Éduquer, c’est faire entrer quelqu’un chez soi

 

CAROLLE ANNE DESSUREAULT :

Je me suis replongée dans le merveilleux livre de Jean Bédard, Comenius. Mais avant de vous livrer des merveilles de pensées élevées, des réflexions qui allument des étincelles en soi, voici une description sur la vie de Comenius, un homme hors du commun.

COMENIUS, Jan Amos Komensky, est un philosophe, grammairien, pédagogue tchèque né en 1592 en Moravie (Royaume de Bohême) et décédé à l’âge de 78 ans.

Toute sa vie, il s’occupa de perfectionner les méthodes d’instruction.

On le définit comme le père de la pédagogie moderne.

Il étudie en 1611 à l’Université calvinisite de Herborn en Allemagne. Sa formation philosophique est fortement marquée par l’étude de la Bible. En 1613, il s’isncrit à la faculté de théologie de l’Université de Heidelberg.

Quelques années plus tard, il se marie, et devient pasteur à la paroisse de Fulnek. Cinq ans plus tard, au début de la Guerre de Trente Ans, la ville de Fulnek est envahie par les troupes espagnoles. Comenius doit s’enfuir. Il ne reverra jamais sa femme et ses deux enfants qui vont mourir de la peste. Condamné à l’exil, il voyage dans une grande partie de l’Europe. En 1628, il s’établit à Leszno en Pologne. Il aura deux autres mariages.

Il devient un personnage respecté, écouté autant par les catholiques que les protestants. Il s’intéresse à la pédagogie et le Cardinal de Richelieu l’invitera en France – mais sans succès. Il va réformer des écoles en Angleterre et en Suède.

Quelques années plus tard, toujours en Pologne, à la suite d’une attaque des catholiques polonais, il perd tous ses travaux des vingt années précédentes. En 1956 il se réfugie en Hollande.

On le considère comme le père de l’éducation moderne. Michelet l’appelait Le Galilée de l’éducation. Il est aussi considéré comme l’inspirateur de la franc-maçonnerie. En 1942, il a rencontré René Descartes et malgré de fortes divergences d’opinions, les deux hommes ont partagé le même but d’une science rationnelle universelle.

Pour Comenius, l’éducation était le remède à la profonde crise culturelle qui traversait l’Europe  son époque. Il véhiculait l’idée que chaque être humain mérite d’être éduqué. Tout devait être enseigné à tout le monde, sans distinction de richesse, de religion ou de sexe. À une époque où les femmes étaient peu considérées, il affirmait que les filles ont les mêmes capacités intellectuelles que les garçons. Surtout, il a créé de nouvelles façons d’enseigner. Il condamnait les façons de présenter les connaissances comme des éléments juxtaposés plutôt que comme un tout. Il croyait qu’il fallait apprendre à penser. Ainsi, s’attacher aux activités de la pensée et de la raison, mais aussi au travail manuel.

À son époque, il a conçu un système d’éducation rationalisé, unique pour les deux sexes, en quatre degrés : l’école maternelle pour les petits ; l’école publique pour les enfants ; l’école secondaire pour les adolescents et les académies pour les plus âgés. Il croyait aussi que l’éducation est un processus qui se poursuit toute une vie.

Tout particulièrement sa manière d’enseigner est exceptionnelle, et l’idée que l’enseignant doit éveiller l’intérêt de l’élève par l’utilisation d’images, d’associations, d’expériences concrètes, de jeux de groupe, et la participation de chacun. Il déconseillait toute punition corporelle.

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Voici des mots, des idées, des envolées que j’ai retenues du livre de Jean Bédard sur Comenius, l’art sacré de l’éducation.

Éduquer – c’est faire entrer quelqu’un chez soi

On doit déposer la vie lentement sur le dos des enfants, par petits paquets bien pesés. Trop d’atermoiements, ils restent chétifs. Trop d’empressement, on risque de les éteindre.

Préserver l’enfant, c’est préserver sa joie naturelle. L’enfant aime le difficile, il grimpe, escalade, saute. Par le difficile, il renforce son corps, sa volonté, sa sagacité, sa mémoire. Mais le trop difficile écrase. L’éducateur doit moduler les exigences. Cela suppose qu’il assume lui-même le poids. Tel est le métier de parent.

