Huit (8) millions d’Insignifiants?

PIERRE JC ALLARD:

Dites donc, Allard, c’est pour moi que vous dites çà ?

– Non, mon cher Machin ; le simple fait que vous posiez la question vous rend déjà signifiant, au moins un peu… Je pense à Quidam Lambda, qui lui ne s’en pose pas, des questions, parce qu’il a toutes les réponses. Celui qui SAIT que tous nos politiciens sont des fripouilles et des ordures… et « insignifiants », pour la bonne mesure…. Depuis une semaine, je n’entends que çà : Couillard, Marois et les autres sont « insignifiants, leurs programmes sont « insignifiants », l’avenir qu’ils proposent est « insignifiant »…

– Parce que vous, Allard, vous trouvez que ce que disent nos politiciens est intelligent ?

– Ne confondons pas ! On parle de signifiance…

***

Nos politiciens sont EXTRÊMEMENT signifiants : ils sont la représentation tout à fait appropriée de ce que nous sommes comme société. Il se dégage d’eux des effluves bien signifiantes, confortables. La portée des chiots se reconnaît et se sent bien dans l’odeur de la chienne. Il n’y a que ceux qui ne comprennent pas le Québec pour être insatisfaits , par exemple, des réponses de Couillard quand on lui parle de comptes bancaires à Jersey.

Ce que dit Philippe Couillard, est pourtant clair. « Si, jeune médecin, je suis allé vivre pendant des années avec des éleveurs de chameaux parvenus, c’était naturellement pour faire un maximum de fric. Vous croyez que j’aurais dû me priver de mettre ce fric là où il me donnerait le plus d’avantages ? Est-ce qu’il y a un lambda parmi vous, les quidams québécois, qui, à ma place, n’aurait pas fait la même chose que moi ? Allez, soyons sérieux…. ! »

Et quand on fronce les sourcils parce que Madame Marois, Ministre de son état, a eu Claude Blanchet son conjoint en charge de la Caisse de Dépôts et Placements, facilitant certainement grandement leurs opérations, pense-t-on qu’il y a, au Québec, beaucoup de gens qui, ayant le pouvoir de le faire, n’auraient pas aussi donné un job juteux à leur conjoint, si celui-ci avait eu le CV qui permettait de le faire sans trop de scandale ? S’il y en a un qui veuille le dire, faudrait filmer et appeler Rozon…

Je pense au témoignage de Luc Lambert devant la Commission Charbonneau. Voyez ci-dessous… Il faut le lire.

http://www.les7duquebec.com/non-classe/quidam-lambert-est-il-quidam-lambda/

L’impunité acquise. Lambert a bien rigolé… Et l’on a eu le témoignage le plus sincère de ce spectacle à grand déploiement où il est apparu que tout le monde et son père avait trempé dans la corruption autant qu’il le pouvait, et qu’il valait mieux cesser de condamner si on voulait garder assez de « présumés innocents » pour que le système fonctionne et que les travaux de voirie à Montreal se fassent…

Notre classe politique est parfaitement « signifiante » . Elle signifie ce que nous sommes. … Elle reflète la conscience permissive, élastique d’une société qui n’a pas seulement renoncé à ses valeurs, mais les a reniées et maintenant les dénonce…. Aujourd’hui, est perçu comme « insignifiant » dans tous les sens du terme, incluant son acception la plus populaire, celui qui ne profite PAS de tout et de tous autant qu’il le peut. Je ne crois pas qu’il reste beaucoup d’insignifiants chez nos politiciens…

– Allard, vous jouez sur les mots. Vous voulez dire que l’indélicatesse dont on soupçonne nos politiciens est SIGNIFICATIVE de ce qui est devenu la morale dévoyée, acceptée comme la norme, de notre société. Mais on parle ici de « signifiance », dans le sens d’avoir une certaine importance….

