Établir des politiques économiques sans point de repère

Jean Gagnon Dossier Actualité économique

Le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, et le ministre des Finances, Jim Flaherty, semblent tous les deux d’accord quant aux risques que court toujours l’économie canadienne, et pour y faire face ils exhortent les canadiens à diminuer leur endettement. Mais ils n’ont sûrement pas l’appui de tous les experts.

En effet, le ministre des Finances vient d’annoncer qu’il veut resserrer les conditions du financement hypothécaire au Canada. Sans donner un objectif précis, le ministre informe d’abord que la mise de fonds minimale d’un acheteur de maison devra être éventuellement supérieure à 5 % comme c’est le cas présentement. Puis, il dit que les termes de l’amortissement, c’est-à-dire l’échéance du prêt hypothécaire, qui peut s’étirer sur 35 ans actuellement, devra dorénavant être plus courte.

Une semaine plus tôt, le gouverneur de la Banque du Canada avait déclaré que l’endettement des ménages canadiens était trop élevé et que cela s’avérait le facteur de risque le plus important qui pesait sur la reprise de l’économie canadienne. Tout indique que Carney et Flaherty voient les mêmes risques, car les mesures proposées par le ministre des Finances visent justement à réduire cet endettement.

Pourquoi s’agit-il du risque le plus sérieux que court l’économie canadienne, alors que la majorité des économistes s’entendent à dire que la récession est terminée ? J’aurais cru que l’endettement excessif peut causer un problème lorsque l’économie ralentit, non pas quand elle s’améliore.

De plus, plusieurs économistes se sont empressés de rétorquer que le projet du ministre des Finances  risque de causer plus de tort que de bien à l’économie, car il affaiblira le marché de l’habitation, un secteur très important dans l’ensemble de l’économie. D’autres disent que la reprise économique est encore beaucoup trop fragile pour instaurer des mesures contraignantes comme celle-là.

Depuis l’automne 2008 les gouvernements et les banques centrales n’ont pas hésité à mettre à la disposition des agents économiques toutes les ressources financières nécessaires pour éviter un écroulement de la demande des biens et services qui aurait pu nous plonger dans une dépression semblable à celle des années 30.

Carney et Flaherty sentent probablement que le moment est venu de faire marche arrière et de corriger les déséquilibres, soit l’endettement des ménages, bien sûr, mais aussi les immenses déficits des gouvernements.

Si on commence par l’endettement des ménages, c’est que la Banque du Canada, qui garde toujours un œil sur l’inflation, voudra augmenter les taux d’intérêt à un moment donné l’été prochain, peut-être même dès le printemps. Une hausse de taux d’intérêt a toujours, on s’en doute, un effet malheureux sur les gens qui ont trop de dettes.

Mais aussi, si l’on réussit à réduire l’endettement des ménages, il sera d’autant plus facile de s’attaquer aux déficits des gouvernements, car qui croyez-vous devront se cotiser pour rembourser la dette du gouvernement ?

Une chose est sûre, c’est que les avis seront plus partagés que jamais quant aux politiques économiques à privilégier. La situation vécue au cours des deux dernières années n’a pas de comparable. Or, établir des politiques économiques sans point de repère est toujours une tâche particulièrement difficile. Ce sera le cas en 2010.

11 pensées sur “Établir des politiques économiques sans point de repère

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    23 décembre 2009 à 7 07 43 124312
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    Au Canada, on a peur des abus qui sont arrivés aux USA. J’ai entendu parler d’un cas, en Califirnie où on avait prêté plus de 700,000$ à un chômeur pour qu’il s’achète une grosse maison…
    C’est ce genre d’abus qui fait peur à nos experts et je les comprends !

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    23 décembre 2009 à 9 09 12 121212
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    Le phénomène du « voisin gonflable » est TERRIBLE: plus grosse maison, plus belle voiture en plus d’un beau camion 4×4, bateau, moto-neige,etc…………………………………………………………………
    Une maison c’est fait pour être à la chaleur et de ne pas avoir de pluie sur la tête comme la voiture sert à aller d’un point à un autre.
    Pas besoin de s’étouffer dans les paiments.
    La « PUBLICITÉ » est un autre phénomène EPOUVANTABLE.
    La « MODE » qui fait changer les « apparats » régulièrement sans se soucier des budgets.
    On emprunte plusieurs fois sur l`hypothèque de la maison = tout va très bien madame la marquise.

