Frida Kahlo, une figure tragique et humaine

FRIDA-COLONNEBRISÉE-1944-300x243« La colonne brisée » de Frida Kahlo

CAROLLE ANNE DESSUREAULT :

Un grand destin, mais douloureux. Le destin tragique d’une femme fière, passionnée et brillante, un destin qui la drape durement en cadenassant son corps dans un corset de fer.

Déjà, enfant, elle souffre, terrassée par la poliomyélite. Ses camarades lui crient de dures vérités : « Frida, pata de palo ! » ( « Frida, jambe de bois ! ») Sa jambe et son pied droits ne grandiront plus. Elle réagit en se distinguant des autres, camouflant son infirmité en habit de garçon.

C’est dur, mais pour Frida Kahlo, l’insupportable tragédie, c’est dix ans plus tard, à dix-huit ans quand à la sortie de l’école elle monte dans l’autobus pour la ramener chez elle à Coyoacan, – un quartier colonial de Mexico, – et à un coin de rue, le bus se heurte contre un tramway qui la projette contre un mur. Une rampe en fer la transperce. Pire, la pointe ébréchée ressort par son vagin (son sens de l’humour arrête sec le rire : « C’est comme cela que j’ai perdu ma virginité » écrira-t-elle plus tard.)

Les dommages sont extrêmes. Onze fractures ! La colonne vertébrale et le col du fémur brisés, le pied droit complètement disloqué, l’épaule gauche défaite, l’os pelvien fracassé. Le miracle c’est qu’elle ne meurt pas. L’enfer, c’est la survivance dans une torture physique et psychologique qui dureront jusqu’à la fin.

Nous sommes en septembre 1925. Trois mois plus tard, elle sort de l’hôpital. On l’étend dans son lit, cercueil corseté de fer qui serre son corps rompu. Sa mère installe un baldaquin au-dessus de son lit et un miroir au plafond. Frida a tout le loisir de se mirer dans ses profondes angoisses. Elle veut peindre. Très bien, dit sa mère, qui lui achète une boîte de couleurs et lui fait fabriquer un chevalet adapté à sa condition par un artisan.

FRIDA-PEINTUREÀMÊMELAPEAU-300x217FRIDA- PEINTURE À MÊME LA PEAU
Elle se jette dans la peinture comme on se jette à l’eau pour éteindre les flammes qui avalent et dévorent son corps. Même si elle n’a jamais peint, elle fonce avec une rage de vivre qui alterne avec un désespoir qui ne peut être connu que de ceux qui vivent cette sorte de prison physique. Elle ne dompte pas sa souffrance, mais la trompe en s’évadant dans les couleurs vives et terribles de vérité de sa vie. Elle ne masque rien, se prend comme sujet, s’autopeint, sans censure. C’est pur, beau, et nu. Sans fard.

FRIDA-1ERPORTRAITFRIDA-1er PORTRAIT1er autoportrait
Sa première oeuvre, un autoportrait dans une robe de velours pourpre dans une pose gracieuse, avec un visage qui rappelle le style Modigliani, elle l’envoie à l’amoureux passionné qui, tout de suite après l’accident, l’a abandonnée et s’est éloigné en allant étudier en Allemagne. Sa signature au bas de la toile avec ces mots « Aujourd’hui dure toujours ». Écrits en allemand pour rappeler à l’amoureux sa trahison.

Les médecins ne lui ont laissé aucun espoir en lui expliquant qu’elle resterait paralysée et ne marcherait jamais. Ils se sont trompés ! Un mois après sa convalescence, elle se tient debout, très droite, suivant la ligne du corset douloureux, et élabore de grands projets. Elle rejoint la Ligue des jeunesse communistes et ne cessera de se battre pour la liberté du Mexique.

Grand destin tragique de souffrance parsemé de passion et de grands moments. Un homme va s’intéresser à elle et allumer son coeur. Quand elle rencontre le peintre muraliste Diego Rivera, elle frissonne de tout son être, remplie tout à coup de la grâce de la joie. C’est lui, l’homme dont elle rêvait et qu’elle n’espérait plus, avec qui elle veut un enfant. Il n’y a pas de limites à ses rêves. Lui, c’est déjà un homme mûr, riche, amoureux des femmes, butinant de fleur en fleur. C’est un homme au physique imposant, énorme, une bête de la nature, avec un rire grand comme une maison et un appétit gigantesque pour tout ce qui se rattache aux sens. Il est célèbre, a pour amis Picasso, Rodin, Modigliani.

frida-diego1-236x300Portrait of Diego Rivera and Frida Kahlo
Les airs de garçonne de Frida attendrissent Diego. Son innocence l’attire. Il a quarante-deux ans, elle en a vingt et un. Ils se marient un an plus tard.

