De l’univers cosmique global à l’univers humain concret

YSENGRIMUS   En matière de non-création de l’univers, je suis MATÉRIALISTE. Une riche et complexe masse matérielle en mouvement permanent engendre la vie organique inférieure, puis la vie organique supérieure, puis la vie pensante. L’univers matériel est donc incréé. Il ne commence nulle part et ne finit nulle part, juste comme la ligne du temps vers le passé et le futur. L’infinité de l’univers exige qu’il soit incréé. La création est un mythe de l’irrationalité religieuse anthropomorphisante. Il faut faire l’effort de rationalité de se libérer de cette chimère myope. Les seuls univers parallèles que je connaisse sont ceux de la pensée abstraite. Je les esquinte ici d’office non pas à cause de leur parallélisme avec l’univers effectif, mais à cause du fait navrant qu’ils ne le touchent soi-disant jamais et prétendent en être autonomes. Le seul univers parallèle qui se vaille est en fait perpendiculaire! Mental et imaginaire, il coupe le nôtre, ne s’en sépare donc pas complètement, en émane et en fait donc, finalement, fondamentalement partie. L’être humain apparaît dans l’univers et disparaîtra. Mais il est doté d’une aptitude particulière face à la réalité matérielle. Il peut la détourner, la distordre, la distendre pour l’assimiler et la mettre à son service concret et pratique. Cela commence quand notre lointain ancêtre s’approprie l’outil, le pâturage puis l’agriculture, et cela se poursuit avec la locomotive, le haut fourneau, la télégraphie, l’électricité, l’internet. Un primate qui produit et reproduit la complexe structure de ses propres conditions matérielles d’existence, tant et tant qu’il en devient historicisé, ne s’arrête pas facilement de fureter et de papoter… Ce qui, chez nos ancêtres, n’était que grégarisme, devient, chez nous, ensemble crucial de rapports sociaux, nous déterminant si profondément que finalement l’humain EST l’ensemble des rapports sociaux spécifiques s’entrecroisant en nous en une phase historique donnée. Dans l’univers humain, celui du développement historique, tout arrive en son temps, sans «faute». Il n’y a jamais de retards absolus en histoire, mais il y a toujours des retards corrélés. Une peuplade se battant encore à la sagaie souffre un retard par rapport à un peuple voisin se battant à l’arc. Ce dernier retarde tout autant ou plus devant une phalange d’arbalétriers. Naturellement, certains retards historiques sont plus déterminants que d’autres. Ainsi, dans le mouvement global de l’émergence du capitalisme, la France et l’Espagne sont entrées dans la révolution industrielle en retard par rapport à l’Angleterre malgré le fait que l’Angleterre est entrée en phase coloniale en retard par rapport à la France et à l’Espagne. Le premier retard est économiquement plus déterminant que le second, comme le déploiement historique l’a ultérieurement démontré. Certaines avancées politiques et militaires cachent parfois des retards économiques profonds et vice-versa. Le Bonapartisme et le Stalinisme sont de bons exemples d’un retard économique temporairement masqué par une illusoire surchauffe politico-militaire. Il faut indubitablement admettre que l’histoire se développe par poussées inégales. Il n’y a pas là quelque jugement moral abstrait sur les peuples, mais simplement un fait politico-économique qu’il faut toujours prendre le temps de décrire et ne jamais perdre son temps à justifier, car quiconque y voit le moindre démérite est un petit propagandiste de feuille d’opinion. Pour atteindre le palier suivant, le travailleur devra jouir pleinement du fruit de son travail sans qu’une autre classe l’opprime et détourne son activité productive contre lui. Il faut qu’il soit réclamé de chacun selon ce qu’il peut donner, et qu’il soit donné à chacun selon ses besoins réels. L’homme et la femme doivent s’attendre à ce minimum de justice dans le cadre de leur univers concret, mais cette attente est inévitablement active, car l’homme et la femme devront obtenir ce rajustement des valeurs de leur vie, par la lutte. L’être humain n’est pas libre. Il est le résultat infime de l’action de forces historiques gigantesques. Une classe sociale peut se libérer d’une autre, mais l’être humain ne se libérera pas de ses déterminismes. Il les transformera simplement en d’autres déterminismes. C’est en agissant volontairement sur cet univers historique concret dont il ne sort jamais que l’être humain assure sa position et son action dans un univers global qu’il ne peut appréhender qu’indirectement et sans arrêt.