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    23 décembre 2009 à 9 09 55 125512
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    Que le ministre fasse des déclarations de ce genre sans mettre en place les nouvelles règles immédiatement n’a qu’encouragez les gens à faire leur achat au plus vite. Très stupide comme approche.

    Cela dit, je suggère à tous de visionner « Money as Debt » et « The money masters » sur youtube ou google video. La source de tous les problèmes de ce système financier se trouve là, et tant qu’on émettra une devise avec contrepartie en dette, l’ampleur ne fera que prendre de l’expansion.

    À preuve, la situation actuelle, pas nouvelle, sauf dans son étendue qui est maintenant planétaire.

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    23 décembre 2009 à 10 10 31 123112
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    Bonjour à tous,

    Le gouvernement aime se mettre le nez ou il n’a pas d’affaires.

    Cette mesure n’aura pas un grand impact sur l’économie en général, mais elle limitera probablement l’accès à la propriété de certaines personnes moins fortunées.

    Cela me semble une autre distraction, car le crédit est déjà moins accessible qu’avant, et les emplois rémunérateurs sont moins nombreux.

    Par ailleurs, est-ce le rôle du gouvernement d’intervenir dans les relations contractuelles des personnes, sous prétexte évidemment de les protéger, alors que le résultat final sera toujours de limiter la liberté contractuelle des personnes.

    Les problèmes économiques du Canada sont structurels. L’économie va en prendre un coup quand les É-U vont planter, ce qui semble inévitable.

    Les marchés financiers n’ont plus confiance dans le dollar US. Les É-U vivent sur l’indulgence de ses plus gros créanciers obligataires (Chine, Inde, Japon…) qui continuent, pour le moment, d’acheter les obligations émises pour financer son déficit gargantuesque, et ce, pour protéger la valeur des diverses obligations US que ces pays détiennent déjà.

    Cette situation ne durera pas éternellement.

    Le Canada est à peine dans une meilleure position que les É-U. Per capita, le déficit du Canada est à peine moins élevé que celui des É-U. Le secteur public est beaucoup trop gros et les dépenses publiques beaucoup trop élevées. Pire, il n’y aucune volonté politique pour les réduire.

    Au Canada, TOUS les niveaux de gouvernement (fédéral, provincial et toutes les municipalités) sont fortement endettés, et ils comptent sur des augmentations futures de revenus (de taxes et d »impôts) pour financer leur dette et leur croissance future (!!!).

    L’économie réelle (ceux qui produisent des biens et services essentiels) est constamment taxée par les multiples agences gouvernmentales, par le biais des permis, droits, autorisations, etc…

    Trop de gens (fonctionnaires et prestataires de services) dépendent du gouvernement pour leur survie.

    Donc, cette mesure annoncée par Flaherty, qui pointe du doigt le consommateur canadien et son niveau d’endettement me semble plutôt un écran de fumée, pour éviter de discuter des vrais problèmes auxquels les Canadiens sont confrontés, soit la structure même de son économie, et surtout, son système financier fondé sur la création continue de dettes.

    Présentement, nous vivons une période de transfert de richesse, au terme de laquelle les contribuables canadiens seront considérablement appauvris, comme les Américains, et les citoyens des autres pays du monde qui nagent dans les dettes et accumulent des déficits envers des entités étrangères qu’on connaît à peine.

    Il faut regarder la réalité, telle qu’elle est.

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    24 décembre 2009 à 0 12 37 123712
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    La grande inquiétude reste l’accès à la propriété. Qui devient de moins en moins possible, donc, encore élitiste.
    J’ai vu quelque part que l’on songeait à créer un plan pour achat de propriété avec dette pouvant être transférée… à la génération suivante. Où est le « mur »?
    En 82, au moment d’acheter une maision, une vieille, on nous a demandé 15%. Étant donné notre note de crédit, nous avons pu acheter la maison avec une mise moindre.
    Mais si on prend les coûts actuels des maisons, et ce que représente 15%, qui a les moyens d’accéder à un toit?
    Les risques encourus par les institutions son sûrement un risque dont nous payons les pertes.
    On veut éviter ce qui s’est passé aux États-Unis. Oui, je veux bien. Mais la réalité des coûts, d’entretien, de taxes, font en sorte que l’on crée tout de même plus de pauvreté que de richesse.