Diego décrit Frida comme une incarnation nationale faite de fraîcheur et de pureté.

FRIDA-VUEPARDIEGO-INCARNATIONMAGNIFICENCENATIONALE-221x300Frida vue par Diego
Le couple vit des hauts et des bas. Les infidélités de son mari heurtent profondément Frida. Elle veut tellement un enfant malgré les risques liés à sa condition ! Elle fait plusieurs fausses couches et en juillet 1932, elle se vide de son sang en accouchant d’un enfant mort. Suivront ses premiers chefs d’oeuvre « Ma naissance » et « Henry Ford Hospital », dont le tableau qui suit révèle sa douleur et son intimité blessée.

FRIDA-HENRYFORD-300x236FRIDA « Henry Ford Hospital »
Malgré un commun engagement à s’investir dans toutes les luttes politiques et sociales du Mexique (en 1937 Frida accueille Léon Trotski et son épouse à Tampico avec Max Shachtman, le leader du parti communiste américain) le couple se déchire et divorce en 1939. Changement de direction en 1940, le couple se refait, et se remarie. Ils emménagent cette fois-ci à Coyoacan dans la maison où Frida a grandi. Pour elle, c’est une époque marquée par de grandes souffrances physiques où elle subit ponctions lombaires, transfusions sanguines, traitements à l’arsenic, greffe sur la colonne vertébrale … Aussi, elle peint « La colonne brisée », le corset de plâtre a remplacé le corset de fer. Frida est proche de l’abîme de la destruction. Elle écrira : « Tel l’animal sentant sa mort, je sens la mienne prendre place dans ma vie, et tellement fort qu’elle m’ôte toute possibilité de combattre. »

On est ému en lisant ces mots lucides, d’une femme qui sait que son désert ne croise pas d’oasis.

Elle se jette dans l’alcool. Pourtant, se force chaque jour à s’habiller, et passe des heures à sa toilette. En 1950, elle subit sept opérations ! C’est le fauteuil roulant qui l’attend.

Trois ans plus tard, elle visite l’exposition que lui consacre Mexico en arrivant sur son lit à badalquin, entourée de ses fidèles et de son mari qui a eu l’idée de ce déplacement original. Ce jour-là, Frida est heureuse. Bonheur interrompu bientôt par la gangrène qui s’empare de sa jambe droite. On l’ampute.

Son humour reprend du mordant : «Des pieds, pourquoi est-ce que j’en voudrais puisque j’ai des ailes pour voler ? »

La tequilla et le cognac deviennent des compagnons quotidiens. Repoussant le repos qu’on lui recommande, elle manifeste en juillet 1954 dans sa chaise roulante au milieu de la foule contre l’intervention de la CIA au Guatemala. L’effort fut trop grand et son corps réagit par une pneumonie.

Les ampoules de morphine s’accumulent sur sa table de nuit. Dans son journal intime, elle écrit : « J’espère que la sortie sera joyeuse et j’espère ne jamais revenir. » Puis, elle s’endort pour ne plus se réveiller.

Elle venait d’avoir quarante-sept ans. Le mystère sur sa mort demeure. Était-ce une embolie pulmonaire ou un suicide ? Elle a emporté la réponse avec elle.

Diego Rivera la suivra trois années plus tard.

Ci-dessous, une toile du couple devant un murale du peintre.
FRIDA-MURALISEGDIEGO--249x300Frida – Murale de Diego

Maintenant, voici la toile qui m’émeut le plus profondément, celle du cerf blessé avec une tête portant son visage.
FRIDA-LECERFBLESSÉ-1946-300x224« Le cerf brisé » de Frida Kahlo

Frida Kahlo, une femme d’exception.

 

(reprise de l’article d’octobre 2014)

Sources : Galerie photos de Google Images

Informations sur Internet et article paru dans le Paris Match d’octobre 2013

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d'argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l'épanouissement de la personne par la pratique de l'attention vigilante : la pleine conscience.

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