La science, mécanique de Descartes (propos de Comenius à sa fille)

Mais la science? demande la fille qui doute d’elle. Ah, dit Comenius, tu parles de la mécanique de Descartes, celle-ci n’est pas une science de la nature mais une science de la raison, une sorte de science et une sorte de raison. Or, ce que cette raison conçoit clairement et distinctement, n’existe pas. Voilà ce que m’a fait découvrir l’erreur de ce fameux Descartes. On n’enseigne jamais aussi bien que par erreurs. N’oublie jamais que c’est la raison qui est dans la nature et non la nature qui est dans la raison.

Pour aller à l’intérieur de soi

Le seul moyen d’aller à l’intérieur, c’est de se jeter à l’extérieur et inversement.

Exercice suggéré par Comenius à sa fille Elizabeth pour se libérer

Commençons par un exercice très simple. J’ai une idée, ma fille, courez. Allez, courez, prenez votre envol, ouvrez les bras et courez comme pour attraper des papillons.

 Alors, racontera la fille, je me suis mise à courir. Je plongeai si profondément dans mes souvenirs de petite fille que bientôt je voyageais toute voile dehors. Plus je courais, moins j’avais de retenue.

Le père lui a demandé :

  • Qu’avez-vous appris de ce paysage?
  • Des fleurs, des feuilles petites et grandes, des boutons de moutarde, des mouches et des moucherons, des papillons, des araignées.
  • Et quoi d’autre?
  • Des arbres coiffés comme des comtesses, des poissons qui culbutent dans un ruisseau. Un lac qui a la chair de poule.
  • Et sous vos pieds, madame ma fille, demanda-t-il?
  • Des racines qui s’en vont à l’abreuvoir, des vers de terre filant à vive allure, des fourmis qui transportent de grosses chenilles.
  • Et les vaches, vous les avez vues?
  • Elles se caressent le dos avec la queue, regardaient l’horizon d’un air ruminant.

La domination engendre la violence

Comenius pensait qu’une partie domine le tout, c’est l’essence même de la violence. Que la raison domine l’homme, que l’homme domine la nature, ou que X conquiert le monde, c’est une même violence.

COMMENTAIRES DIVERS

Comenius était une personne riche et complexe sans être compliquée. Une pensée à l’écoute du murmure du réel. Une pensée libre qui préférait la pauvreté (et non l’appauvrissement) à l’esclavage.

 

 

 

 

 

 

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d'argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l'épanouissement de la personne par la pratique de l'attention vigilante : la pleine conscience.

2 pensées sur “Éduquer, c’est faire entrer quelqu’un chez soi

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    24 octobre 2019 à 8 08 12 101210
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    Carolle

    Bonjour,

    Encore un article comme tu sais les faire.

    Il est indéniable la meilleure façon d’éduquer qui que ce soit à n’importe quels niveaux.

    Car cela correspond aussi à lui livrer notre propre mode de vie, donc à partir de là cela semble plus qu’une évidence.

    Nous t’attendons toujours avec bien du plaisir si tu le veux

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    25 octobre 2019 à 4 04 18 101810
    Permalink

