Du mythe des guerres « justes », à l’utopie de la Révolution parapluie


 

Bibeau.robert@videotron.ca    Sur  http://www.les7duquebec.com

Note : La go=gauche trotskyste ne représente surtout pas la voix  des travailleurs mais celle de la petite-bourgeoisie en cours de paupérisation-prolétarisation. Ne lui donné surtout pas le leadership de la Révolution prolétarienne.

La rencontre de Moscou (1960).

Pour les hommes d’État occidentaux, pour les politiciens à la solde, pour les bureaucrates syndicaux, les bobos et les médias menteurs l’année 1960 marquerait le « triomphe de la paix entre deux systèmes sociaux différents ». Il aura fallu quinze ans de croissance économique (1945-1960) et de déclin du mouvement ouvrier pour que la paix impérialiste s’impose sur le monde, à l’ombre de laquelle se développèrent massacres, guerres de brigandages, affrontement et conflits de spoliation des prolétariats internationaux.

En juin 1960, dans un article incisif la revue Programme communiste écrit ceci : « Autrefois, l’action ouvrière contre la guerre était inséparable de la revendication sociale d’émancipation. Le refus du « sacrifice suprême » sur l’autel de la patrie n’était que le prolongement logique du refus de l’exploitation économique. Les ouvriers, qui n’acceptaient pas que la spoliation de la force de travail fût reconnue naturelle et éternelle se refusaient de la même façon à admettre que les guerres du capitalisme fussent légitimes et sacrées » (1). Malheureusement, une fois cette vérité récitée tel un oukase l’éditorialiste gauchiste se lance dans une incantation convenue parmi les adhérents de la IIIe Internationale : « Mieux encore, ils se promettaient, si la bourgeoisie commettait la folie d’allumer l’incendie belliciste aux quatre coins de l’Europe, de le noyer promptement dans le sang de la révolution sociale. Cette résolution altière et cet engagement solennel des syndicats et partis ouvriers, c’était il y a cinquante ans » (2).

On aura compris que l’auteur situe l’origine de cette « promesse » utopiste en 1910, occultant ainsi la trahison sociale-démocrate de 1914, et la trahison communiste –  IIIe Internationale de 1941. Cette commode amnésie à propos des deux plus grands « foyers d’incendie bellicistes aux quatre coins de l’Europe » permet au journaliste de poursuivre sa croisade contre la gauche réformiste. Le Programme communiste écrit : « Le spectacle est aujourd’hui bien différent des dirigeants « communistes » qui, au nom de la paix, abandonnent jusqu’aux revendications les plus élémentaires des travailleurs ; des chefs d’État pseudosocialiste qui congratulent les magnats de la finance et des marchands de canons ; des dirigeants syndicaux pour lesquels la menace de guerre, bien loin de justifier la révolte sociale, constitue au contraire une raison suprême d’y renoncer ; des hommes et des partis, enfin, qui non seulement ont remplacé l’agitation, la grève, la lutte de classe par les «  campagnes de signature » sous le signe de la « Colombe », l’imploration servile d’une paix de misère (illusoire et impossible dirions-nous. NDLR), mais encore propagent au sein du prolétariat la version la plus vulgaire, la plus hypocrite et la plus fausse de la cause des guerres : la version bourgeoise. L’ignorance des masses, la cupidité des puissants, l’ambition des chefs d’État ou, pire encore, l’incompréhension réciproque de peuples que diviseraient des régimes sociaux prétendument différents, voilà l’explication de la guerre et des risques de guerre telle que nous la donnent conjointement la propagande russe et la propagande américaine, M. Khrouchtchev comme M. Eisenhower. Telle que la reprennent à leur compte, démocrate et réactionnaire, « socialistes » et communistes au rythme vertigineux des rotatives, dans le tumulte assourdissant des radios » (3).

