GUERRE DE L’ACIER, LE CAPITAL DE L’UNION EUROPÉENNE CONTRE LE CAPITAL CHINOIS

Par Bibeau.robert@videotron.ca      Éditeur  http://www.les7duquebec.com

 

Dans une lettre commune, plusieurs ministres européens de l’économie ont mis en garde contre « un risque important et imminent d’effondrement du secteur européen de l’acier, confronté au « dumping » pratiqué par la Chine et à une situation de surcapacité mondiale (…) L’Union européenne est le deuxième plus gros producteur d’acier dans le monde après la Chine, avec plus de 177 millions de tonnes produites par an, soit 11 % de la production mondiale, selon des chiffres de la Commission. Quelque 40.000 emplois ont été perdus dans le secteur ces dernières années » (1).  La Chine, c’est plus de 600 millions de tonnes d’acier produites chaque année, bien au-delà de la production européenne et américaine réunie.

 

Voilà des informations importantes. Le problème est que les journalistes à la solde ne savent pas interpréter ces informations. Spécifions que de ces 40 000 emplois perdus dans cette industrie en Europe, à peine 20% ou 30% seraient dû à la délocalisation des usines européennes, le reste est la conséquence de la concurrence, de la rationalisation mondiale de la production (fusion d’entreprises) et des hausses de productivité du travail salarié à travers le monde. Voilà déjà une information qui relativise les velléités isolationnistes de l’administration américaine et européenne.

 

Premièrement, il faut constater que l’industrie de l’acier est une « vraie » industrie, en ce sens qu’elle produit de la plus-value et des profits. C’est autre chose que l’industrie de l’assurance, de la finance ou l’industrie des ONG subventionnées ou l’industrie des boursicoteurs spéculateurs (sic). De l’état de santé de l’industrie lourde, de l’acier en particulier, découle l’état de santé de l’industrie en générale et donc de l’économie mondialisée. Ceux qui souhaitent « dé-mondialiser » l’économie capitaliste ou entraver le développement du « néo-libéralisme » devraient expliquer comment ils interviendront pour forcer les immenses conglomérats multinationaux de l’acier à « nationaliser-fragmenter » leur gestion et leurs opérations.

 

Deuxièmement, pourquoi le premier producteur d’acier mondial, situé à dix-mille kilomètres des marchés européens parvient-il à vendre son acier moins cher en Europe que les entreprises monopolistes européennes, et ce, malgré les couts de transport ?  La réponse est simple, les entreprises de l’acier implantées en Chine pratiquent des salaires de misère sur ce marché de la main-d’œuvre encore « émergent », où l’exploitation du prolétariat est très intense.  Mais cela ne durera pas éternellement. Déjà, les ouvriers chinois mieux formés réclament des hausses de salaire afin d’assurer la reproduction élargie de leur force de travail qualifiée. Anciennement, la forte productivité des travailleurs européens permettait aux entreprises européennes de l’acier de payer des salaires plus élevés et de vendre quand même moins cher que leurs concurrents moins automatisés. Toutefois, maintenant que ces entreprises européennes ont délocalisé certaines de leurs unités de production vers la Chine, la Corée et Taiwan, elles exportent maintenant leur acier asiatique vers leur propre marché européen. La filiale chinoise de la sidérurgie est en train de bouffer le marché de la maison mère européenne. Sans oublier que les entreprises chinoises et américaines de l’acier, implantées en Chine également, en font tout autant, voilà la véritable source de préoccupation des ministres européens de l’Économie.

 

Troisièmement, la baisse considérable des couts du transport maritime est un facteur qui permet aujourd’hui de transporter l’acier d’un continent à un autre, tout en maintenant les prix de vente en dessous des couts de reviens européens.