Cette précision m’oblige à attirer l’attention sur une réalité désagréable. Si nos politiciens paraissent si nuls et interchangeables qu’on ne voit plus ce que modifierait le choix de l’un plutôt que de l’autre, ce n’est pas seulement que les politiques qu’on applique obéissent maintenant à leur seule logique d’efficacité qui ne laisse place a aucune fantaisie, mais aussi que la plupart d’entre nous ne sommes plus que des rouages d’une machine « Société » dont le déterminisme est à l’abri de nos caprices.

Supprimez à peu près n’importe qui de la structure sociale et il sera remplacé sans heurts par un autre lambda qui fera ce que son prédécesseur aurait fait ou aurait dû faire: poser les gestes prévisibles d’un total égoïsme et d’une parfaite amoralité. Seuls les irrationnels sont devenus irremplaçables – et doivent être remplacés – quelques fous, quelques artistes…. Les autres sont interchangeables… porteurs d’aucun signe distinctif et donc insignifiants au sens strict.

Et il y a encore pire…. Car non seulement il y a un ou plusieurs substituts aptes à remplacer au pied levé chacun d’entre nous qui ne serait pas dépourvu de toute signifiance, mais il est de plus en plus évident, dans notre société de technologie et d’abondance, que la solution la plus efficace, pour le bon ordre et la productivité, serait presque toujours de ne substituer PERSONNE à celui qu’on remplace … et à ce qu’il faisait, RIEN DU TOUT!  10% de la main-d’œuvre suffirait à produire pour tous nos besoins et désirs matériels. On ne travaille plus pour produire, on produit pour travailler. Pour feindre de créer du sens….

Bien sûr, nos besoins en SERVICES, eux, sont infinis, mais il faut se souvenir que c’est NOUS qui les définissons, à partir de consensus que nous créons aussi…. et rien pour l’instant n’indique un transfert de nos ressources vers la satisfaction de nos besoins, de nos désirs ou même de ces consensus…. Ce que nous faisons sur cette planète n’est plus si différent de cette agitation qui fait tourner l’écureuil dans sa cage.

Vous, moi, ni personne ne sommes plus occupés de façon vraiment « signifiante ». Nous jouons  la plupart du temps des jeux de rôles, dont l’importance est fixée de façon arbitraire, par décision d’un pouvoir dont nous avons une crainte devenue largement révérencielle. L’exemple emblématique en est cette vaste bureaucratie qui ne produit rien, mais qui peu a peu prolifère, non seulement dans le secteur public, mais dans le secteur privé également, où le nombre de subordonnés devient pour chacun l’indicateur de sa présumée utilité sociale … que rien ne vient corroborer.

Le temps de travail se passe à l’exécution de tâches inutiles. Il n’y a guère que le secteur de la santé où l’on apporte un plus, et encore ce secteur est-il gangrené par une recherche éhontée du profit qui transforme en simple sous produit le bien qui en sort.

Rien ne se produit dans notre société dont le travail qu’il requiert ne soit multiplié par 10, par des ajouts de pure connivence, pour alimenter une classe parasitique dont on veut le soutien pour soutenir une gouvernance commise au maintien de l’injustice.

Le système de production se vautre dans l’insignifiance des fonctions d’appoint qu’on y a créées, diminuant dans la même proportion les biens et services dont on pourrait jouir si on faisait oeuvre utile. On cherche ainsi à maintenir, dans notre  société qui a atteint l’abondance, une pauvreté artificielle garante de la stabilité de la classe dirigeante. Cette pauvreté repose sur l’insignifiance de ce qu’on oblige à y faire.

Faut-il s’étonner que, dans ce contexte d’insignifiance globale programmée, la politique devienne la pointe du iceberg, avec cette absence de signifiance de ceux qui en sont les acteurs devenant de plus en plus ostensible, au rythme où l’essor des communications la met en pleine lumière ?

Dans une société ou le pouvoir de décision appartient à celui qui a la richesse – et s’applique via une expertise qu’incarne le fonctionnariat – le dispositif politique démocratique n’a d’autre fonction que de plaire à la population. Celui qui l’exerce le mieux est donc celui qui semble le plus plaisant… Ce ne sont pas nos dirigeants qui sont « insignifiants » ; c’est du système démocratique lui-même qu’il faut réévaluer la signifiance.

