sociale constituait une hérésie pour les classes dominantes de l’époque, résolues à conserver les rênes du pouvoir à leur exclusif profit. De là s’explique leur détermination à extirper la république égalitaire jacobine du sol français, des consciences prolétariennes.

De fait, cet idéal démocratique s’est illustré pendant la Révolution sous la forme de sections de sans-culotte (2), organisées dans les communes. Ces sans-culottes, figures de proue de la démocratie directe et sociale sous la Révolution, étaient armés. Outre l’armement de ces sections populaires chargées de la défense de la patrie contre les ennemis intérieurs et extérieurs, ces sections élisaient et révoquaient leurs représentants en assemblées. Ces assemblées étaient sommées d’appliquer les décisions des sections populaires. Les sections populaires constituaient un véritable pouvoir parallèle, un contre-pouvoir contrôlant l’exécution de la politique économique et sociale. Lors du vote de certaines lois controversées, notamment celles qui violaient la volonté populaire, elles n’hésitaient pas à envahir l’assemblée nationale pour manifester son opposition au projet de loi.

Au demeurant, il est de la plus haute importance de préciser que la Constitution de juin 1793 avait inscrit dans ses textes de loi le Droit à l’insurrection, reconnu comme moyen légitime pour le peuple d’exercer un contrôle sur ses élus. Le peuple disposait du droit d’insurrection en cas de trahison de « ses » représentants dirigeants. Ainsi, au travers de ses communes populaires, le peuple exerçait démocratiquement un contrôle direct de l’État. Ce pouvoir de contrôle, le peuple n’a pas manqué pas de l’appliquer. C’est ainsi que le 31 mai et le 2 juin 1793, 80 000 sans-culottes ont envahi l’Assemblée nationale, accusée d’usurper la souveraineté populaire. En tout état de cause, si 1789 avait consacré l’égalité formelle devant la loi, 1793 devait consacrer la phase de l’égalité réelle, n’était la contre-révolution thermidorienne ourdie par une bourgeoisie réactionnaire revancharde.

D’aucuns proclament que la Constitution de juin 1793, votée par les authentiques révolutionnaires jacobins, demeure la plus démocratique de toutes les Constitutions promulguées depuis plus de deux siècles. Elle reconnaissait le droit au travail, accordait le droit de vote aux étrangers, ainsi que leur droit d’éligibilité. En outre, elle avait institué le droit de secours (d’assurance), et d’autres mesures sociales protectrices.

C’est cette forme de démocratie sociale et directe que les thermidoriens ont résolu de guillotiner. En effet, au lendemain du renversement des jacobins le 9 thermidor 1794, cette souveraineté communale, inacceptable pour les classes possédantes, est progressivement réduite à néant. L’autonomie de son pouvoir décisionnel et sa force armée ont été pulvérisées par les nouveaux dirigeants bourgeois vindicatifs thermidoriens. Le dessein des Thermidoriens était d’anéantir ces embryons de démocratie directe ayant germé sous la Révolution. Un des nouveaux représentants bourgeois thermidoriens, conscient de la puissance de force du pouvoir du peuple, ne s’est pas trompé quand il reprochait à la Constitution de 1793 de « remettre le sceptre aux mains des sociétés populaires » et de « faire de la France un peuple constamment délibérant ». La bourgeoisie n’aime pas voir le peuple délibérer. Libéré de son asservissement politique. Car elle sait que la parole du peuple est potentiellement révolutionnaire, autrement dit qu’elle œuvre à défendre exclusivement ses intérêts. Ce qui implique automatiquement la suprématie du pouvoir décisionnel du peuple. Et par voie de conséquence, la subordination, puis l’effacement, enfin la disparition de la bourgeoisie en tant que classe dominante. C’est pourquoi la bourgeoisie refuse d’accorder le pouvoir délibératif au peuple. D’où la nécessité impérative pour le « peuple », aujourd’hui représenté par le prolétariat (la classe sociale révolutionnaire), de s’accaparer par la force du pouvoir pour imposer son programme politique, défendre ses seuls intérêts socio-économiques forcément antagoniques aux classes bourgeoises.