L’univers concret est Histoire. L’univers global est Nature. Leur point de contact est Environnement.

Un univers global qu’on ne peut appréhender qu’indirectement...

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Ysengrimus

Voir ici: http://ysengrimus.wordpress.com/about/

27 pensées sur “De l’univers cosmique global à l’univers humain concret

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    25 octobre 2013 à 6 06 51 105110
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    Pas mal du tout cette articulation philosophique du social et du naturel…

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      25 octobre 2013 à 10 10 45 104510
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      @ Vanessa J.

      J’allais le dire…. Mais bon, vous vous en chargez très bien 🙂

      PJCA

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        25 octobre 2013 à 11 11 06 100610
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        Gentil, vous… Cajoleur…

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  • Ping : De l’univers cosmique global à l’univers humain concret « Le Carnet d'Ysengrimus

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    25 octobre 2013 à 14 02 43 104310
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    Ysengrimus

    Je crois que cela pourrait être dit de cette façon : les fils trouvent des solutions à ce qui a fait problème à leur mère. Certains améliorent la « caverne » : construction, électricité, plomberie, électroménagers, etc. D’autres la santé, le transport, la sécurité, la pensée mais finalement chaque fils règle selon ses « talents » une problématique ayant affecté sa mère (le déterminisme de l’ADN mitochondrial de souche matriarcale qui déjà une « puce »). C’est ça l’HUMAIN « créateur » au sens de « Procope ».

    Affectivement.

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      26 octobre 2013 à 6 06 52 105210
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      J’ai un un vieux Freud qui ne veut pas mourir, et c’est ma raison d’aimer la vie…

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        26 octobre 2013 à 10 10 02 100210
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        C’est trop sibyllin pour moi.

        Pourriez-vous m’accorder la capacité de comprendre une réponse plus élaborée de votre part?

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          27 octobre 2013 à 7 07 50 105010
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          Ben voyons, l’ordre du père, l’ordre de la mère. Fais-ci pour mouman, fais-ça pour poupa. Dégluons nous un peu des selles intellectuelles du siècle des familles et laissons poupa Freud dans l’Autriche hystérique de la (pas si) Belle Époque…

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            30 octobre 2013 à 18 06 31 103110
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            Est-il possible que vous ne m’ayez pas compris? Je prends l’exemple de certains oiseaux. Une génération naît avec un bec long à cause de l’absence de nourriture pour son bec court de la génération précédente. Le parasite mitochondrie à un code ADN identique à la mère et est responsable de l’énergie, cycle de Krebs, dans chaque cellule. Les olympiens ont tenté sans succès d’augmenter les performances des mitochondries. Freud ne savait pas cela, entre autres choses.

            J’ai remplacé Freud et la psychanalyse par Alice Miller.

            Question : Comment c’est la Nouvelle Zélande ?

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    25 octobre 2013 à 18 06 14 101410
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    « L’infinité de l’univers exige qu’il soit incréé. »

    En effet. Mais sans un point d’origine, on ne peut fixer le moment d’aucune occurrence qui partage le temps entre un avant et un après. Le temps, qui est la mesure d’un mouvement perçu, est alors totalement déterminé par cette perception, laquelle exige une conscience « percevante » qui soit a la fois sujet et objet, puisque rien ne permet de supposer qu’existe, hors de cette conscience, un élément externe qui puisse corroborer cette perception.

    Dire de cette perception qu’elle est « mentale » (spirituelle) ou matérielle est arbitraire, puisque la seule « évidence » est sa non-dualité (a-dvaita). De là, il me semble que la seule position logiquement inexpugnable est un solipsisme radical…

    PJCA

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      26 octobre 2013 à 6 06 50 105010
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      Le « point d’origine » est une fausseté cosmologique monsieur. En espace comme en temps, l’univers est incréé. sortez, une bonne fois, de l’enfance de la pensée…

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        27 octobre 2013 à 0 12 21 102110
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        @ VB

        « Le point d’origine.. ». C’est une affirmation que vous me faites, pas une preuve. Je ne vois aucun intérêt à vous contredire. Chaque lecteur opinera selon sa lecture, en cosmologie ou en épistémologie…

        PJCA

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      26 octobre 2013 à 8 08 05 100510
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      Pierre JC, vous savez, la polémique est une spécialité d’une certaine catégorie spécifique sur les commentaires des sites internet. Il y a des études à ce sujet.

      Il est intéressant de bien observer.