    Pourquoi a t-il été nécessaire de mettre en place une « éducation », de créer des « écoles » pour l’humanité ? Quelle en est l’origine ?
    Toutes les sciences, toutes les institutions, émanent d’une source unique : celle des Institutrices Elyséennes.
    Les prêtres de toutes les religions les ont altérées et les ont propagées dans tous les pays en les masculinisant ; c’est le fond de la mythologie.
    Mais remontons à la source de cette Ecole unique et nous verrons qu’un nom est resté pour la représenter : c’est Minerve.
    Le mot Minerve (min-erve) est composé de min, minne, qui signifie mémoire, esprit, intelligence (en latin mens). Ment en Irlandais signifie encore institution, institut, et, dit Ihm, « pour ainsi dire, mentis cultura. Le mot Mentor, dans la même langue, signifie eruditus, institutor, savant, pédagogue ». Mentor vient de men (esprit) et tor abrégé de thorah (loi). Erve signifie culture, par extension champs labourés, mais primitivement culture de l’esprit.
    ECOLE
    On s’est habitué à rapprocher le nom de Minerve de celui des Muses et du Mont Parnasse.
    Ceci a une cause lointaine qu’il faut expliquer.
    Parnasse se disait antérieurement Larnassas (voir Noël, Dict. de la Fable), mot qui signifie Ecole. Il dérive du verbe laren ou leeren, enseigner en anglo-saxon. Lar signifie doctrine, et Lareow, Maître ou interprète de la parole divine. Il existe dans la Belgique plusieurs endroits nommés Lærne, Leerne, Lerne ; c’était des lieux consacrés à l’instruction du peuple.
    « Les dieux Lares étaient, dans leur origine, des précepteurs du public. Diane était réputée Lare ».
    Il s’est donc formé, chez les Celtes, une catégorie de Maîtresses d’Ecole qui a porté différents noms. On les appelle souvent des Normes (d’où normale), et on nous représente trois Normes fondant un collège chez les Germains et les Scandinaves ; de là le mot Dryade (dry, trois). Mais le nom qui a surtout été conservé est Druidesse, féminin de Druide.
    D’où vient-il ?
    Chez les Irlandais, il est quelquefois question de Druidesses appelées ban-drui, et plus souvent de ban-filé, qui, comme les filé, étaient à la fois devineresses et poétesses.
    Or ban signifie Mère. Ce mot ban-drui voudrait donc dire Mère-Enseignante.
    A l’époque reculée où l’homme n’avait encore pour mœurs que ses instincts, on avait remarqué combien sa nature le portait à l’opposition, à la contradiction, à la domination.
    C’est pour enrayer ses mauvais instincts que les Mères instituèrent une discipline élémentaire qui est toujours restée depuis dans la société, et qu’on désigne encore par les mots « éducation », « convenance », « savoir-vivre », « manières comme il faut ».
    C’est cette retenue des mauvais instincts qui fut d’abord la Religion. La connaissance que l’on avait des lois qui régissent la nature humaine avait fait comprendre que l’homme doit être discipliné, « apprivoisé », pourrait-on dire, afin de pouvoir vivre dans la société des femmes, des enfants et même des autres hommes.
    On institua donc une règle de vie commune, dont l’homme comprenait la nécessité, car il s’y soumettait volontairement. C’est dans cette vie calme et bien organisée qu’on élevait son esprit vers la pensée abstraite et qu’on lui donnait les moyens de vaincre les sens dont on sut bientôt que l’usage abusif mène à la folie.
    Toutes les communes, toutes les républiques furent primitivement des associations de vie et de travail, sous les auspices d’une Déesse nationale. Et ces républiques ont été puissantes tant qu’un même lien unissait les citoyens entre eux comme des frères, et les unissait avec la Déesse comme avec une Mère.
    La dissolution des Etats, c’est-à-dire le désordre, commença quand certains hommes, troublés par le mauvais esprit qui engendre l’orgueil, voulurent mettre leur personnalité au-dessus des autres, s’affranchir des lois établies et dominer les faibles. Cette révolte fut le commencement de l’erreur sociale, c’est-à-dire de l’injustice.
    L’éducation était encore donnée chez les Gaulois par les grandes prêtresses et prophétesses que les Romains trouvèrent dans la Gaule et dans la Germanie lorsqu’ils allèrent combattre les guerriers de Vercingétorix et d’Arminius.
    Ces premières institutrices n’enseignaient pas seulement l’astronomie, la physique et la biologie, elles avaient acquis la connaissance des propriétés des plantes et en avaient fait la base de l’art de guérir, premier mot des sciences médicales.
    Nous comprenons maintenant combien les femmes qui savaient tant de choses devaient avoir de prestige dans ce monde primitif.
    Nous disions qu’on a rapproché le nom de Minerve de celui des Muses et du mont Parnasse. Nous venons d’expliquer l’origine du mot Parnasse, il nous reste à expliquer celle du mot Muse. Dans le pays des Atlantes qu’on appela les Champs Elysées, le séjour des Muses (les savantes) s’appelait Hélicon. Le pays, Hel-land, avait donné son nom au fleuve qui le traversait ; on l’appelait Hélium, pris symboliquement pour le soleil, parce qu’il arrosait la maison sainte, le ciel appelé Hemel. « Junon et Minerve étaient surnommées hélotes, qui veut dire surveillantes du Hel », dit de Grave (t. n, p. 92).
    Ainsi, c’est le fleuve appelé d’abord Hélium qui finit par s’appeler du nom même des Déesses qui vivaient sur ses bords, les Muses, et c’est ainsi que dans la géographie ancienne la Meuse s’appelle Mosa.
    Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/celtes-et-latins.html
    Cordialement.

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