Desjardins: s’unir pour s’aider

De tous les mystères de l’évolution qui font de moi un agnostique pratiquant, aucun ne m’apparaît aussi insoluble que celui du passage des organismes unicellulaires aux multicellulaires. Le sacrifice de sa finalité par une cellule, au profit de celle de l’entité à laquelle elle s’intègre, m’est incompréhensible. Aussi longtemps que les Darwinistes ne nous en auront pas donné une explication plausible, j’opine que croire en un  monde sans dieu exige la foi du charbonnier… en Dieu seul sait quoi.

Pourquoi introduire cette cause de migraine dans un article sur le mouvement coopératif ?  Parce que je vois un parallèle de la petite cellule limitée, mais autonome, avec l’individu qui s’intègre a une société et ne peut en tirer parti  que s‘il accepte  de se spécialiser et d’y remplir une fonction.  Je ne sens en moi aucune tendance sacrificielle qui me pousserait à devenir une abeille dans une rûche, mais je crois bien qu’un bon évolutionniste doit prévoir que le destin de humain est de devenir partie d’une entité consciente supérieure qu’on pourrait appeler Humanité.

Si c’est bien là notre destinée, ça expliquerait à la fois la pulsion en nous vers l’appartenance à des ensembles plus vastes, et la peur panique qui nous saisit quand nous prenons conscience que ces entités, que nous croyions avoir créées librement pour nous servir, nous instrumentent pour leurs fins propres qui ne sont plus les nôtres.

Ainsi de notre appartenance à une nation, à une religion, à un parti, mais aussi, plus subtilement, à tous les organismes auxquels nous adhérons et dont nous devenons dépendants…  Ainsi de la frustration que nous ressentons, quand nous constatons que l’organisme, obéissant à sa logique, ne répond plus aux besoins des individus qui l’ont mis en place.

On peut donner une multitude d’exemples de ce processus dont l’État lui-même est un cas particulier, mais je crois qu’il est plus facile d’appréhender le phénomène à plus petite échelle. Prenons le Mouvement Desjardins.

Au départ nous avons l’idée géniale du Commandeur qui va appliquer les principes du coopérativisme au domaine financier.  Des individus vont se constituer en petits groupes et opérer des « caisses populaires ».  Ils vont garder et utiliser en commun leurs épargnes, au lieu de les remettre à des banquiers, déjà perçus et compris à l’époque comme les prédateures et exploiteurs qu’ils sont.   « S’unir pour s’aider ». Génial.

Le mouvement est fondé en 1900 et, le 9 mars 1906, la loi provinciale concernant les syndicats coopératifs accorde la reconnaissance juridique des caisses d’épargne et de crédit. C’est le début d’une épopée qui va durer environ un siècle. Une grande aventure québécoise. Un succès.

Un succes pour le Mouvement Desjardins.  Mais, obéissant à sa logique propre, le Mouvement en se développant  – et par son succès même – a trahi sa mission cooperative et est devenu une banque.  Il ne répond plus aux aspirations ni aux besoins des individus qui l’ont mis en place.  Il s’est donné désormais pour priorité d’améliorer la rentabilité de ses activités…

… et il  y parvient. Les excédents avant ristournes – (on ne dit pas encore les profits avant distribution des dividendes, seule concession qui reste à l’idéal coopératif !)  ont atteint 1,437 milliard de dollars en 2010, en hausse de 34 % par rapport à l’exercice précédent. Les “ristournes” ont atteint 305 millions, en hausse de 8 %. Le Mouvement est devenune bonne banque.

Une banque profitable. Mais il y a bien d’autres banques profitables…. et  il n’y a plus rien qui ressemble à ce que Alphonse Desjardins voulait bâtir.  Les caisses (succursales) qui ne sont pas rentables sont fermées… et au diable les villages qu’ils desservent, parfois depuis des generations, comme celle de Saint-Michel, fondée en 1936.

En devenant une banque comme les autres sous un maquillage ccopératif, le Mouvement Desjardins  s’est rendu largement inutie.    Même avec son succès, il demeure une toute petite banque à l’échelle planétaire.  Si il n’y a une caisse que là où il  y a une autre banque, car les sites rentables sont connus, on ne restera client de la caisse que par opportunisme, sans ideal, sans loyauté…. Un pari risqué.

C’est un risque corporatif qu’il a le droit de prendre; que le mouvement lui-même disparaisse ne serait au fond que l’autre pôle de sa propre décision de prioriser la croissance. Ce qui est vraiment important, toutefois, c’est de prendre conscience de cette profonde dissociation entre ce que voulait l’individu au départ et les buts qu’en viennent à se donner les organismes qu’il crée.   État, Partis, corporations…

Ainsi, gardant l’exemple de Desjardins, le Fond Desjardins Environnement – offert aux citoyens « soucieux de l’environnement » – investit  dans des  corporations comme  Barrick Gold, Suncor et Talisman!  Bien malhonnête, car ce sont des démons affublés d’une auréole qui tient mal.

Barrick Gold est connue pour sa participation à de nombreux massacres d’Africains dans la région des Grands Lacs (Afrique), sa responsabilité à des désastres écologiques un peu partout où elle s’établit… et sa poursuite abusive contre les auteurs et l’éditeur de Noir Canada.  Suncor  est un acteur important dans le désastre écologique que constitue l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta et Talisman est le principal joueur  du projet d’exploitation du gaz de schiste québécois, largement perçu comme un autre désastre écologique qui s’en vient.

On peut constater sans peine que la mission coopérative et l’ideal d’un développement humain au gré de ses sociétaires sont disparus du Mouvement Desjardin.  La bonne riposte des individus serait de créer de petites coopératives qu’il dirigeraient eux-mêmes. Un retour à la pureté initiale, sans prejudice, bien sûr, à leur decision d’investir aussi ou non dans le Mouvenment Desjardins s’ils y voient une bonne affaire, mais sans accepter les yeux fermées les prétention idealistes du projet de départ qui maintenant ne s’appliquent plus.

Peut-être ceux qui veulent encore du coopérativisme – et je crois que c’est toujours la voie de l’avenir – pourraient penser à se constituer en petites “companies d’assurances” et à devenir, à leur rythme, des institutions financiers à taille humaine.

Pierre JC Allard

14 pensées sur “Desjardins: s’unir pour s’aider

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    4 juillet 2011 à 5 05 06 07067
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    Pierre,
    Bonjour, à la suite de toutes tes question pourquoi parlez en 1er de Darwin ?

    Puis la finalité me semble en contradiction:
    Peut-être ceux qui veulent encore du coopérativisme – et je crois que c’est toujours la voie de l’avenir – pourraient penser à se constituer en petites “companies d’assurances” et à devenir, à leur rythme, des institutions financiers à taille humaine.

    Je te remercie de bien vouloir nous éclairer puiqu’à priori nous voyons par le même bout de terre

    Amicalement,

    Le Panda
    Patrick Juan

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      4 juillet 2011 à 9 09 18 07187
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      Oui, j’expliquerai, mais dans deux (2) jour l’instant je n’arrive pas à me suivre…

      PJCA

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        4 juillet 2011 à 13 01 01 07017
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        Pierre,
        C’est bien le temps qu’il me faudra pour comprendre, donc tu peux prendre même 3 jours merci, pour mes neuronnes fatigués, les vacances arrivent pour qui peut en prendre.

        Cordialement,

        Le Panda

        Patrick Juan (C)

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    4 juillet 2011 à 8 08 45 07457
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    Il y a longtemps que j’attends que quelqu’un parle de Desjardins.
    La mission était celle d’une réussite « humaine », la voilà devenue une réussite commerciale. Desjardins fait partie du groupe qui veut s’approprier de la Bourse de Toronto.
    La même « maladie » que les autres: le profit pour plus de profit pour plus d’investissements pour plus de profits pour plus…
    Un cercle vicieux.
    C’est Desjardins qui engrange.
    ***
    « Selon la présidente, il est faux de prétendre que le Mouvement Desjardins s’est éloigné de sa mission coopérative pour développer une approche plus affairiste depuis quelques années, comme l’affirme M. Béland, qui a dirigé le Mouvement Desjardins de 1987 à 2000. »
    http://argent.canoe.ca/lca/affaires/quebec/archives/2011/04/20110428-150750.html

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      10 juillet 2011 à 8 08 03 07037
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      @GP

      Ah bon ! Si la présidente dit que c’est faux, tout est dit n’est ce pas….

      Piere JC

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    5 juillet 2011 à 15 03 14 07147
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    @Pierre

    🙂

    Si tu peux mettre la main sur le livre ‘Mort, voici ta défaite’ de Jean E. Charon qui fait justement référence à tes interrogations cellulaires, quelques réponses scientifiques sont encourageantes et motivantes pour un agnostique.

    DG

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      5 juillet 2011 à 16 04 08 07087
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      Pour référence sur J. E. Charon, physicien et philosophe

      Jean Emile Charon 1920 – 1998

      Physicien, ingénieur de l’École supérieure de physique et chimie, Jean E. Charon s’est d’abord spécialisé dans la recherche nucléaire, au Commissariat à l’Énergie Atomique de Saclay. Dans les années soixante il s’oriente définitivement vers la physique théorique fondamentale, où il cherche à prolonger les idées einsteiniennes. Depuis sa Relativité complexe (1977) il est conférencier sur ce sujet dans les principales universités, notamment Stanford, Yale, Montréal et Paris, où il enseigne une nouvelle discipline scientifique, maintenant désignée comme la Psychophysique. Parallèlement à ses livres de physique, Jean E. Charon a publié de nombreux ouvrages philosophiques, aujourd’hui traduits dans le monde entier.

      DG

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        5 juillet 2011 à 16 04 41 07417
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        «Il est difficile d’expliquer comment à partir d’une division on peut en arriver à une multiplication. Lorsque ce ‘mystère’ sera résolu on aura vaincu et prévenu tous les cancers, entre-autre.» – Anne-Marie Bernier, professeure et chercheure en génétique, Manitoba.

        DG

        p.s. A.M. Bernier est ma belle-soeur.

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        10 juillet 2011 à 8 08 08 07087
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        @ DG

        Je vais trouver et plonger dans les livres de Charron; psychophysique est un concept qui m’intéresse. Plus consolant que de demander à la mort où est sa victoire…

        PJCA

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    6 juillet 2011 à 11 11 19 07197
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    Bonjour!

    Et si Desjardins avait tout simplement été coopté? Il ne faut oublier que l’institution doit sûrement devoir emprunter sur les marchés de temps en temps et doit sûrement devoir maintenir une ‘cote de crédit’, laquelle, s’il y a lieu, est contrôlé par des crapules comme S&P, Fitch, Moodys… c’est eux ‘le Marché’… Ils sont donc controlés à l’égal des États qui ont renoncé à une banque nationale (pour les fameuses banques centrales ‘indépendantes’.. de qui? du gouvernement, oui, mais qui donc contrôle sinon des intérêts privés?).

    Et puis il y a des alliances douteuses. Ayant pris un fond Desjardins, ils m’ont envoyé un prospectus pour leurs partenaires étrangés, toute une liste, surtout aux États-Unis. Je connais pas tous, mais j’en ai repéré un très important: Lazard Asset Mangemnt LLC («Lazard»). Vous connaissez Lazard? Non? alors vous devriez lire le livre de Martine Orange, Ces messieurs de Lazard (introuvable en librairie, disponible à la bibliothèque de l’U de Toronto).

    Ce n’est pas nécessairement la plus grosse banque privée, mais c’en est une extrêmement bien connecté politiquement, qui fait affaire avec les États comme le gouvernement des années 20 et les fameuses dévaluations du franc Français.
    En gros, des positions plus que douteuses dans les années 30 et 40 (ie connexion avec le fascime), au coeur de l’émergence de la finance spéculative des 60 et 70, avec les fameuses Merger and Acquisition. La branche française fut la seule à ne pas être nationalisé par Mitterand, tient, tient, pourquoi donc?
    Vous pouvez cliquer ici et aller à la page 25 du document pour un aperçu de la dite banque et du livre.
    http://www.solidariteetprogres.org/IMG/pdf/Synarchie_financiere.pdf

    Ces ‘conseillers’ explique peut-être le choix de Barrick Gold, ça doit être une entreprise environnementale puisque que Peter Munk (qui fut, est?, le chairman) est grand contributeur du Worl Wide Life Fund (WWF) du prince Philip et consor… Même Al Gore voulait faire une conférence au Chili en association avec Barrick Gold sur le climat, mais a du renoncer sous la pression!!!

    Pourquoi une coopérative ferait affaire avec un tel requin de la finance? allez savoir pourquoi…
    L’hypothèse, c’est que ce n’est pas simplement l’évolution interne de l’organisme qui déraille de la mission originale, mais l’environnement dans lequel il évolue depuis trente ans qui ne sauraient tolérer une alternative au rendement à l’actionnaire à court terme…

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