    Fern,
    Tout avoir est une sorte de « maladie »… Mais comme on crée sans cesse de nouveaux « objets », le tout avoir n’a pas de limites.
    Il trace même une norme. Et cette norme que ne peut rattraper le petit salarié fait encore de lui une sorte de nègre dans une société ou « tout avoir » est … normal.

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    24 décembre 2009 à 10 10 15 121512
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    Gaëtan Pelletier

    Je suis daccord avec toi.
    Mais ce sont des habitudes de vie comme refuser de fumer pour sa santé, ne pas boire d’alcool pour un alcoolique,etc.
    Acheter le nécessaire, pas de carte de crédit, au pire pas de carte de débit.

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    25 décembre 2009 à 20 08 43 124312
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    @MissiveduTexas
    <>

    ….. Et si s’était le but visé, pour que les gens devancent leurs achats pour favoriser une embellie de l’économie au début de 2010, car il ne fait que l’annoncer……..

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    26 décembre 2009 à 22 10 30 123012
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    @minarchiste:

    Les banques privées créent la majeure partie de la masse monétaire -à partir de rien.

    Et je sais que vous le savez… j’ai débattu avec vous sur Antagoniste et sur QL… et à chaque fois… c’est moi qui vous a démontré vos erreurs….

    Mais si vous aimez « le jour de la marmotte » (film quand même drôle), nous pouvons recommencer éternellement ce petit débat.
    😉

    p.s.
    Je sais dans quel domaine vous travaillez…. alors je vous comprends de défendre ce que vous défendez.
    😉

    @ tous:

    C’est la loi sur les banques (*donc une intervention du gvt), qui permet aux banques privées d’utiliser le principe -frauduleux- de la réserve fractionnaire. Dans ce contexte, toute limitation à cette création monétaire -à partir de rien- est un pas dans la bonne direction pour stabiliser la hausse des prix.

    Nous pourrions aussi limiter les taux d’intérêts des cartes de crédit à ‘prime’ + 10%…

    Autre chose:

    Contrairement à ce que certains médias disent, c’est le GVT, par;
    1) des taux d’intérêts bas
    2) Par la loi sur les banques, qui permet la réserve fractionne, donc une création monétaire excessive… qui fait augmenter le prix des maisons.
    3) par la règlementation permettant une petite mise de fond, ce qui exerce aussi une pressions -à la hausse- sur les prix des maisons

    qui limite donc l’accès à la propriété.

    Eh oui, dans ce sujet comme dans tant d’autres…. les médias de masse(et leurs ‘agents’ qui parcourent le net) ne nous informent pas de toute la réalité.

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    27 décembre 2009 à 14 02 45 124512
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    Martin Masse du QL, explique très bien ce qu’est la fraude de la « réserve fractionnaire’ (mais il ne faut jamais oublier que c’est une loi, donc une intervention du gvt, qui permet cette fraude. Il ne faut donc pas blâmer les banques privées):

    « Le système de réserves fractionnaires.

    Ce système implique que de l’argent que vous avez déposé dans un compte et qui peut être retiré sur demande n’est en fait en presque totalité (sauf la réserve) pas là. On dit bien que c’est un dépôt, et non un investissement basé sur de l’épargne. Si c’était un investissement, alors la banque s’entendrait avec vous pour savoir où l’argent doit être investi, et vous ne pourriez pas reprendre votre argent sans que la banque ne se départisse de l’investissement en question (ou n’obtienne les fonds autrement) pour pouvoir vous le remettre, ce qui nécessite un certain délai.

    La banque prétend avoir l’argent alors qu’en fait elle l’a en grande partie placé ailleurs. Ce qui explique qu’elle se retrouve en défaut de paiement dans le cas où un trop grand nombre de déposants veulent retirer leur argent en même temps, lors d’une ruée (run on the bank). L’argent que vous croyez avoir mis de côté sur demande et qui est prêté est donc « multiplié » plusieurs fois, le prêt devenant lui-même un dépôt ailleurs, qui est prêté sauf la réserve, etc. Si vous déposez 100$ dans une banque fonctionnant sur le principe de réserves à 10%, alors votre dépôt va entraîner la création de 900 autres dollars au bout du processus.