Ainsi, là où les communes populaires considéraient que «la nation ne déploie véritablement ses forces que dans les moments d’insurrection », les Thermidoriens estimaient comme « anarchique » toute initiative populaire qui n’aurait pas été légalisée au préalable par les pouvoirs institués (élitaires bourgeois).

De toute évidence, la conception de la gouvernance différencie radicalement les Jacobins des Thermidoriens. Pour les Jacobins la conflictualité était au centre de leur politique. Les Jacobins considéraient que la République se construit essentiellement sur le combat contre les ennemis du bien commun : les nobles, les aristocrates, les riches. Pour les Jacobins, cette politique d’affrontements de classes est salutaire, car elle renforce la conscience patriotique, affermit la vitalité démocratique, œuvre à l’éradication de l’inégalité sociale. C’est animé de cet esprit que Saint-Just n’a pas hésité d’écrire : « Ce n’est guère que par le glaive que la liberté d’un peuple est fondée ». Autrement dit, c’est uniquement par la force collective violente légitime que le peuple (le prolétariat de nos jours) doit imposer son pouvoir, défendre sa liberté, contre ses ennemis de classe résolues à perpétuer leur domination.

Pour affermir leur nouveau pouvoir encore embrasé par la lutte des classes, une fois installés aux commandes de l’État, les Thermidoriens se sont attelés à développer une idéologie consensuelle censée apaiser les antagonismes sociaux. Ils se sont attachés à diffuser une politique placée sous le signe de l’effacement des clivages idéologiques et des conflits sociaux. Cette approche fondée sur un illusoire compromis social a été illustrée par la déclaration d’un des Thermidoriens, formulée sous forme d’exhortation incantatoire : « Que tout ce qui est opinion, depuis le royalisme jusqu’à l’exagération des Jacobins, soit oublié à jamais ». (C’est l’application prodromique de la politique interclassiste chère aux réformistes des partis ouvriers socialistes et staliniens officiels, amplement employée et généralisée tout au cours du XXe siècle). Pour ce faire, les Thermidoriens ont préconisé, pour permettre la stabilisation du pays « trop longtemps soumis aux bouleversements sociaux », l’adoption d’une politique favorable au développement économique. La solution résidait, selon les Thermidoriens, dans le libre développement du commerce, permettant l’enrichissement de chacun et donc le bonheur de tous. Traduction : en vérité, l’enrichissement des seuls bourgeois opéré dans un climat social d’assujettissement total du peuple enchaîné par l’idéologie de collaboration de classes prônée par le pouvoir établi afin d’assurer sa domination, sa tranquillité, sa pérennité. Deux siècles après, partout, du Venezuela jusqu’en Grèce en passant par la France et l’Algérie, les classes dominantes répandent le même discours consensuel de concorde politique, de pacification des rapports sociaux, pour perpétuer leur domination, leur exploitation, leur oppression, avec notre consentement.

Au plan politique, de manière éhontée et provocatrice, les Thermidoriens n’ont pas hésité à proclamer que seule une élite est capable de détenir le pouvoir. Car elle maîtrise les mécanismes de l’économie (sous-entendu une économie gérée dans l’intérêt de sa classe). Aussi, les Thermidoriens se sont-ils empressés d’instituer la république de l’élite contre celle du peuple, instaurée au cours de la période révolutionnaire jacobine. De nos jours, rien n’a changé. Juste la sémantique. C’est la république des experts. L’expertise fait foi de leur maîtrise des mécanismes de la gestion politique et économique, justifiant et légitimant leur domination, et corrélativement l’exclusion du prolétariat inculte, inapte à gouverner un pays, un État, une entreprise, une administration. On ne va tout de même pas confier les rênes du pouvoir à des « incapables ». Ne tenait-pas le même discours aux peuples colonisés, aux femmes, ces « êtres inférieurs » maintenus des siècles durant dans la servitude, persuadés eux-mêmes de leur « incapacité congénitale » à s’émanciper de la domination de leur maîtres, à s’affranchir de la tutelle coloniale ou paternaliste pour se gouverner librement. Pourtant, et l’esclavagisme, et le colonialisme et l’asservissement de la femme ont été anéantis, abolis. Qu’attend le prolétariat pour s’affranchir de son assujettissement ? Immanquablement, l‘Histoire se chargera de l’acculer à remplir sa mission historique d’émancipation pour bâtir une société universelle humaine débarrassée de l’exploitation et de l’oppression.