Comme nous tous, comme acteurs sociaux, devons réexaminer les critères pour évaluer la nôtre. Consolation ou ultime confirmation de cette problématique, il est bon de se souvenir que huit millions d’insignifiants programmés au Québec ne sont que 1 sur 1000 des huit milliards que nous serons d’ici quelques mois en ce bas monde. Tous soumis aux mêmes contraintes… et dont la signifiance d’aucun n’est donc, pas plus que la nôtre, à tenir pour acquise.

Hier, les Français se sont rendus ridicules en allant voter pour rien… On l’est ou on le fait ? les Québécois doivent-ils agir de même le 7 avril prochain ?

ABSTENTION.  À la prochaine et à toutes celles qui suivront, tant que les regles du jeux n’auront pas changé.

Pierre JC Allard

6 pensées sur “Huit (8) millions d’Insignifiants?

  • avatar
    31 mars 2014 à 11 11 28 03283
    Permalink

    Merci pour votre texte !

    Voici ce qu’il m’inspire…

    Voter c’est donner de la signifiance artificielle à ce qui n’en a pas en Réalité ! Voter c’est nourrir le système de prédation ! C’est l’entretenir ! Le supporter ! Y acquiescez ! Y participer! Afin de pouvoir s’en nourrir nous-mêmes. Voter c’est vendre notre Âme ! Alourdir notre esprit ! C’est une forme de prostitution ! Nous nous vendons au plus offrant !

    Le système de prédation s’alimente et se perpétue grâce à l’attention et à l’énergie que nous y portons ! En ce sens, nous sommes tous des contribuables!

    Inutile de chercher des boucs émissaires à l’extérieur de nous tous, autres que nous-mêmes !

    Ces boucs émissaires ne sont que des représentations amplifiées de notre propre aberration ; ces personnages sont des miroirs pour nous ! Le système de prédation ne peut exister, ni se perpétuer que par le jeu des oppositions accessoires et arbitraires ; c’est l’orchestration de la dualité en toutes choses qui le maintien en place ! Ce monde n’est que dualité ! Que jugement ! Et le jugement dernier c’est le retour de l’Être en l’Homme Véritable ! Voter c’est juger! La dualité c’est nous inciter à juger! Et juger c’est s’éloigner de Notre Être!

    Lorsque nous jugeons qui que ce soit, ou quoi que ce soit, nous nous jugeons nous-mêmes ! Les autres n’existent pas ! Les autres ne sont qu’une représentation de nous-mêmes dans un autre temps et un autre espace ! Il n’y a pas d’autres ! Il n’y a qu’Un ! L’individualisation n’est qu’un jeu !

    Les partis politiques n’ont d’existence que parce que nous les supportons !

    L’homme prédateur a créé le système pour qu’il le serve bien ! Notre personnalité, comme notre ego, dénaturés, sont de nature prédatrice. Ils doivent s’accaparer, aimer, s’approprier, le plus de choses possible, pour avoir l’impression d’être quelque chose, une identité quelconque, un personnage, un rôle, une sécurité, et se donner les relents d’un souffle de vie dans ce jeu théâtral.

    Juger l’insignifiance apparente extérieure du point de vue de la personnalité déjà insignifiante est insignifiant. C’est la seule signifiance !

    Voir la paille extérieure et non notre propre poutre c’est nourrir le cercle vicieux de l’insignifiance. Tant que notre Être à tous ne se révélera pas pour mettre de l’ordre dans ce système de prédation de nos egos et de nos personnalités, il sera soumis aux forces prédatrices de nos egos et de nos personnalités. C’est le cercle vicieux ! Laisser les morts enterrés les morts, c’est laisser nos personnalités et nos egos se démanteler par eux-mêmes, sans l’intervention autre que celle ne notre propre Lumière, ou lorsque nos Êtres se révèlent ! Comme c’est le cas aujourd’hui ! Lorsque la Lumière réelle se révèle, il ni a plus d’ombre. Car l’Homme Est la Lumière ! Et non pas l’ombre projetée sur ce monde !