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 Le Programme communiste rappelle avec justesse la trahison des « révisionnistes » sorties fières et unies de la rencontre des 81 Partis communistes à Moscou (1960). Ce sont les mêmes partis communistes qui avaient docilement entériné la dissolution de la IIIe Internationale au nom du Front-Uni-Patriotique contre la variante « fasciste-nazi » de l’impérialisme, en collusion avec la variante « libérale démocratique » du grand capital impérialiste. Bref, la Déclaration de Moscou de 1960, que reflète cet extrait, trouve son origine en 1921, dans le triste constat que la Révolution bolchévique était une révolution démocratique bourgeoise pour sortir les Russies tsaristes du féodalisme et les faire accéder au capitalisme d’État soviétique, la NEP. Le prolétariat révolutionnaire mondial n’a jamais cessé de réfuter ces pseudo explications à propos des « causes » de la guerre en reprenant la formule de Clausewitz « la guerre c’est la politique qui se poursuit par des moyens différents ». La cause de toute guerre bourgeoise, quel qu’en soit le prétexte opportuniste, réside dans les contradictions qui crispent le mode production capitaliste et l’empêchent d’atteindre son objectif de reproduction élargie du capital. Pour éclater, pour être conduite à terme, pour se résoudre par une consolidation du mode de production et de la société capitaliste, la tactique guerrière exige que lui soit subordonnée toute autre tactique de lutte de classe sociale. La guerre est incompatible avec la lutte sociale de classe qui doit être préalablement annihilée-dévoyée par le capital. Si ce résultat est atteint, si le prolétariat se laisse prendre aux oraisons funèbres qu’on lui susurre en faveur du « Front populaire uni patriotique capitaliste » ; si les organisations de la gauche soi-disant ouvrière font gobées aux prolétaires le principe d’un intérêt supérieur de la Nation-patriotique, transcendant celui de la révolution prolétarienne, tels les droits des minorités, le féminisme petit-bourgeois, la défense de la civilisation et de la religion, la défense de la patrie et de la  démocratie, le triomphe de l’idée de donner sa vie pour sauvegarder l’État national, l’ethnie ou la race, peu importe quel État sortira vainqueur du conflit racial : le mode de production capitaliste aura survécu. C’est essentiellement l’arnaque de 1914-1918 contre les « Boches » et celle de 1939-1945 contre les « Boches-nazis ». Aujourd’hui, la question poser et à résoudre est simple : Le grand capital parviendra-t-il, pour la 3e fois dans l’histoire à tromper le prolétariat mondial ? À chacun de prendre ses marques, pour ou contre le prolétariat international.

C’est pourquoi le mouvement prolétarien révolutionnaire ne se définit pas vis-à-vis de la guerre (juste ou injuste) ni vis-à-vis de la paix, dans l’abstrait, impossible sous le capitalisme, mais en fonction du renversement du mode de production capitaliste sous la guerre ou sous la « paix » impérialiste. Pour le prolétariat mondial, il n’y a jamais eu de guerres « justes » ni de guerres « injustes », qui sont des catégories morales jansénistes n’ayant rien à voir avec la lutte de classes. Pour le prolétariat révolutionnaire, il y a des guerres nécessaires, essentiellement et uniquement la guerre révolutionnaire visant le renversement des rapports de production bourgeois-capitalistes, et il y a des guerres de rapines, des guerres pour le partage des marchés, ou pour la conquête de ressources visant leur spoliation et leur intégration sous les forces de production capitalistes, assurant la reproduction élargie du système. Aucune de ces guerres impérialistes (opposant l’aile fasciste-nazi à l’aile libérale démocratique socialiste) ne concerne pas le prolétariat révolutionnaire, qui doit les répudier. Il n’y a jamais eu de « patrie » du socialisme à défendre au prix de la vie du prolétariat soviétique et/ou du prolétariat mondial.