Conséquence logique de cette approche thermidorienne de la politique : le suffrage universel a été supprimé dans la Constitution de 1795, remplacé par le suffrage censitaire. Le droit de vote a été conditionné à la possession d’une propriété, autrement dit il a été adossé à la richesse. Un dirigeant thermidorien, assuré de sa puissante domination depuis la contre-révolution, n’a pas hésité à déclarer « que seuls les hommes possédant une propriété sont aptes à gouverner » (au moins les bourgeois de l’époque étaient plus sincères dans leur tyrannie, contrairement aux bourgeois contemporains qui nous font croire que nous sommes un « peuple » libre en pleine dictature capitaliste).

Dès lors, au lendemain de la contre-révolution thermidorienne, la république a perdu son caractère populaire. Elle est redevenue résolument bourgeoise. L’économie populaire a été congédiée, remplacée par le libéralisme économique outrancier, exploiteur, colonisateur, esclavagiste. Face aux inégalités sociales, la redistribution des richesses forcée n’était plus une solution sociale appropriée.


Selon les nouveaux maîtres du pouvoir dictatorial aristocratique bourgeois, en guise de politique sociale, il faut juste faire appel au « sentiment de fraternité des riches ». Seule la communion fraternelle entre riches et pauvres est susceptible de corriger les inégalités sociales. De fait, les Thermidoriens se sont appliqués à prôner une politique de réconciliation nationale, de collaboration de classes. Toujours en vigueur, deux siècles plus tard.

De fait, à rebours de la république sociale appliquée au cours de la domination politique jacobine, matérialisée par la répression de la spéculation, le blocage des prix, la saisie des biens des riches et surtout la redistribution des richesses aux citoyens pauvres, la république thermidorienne s’est aussitôt attelée à réinstaurer une économie libérale favorable aux seules classes privilégiées. Aussi, au lendemain de la prise du pouvoir par les Thermidoriens, la nouvelle Assemblée nationale a-t-elle mis un terme au système d’économie dirigée et à la redistribution sociale (décidément, sous le capitalisme, la reproduction et la reconduction des mêmes politiques antisociales réapparaissent, comme une maladie, sous toutes les époques et dans tous les pays). Le régime thermidorien a adopté de nombreuses réformes libérales favorables aux classes possédantes (encore une pathologie récurrente gangrenant le corps social depuis deux siècles).

De manière générale, ces mesures réactionnaires ont plongé le pays dans une extrême misère. Provoquant des tensions sociales aiguës. Une fois le peuple écarté du pouvoir, dépouillé d’assise politique, les classes fortunées se sont appliquées à imposer une politique économique favorable à leurs intérêts. L’ère thermidorienne a marqué le retour en force des classes privilégiées bourgeoises et aristocratiques, le début d’un véritable changement de paradigme politique (encore des similitudes avec notre époque marquée par le retour en force de politiques économiques mises en œuvre actuellement par les gouvernements de Macron et de Trump, au profit des riches).

C’est le triomphe du libéralisme débridé. La souveraineté du peuple est définitivement limitée, éliminée, expulsée du pouvoir.

Je laisse le soin au lecteur d’établir des corrélations, des similitudes avec la Révolution trahie algérienne, avec les politiques antisociales imposées dans tous les pays capitalistes. Et d’en tirer les conclusions.

 


« L’histoire des peuples est l’histoire de la trahison de l’unité ». Antonin Artaud.

« L’histoire des peuples dans l’histoire, c’est l’histoire de leur lutte contre l’État ». Pierre Clastres.

« Les plus grands criminels de l’histoire sont ceux qui assassinent en silence, ceux qui organisent la misère des peuples au profit des plus riches avec la complicité des États ; ces assassins légalisés qui exportent les famines, les guerres et les dettes illégitimes ». Guillaume Prevel.