      Serge Charbonneau
      Québec

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        26 octobre 2013 à 8 08 33 103310
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        C’est le fondement de votre présent commentaire, monsieur? La polémique?

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        27 octobre 2013 à 0 12 47 104710
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        @ SC

        « Une certaine catégorie spécifique « … Oui, mais on fait mieux. On a pu proposer avec une grande vraisemblance, par des similitudes de style, que Corneille est sans doute le véritable auteur des comédies de Moliere

        Considérant que Corneille n’était pas persona grata auprès du Cardinal, l’idée qu’il ait fait publier sous une prête nom n’est pas saugrenue. J’avais il y’a quelques années un petit programme simple permettant de faire ces rapprochements.

        Mais comme je ne travaille pas pour PRISM, je ne l’utilise plus depuis que je suis a ma retraite de la consultation – qui est vraiment un milieu coupe-gorge. Mais si ça vous amuse, je tenterai de vous le retrouver

        Pierre JC

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      26 octobre 2013 à 10 10 11 101110
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      @ PJCA

      Voilà l’argument, cartésien :

      http://nothingoutofnothing.wordpress.com/sidekicks-philosophy-2/

      PROCOPE: The universe was not created, Paul. How is that for a scoop?

      GONSALVES: What? Impossible! Wow… Hey… What do you make of the classical argument claiming that any cause needs a previous cause to generate it, so we need an initial cause to all existence. For all the shebang to start, it takes some form of cosmological creation, doesn’t it?

      PROCOPE: You’re serving me the so called law of the adequate cause, good fellow. Well, I know it’s tough, Paul, but let me give you another quote here. The law of the adequate cause applies only to pictures made by the human mind. In our logical pictures of the world everything must have its adequate cause. But the original, the universal cosmos, has no cause, it is its own cause and effect. To understand that all causes rest on the causeless is an important dialectic knowledge which first throws the requisite light on the law of the necessity of an adequate cause.

      GONSALVES: Get out of here! Who is the dopey, this time?

      PROCOPE: A modest German shoemaker, and amateur philosopher, by the colorful name of Joseph Dietzgen,

      GONSALVES: Shoemaking philosophy… Very amateur indeed… I dont buy it… It’s absurd.

      PROCOPE: A picture made by the human mind…

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    12 mai 2017 à 8 08 17 05175
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    Affirmer:
    « Une riche et complexe masse matérielle en mouvement permanent engendre la vie organique inférieure, puis la vie organique supérieure, puis la vie pensante. L’univers matériel est donc incréé. »

    Et en déduire un tel constat mr laosse « boucje bée ». 🙂

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    12 mai 2017 à 12 12 26 05265
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    Un texte fort intéressant tout comme les commentaires qu’il génère .

    «Does matter give rise to mind or mind give rise to matter?», ce petit film y répond :

    https://mainerepublicemailalert.com/2017/02/24/the-simulation-hypothesis/

    Une méditation sur la conclusion de ce film m’as propulsé dans une dimension espace-temps dont j’essaie encore de saisir la signification . J’en conclu que le matériel de base de l’Univers, est faIt DE CONSCIENCE PURE, que ce qui Est et auquel l’homme a donné plusieurs nom interagi avec celui-ci via la conscience de Son existence.

    L’Univers matériel a été pensé tout comme l’ordinateur que j’utilise en ce moment!

    Le Penseur est-il dans sa création ou en dehors de celle-ci?

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        12 mai 2017 à 18 06 10 05105
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        Avez-vous écouté le film? Il s’agit d’un film scientifique, constitué d’expériences scientifiques avec conclusion scientifique.

        Il remonte aux origines des postulats ayant donnés naissance à la science comme aux religions, impliquant les plus grands savants de l’Histoire ayant abordé le sujet!

        Je n’ai vu nulle part votre nom mentionné, cependant… 🙂 !

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          12 mai 2017 à 18 06 31 05315
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          Heureusement! Je serais bien affligé de me retrouver associé à ce genre d’ineptie.

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            22 mai 2017 à 19 07 00 05005
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            Je serais affligé du contraire si j’étais vous ! Il vous reste encore  »les memes de la semaine » et le dernier m’as fait sourire.

            Dixit Yoda :  »You have to unlearn what you have learned  » .

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    12 mai 2017 à 18 06 13 05135
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    C’est qu’il est plus près du début. Vous pouvez tapé «The simulation hypothesis» sur votre moteur de recherche et plusieurs liens apparaîtrons.

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