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Il est une autre illusion que Lénine, les bolchéviques et la IIIe Internationale ont colporté en ce qui concerne la Guerre et la Révolution. Lénine l’a formulé à peu près comme suit « Ou bien la Guerre déclenchera la Révolution sociale, ou la Révolution sociale empêchera la Guerre », ce qui constituait une erreur idéaliste. L’histoire est implacable, il n’existe pas d’exemple historique où la Révolution sociale a empêché la guerre, car dans toute formation sociale c’est la classe dominante, hégémonique, qui contrôle le pouvoir des instances, économique, politique, sociale, diplomatique, militaire et idéologique. La guerre révolutionnaire ne peut survenir qu’à la suite et en réaction à la guerre impérialiste inévitable, incontrôlable, et comme de raison effroyable pour les classes prolétarienne et/ou paysanne, qui invariablement, serviront de chair à canon dans toute guerre nationaliste réactionnaire. Faut-il refaire l’histoire des guerres « patriotiques » du Mozambique, d’Angola, du Congo, d’Algérie, du Tchad, d’Éthiopie, d’Érythrée, d’Irak, du Liban, de Syrie, de Chine, de Corée ou du Vietnam pour n’en citer que quelques exemples ?

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Et la Troisième Internationale communiste ?

C’est dans ce marécage vaseux que la IIIe Internationale communiste et que l’éditorialiste du Programme communiste tentent de nous entrainer « Nous allons voir comment et pourquoi – qu’il y eut des guerres nécessaires et progressives, la grande question qui se pose est de décider si de telles guerres que le prolétariat doit appuyer de toutes forces et non pas condamner, sont encore aujourd’hui possibles » et le locuteur poursuit, prudent, « disons tout de suite pour nous délimiter de l’opportunisme qui a infecté deux Internationales toute entière, que, ni la première guerre mondiale de 1914-18 ni la seconde de 1939-45, ne peuvent être classées, sous quelque prétexte que ce soit, dans cette catégorie. Ces secousses formidables, qui mobilisèrent des masses sociales considérables dans les armées régulières ou dans les rangs des « partisans », n’en furent pas moins des conflits sordides entre pouvoirs capitalistes se disputant de la force de travail à exploiter, des ressources naturelles à piller, des marchés à dominer. Abominables boucheries, elles ne vinrent à bout d’États militaires armés jusqu’aux dents que pour consacrer la victoire de la forme la plus rapace de l’exploitation capitaliste, dont la citadelle n’était située ni dans le militarisme prussien ni dans l’hitlérisme fasciste, mais au cœur de la coalition démocratique dominée par la force anglo-yankee (…) il y eut et il y a encore des guerres légitimes (…)  Sans nous étendre sur les conditions que posait le parti prolétarien à un appui momentané aux révolutions bourgeoises et aux mouvements d’unification nationale, précisons tout de suite que cet objectif d’instauration des formes capitalistes de production et de la structure politique correspondante n’a jamais été, pour les marxistes, une fin, mais une étape qu’il fallait franchir, non pas pour s’endormir dans le pseudoparadis de la «démocratie», mais au contraire pour en précipiter la destruction » (4).

L’Éditorialiste du Programme communiste répète ici les erreurs nationalistes chauvines de la IIIe Internationale communiste. L’impérialisme est le stade ultime d’évolution du mode de production capitaliste mondialisé et à ce titre toute guerre (locale, régionale, mondiale) n’est que l’extension militaire de l’économie politique capitaliste dont la citadelle se trouve aussi bien dans le militarisme prussien, le nazisme hitlérien, le fascisme italien, le corporatisme franquiste, le militarisme japonais, le social-impérialisme soviétique, le nationalisme chauvin chinois, que dans le libéralisme démocratique occidental en tant que factions particulières des puissances impérialistes (l’impérialisme anglo-yankee est un concept nationaliste chauvin tout aussi raciste que le concept de « péril jaune », ou de « juiverie internationale » qui firent recette à cette époque). Enfin, l’auteur sous un verbiage gauchiste accrédite la soumission de la classe prolétarienne internationale aux objectifs de la classe capitaliste mondiale. Sous prétexte que le mode de production capitaliste monopoliste (impérialiste) est une étape nécessaire avant l’avènement du mode de production prolétarien-communiste – l’éditorialiste glorifie l’engagement de la classe prolétarienne comme chair à canon au service d’une bourgeoisie nationale prétendument progressiste. Quelle fourberie ! Depuis 1921, de par le monde, des dizaines de millions de prolétaires ont sacrifié leur vie pour qu’une faction bourgeoisie nationale raciste et chauvine accède au pouvoir d’État bourgeois et s’accapare une plus large part de la plus-value « nationale » tout en s’installant au pouvoir en tant que majordome du capital impérialiste mondial. Il n’était pas du ressort – de la responsabilité du prolétariat des États-nations dominés de défendre les intérêts de leur bourgeoisie contre non pas leur aristocratie nationale, mais en faveur de leur nouveau geôlier capitaliste bourgeois. L’auteur pousse l’incongruité jusqu’à défendre la nécessité de l’esclavage salarié pour justifier l’inévitabilité des massacres ouvriers… Monsieur Thiers n’a pas fait pire. L’éditorialiste léniniste écrit « Il y eut toute une phase historique au cours de laquelle le prolétariat fut directement intéressé au triomphe de la bourgeoisie sur les anciennes classes aristocratiques, et où son parti l’« Association Internationale des Travailleurs », préconisa ouvertement l’appui des ouvriers à toute lutte pour le renversement de l’absolutisme monarchique, la conquête des libertés bourgeoises, la constitution ou la défense des entités nationales » (5). Le scribe oublie de mentionner que Marx a statué que cette période historique, de courte durée au demeurant, s’est terminée avec la Commune de Paris et la trahison du capital français qui préféra livrer la « patrie française » au capital allemand plutôt que de la voir tomber entre des mains du prolétariat français (6).