 

Quel est donc l’objectif des ministres de l’Économie européens en lançant ce cri d’alarme au nom d’industriels qui se font concurrence à eux-mêmes à partir de leurs usines délocalisées en Chine ? Leur objectif est de réclamer et de justifier davantage de subventions gouvernementales pour leurs patrons, les industriels de la sidérurgie. Ils écrivent « Parmi ces mesures, les ministres citent des « instruments de défense commerciale dans le cadre des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) » et d’autres instruments pour « moderniser l’industrie européenne de l’acier« , comme le soutien aux innovations. » Ce soutien aux innovations technologiques prendra la forme de subventions gouvernementales pour la recherche, financée par les impôts des salariés. Les salariés paieront donc pour que l’on trouve des machines pour les remplacer sur la chaine de production.

 

L’objectif des ministres est aussi d’aviser les ouvriers européens de la sidérurgie qu’ils doivent accepter « de faire leur part pour sauver leurs emplois, chaparder par les ouvriers chinois, susurrent les ministres économiques » (sic). Des baisses de salaires sont à envisager pour les ouvriers de l’acier que les capitalistes européens ont placés en concurrence directe avec les ouvriers chinois surexploités. Enfin, les ministres avisent les ouvriers que des hausses de productivité drastiques seront exigées. Ce peut être par une plus forte mécanisation de la production. Ça peut être aussi par une intensification du travail et une accélération des cadences entrainant l’augmentation des accidents au travail.

 

Enfin, l’objectif des larbins de l’Économie européenne est aussi de bloquer sélectivement la porte d’entrée européenne de l’acier aux entreprises authentiquement chinoises (détenues en exclusivité par des actionnaires chinois), ou alors, de marchander des compensations financières de la part des industriels chinois au bénéfice des milliardaires industriels européens du métal.

 

Le dernier objectif des ministres européens de l’Économie est de désigner « les Chinois » comme étant les ennemis qui « volent les jobs » des ouvriers européens, préparant ainsi les conditions idéologiques – et de propagande – de la guerre à finir entre les grandes puissances impérialistes mondiales où le prolétariat européen servira de chair à canon pour défendre les intérêts des capitalistes français, allemands, polonais, italiens, britanniques, etc. De même, du côté de l’impérialisme chinois qui réclamera lui aussi le sacrifice suprême au prolétariat chinois afin de contrer les guerriers européens envahisseurs. On nous prépare petit à petit à la guerre mondiale des paumés, chômeurs et salariés des tranchées sous les bravos de la gauche bourgeoise.

 

Ces manigances des capitalistes européens de l’acier, de concert avec leurs affidés ministériels, pourront peut-être assurer, pour un temps, le niveau de profit des entreprises européennes de l’acier, mais elles ne résoudront pas le problème de la surproduction mondiale de laminés qui découle de la baisse générale de l’activité économique – conséquente de l’approfondissement de la crise systémique du capitalisme. Comme on peut l’observer, le mode de production capitaliste est au bout de son rouleau et rien ne pourra le sauver.

 

La classe prolétarienne n’a aucune responsabilité dans la stratégie de délocalisation industrielle ni dans la guerre concurrentielle entre magnats de l’industrie de l’acier mondial. Du côté chinois, comme du côté européen, les prolétariats sont mis en concurrence pour travailler davantage, obtenir moins de salaires et payer davantage d’impôts. Pire, à terme, les prolétaires sont menacés de se retrouver au front militaire pour défendre les intérêts de leurs capitalistes nationaux (sic), ce que la go-gauche antieuropéenne, syncopée par l’euro propose comme alternative « socialiste » (sic).

 

Nous pensons que la seule alternative pour le prolétariat européen de l’acier est de se battre bec et ongle pour des augmentations de salaire et contre l’augmentation des cadences et contre l’intensification du travail, par le moyen de la grève générale. Que les capitalistes européens de l’acier se débrouillent avec leurs insolvabilités.

 

 

(1)   http://www.romandie.com/news/Acier-attention-au-risque-deffondrement-du-secteur-ministres-europeens/674354.rom

 

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