Du landau au corbillard…

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CAROLLE ANNE DESSUREAULT

Je poursuis ce matin avec l’histoire des mots qui nous transportent dans le temps et dans le vécu humain qui a entouré leur création. Je rappelle que je m’inspire du livre de Gilles Henry, Petit dictionnaire des mots qui ont une histoire, publié aux Éditions Taillandier.

Landau
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Un joli carrosse pour promener bébé. N’est-ce pas ce qu’évoque ce mot pour nous !

Pourtant son origine est toute autre et fascine par les multiples liens créés pour en arriver à sa signification actuelle.

Autrefois, on commence disons en 1260, il y avait une ville qui se nommait LANDAU en Allemagne. Quelques quatre siècles plus tard, la ville de Landau fut occupée par les Français et cédée à la France par deux traités, dont celui de Ryswick en 1697. Bien que la ville fut fortifiée par Vauban, elle fut attaquée à plusieurs reprises, mais resta française jusqu’en 1815. Après quoi elle devint une place forte dans le Palatinat bavarois.

Quel est le lien, direz-vous, avec l’occupation de la ville Landau et les jolies voitures d’enfant pour les promenades ?

Voici : la berline commençait à connaître un grand succès en Europe. La ville de Landau s’inspira de ce succès pour se spécialiser dans la fabrication de voitures à quatre roues, deux banquettes se faisant vis-à-vis, deux soufflets s’ouvrant et se fermant à volonté. Le véhicule devint un landau attesté en 1820.

Le temps a passé. La voiture landau fut remplacée par des voitures plus performantes. Aujourd’hui le terme landau désigne certes une voiture d’enfant, munie de grandes roues et d’une capote pliante surmontant une caisse suspendue ou d’une coque moulée en plastique.

Corbillard
Quant au corbillard qui résonne pour nous comme tombe et mort, il faut dire qu’en 1549 en France, dans la ville de Corbeil, on nommait corbillaz le coche d’eau qui faisait le service entre Corbeil et Paris, lequel fut représenté sur un plan de la capitale plus tard.

Au début, le coche d’eau portait le pain dans la capitale et mettait une journée entière pour aller de Corbeil à Paris, ceci jusqu’à ce que se développent les chalands et les bateaux à vapeur.

Entretemps, vers 1720, le corbillard était devenu un carrosse utilisé pour les laquais d’un grand seigneur et en 1798 la triste voiture servit à transporter les morts. De nos jours, le corbillard poursuit cette fonction.

Fiacre
Cette voiture ne doit pas son nom au propriétaire-inventeur du fiacre. Tout commence lorsque Nicolas Sauvage, facteur du maître des coches d’Amiens au XVIIe siècle, a l’idée de louer aux personnes de qualité des voitures et des carrosses. On remisait ces dernières dans un hôtel de la rue Saint-Fiacre. Voilà comment ces voitures prirent le nom de fiacre, qui en passant, serait le saint patron des jardiniers.

Berline
La berline doit son nom à la ville allemande Berlin. Aujourd’hui capitale de l’empire, elle n’était au XVIIe siècle que la capitale du Brandebourg et à cette époque elle se distinguait comme une société savante et se manifestait par ses inventions. Un architecte du prince-électeur, M. Chiese, mit à la mode un carrosse qui se différenciait des autres voitures par une meilleure suspension qui prit le nom de berline.

La berline remporte un grand succès et en 1718, on employait ce nom pour désigner une voiture hippomobile suspendue, à quatre roues et deux fonds symétriques, couverte d’une capote garnie de glaces. Une voiture luxueuse.

Bungalow
Changeons de domaine avec le mot bungalow. Sans doute ne serons-nous pas surpris d’apprendre que ce mot est né d’une déformation. Car, au Bingale en Inde « la maison du Bengale » se disait bangla. Cependant, les Anglais installés dans la région déformèrent le mot en prononçant bungalow. Ainsi, depuis 1829, le bungalow est une habitation d’un seul étage avec véranda, dont le développement va croissant, même dans les régions peu ensoleillées.

Bicoque
On ne manqua pas de bicoques au Québec tout le long du développement de la colonie. Dans le sens de maison délabrée, sans grand confort.

Il faut remonter aux derniers Valois pour comprendre le parcours de l’histoire de la bicoque qui se prévalèrent de l’héritage de Valentine Visconti et tentèrent à maintes reprises de conquérir l’Italie du Nord. La liste des campagnes est longue entre 1494 et 1546. Et la plupart d’entre elles mettent en scène François 1er. fasciné par la conquête de l’Italie.

Des affrontements eurent lieu entre les armées de François 1er et celles de Charles Quint. Finalement, après bien des batailles, les Français perdirent sur plusieurs fronts.

Parlons de celle de 1522 qui eut lieu dans un écart de la commune de Niguarda, dans la banlieue de Milan, nommée La Bicocca. C’est la bataille de la Bicoque où les Français conduits par le vicomte Lautrec furent vaincus. Ainsi, la bicoque désigna bientôt (attestation faite en 1611) une petite ville ou une place mal fortifié. Comme le mot italien signifiait également « petit fort », le terme recouvrit rapidement le sens familier que nous connaissons aujourd’hui, celui d’une petite maison de piètre apparence, sans confort ni agrément. On dirait bien que le sens du mot bicoque a perdu de sa grandeur au fil du temps.

Cravate
Le sens de ce mot a beaucoup voyagé.

On appelait au XIe siècle « cravate » un cheval robuste d’origine croate. Au fil du temps, on appela du même nom ceux qui montaient ces chevaux. Cela se passait dans les vastes étendues de la Croatie en Yougoslavie au sud du Zagreb.

En 1640, les cavaliers croates ou cravates firent du service dans les armées françaises. Ils formèrent des groupes de reconnaissance exposés à l’adversaire, et furent rassemblés par Louis XIV dans un régiment qu’il appela Royal-Cravate. Or, ces cavaliers croates ou cravates avaient l’habitude d’enrouler autour de leur cou une bande de linge fin. Un peu plus tard, la mode naquit de porter cette cravate qui remplaça le collet plissé difficile à supporter.

La cravate nouée telle que nous la connaissons a été coupée pour la première fois un siècle plus tard par un grand tailleur de la rue de Rivoli à Paris, nommé Washington Tremlett, pour de ses clients américains.

Persienne
Voici un mot facile dont l’origine est facile à reconnaître. La persienne vient de la Perse. Ce serait là que fut créé le chassis de bois extérieur, mobile et muni d’un panneau à claire-voie et qui servait à protéger à la fois du soleil et de la pluie la fenêtre ou la porte-fenêtre, tout en permettant l’air de passer. Initialement appelée « objet persienne », le nom de persienne s’imposa en 1730.

Cette chronique se poursuivra avec d’autres mots qui ont une histoire.

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d'argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l'épanouissement de la personne par la pratique de l'attention vigilante : la pleine conscience.

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