Comment les communistes qui ont promu la politique réformiste de défense des intérêts capitalistes nationaux et qui ont mobilisé des millions de prolétaires (soviétiques, espagnoles, français, états-uniens, chinois, vietnamiens, coréens, cubains, yougoslaves, angolais, palestiniens, etc.) venus mourir sur les champs de bataille du capital mondial afin que l’une ou l’autre des factions nationalistes chauvines de leur bourgeoisie nationale réactionnaire (MPLA, UNITA, FATAH, HAMAS, etc.) se substitue à l’ancienne faction à la tête de l’État de droit démocratique bourgeois ordonnateur de leur exploitation de classe mondialisée ?

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L’analyse matérialiste dialectique communiste des guerres impérialistes.

L’intellectuel communiste poursuit sur sa voie idéaliste poussant la mystification plus avant : « Le marxisme, étudie chaque conflit militaire, non pas en fonction de principes d’humanité abstraits et creux, mais en étudiant sa portée et ses conséquences au point de vue des intérêts du prolétariat c’est-à-dire du socialisme (sic). Or le socialisme étranger aux valeurs classiques de la société bourgeoise : « la liberté, la démocratie, l’intégrité nationale » ; il se doit de les détruire (…) La liberté ce n’est jamais que celle des riches et des puissants. La démocratie n’est qu’un nivèlement illusoire (…) pour céder la place aux privilèges mille fois plus exorbitants du capital. L’intégrité nationale c’est la sauvegarde du cadre social et historique qui garantit ces privilèges. En un mot ces principes idéologiques, cette structure de l’économie, du droit et de l’administration civile, que chacune des deux dernières guerres affirma vouloir défendre jusqu’au dernier souffle (des prolétaires NDLR) n’intéressent, dans l’absolu, que la classe bourgeoise, donc l’ennemie directe de celle des travailleurs » (7).

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La seule et unique guerre, non pas « juste », concept moraliste que nous répudions, mais historiquement nécessaire pour la classe des prolétaires, est la guerre révolutionnaire issue de l’insurrection populaire et visant à porter l’insurrection à son terme ultime, la Révolution prolétarienne du nom de la classe qui a pour vocation de construire le nouveau mode de production ; non pas « socialiste de transition vers le communisme », une rationalisation bolchévique cherchant à justifier la nécessaire construction du mode de production capitaliste en Union soviétique postféodal, mais le mode de production prolétarienne communiste.

L’organe Programme communiste poursuit sa fumisterie : « Mais cette exploitation impérialiste (…) joue un rôle révolutionnaire considérable, en ce qu’elle éveille à la vie politique moderne des populations jusque-là fermées à tout mouvement massif d’émancipation sociale. Et ce phénomène a pour résultat de faire subir à toutes les « valeurs » idéologiques bourgeoises un curieux renversement qui vient à point confirmer l’analyse marxiste et sa perspective révolutionnaire. Les populations coloniales assujetties réclament-elles à leur tour les droits politiques que revendiquèrent, il y a un siècle, les peuples d’Europe ? La bourgeoisie démocratique y répond par la calomnie et la violence répressive : l’indépendance des peuples d’Asie et d’Afrique n’est qu’un rêve utopique exploité par des « agitateurs » stipendiés. La sacrosainte liberté du travail, qui procura au capitalisme européen son armée industrielle de faméliques salariés, vient-elle à se retourner contre l’exploitation coloniale privée d’une main-d’œuvre qui déserte les grands domaines ou l’industrie des cités champignons? La bourgeoisie blanche y répond par la contrainte, le service du travail obligatoire ou l’amende que l’indigène ne peut payer et qui le voue aux travaux forcés sur la terre du colon. Les colonisés, enfin, se décident-ils à revendiquer la souveraineté nationale, à l’instar des peuples d’Europe asservis autrefois par les dynasties ? » (8)

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L’éveil des « peuples » tiers-mondistes à l’impérialisme totalitaire !

Selon le Programme communiste « l’exploitation impérialiste » serait un vecteur de la révolution communiste puisqu’elle éveille à la vie politique moderne des salons de thé parisiens et londoniens les aristocraties moyennes-ageuses coloniales en quête d’un rôle économique national rémunérateur qui lui sera finalement attribué après moult guerres génocidaires, dont les paysanneries de ces pays, pseudo décolonisés auront fait les frais au cours du XXe siècle. Les « droits démocratiques et la souveraineté politique nationale » (sic) viendront finalement consacrer par constitutions patriotiques le nouvel équilibre des forces intercapitalistes et les nouveaux accords d’exploitation qu’auront générés ces milliers de morts populistes (communistes). Il faut se rappeler qu’aucune indépendance nationale ni aucune liberté politique ou sociale n’existe sans indépendance économique. D’où il ressort que même ces prétentieuses constitutions pour pays néocolonisés ne sont que des concessions temporaires accordées non pas aux « peuples » exploités, mais aux bourgeoisies nationalistes stipendiées éjectables à volonté comme la démontré Mosadeh, Allende, Ortega, Mobutu, Duvalier, Ben Ali, Moubarak, Kadhafi, Sadam Hussein, et quelques centaines d’autres « leaders non-alignés » (sic) du tiers-monde désemparé.

Ce que décrit ci-haut le thuriféraire du bolchevisme-nationaliste est le résultat de l’exploitation impérialiste globalisée relayée par les bourgeoisies nationalistes de « couleur ». La classe paysanne et le petit prolétariat national (quand il existait dans ces pays féodaux agraires) n’auront fait le sacrifice suprême que pour changer le statut social de leur geôlier – passer de la domination d’aristocrates fonciers parasitaires – à celle de capitalistes commerciaux et industriels stipendier. À quoi bon revendiquer « la souveraineté politique nationale » sous un mode de production économique mondial ? Depuis Boukharine la gauche communiste n’a pas compris la nature économique systémique de l’impérialisme en tant que phase ultime du mode de production capitaliste moribond (9).

Pendant que les grandes puissances financières et industrielles impérialistes dépeçaient les États-nations, pas encore « émergents », transplantant des populations entières, les chassant sur les sentiers de l’immigrant, ou les réduisant à l’esclavage salarié par l’usage du gourdin et de l’encens, c’était bien, la sauvegarde de la « pax americana » que proclamait les capitalistes et leurs thuriféraires petits-bourgeois en métropole cynique où une bourgeoisie insolente étalait son opulence sous les yeux d’un prolétariat surexploité et trahi par une pseudo « avant-garde » socialiste-communiste-nationaliste simulant assez de solidarité pour protester contre le brigandage capitaliste à l’étranger, mais oubliant celle au foyer, apaisant ainsi leur bonne conscience de curé affligé.

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Guerres criminelles « justes » et guerre assassines « injustes » !

