Edward Burkhardt, comme bouc émissaire, ca vous va?

 

PIERRE JC ALLARD :

Les victimes de la tragédie de Mégantic ont toute ma sympathie. Leurs proches ont droit à notre compassion dans l’épreuve et à notre compréhension des sentiments qui les animent.  On ne peut voir mourir un enfant ou une victime innocente, sans chercher un coupables, et si Dieu n’était pas si grand et nous si faibles, on serait nombreux à brandir un poing vengeur vers le ciel, ce qui explique dans doute le choix de lui concéder l’excuse facile qu’il n’existe pas.

Cela dit. je suis en désaccord avec ce qui se dit du propriétaire de la société  MMA  impliquée dans l’accident. Je comprends les émotions de la population de Mégantic, car je n’ai pas à creuser loin en moi pour trouver la pulsion d’exiger réparation et d’exercer vengeance pour consoler mes deuils.  Mais doit-on pour autant, comme jadis  Darius, faire fouetter la mer pour la punir d’être agitée ?

N’avons-nous pas assez grandi en humanité pour comprendre que c’est partie de la cruauté du destin de ne pas nous livrer un coupable pour chaque blessure qu’il nous fait, et que s’en inventer un est une lâcheté qui ne nous apportera qu’un peu plus d’amertume ?  Tout au cours de l’histoire, on a fait des chasses aux sorcières. Brûlant ici une femme et là un Juif, pour exorciser la peste ou conjurer une famine. On a vu des tas de gens ordinaires portant cagoules ou flambeaux se déchaîner, contre le premier quidam qui passait par là, faute d’un mécréant plausible à rouer en Place de Greve.

Un quidam souvent un peu différent, mais toujours faible, désigné souvent à la vindicte populaire par ceux-là mêmes qu’à tort ou a rason  on pourrait blâmer de nos maux… Edward Burkhardt, comme bouc émissaire, ca ne me va pas. En fait, ça ne me SUFFIT pas.

Que reproche-t-on a Edward Burkhardt,

Que ses trains roulent sur des voies bien vétustes ?   Mais ne l’étaient-elles pas déjà l’an dernier sans que personne ne s’en émeuve ?   Et ces voies ne sont-elles pas au Quebec (Canada), où deux juridictions devraient ce colleter pour savoir laquelle devrait intervenir…  ?.  Mais aucune ne l’a fait.

Que les wagons n’étaient pas sécuritaires et qu’on transporte en fait des explosifs puissants dans de grosses boites de sardines qui ne demandent qu’à éclater ?  Mais on sait que le gouvernement en a approuvé l’usage et que c’est ce qu’utilise encore 70% de l’industrie pétrolière en Amerique du Nord.  On que e « libre marché » du transport condamnerait  à la ruine quiconque prendrait l’Initiative d’assumer le coût  de leur remplacement  sans qu’une loi oblige les autres a le faire également… Une loi qu’on ne fait pas, bien sûr.

Lui reproche t-on de ne pas avoir imposé des règles plus strictes à son employé, un bon diable d’employé  qui, ce soir-la, comme d’habitude, a fait ce qu’on lui a dit de faire puis est parti, sa journée faite, son salaire gagné, tout a fait satisfait  de son boulot ?  Croit on que Edward Burkhardt  lui a dit de quitter son poste pour sauver une heure de son salaire ?  Ou n’est-ce pas pluôt pour satisfaire ce bon diable québécois, sans doute syndiqué, qui s’est battu pour avoir le droit de mettre les freins le soir puis d’aller dormir… ce qui semble bien raisonnable ?

Reproche-t-on à  Burkhardt, – qui n’y connait sans doute rien – de ne pas  être allé lui-même constater que le feu était bien éteint, au lieu de prendre la parole des pompiers, ce qui semble pourtant bien raisonnable ?  Rien d’ailleurs ne laisse supposer que ce feu n’était éterint. Que la collision ait provoqué un incendie est évident, mais il est très hautement improbable que ce soit un incendie qui ait directement provoqué la collision.