 


Notes

  1. On désigne sous le nom de « thermidoriens » les vainqueurs de Robespierre, les 9 et 10 thermidor an II (27 et 28 juillet 1794). Le nom recouvre donc à la fois des anciens terroristes (Tallien, Barras, Fréron) et des modérés de la Plaine (Sieyès, Boissy d’Anglas, Cambacérès). Ce sont les thermidoriens qui ont gouverné la France jusqu’à l’établissement du Directoire et même jusqu’au coup d’État de Brumaire de 1799 mené par Napoléon. Les idées politiques et sociales des gouvernants thermidoriens reflétaient celles de la bourgeoisie nouvelle, des acquéreurs de biens nationaux et des spéculateurs sur les fournitures de guerre ou les assignats, que les mesures en faveur des pauvres et la tentative de dirigisme économique des Montagnards, en l’an II, avaient inquiétés. Ils pensaient, comme Boissy d’Anglas, qu’« un pays gouverné par les propriétaires est dans l’ordre social, celui où les non-propriétaires gouvernent est l’état de nature». Assurer la prépondérance de la bourgeoisie était le principal souci des thermidoriens. On peut dire que leur œuvre et leur domination se perpétuent encore jusqu’à nos jours en France.
  1. « Sans-culotte » est le nom donné, au début de la Révolution française de 1789, par mépris, aux manifestants populaires qui portaient des pantalons à rayures et non des culottes, symbole vestimentaire de l’aristocratie de l’ancien régime. Les sans-culottes étaient des révolutionnaires issus du petit peuple de la ville et défenseurs d’une République égalitaire. Ils étaient jugés par les autres révolutionnaires comme « radicaux » car ils prônaient la démocratie (que nous appellerions « directe » de nos jours), c’est-à-dire sans intermédiaires comme les députés (qui à l’époque se disaient antidémocrates car « la démocratie serait l’anarchie ». Ils se distinguaient par leur mode d’expression, en particulier vestimentaire. Leur tenue comportait un pantalon à rayures bleues et blanches, au lieu de la culotte courte et des bas portés par les nobles et les bourgeois, ainsi qu’un bonnet phrygien rouge et une tendance à la simplicité. Ce costume était un signe de protestation, arboré par les membres de toutes les conditions qui se présentaient comme « patriotes ».

4 pensées sur “De la république jacobine à la dictature thermidorienne

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    5 novembre 2019 à 4 04 19 111911
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    Les raisons du « pétard mouillé » de la Révolution Française :
    C’est, de tout temps, l’esprit de la femme qui a guidé le monde. Quand la femme pense et agit, le monde marche ; quand elle tombe dans l’apathie intellectuelle, quand elle se laisse réduire en esclavage et abdique son pouvoir, le monde tombe dans l’obscurité.
    Tous les grands mouvements de l’esprit sont dus à l’initiative féminine. La femme donne l’impulsion, l’homme la suit.
    Le grand mouvement philosophique qui au XVIIIème siècle a remis tous les problèmes de la Nature en discussion a été, tout entier, fait par des femmes.
    La marquise de Lambert, Mme de Tencin, Mme Geoffrin, inspirent Fontenelle et son école. La marquise du Deffand, la baronne de Staal, surtout la marquise du Châtelet, influencent l’esprit de Voltaire. Mlle de Lespinasse fait d’Alembert. Mme d’Épinay, la comtesse d’Houdetot font Rousseau. Mme d’Épinay, cette petite femme que Voltaire appelait « un aigle dans une cage de gaze », fait aussi Grimm.
    C’est ce grand réveil de la pensée féminine, se dégageant subitement des entraves du Christianisme, qui prépare la Révolution. Mais cette première révolte de l’esprit de la femme en face des erreurs du vieux monde n’est pas bien comprise par l’homme, elle est défigurée, mal interprétée, mal rendue, elle est traduite en idées masculines.
    La femme esclave demandait son affranchissement : l’homme traduit ce cri de révolte par la demande des droits de l’homme. La femme veut l’affranchissement des entraves mises à la liberté des fonctions de son sexe : l’homme traduit cette aspiration par un nouveau déchaînement dans ses vices à lui et ne continue pas moins à opprimer la femme dans sa sexualité ; ce déchaînement de l’homme amène même une recrudescence de jalousie sexuelle.
    Tout ce que la femme demande pour elle, l’homme, dans la traduction qu’il fait des idées de la femme, le demande pour lui.
    C’est ainsi que la Révolution préparée par la femme pour être l’avènement de la justice ne fut que l’avènement d’un système bâtard qui vint détruire l’ancien régime, mais ne le remplaça pas par ce que la femme avait rêvé.
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