Sur les traces de la revue Programme communiste, abordons maintenant la véritable finalité de cet article. Le scribe écrit : « Si le mouvement de « révolte des peuples de couleur » avait eu la même ampleur il y a quarante ans, si à l’appel du prolétariat d’Europe réveillé par la révolution russe d’Octobre avait répondu la levée en masse des millions d’exploités d’Asie et d’Afrique, il est bien sûr que l’impérialisme aurait perdu la partie, que le capitalisme n’aurait pu résister à l’assaut prolétarien, que la contrerévolution stalinienne ne se serait pas produite et que le socialisme aurait déjà libéré au moins l’ancien continent et ses colonies. C’est ici qu’il convient de se référer à une formule fondamentale de Lénine, celle que les imposteurs de Moscou ont dû falsifier et dénaturer avec le plus d’acharnement pour pouvoir impunément continuer à se réclamer du marxisme et du communisme au moment où ils en bafouaient les principes en adhérant à la plus ignoble et inacceptable des guerres. Lénine appelait guerre juste toute guerre se dressant contre l’exploitation des pays arriérés ou colonisés par les puissances impérialistes et toute révolte armée dirigée contre les dynasties ou pouvoirs de nature féodale qui, complices et points d’appui pour l’asservissement de ces pays par le capital européens, en retardait le développement économique et y maintenaient des formes barbares et anachroniques (10).  Lénine appelait par contre guerre injuste tout conflit résultant de la concurrence entre puissances capitalistes et de la compétition pour un nouveau partage des territoires que le capital domine, soit par la coercition militaire alliée au maintien des vieilles formes despotiques locales, soit par l’étroit réseau des intérêts financiers. Cette classification se dressait résolument contre les concepts bourgeois de « légitime défense » et du « premier agresseur ». Elle plaçait au premier plan le caractère général de la guerre qui venait d’exploser : une guerre impérialiste entre « gros propriétaires d’esclaves » « pour un plus ‘juste’ partage des esclaves » (11).

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Nous ne saurions mieux résumer la théorie léniniste-bolchévique des « guerres justes » en « soutien aux luttes de libération nationale », en appui au « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes jusqu’à et y compris la sécession » et autres thèses nationalistes moralistes bourgeoises imposées au mouvement communiste international via la IIIe Internationale communiste. Thèses avec lesquelles les socialistes et les sociaux-démocrates de la IIe Internationale et toutes les sectes gauchistes font bon ménage depuis bientôt un siècle (12).

Les théoriciens des guerres « justes » et du « soulèvement des peuples de couleur », les idéologues de la « révolte des peuples se dressant contre l’exploitation des pays arriérés et contre le maintien de formes barbares et anachroniques de spoliation », transcendant la lutte des classes sociales, devraient s’interroger sur les motifs pour lesquels comme l’écrit le scribe « le soulèvement des peuples de couleur n’a pas eu lieu à l’appel de la Révolution russe » ? Nous pensons que c’est pour la raison que la Révolution russe ne fut pas une révolution prolétarienne internationaliste, pas d’avantage que les soulèvements populaires qui suivirent dans quelques pays d’Europe, pas d’avantage que la Révolution nationaliste chinoise (1949), et qui furent rapidement écrasés par la réaction capitaliste encore puissante parce que n’ayant pas terminé leur cycle long de développement économique. Le milliard de paysans arriérés des pays nouvellement entrainés dans le giron de l’exploitation impérialiste en pleine expansion ne se sentait pas concernés par la « libération des forces productives capitalistes du joug du féodalisme tsariste », cette « libération » économique nationale panrusse concernait la bourgeoisie et l’immense paysannerie russe auxquels, premier anachronisme de l’histoire sociale du XXe siècle, des communistes-bolchéviques apportèrent le soutien du petit contingent de prolétaires russes en cours de consolidation. Staline ne liquida pas la révolution démocratique bourgeoise en Russie, au contraire, il la porta à son sommet et en assura la victoire incontestée comme il le prouvera vingt-quatre ans plus tard en affrontant au sein de l’alliance impérialiste libérale son rival de l’alliance impérialiste germanique.

Ainsi, quand on comprend correctement le concept d’impérialisme, en tant que stade ultime du mode de production capitaliste, on comprend que sous le mode de production capitaliste triomphant une guerre, quel qu’en soit les modalités et les prétextes, ne peut être qu’une guerre « résultant de la concurrence entre puissances capitalistes et de la compétition pour un nouveau partage des territoires que le capital domine, soit par la coercition militaire alliée au maintien des vieilles formes despotiques locales, soit par l’étroit réseau des intérêts financiers », car l’économie impérialiste est systémique, globale et mondiale et la classe du grand capital y règne hégémonique, ce qui signifie qu’elle poursuit ses intérêts aussi bien par la voie économique que par les voies politique, diplomatique, et militaire, qui n’est que la poursuite de la politique par la violence et la guerre.

Le point de vue prolétarien révolutionnaire.

Sous le mode de production capitaliste en phase impérialiste une guerre ne peut servir qu’à asservir et jamais à libérer une classe déjà asservie (prolétariat), ou envoie d’asservissement (paysannerie) par la bourgeoisie impérialiste. La classe ouvrière n’a que faire des fadaises scolastiques à propos des guerres « justes » et des guerres « injustes », et à propos de la « Révolution » que la guerre devrait contrer ou le contraire. Le dilemme qui se pose à la classe prolétarienne internationale n’est pas de déterminer si une guerre est « juste » ou « injuste », « préalable » ou « conséquente », mais plutôt si une guerre nécessairement réactionnaire, quel qu’en soit le prétexte, pourra être transformée en guerre Révolutionnaire, en guerre pour abattre l’État bourgeois national, et ainsi abolir l’exploitation de l’homme par l’homme – et en cela seulement elle devient une guerre Révolutionnaire – si cette dernière guerre met fin à toutes les guerres. La dernière guerre sera nécessairement révolutionnaire et elle seule. Toutes les guerres de pseudo libération politique nationale qui servent à consolider l’emprise d’une faction du capital national, et à travers lui le capital impérialiste international, ne concerne pas le prolétariat international qui de toute manière n’y peut rien. Que la gauche s’y pavane pour y justifier son salaire de trahison, aussi peu que quarante deniers, parait-il.

