Insurrection populaire et révolution prolétaire

Bibeau.robert@videotron.ca          Éditeur.  http://www.les7duquebec.com

 

 

De l’Insurrection à la Révolution.

 

Il ne faut jamais confondre Insurrection et Révolution. L’insurrection est un mouvement social gigantesque, populiste, réactif, qui nait de la nécessité pour chacun de survivre alors qu’un mode de production décadent arrive à son terme et qu’il ne parvient plus à remplir sa mission historique, toujours identique, quel que soit le mode de production en fonction : assurer les nécessités matérielles et physiques ainsi que les conditions sociales et psychologiques pour la reproduction d’une espèce complexe.

 

L’Insurrection sera populaire parce qu’elle sera induite par la population provenant de différentes classes sociales et par la populace désespérée et en colère. Paradoxalement, l’insurrection populaire, qui sera désordre absolu, aura pour mission de mettre fin au désordre social – à la déchéance globale des instances économique, politique, idéologique, sociale et morale – bref, de mettre bas les rapports de production d’un mode de production en décrépitude. L’insurrection populaire détruira pour mettre fin à cette décadence sans même savoir ce qui adviendra après cette « desperada ». Peu importe, pourvu que cette misère et cette déchéance cessent. Il n’est pas difficile de se faire une idée de l’atmosphère désuète et de « fin de règne » qui préparera l’insurrection. Il suffit d’observer l’actualité internationale depuis quelques années, et ça ne fait que commencer.

 

L’insurrection populaire, immense, destructrice, ne sera pas décrétée par une « autorité insurrectionnelle » quelconque, ni planifiée par un comité « conspirationniste insurrectionnel suprême », instigateur de la « stratégie du chaos mondial » comme en rêve les bobos formant « l’avant-garde de go-gauche ». L’insurrection populaire éclatera à nombre d’endroits à la fois, apparemment à l’improviste comme le susurreront les analystes, mais en réalité chaque milieu urbain prolétarien où les conditions de l’insurrection se seront concentrées au cours des années, éclateront à l’appel de la révolte anarchique qui ne sera pas encore une révolution. Que la gauche de la gauche cesse son agiotage ésotérique et son tapage hystérique, l’insurrection surviendra quand elle le voudra, quand elle le pourra, quand on ne l’attendra pas, quand la gauche aura le regard tourné vers son maitre, le passé.

 

La transformation de cette insurrection spontanée, improvisée, dévastatrice, en Révolution prolétarienne pour la construction d’un nouvel ordre social, issu d’un nouveau mode de production, sera dirigée et organisée par les éléments conscients de la classe révolutionnaire particulière à l’ancien mode de production en voie de destruction. La communauté des hommes libres a assuré l’émergence du mode de production esclavagiste sur les ruines du communisme primitif ; l’aristocratie seigneuriale a assuré le passage au mode de production féodale ; les bourgeoisies marchande et manufacturière ont assuré le passage au mode de production capitaliste mercantile, puis industriel, puis numérique ; le prolétariat assurera le passage au tout nouveau mode de production prolétarien-communiste.

 

De la Préhistoire à la Protohistoire.

 

Les historiens prétendent que l’histoire de l’humanité a débuté avec l’écriture, et qu’auparavant planaient les ténèbres de la Préhistoire. Selon la classe prolétarienne, la Préhistoire s’est terminée avec le mode de production « communiste primitif », une époque où les moyens de subsistance se réduisaient à la chasse et la cueillette nomade ; alors que l’histoire a débuté avec l’invention de l’agriculture, de l’élevage, la pratique du sédentarisme citadin et l’émergence des rapports de production esclavagistes ou l’homme libre socratique régnait, hégémonique. Par la production planifiée de la nourriture, et la satisfaction organisée des besoins sociaux fondamentaux, l’homme s’est affranchi des contingences environnementales et a pris collectivement sa destinée en main, en partie du moins. Ces ressources construites ou transformées, plus abondantes, ont permis l’augmentation de la population, organisée en société, en classes sociales, car le nouveau mode de production exigeait – impulsait – ce type de rapports de production, et cette division sociale du travail, cette distribution des devoirs et des responsabilités parmi la communauté. Cette croissance démographique a entrainé une demande accrue en ressources, en moyens de production et en force productrice, goulot d’étranglement où ce mode de production primitif et ses rapports de production archaïques se sont enlisés jusqu’à faire éclater l’insurrection populaire déclenchant la révolution féodale, abolissant l’esclavage et établissant le servage. Si l’esclavage perdure dans quelques contrées reculées de la planète, ceci signifie que ces contrées n’ont pas encore été pleinement intégrées au mode de production capitaliste en phase impérialiste. Ça viendra. Une chose est certaine toutefois, dans ces quelques contrées arriérées, les guerres de « libération nationale », les guerres de répression sauvage, les guerres de résistance communautaires locales sont des manifestations du processus d’intégration de ces régions au mode de production hégémonique. Ces guerres ne concernent pas le prolétariat qui n’a qu’à laisser filer, la modernité triomphera toujours du passé arriéré, quel qu’en soit les aléas. Le prolétariat ne doit laisser planer aucune ambigüité sur la finalité de ces guerres locales de soi-disant « libération nationale » impossible. Il n’y a aucune liberté sociale ou politique nationale sans liberté économique sociale ce qui suppose la sortie du pays du mode de production capitaliste, ce qui est justement à l’opposé de ces guerres néocapitalistes.