    Votre exemple est truffé de situations ad hoc qui ne représentent absolument pas un tel système. Vous écrivez « John te passe 10$ ». On comprend donc que John te *prête* 10$. Peut-il venir reprendre son 10$ à n’importe quel moment? De toute évidence non, sinon à quoi servirait de « déposer » son argent dans votre portefeuille, ça n’a aucune utilité. Ce prêt, il vous le fait pour combien de temps? Tout ça a un impact décisif sur la transaction. Le fait que vous gardiez un dollar et en prêtiez à votre tour 9 n’a rien à voir dans ce cas avec un système de réserves fractionnaires. Vous êtes simplement un investissement qui utilise un effet de levier, c’est-à-dire qui emprunte pour pouvoir investir avec l’argent emprunté.

    Et puis, pourquoi Jack vous emprunte-t-il de l’argent pour payer des gens qui lavent des autos? Pourquoi ces travailleurs vous confient-ils leur 9$? C’est un prêt ou un dépôt? Vous mêlez tout pour illustrer une chaîne de transactions qui semblent mener à une conclusion déterminée d’avance alors qu’elles n’ont aucun sens, exactement comme l’histoire de Foglia la semaine dernière ( http://www.leblogueduql.org/2009/05/foglia-nous-explique-comment-miraculeusement-faire-dispara%C3%AEtre-toutes-les-dettes.html ).

    En bout de ligne, vous prêtez l’argent à Jim. Mais si la machine de Jim n’est justement pas si bonne que ça et qu’il perd tout l’argent, qu’arrive-t-il? Si c’est une série de prêts (qui impliquent nécessairement des risques), alors ceux qui ont pris ces risques perdent leur argent, tout simplement. Mais si c’était des dépôts, que faites-vous pour rembourser les travailleurs, Jack, John, etc.? Par définition, on ne risque rien en déposant de l’argent, c’est simplement un service sécuritaire qui facilite les transactions.

    Dans notre système monétaire étatisé, lorsque cela se produit, la banque centrale « injecte des liquidités », c’est-à-dire crée du faux argent et vient sauver tout le monde de la faillite. Dans votre cas, j’ai plutôt l’impression que vous allez vous faire casser la gueule par tout ce beau monde, qui ne vous prêtera plus jamais un sou. C’est justement ce qui arriverait, figurativement, dans un système monétaire privé, et les banques seraient bien plus prudentes. Les réserves seraient beaucoup plus prêt de 100% que de 10 ou même 5% et moins comme aujourd’hui.

    Vous solutionnez le problème en disant qu’il suffit de faire de bons investissements et pas de mauvais, et il n’y a aucun problème. Eh ben, il fallait y penser!!! C’est comme de dire qu’il n’y a aucun problème à s’endetter jusqu’aux oreilles avec des cartes de crédit si on s’arrange pour devenir millionnaire et pouvoir tout rembourser par la suite. Puisque vous semblez avoir la recette des bons investissements, je suppose que vous êtes vous-même êtes millionnaire?

    Non seulement ce n’est pas si simple, mais en fait, le système lui-même implique nécessairement que des fonds iront dans de mauvais investissements. En effet, la multiplication du crédit ne fait pas en sorte de multiplier les ressources physiques à investir. Votre inventeur de machine à pomme a dû acheter des ressources avec le 8$. Ce qui signifie qu’un autre inventeur n’a pas pu utiliser ces ressources, qu’il ait ou non obtenu lui aussi du crédit. Vous pouvez bien doubler la quantité de crédit dans l’économie, vous ne doublez pas le nombre de travailleurs, de matériaux, de moyens de transports, etc. C’est ce fait fondamental que les inflationnistes comme vous ne semblent jamais comprendre, même s’il a été illustré de manière très simple par Bastiat il y a 150 ans (voir mon récent billet « Bastiat et le faux crédit », http://www.leblogueduql.org/2009/05/bastiat-et-le-faux-cr%C3%A9dit.html ).

    Les manipulations monétaires qui accompagnent le système de réserves fractionnaires et la banque centrale qui vient secourir tout le monde ont non seulement des effets inflationnistes mais entraînent nécessairement des malinvestissements. Votre conclusion, « le système de réserve fractionnaire n’est néfaste que lorsqu’il finance des mauvais investissements. Autrement, il est bénéfique pour la société. », en plus de s’appuyer sur une illustration qui n’a rien à voir avec le sujet, est simplement un sophisme qui évacue le problème au lieu de l’expliquer.

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