Notes

  1. « Programme communiste », no 11, avril-juin 1960. http://www.sinistra.net/lib/bas/progco/qima/qimaedebif.html
  2. « Programme communiste », no 11, avril-juin 1960. http://www.sinistra.net/lib/bas/progco/qima/qimaedebif.html
  3. « Programme communiste », no 11, avril-juin 1960. http://www.sinistra.net/lib/bas/progco/qima/qimaedebif.html  « Plus le capitalisme vieillit, s’enfle, s’hypertrophie, plus sa dynamique interne est impérieuse et impitoyable, plus les risques de guerre sont grands. Plus les moyens techniques de production se développent, plus les tentatives d’entente entre États pour une limitation de l’application de ces moyens à la préparation belliciste sont utopiques, et plus criminelle est la propagande « ouvrière », « communiste », qui y ajoute foi. Contrairement à la croyance stupide selon laquelle la menace terrible de destruction atomique de l’humanité ferait reculer les chefs d’État, un tel paroxysme dans la recherche de la perfection quantitative et qualitative des moyens de destruction implique un accroissement énorme de la part improductive de l’économie, et de la masse de produits soustraits au marché, une place toujours plus prépondérante de la « guerre » au sein de la « paix ».
  4. « Programme communiste », no 11, avril-juin 1960. http://www.sinistra.net/lib/bas/progco/qima/qimaedebif.html
  5. « Programme Communiste », no 11, avril-juin 1960. http://www.sinistra.net/lib/bas/progco/qima/qimaedebif.html
  6. « Le soutien des mouvements et des guerres nationales s’éteint dans les flots de sang de la Commune de Paris en 1871, après laquelle tout « front uni » entre bourgeoisie et prolétariat dans l’Europe capitaliste est une trahison de la cause révolutionnaire et socialiste. » Marx l’exposa lumineusement dans un de ses plus brillants pamphlet : le massacre des Communards parisiens a consigné, pour cette partie du monde, l’élimination définitive de toute guerre nécessaire et progressive.
  7. La démission de la bourgeoisie en tant que classe révolutionnaire s’accentue d’ailleurs et se démasque par la suite en liaison avec le phénomène central du XX° siècle : le développement du capitalisme à sa phase impérialiste.
  8. Ce n’est là pour le bourgeois nationaliste que rébellion sauvage, atteinte à « l’intégrité du territoire ». Le capital écrit avec le sang et par les armes, sa propre définition de « liberté», celle d’exploiter toute force de travail, de gré ou de force ; de nation, c’est le champ de cette exploitation, et l’État national l’instrument d’oppression qui l’organise et la pérennise.
  9. « Programme communiste », no 11, avril-juin 1960. http://www.sinistra.net/lib/bas/progco/qima/qimaedebif.html
  10. Robert Bibeau. L’impérialisme stade ultime du mode de production capitaliste. À paraître chez l’Harmattan. Paris.
  11. La brochure « Le socialisme et la guerre » (1952) Éditions Sociales. Recueil d’articles écrits en 1915 par Lénine formule cette position d’une façon qui ne laisse place à aucune équivoque : « L’époque 1789-1871 a laissé des traces profondes et des réminiscences révolutionnaires. Avant le renversement de l’absolutisme et du joug étranger, il ne pouvait être question du développement de la lutte du prolétariat pour le socialisme. Parlant du caractère légitime de la guerre « défensive » par rapport aux guerres d’une telle époque, les socialistes ont toujours eu précisément pour but une révolution contre le régime médiéval et le servage. Les socialistes ont toujours entendu par guerre « défensive » une guerre « juste » dans ce sens. C’est dans ce sens seulement que les socialistes reconnaissaient et continuent de reconnaître le caractère légitime, progressif, équitable de la « défense de la patrie » ou d’une guerre « défensive ». Par exemple, si demain le Maroc déclarait la guerre à la France, l’Inde à l’Angleterre, la Perse ou la Chine à la Russie, ce seraient des guerres «justes», «défensives», quel que soit le premier agresseur, et tout socialiste montrerait de la sympathie pour la victoire des États opprimés, dépendants, ne jouissant pas de la plénitude de leurs droits, sur les «grandes» puissances oppressives, esclavagistes, spoliatrices.» (Page 6).
  12. « Le socialisme et la guerre» (Éditions Sociales 1952), page 9. « À ceux qui invoquaient l’invasion de la Belgique en 1914 pour justifier leur adhésion à l’union sacrée patriotique, Lénine rétorquait qu’il était bien vrai que le sol de la Belgique avait été violé par l’armée allemande, mais que dans ces conditions, c’est-à-dire dans les conditions d’une guerre impérialiste, « il est impossible d’aider la Belgique autrement qu’en aidant à étrangler l’Autriche ou la Turquie ».  Et il ajoutait : « Que vient donc faire ici la « défense de la patrie » ? Cette patrie qui ne peut être défendue que par l’écrasement des autres patries, c’est-à-dire non seulement des pays belligérants, mais encore des pays opprimés, dont les impérialismes rivaux se disputent la domination par la guerre précisément.».  « Le socialisme et la guerre » (Éditions Sociales 1952), page 11.

«Quiconque, concluait Lénine, justifie la participation à cette guerre perpétue l’oppression impérialiste des nations. Quiconque veut exploiter les difficultés actuelles des gouvernements en ayant pour but la révolution sociale défend réellement la liberté réelle des nations, liberté qui n’est réalisable qu’en régime socialiste

Le déclenchement d’un conflit sera d’autant plus prompt et terrible que la quantité de travail incorporée dans les engins de guerre et gaspillée dans les recherches à des fins destructives aura été considérable. Les marxistes ne peuvent cacher cette vérité à la classe ouvrière: si le mouvement prolétarien ne renaît pas, s’il ne trouve pas la force de disputer la direction de la société aux classes capitalistes avant l’éclatement de la guerre atomique, rien ne pourra arrêter celle-ci, ni les accords entre les chefs d’État, ni les protestations individuelles ou de masses, rien sinon la difficile reprise de la lutte pour la destruction des pouvoirs existants.

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