Hommage à un insoumis érudit: Jean Bernard Moreau, le chantre de la diversité

RENÉ NABA — Ce texte est publié en partenariat avec www.madaniya.info.

Insoumis érudit, Jean Bernard Moreau est un chantre de la diversité, de l’universalité et de l’humanité dans sa pluralité. Un plaidoyer vivant contre les éradicateurs. Un acte de foi qu’il a vécu dans sa chair et dans sa science, en toute conscience.

Il en fait l’éblouissante démonstration dans un ouvrage intitulé «Les symboles communs des peuples agraires : Des berbères aux Amérindiens» (1).

Insoumis dans la guerre du Vietnam (1948-1954), objecteur de conscience dans la guerre d’Algérie (1956-1960), Jean Bernard Moreau a su s’opposer aux partisans des colonies et de l’avilissement des peuples autochtones.

Dès la fin de 1962, il ralliera l’Algérie pour contribuer, à sa manière, à l’édification du jeune état. Il ne quittera ce pays que fin 1977 par suite d’un fâcheux accident.

En somme, le parfait contre exemple de l’ancien colon qui a fait de son statut de «pieds noirs» une rente de situation électoraliste; un contre exemple du néo colon qui hante l’Afrique depuis près de soixante ans, à bord de 4×4 polluants, de notes de frais extravagants et de Ray-ban masquant mal le regard exorbitant des conquérants, croisant- toisant ? – le regard des peuples en souffrance.

Empreinte d’humilité, d’humanisme et de pédagogie, sa démarche est en fait aux antipodes de certains «French doctors» médiatiques, prescripteurs tonitruants d’opinion dont les extravagances ont déshonoré l’humanitarisme.

Servant en Algérie au lendemain de l’Indépendance, cet artiste-céramiste, brutalement disparu en 2010, a consacré l’essentiel de sa vie professionnelle au soutien de l’artisanat ancestral menacé d’extinction.

Pendant une quinzaine d’années, au sein de la direction de l’Artisanat, il a sillonné de nombreux villages de différentes régions pour dégager les permanences les liens entre les diverses civilisations, à travers leurs symboliques.

«Révéler le message profond que véhicule, depuis des millénaires, «le langage symbolique de cet artisanat reliant étroitement l’homme, la nature et le créateur», grâce à sa transmission rigoureuse par les femmes, de génération en génération».

Morceaux choisis :

  • «La symbolique universelle repose sur l’union de contraires complémentaires: Soleil-Chaleur, Lune-humidité, homme et femme, le rouge et le Noir ; Le serpent phallique et le losange vulvaire, dans une idée générale de fécondité et de plénitude.
  • «La femme gardienne du foyer et observatrice immobile des saisons dans les sociétés agraires concevant les enfants et les mettant au monde est assimilée à un champ à fructifier».
  • La Swastika, la croix gammée de sinistre mémoire, appartient à la tradition primordiale. On la rencontre aux époques les plus reculées de l’Extrême orient, à l’Occident et à l’Amérique indienne.

Venant du mot sanskrit «Su Asti», une formule de bénédiction au sens propre, la croix gammée représente les révolutions complètes de la roue du monde et son extension en est la spirale, image du perpétuel Devenir comme de l’éternel retour. Son sens giratoire vers à droite traduit l’expansion et vers la gauche, l’éternel retour.

Tous les symboles sont décryptés avec science et conscience : Croix de Malte, la Roue, la Spirale, le losange, le serpent, etc….

Ainsi l’épi de maïs au pouvoir surnaturel qui habite la terre.

Le soleil, symbole mâle céleste. L’oiseau y est associé lequel dans ses migrations porte la résurrection solaire. L’homme meurt avec le sommeil de la nuit et ressuscite avec le lever du jour.

Le chiffre 5

Et ses diverses déclinaisons dans les diverses langues (Khamsa, Give me Five).

En Amérique centrale, comme en Chine, comme en Afrique du Nord, 5 est un chiffre sacré universellement traduit par une main ouverte. Chacun des 4 soleils correspond à l’un des quatre points cardinaux, le 5e représente le centre de la croix.

5 est le chiffre de l’Homme-Conscience du monde. L’éclosion du maïs, cinq jours après les semailles, symbolise également la manifestation de la vie.

Jean Bernard Moreau prouve dans les faits la diversité de la planète, à travers les âges, à travers les civilisations.

Son credo est d’une grande simplicité, nullement simpliste : L’homme est un, quelque soit la latitude, la longitude, l’altitude, l’amplitude et l’aptitude.

Un contre argumentaire au discours des éradicateurs. En ces temps d’obscurantisme et d’infantilisme, un message salutaire.

Note

1 – «Les symboles communs des peuples agraires: Des Berbères aux Amérindiens» par Jean Bernard Moreau (1928-2010). Dar Khettab, ouvrage publié avec le soutien du ministère de l’Aménagement, du Territoire, du Tourisme et de l’Artisanat et de la Chambre de l’Artisanat et des Métiers-Algérie.

Lecture

Jean-Bernard Moreau – Les symboles communs des peuples Agraires : Des Berbères aux Amérindiens

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René Naba

Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l'AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l'information, membre du groupe consultatif de l'Institut Scandinave des Droits de l'Homme et de l'Association d'amitié euro-arabe. Auteur de "L'Arabie saoudite, un royaume des ténèbres" (Golias), "Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l'imaginaire français" (Harmattan), "Hariri, de père en fils, hommes d'affaires, premiers ministres (Harmattan), "Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David" (Bachari), "Média et Démocratie, la captation de l'imaginaire un enjeu du XXIème siècle (Golias).

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