    L’insignifiance ne peut pas se remettre en question dans son insignifiance sans devoir mourir à elle-même dans son insignifiance. L’insignifiance ne produira jamais de la Signifiance Réelle qui ne prend sa Source qu’en Notre Être Véritable à Tous ! La seule insignifiance c’est notre ignorance de notre Nature Réelle ! La seule solution est que la Signifiance Réelle de notre Être Véritable vienne transmuter l’insignifiance de nos personnalités et de nos egos !

    Répondre
  • avatar
    1 avril 2014 à 16 04 48 04484
    Permalink

    Bonjour M. Allard, comme à votre habitude une analyse très intéressante mais il y à un facteur à ne pas négliger au sujet de cette campagne. La perte récente du parrain oligarchique québécois M. Desmarais, avec la conséquence que nous assistons à un épisode digne des Hells Couillards et des rocks Québéquers avec leurs sympathisants affairistes et pseudo-communautaire. Campagne décousues car n’ayant plus la main de leur guide spirituel pour les éclairées pour ne pas trop en dire ou en faire, au très grand risque de déplaire au investisseur étranger, il nous font l’aveu de ce qu’est devenu le rôle politique au sien de la mondialisation, marchand constamment sur des œufs en éternel génuflexion devant le très grand…

    Ils ont bien beau avoir les deux main sur le volant mais il n’ont aucun contrôle sur l’accélérateur ou sur les freins, ce qui permet à notre pouvoir politique de faire avancer la société aussi vite que mon enfant avec une voiture jouet, les deux mains sur le volant et les deux pieds sur le gazon. Et même devant un tel constat, les primates québécois préférerons pleurer avec les jeannettes, plutôt que de réclamer leur indépendance tellement le mot fait peur, inconscient qu’il ne s’agit pas de celle du québec qui est entre leur mains mais la leur devant cette mascarade. Que voulez-vous faut bien que le pick up, le quatre roues et les tétons de rubber se payent!

    Répondre
    • avatar
      1 avril 2014 à 19 07 25 04254
      Permalink

      C’est un bon thème de discussions que le parrain oligarchique québécois M. Desmarais, faire des recherches et écrire sur sa succession serait aussi intéressant. Qui sera le nouveau parrain oligarchique? Un best seller?

      La popularité de la politique ne serait pas aussi grande si elle n’était pas aussi sale.

      L’économie ne sera pas aussi bien vue si elle n’était pas un moyen de corrompre.

      Mais en réalité tout le système va foutre le camp alors je n’en a rien à foutre et je me prépare pour l’ultime rencontre avec l’Être Cosmique et le Renouveau de la Communauté de l’Être.

      Vous devriez faire de même…

      Répondre
  • avatar
    1 avril 2014 à 20 08 07 04074
    Permalink

    Bonjour, Je voulais vous fournir un lien mais en faisant préalablement une recherche sur Les 7 j’ai constaté que vous le connaissiez déjà; je parle d’Étienne Chouard et sa proposition de tirage au sort des membres du gouvernement.

    Je fourni tout de même celui-ci pour la vidéo: http://chouard.org/blog/2014/04/01/louis-even-larnaque-et-la-trahison-de-la-dette-publique-1962/ – Je n’en crois pas mes oreilles; est-ce un poisson d’avril?

    Répondre
  • avatar
    1 avril 2014 à 22 10 17 04174
    Permalink

    Meme avant Chouard, on parlait de démocratie « aléaloire » et il est clair que parler de representation en démocratie exige bien des restrictions mentales…. Mais c’est vraimnet un autre sujet….

    PJCA

    Répondre
  • avatar
    2 avril 2014 à 5 05 33 04334
    Permalink

    Je suis tellement d’accord avec vous M. Allard que je ne sens même pas le besoin de commenter.
    Je me devais de vous le faire savoir
    merci

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *