Dieu reconnaitrait-il les siens ?

PIERRE JC ALLARD:

Une allusion a ce qui a sans doute été la plus discutable repartie de l’Histoire.  A ses Croisés se préparant à prendre d’assaut la ville de Béziers, alors aux mains des Cathares (Albigeois) – et lui demandant comment, dans la fureur du combat distinguer un bon Chrétien d’un Hérétique – l’évêque Arnaud-Amaury, chef spirituel de la croisade contre les Albigeois eut cette réponse claire:   » TUEZ-LES TOUS; DIEU RECONNAITRA LES SIENS ».  On estime qu’il s’est tué entre 8 et 17 000 Bitterois en ce bel après-midi de 1209.

17 000, c’est bien peu, si on compare à Stalingrad ou à Verdun, ou même à une petite guerre de rien du tout,  comme cette intervention occidentale en Libye où on parle de 80 000 morts sous les bombardements.  En fait, le seul intérêt de cette affaire de Béziers, c’est de prouver qu’une seule phrase bien placée peut vous faire entrer au dictionnaire… et de montrer que « esprit de décision » et « efficacité », à leur plus ignoble, n’ont pas été inventés par des énarques en Kabylie ou des MBA américains au Vietnam…

Samedi, à la Cathédrale de Montreal, j’ai rencontré l’efficacité apparemment anodine, quand on m’a assené une phrase qui ne passera pas à l’Histoire, mais que je crois important de méditer.  Alors que je m’étonnais qu’on ait refusé de tenir à la Cathédrale ce jour-là une prière publique pour la paix et contre une intervention militaire en Syrie à l’heure où le Pape Francois, sur la Place Saint-Pierre allait inviter toute la chrétienté  et les autres à se joindre à lui pour le faire, le curé m’a expliqué….

 » Vous savez, Monsieur, nous pensons à la Syrie…, mais nous avions un mariage prévu è cette heure. Un mariage, c’est une fois dans une vie; ça ne se déplace pas... »   J’ai tiqué un peu, mais j’ai compris à quel point ça ne se déplaçait pas, quand Nicolas Sarkozy m’a presque marché sur les pieds en regagnant sa limousine après la cérémonie.  Car il y a mariages et mariages….

La vérité, c’est que l’appel pour la paix lancé par le Pape François était en conflit d’horaire, à Montreal, avec les épousailles d’un Prince belge – Hadrien de Croÿ-Roeulx – banquier à Londres à ses heures (qui sont sans doute du 9 a 5, librement interprété) –  et de Jacqueline-Ariadne Desmarais, petite-fille de Paul Desmarais l’homme le plus riche du Canada, et de Jean Chrétien ancien Premier Ministre des mêmes lieux.

L’épitome de la grande bourgeoise. On comprend qu’en ce cas, c’était « No Contest ».  Mules rouges, mules blanches ou « souliers d’beu »,  Sa Sainteté  pouvait aller se rhabiller et son message a été chassé de la grille des heures de grande écoute, relégué  à la brunante et à la nuit bien tombée

Je reconnais bien là notre haut clergé québécois,  déphasé, décadent, aimant ses aises plus que Jesus et craignant l’État bien plus que Dieu, anxieux de se faire oublier, en espérant qu’on en oubliera aussi ses frasque et ses scandales, de la maltraitance rémanente des autochtones à son amour charnel immodéré des enfants. Je ne suis pas surpris que l’appel du Pape Francois ait été escamoté.

Je ne suis pas surpris que notre Église au Québec n’ait pas relayé ce message pour la paix, car dans ce pays qui se veut une colonie des USA. notre  hiérarchie catholique  prend aussi ses précautions…

Dans la prudence avant la noblesse, je reconnais Nosseigneurs les évêques, qui disaient « Ecoles pleines, Eglises vides » durant la Révolution Tranquille … et qui n’ont jamais vraiment cessé des voir les femmes du Québec comme des génisses gestantes… Je les reconnais, mais la question n’est pas là.

La question, c’est si Dieu, Lui, reconnaitrait les siens, dans cette hiérarchie catholique au Québec qui, alors que le Mal  et la mort rôdent autour de milliers d’innocents en Syrie, a choisi ce 7 septembre 2013 de donner la priorité au Carnet mondain plutôt qu’à  l’Evangile.  

Cette question – qu’on soit formellement catholique ou seulement ce disciple en puissance du message du Christ qu’est tout homme de bonne volonté – il faut tous se la poser.  Plus que quiconque, toutefois, il faut espérer que se la pose le Pape Francois lui-même qui ne peut pas se reconnaitre, ni reconnaître son message, dans cette tiédeur à porter la Parole qui est une désobéissance implicite, mais flagrante à ses directives.

La paix est une affaire de VIE ou de MORT.   Au moment où l’Eglise  a choisi le parti de la Vie et où Francois a appelé ses troupes  au combat contre la Mal, ses hommes-liges au Québec n’ont pas veillé une heure avec lui:  ils ont déserté.   S’il veut que renaisse une morale chrétienne au Québec , il devra racler cette petite pellicule de moisissure qu’est la hiérarchie catholique à la surface de la population du Québec avant que celle-ci puisse  prendre un engagement solide pour de vraies valeurs.

L’Eglise se mériterait un grand respect, si elle mettait à la retraite tout ce haut clergé québécois qui n’a pas répondu « présent ».  Car cette fuite n’a été qu’un exemple entre mille d’une débandade qui perdure.  Un nouvelle génération d’évêques devrait monter au front,  qui serait un lien efficace  entre un Pape qui veut que les choses changent et un peuple chrétien au Québec qui attend ce changement … Vivement un haut clergé qui soit ce lien, et non un obstacle institutionnel discréditant et sabotant tout espoir de renouveau.

Pierre JC Allard

 

 

 

3 pensées sur “Dieu reconnaitrait-il les siens ?

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    9 septembre 2013 à 8 08 28 09289
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    Des arrivistes marchands s’unissant aux arrivistes de la noblesse des Croÿ-Roeulx, quoi de plus normal pour une caste de financiers.

    Le petit empire deSagard a tout simplement mis sa richesse sous le protectotat des banquiers de la toison d’or*, en le blasonnant par un « hérald » de Croÿ-Roeulx, chevaliers d’armes d’Hera. http://fr.wikipedia.org/wiki/Famille_de_Croÿ

    Le symbolisme hiéroglyphiques des collectivités humaines et de ses dirigeants est un système emblématique unique en ces temps où la reconnaissance et l’identification passent rarement par l’écrit.

    En priant que Persius n’aura qu’un coup d’épée à donner pour trancher la tête du dragon de colchide, un des noeuds Gordien des misères de l’humanité.

    DG

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      9 septembre 2013 à 8 08 29 09299
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      * Jason et la toison d’or: « Consens à accomplir cet exploit, et je jure que je te céderai le sceptre et la royauté. » Pindare, Pythiques, IV

      La crosse (ou le speptre, représentant l’Église ou l’État) et le flagellum (fléau pour battre le blé ou fouet pour battre l’esclave) sont les deux symboles du pouvoir. Le premier étant un système d’exploitation basé sur le commerce, et le deuxième basé sur l’explotation du travail. (Travail, du latin Tri Palium trois pieux, instrument de torture pour esclaves)

      DG

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    9 septembre 2013 à 13 01 54 09549
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    Le mariage d’un rejeton d’une caste qui a le prestige, mais perd en pouvoir réel, avec un ou une partenaire de la caste montante est la méthode traditionnelle d’adjonction des compétences qui permet que l’élite se transforme lentement et garde sa pertinence. Durant des siècles, la dot a symbolisé cet arrangement. Difficile aujourd’hui, car tout change trop vite, mais encore possible tout en haut de l’échelle dans un cas comme celui qui nous intéresse. Le cas emblématique en Europe a sans doute été la fille de Franco, dictateur roturier, épousant un Bourbon prétendant aux trônes d’Espagne.. et de France ! Napolieon avait aussi pris cette voie.

    Dans le cas présent, il faut dire que la chose est bien montée. Pas de chiqué sur le pouvoir et le fric des Desmarais… et pas de chiqué sur le sang bien bleu du marié, dont l’ancêtre se faisait traiter d’arriviste, mais dont, après 800 ans, on peut dire qu’il est tout a fait arrivé 🙂

    PJCA

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