Je ne vois pas ce qu’on peut reprocher au patron de MMA , hormis d’être un pion dans ce jeu sordide de prises de profit a tout prix qui est l’alpha et l’omega de tout notre système économique.  Cette recherche de plus de gadgets, qui est le  divertissement, totalement pervers, de toute une société qui s’ennuie de la perte de son sens, de ses valeurs et de ses illusions. Une société qui prend son pied dans la malfaisance, faisant surtout du mal parce chacun peut voir cyniquement que le mal a un effet et engendre une réaction sincère… alors que le bien laisse planer le doute qu’on ait vécu futile, inutile, voire ridicule.

Notre société sans but est obscène dans sa malfaisance.  Je n’aime donc pas que tous les commentateurs a la TV et les politiciens qui parlent de Mégantic semblent vouloir nous inviter à chercher un bouc émissaire outre-frontières.  Trop évident qu’on veut nous  faire oublier que, du bureau de Madame Pauline  jusqu’au dernier fonctionnaire qui joue le petit fasciste avec un cycliste à Montréal, RIEN ne va au Quebec.  Prévarication et incompétence partout. TOUT déraille.

Alors qu’on cesse de me les casser avec Edward Burkhardt, en bouc émissaire.  Nous avons autour de nous assez de brebis vraiment galeuses pour un énorme  méchoui et assez de pain sur la planche pour que l’appétit nous manque pour en disposer.  L’indignation va s’éteindre et il en restera à qui on pardonnera, non par magnanimité mais pas lassitude… !  Alors en importer… NON.

Abject de viser un certain quidam loin, ailleurs… alors qu’il se commet TOUS LES JOURS des négligences plus évidente que celles qu’on voudrait lui reprocher et que seul un destin indulgent et la nature des éléments en jeu font que nous n’en subissions  pas plus souvent des conséquences horribles comme à Mégantic.

Mais n’oublions pas que le crime est de vous tirer dessus, pas de vous atteindre…  Les conséquences de la négligence, de la corruption, de la disparition d’une véritable conscience professionnelle, dans les secteurs de l’éducation, du travail, de la santé, de la finance, de la justice et de la gouvernance elle-même sont moins spectaculaires, mais néanmoins terribles  – et a long terme socialement fatales. Il faudrait s’en occuper. Moins spectaculaires de fermer un hopital que de détruire un village, mais on finit aussi par tuer bien des gens et l’education que nous ne donnons pas finira par nous tuer comme peuple.

Relisez le message de ELYAN, car il vous dit où est l’ennemi   Et ne cherchez pas l’ennemi ailleurs. Il est partout, mais aussi ici.  L’ennemi, ici,  porte comme masques des visages bien de chez-nous. Cherchons-les bien. Ils peuvent encore nuire.

 

Pierre JC Allard

 

 

8 pensées sur “Edward Burkhardt, comme bouc émissaire, ca vous va?

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    15 juillet 2013 à 8 08 48 07487
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    Donc laissons nos émotions pour l’instant et voyons les faits:
    1) Un train de wagon en débandade, entre dans la municipalité de Lac Mégantic, dans une courbe à plus de 60 km/hre. Quelle que soit la qualité des wagons citernes, on ne peut empêcher le déraillement et probablement l’explosion.
    2) Un train de wagon stationné se met en branle de lui-même. Chose impossible en soi, à cause du système de freinage « par défaut » de tout équipement ferroviaire.
    3) Les voies ferrés et les ponceaux sont en très mauvais état. On le sait depuis que CPR a vendu à tout vent, ses équipements incluant wagons et locomotives, parce qu’il ne voulait pas défrayer les coûts de réaménagement et de réparation.
    4) Les cies acheteuses n’ont pas été obligées, par le gouvernement, de réaménager les équipements et ont continué à opérer
    5) Non seulement le gouvernement ne les a pas obligé à réparer les équipements, mais il a « facilité » les normes de sécurité ferroviaires, pour assurer la « santé économique » du pays.

    Que ceux qui veulent une économie prospère au pays ne se plaignent pas des catastrophes qui se produisent. Ce serait de la « pensée magique » inacceptable chez des gens aussi « objectifs ».

    Vous voulez identifier un « coupable »? D’accord; mais n’oubliez personne incluant ceux qui ont confiance à tous ceux qui se présentent devant eux pour « expliquer » comment les choses devraient être menées, et qui leur donnent tous les pouvoirs.

    André Lefebvre

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      15 juillet 2013 à 9 09 19 07197
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      @ André Lefebvre

      Nous sommes bien d’accord. Votre #2 toutefois me donne des sueurs froides. J’ai bien lu les données sur les systèmes de freinage Westinghouse et je comprends les implications.

      En ce moment, je ne suis pas psychologiquement prêt à même envisager la possibilité d’un sabotage prémédité.

      PJCA

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        15 juillet 2013 à 10 10 24 07247
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        Moi non plus; mais le jours viendra, car l’enquête sera longue. Disons que les autorités ne doivent pas trop insister sur la nécessité d’un oléoduc pour le moment.

        Mais pourront-ils s’en empêcher?

        André Lefebvre

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          15 juillet 2013 à 16 04 28 07287
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          Le point #2 a préséance sur tous les autres, qui n’ont eu pratiquement aucun effet sur le drame.

          Les barrières régulatrices ayant empêché le renversement de l’oléoduc sont aussi fort à blâmer. Oui, je crois que le BAPE devrait avoir ce drame sur la conscience; pour son comportement réactionnaire face à un projet somme toute logique.

          Et peut-on demander aux journaleux d’arrêter de dire que le pétrole venait de l’Alberta? C’est faux, il venait essentiellement du Dakota du Nord, c’était du Bakken Light.

          À partir du moment où on conçoit que notre consommation de pétrole ne peut pas baisser plus vite qu’elle ne le fait déjà depuis quelques années (car oui elle est en baisse en Amérique du Nord), j’aime mieux que mon pétrole vienne du Dakota, de la Saskatchewan et de l’Alberta par pipeline relativement sécuritaire, que par train ou encore par bateau en provenant de la Mer du Nord ou du Nigeria (ou pire).

          C’est selon moi le seul diagnostic raisonnable de cette situation.

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    15 juillet 2013 à 19 07 52 07527
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    @ Minarchiste

    Bien d’accord. Mais n’oublions pas que l’oleoduc qui permettrait de se dispenser du train permettrait peut-etre aussi de se dispenser de Megantic…. Il faudra vraiment mettre l’accent sur le tourisme….

    Touchant le point #2, ce qui m’inquiète le plus, c’est que l’enquète puisse en arriver à une mauvaise plaisanterie qui a mal tourné. Souvenez vous de Chapais…L’égo collectif des Québécois en prendrait un sale coup, sans raison, bien sur… mais les émotions ne sont pas raisonnables.

    PJCA

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    19 juillet 2013 à 8 08 18 07187
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    Grâce à l’idéologie néo-libéralisme, les transports de matières dangereuses sont devenus moins sécuritaire, maximaliser le profit oblige à sacrifier la sécurité. Si vous ne pouvez voir cette réalité, c’est que vous avez un gros problème de perception. Le Minarchiste, lui n’en a pas il est toujours dans les nuages de l’idéologie néolibéral, sa conscience étant totalement corrompue par ses désirs d’avidité et d’argent, une conscience très superficielle sinon infantile.

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    20 juillet 2013 à 11 11 29 07297
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    .@ R.H

    Bien sur. Mais on ne peut mettre un pied devant l’autre et donc avancer qu’en acceptant une instabilité et donc un risque… On cherche a OPTIMISER. Ce qui n’est pas négociable, c’est la transparence. et un éventail d’options qui vise a permettre a chacun de choisir son niveau de risque.

    http://www.wimp.com/vegetablemarket/

    PJCA

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    20 juillet 2013 à 17 05 49 07497
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    Absurde d’y voir une mauvaise plaisanterie comme à Chapais,ou plusieures personnes ont vue le geste.
    Sabotage? Non plus car il aurait été revendiqué.
    Tout le monde a eu l’occasion de pousser une brouette,tirer un enfant dans un chariot ou derrière un vélo,ou manoeuvrer les nouveaux méga chariots d’épicerie pour comprendre l’immensitée de la connerie d’attacher 73 wagons de liquide, donc très lourd,ensemble.
    Dans un reportage d’Émilie Dubreuil un employé a expliqué que ça prenait 1h à 2 hommes pour vérifier que les freins soit bien mis à CHAQUES wagons…

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