 

Selon la classe prolétarienne, l’histoire prendra fin avec le renversement du mode de production capitaliste et de ses rapports de classes antagonistes et par son remplacement, via la Révolution sociale prolétarienne, par le mode de production prolétarien-communiste et ses nouveaux rapports de production qui ne nécessiteront pas et ne permettront pas l’asservissement, l’exploitation, la spoliation et l’aliénation d’une classe sociale par une autre. Contrairement à ce que racontent les intellectuels bourgeois, le capitalisme n’est pas l’exploitation de l’homme par l’homme, ou son contraire… Le mode de production capitaliste c’est l’exploitation de la classe prolétarienne par la classe capitaliste, quel que soit le genre des propriétaires des moyens de production, d’échanges et de communications et quel que soit le sexe du prolétaire aliéné.

 

Les conditions du « passage ».

 

Pour que s’amorce la Protohistoire de l’humanité, via l’Insurrection populaire puis la Révolution sociale prolétarienne, quatre conditions sont requises. La première condition implique que le mode de production capitaliste ait terminé son évolution historique, qu’il ait engendré toutes les forces productives qu’il était assez large pour contenir et reproduire. Quand ce point sera atteint, nombres d’indices indiqueront que ce mode de production périclite, qu’il tire à sa fin, qu’il est décadent, c’est-à-dire, qu’il ne parvient plus à remplir sa mission historique de reproduction élargie de la vie de l’espèce humaine. Attention, le rôle historique d’un mode de production n’est pas de favoriser le bonheur de chacun, ni d’assouvir les désirs intimes des individus, ni de garantir la pratique d’une sexualité débridée, ni d’assurer l’égalité et l’équité pour tous. L’histoire des modes de production est sans pitié, sans « cœur » et sans « âme », le droit, l’équité, la justice et la charité, les devoirs et les responsabilités du citoyen ne font pas partie de ses priorités, pas même de ses préoccupations. Tout ceci fera partie des conséquences de l’implantation de ce nouveau mode de production hégémonique. La mission de tout mode de production est d’assurer la reproduction de l’espèce humaine par la reproduction élargie des forces productives (ressources, moyens de production et forces productives). Nous l’avons formulé autrement précédemment, mais le sens reste le même. Ainsi, sous le mode de production capitaliste (MPC), ce que les marxistes appellent « l’accumulation du capital via la production de plus-value expropriée puis valorisée » est le modus opérandi par lequel ce mode de production archaïque parvient à remplir sa mission historique. Toutefois, depuis quelque temps, et pour la première fois dans l’histoire du capitalisme, nombre d’indices indiquent que ce mode de production tire à sa fin, car il parvient de moins en moins à assurer la valorisation-reproduction élargie du capital (l’accumulation) et donc à remplir sa vocation d’assurer la reproduction de l’espèce humaine. Dans ces conditions, l’insurrection populaire pointe à l’horizon.

 

Afin de rassurer nos lecteurs marxistes qui s’inquièteraient du peu de cas que l’on fait de la « loi de la baisse tendancielle du taux de profit » par l’augmentation de la composition organique du capital (Cc/Cv), rassurez-vous, cette loi prégnante est la manifestation de cette incapacité qu’éprouve le mode de production capitaliste à se reproduire et à s’étendre vers de nouvelles contrées à exploiter. En outre, le fait que la masse des profits s’accroit – sur le papier – par le « miracle » de la spéculative « financiarisation de l’économie globalisée », ne peut compenser son incapacité à assurer la vie et la reproduction de l’humanité, de la classe exploitée en tout premier lieu. Amis bobos-gauchistes votre vieux complice, le capitaliste, est condamné et ce n’est pas le prolétariat que vous mépriser qui voudra ou pourra le réchapper.

 

Quelques mots à propos de l’expansion du mode de production capitaliste en phase de déclin accéléré. Chaque mode de production a une propension à s’étendre et à « coloniser » toute autre société, à détruire les anciens rapports de production et à intégrer leurs forces productives au sein du nouveau mode de production en expansion impérialiste. Cette stratégie de survie constitue la dernière étape du cycle de vie d’un mode de production. La conquête brutale, meurtrière, mais nécessaire, des derniers repères de féodalisme rétrograde et l’intégration militaire, forcée et sans pitié, de ces régions au mode de production capitaliste, que d’aucuns ont tenté de sanctifier sous l’appellation « lutte de libération nationale » et « lutte pour la décolonisation », ou encore, « lutte pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », est maintenant terminée. La Chine, l’Inde et l’Afrique effectuent présentement leur passage forcé à l’impérialisme, fournissant l’assurance que ce mode de production ne peut plus espérer aspirer le passé pour se régénérer. La phase impérialiste du mode de production capitaliste marque bien la fin de ce moribond.

 

La deuxième condition découle de la première. Pour qu’une Insurrection populaire se transforme en Révolution de prolétaires la classe prolétarienne doit être nombreuse, éduquée, bien formée, techniquement avancée, utilisant des moyens de production sophistiqués, robotisés, numérisés, performant, à forte productivité. La classe prolétarienne doit être expérimentée, rompue à la lutte des classes sur les fronts économique et politique ; lutte de classe ayant forgé sa conscience de classe « en soi », en tant que classe distincte ayant ses intérêts propres, et classe « pour-soi », en tant que classe organisée pour la conquête du pouvoir économique d’abord et politique ensuite et pour la destruction de l’État de droit bourgeois. Enfin, la classe prolétarienne doit être en cours de paupérisation, et même menacer de disparition, par l’évolution catastrophique du mode de production capitaliste (soumis à une guerre nucléaire par exemple). Sans cet ensemble de conditions – qui sous certains aspects muriront au cours même du processus insurrectionnel populaire, comme en Égypte en 2010 (soulèvement qui fut récupéré et liquidé par le réformisme bourgeois et par l’aventurisme gauchiste).

 

Enfin, troisième condition, la classe prolétarienne doit être mondialement développée et répandue dans le monde entier, sinon la révolution prolétarienne dans un ou dans quelques pays sera assiégée, écrasée ou contaminée et liquidée. La Révolution prolétarienne a vocation de consolider la victoire de l’Insurrection populaire mondiale, puis d’assurer l’hégémonie du mode de production prolétarien-communiste. Si ces deux objectifs stratégiques ne sont pas atteints, la Révolution sociale prolétarienne sera un échec et tout sera à recommencer. La Révolution bolchévique d’Octobre 1917 n’a jamais atteint, ni même approché, ces objectifs stratégiques, les conditions objectives et subjectives de l’Insurrection populaire ne s’y prêtaient pas dans un monde encore largement dominé par le mode de production féodal archaïque. Joseph Staline n’a pas trahi la Révolution prolétarienne, il n’y a jamais eu de Révolution prolétarienne sous le tsarisme féodal du servage agraire absolu.

 

Sans mouvement prolétarien révolutionnaire pas de théorie révolutionnaire.

 

La quatrième condition relève de l’instance idéologique. Un jour, un célèbre intellectuel révolutionnaire idéaliste a écrit « Sans théorie révolutionnaire pas de mouvement révolutionnaire » !  Pourtant, la réalité matérielle est tout à fait contraire. Le matérialisme dialectique nous enseigne que sans mouvement révolutionnaire prolétarien il n’y aura jamais de théorie révolutionnaire, car le mouvement précède la conscience du mouvement. Nombre de camarades propagent l’idée saugrenue que « La bourgeoise doit disparaitre et être éradiquée, physiquement, matériellement ; alors que les idées dérivées de la bourgeoisie doivent être vaincues théoriquement préalablement au cours du processus de lutte de classe sur le front théorique ». Ce n’est pas ainsi que les choses se passeront dans le monde réel de la révolution prolétarienne. Le fait que les assises économiques de la bourgeoisie disparaitront par la socialisation (expropriation sociale) des moyens de production, d’échanges et de communication et par la construction du mode de production communiste par la classe (pas par l’État ni par le Parti communiste) – la bourgeoisie disparaitra –, car sans assises économiques une classe sociale disparait (c’est d’ailleurs la raison qui mènera à la révolution, la classe prolétarienne voyant disparaitre ses assises économiques suite aux crises répétées du mode de production capitaliste). La classe capitaliste disparaissant, l’idéologie bourgeoise n’ayant plus d’assises sociales disparaitra également. Lénine a été le grand responsable de cette erreur théorique en plaçant l’instance politique au-dessous de l’instance économique, en tant qu’assise du pseudo mode de production « socialiste ». Lénine et les bolchéviques y ont été forcés par leur situation révolutionnaire aventuriste. Le « mode de production socialiste » (sic) qui s’est développé en Russie et en Chine, notamment, ne fut que le mode de production capitaliste d’État dans lequel la République des soviets s’est enlisée par la faute des bolchéviques qui contre toute attente se retrouvèrent à la direction d’un État sorti tout droit du servage féodal et pas encore entré dans la modernité capitaliste, lieu de passage obligé pour accéder au mode de production prolétarien-communiste. Tout commence toujours dans l’instance économique, qui commande l’instance politique, puis l’instance idéologique, ce qu’aucune Révolution dite « socialiste » n’a jamais pu réaliser puisque les forces productives et leurs assises économiques n’étaient pas suffisamment développées dans ces pays arriérés.

L’appétit de pouvoir vient en dominant.

 

Dans le même ordre d’idée, un camarade communiste nous écrit ceci : « Les prolétaires, comme tout un chacun, partent de leurs besoins immédiats. Ceux-ci sont variables selon les époques, les situations. Cela peut être le pain, la paix, le partage des richesses, les conditions de travail, la fin du chômage et bien d’autres choses encore. C’est lorsqu’ils réalisent, dans certaines situations, qu’ils doivent s’emparer du pouvoir pour avoir satisfaction qu’ils se forment alors en classe du fait qu’ils s’unissent contre l’État bourgeois. En tant que classe ils réalisent qu’ils peuvent et doivent être une puissance indépendante. Forts de cette puissance qu’ils ignoraient jusque-là, ils élèvent alors le niveau des besoins qu’ils veulent satisfaire et prennent conscience que les satisfaire, c’est prendre possession des moyens matériels, intellectuels, sociaux de leurs vies. Émergent ainsi avec la constitution des prolétaires en classe la conscience de la nécessité et de la possibilité d’une autre société satisfaisant des besoins radicaux jusque-là enfouis parce que considérés utopiques sous la domination de l’idéologie bourgeoise qui ne cesse de tonitruer sous toutes les formes, y compris universitaires et soi-disant scientifiques, l’acronyme thatchérien TINA, There is no Alternative que le capitalisme. Il est « la réalité » et c’est pur ignorance, pure folie que de la nier en s’opposant aux exigences de la valorisation du capital (de « la croissance ») » (1).

 

L’exposé de ce communiste est inquiétant. Il implique que les besoins des prolétaires se diversifiant, et leur instinct de puissance se fortifiant, ils en viendront à s’emparer du pouvoir pour se satisfaire, la révolution prolétarienne ne constituant qu’un changement de maitre tout puissant, se créera une nouvelle classe dominante, ce qui fut le cas sous le « mode de production socialiste » en Union soviétique. Dans ces conditions loin de nous la révolution communiste ! L’existence engendre la conscience – jamais l’inverse. Par ailleurs, ce n’est pas « pour avoir satisfaction qu’ils se forment alors en classe du fait qu’ils s’unissent contre l’État bourgeois » (sic). Une classe sociale se définit par son rôle concret dans le procès de production au sein d’un mode de production, ce qui détermine sa place dans les rapports de production qui elle détermine la conscience de classe. Du concret vers l’abstrait – de l’objectif vers le subjectif – du matériel vers l’intellectuel – de la lutte de classe vers la conscience de classe. Une classe sociale ne se forme pas en s’unissant contre l’État bourgeois (!) L’existence misérable de la classe prolétarienne et la répression constante de l’État bourgeois engendreront peu à peu parmi la classe sociale la conscience de la désuétude, de l’inadéquation du mode de production capitaliste en comparaison des besoins de reproduction croissants de la société et de la nécessité de créer un nouveau mode de production qui remplisse sa mission de reproduction de l’espèce. Ce n’est pas la conscience qui forge la classe – c’est la classe, par son existence matérielle – ses luttes individuelles et collectives – qui forge la conscience de classe. De manière idéaliste – et donc antimatérialiste – les assertions ci-dessus présupposent la conscience avant l’essence ou si l’on préfère l’objet – la pensée – serait antérieur au sujet pensant. Il écrit « la conscience de la nécessité et de la possibilité d’une autre société satisfaisant des besoins radicaux jusque-là enfouis, parce que considérés utopiques » (1).  Quels sont ces « besoins radicaux enfouis et utopiques » préexistants sans base matérielle concrète, parce que considérés comme utopiques ? On nage en pleine rhétorique métaphysique scolastique. C’est pourtant si simple camarade, le mode de production capitaliste est rejeté – malgré la TINA – parce que ce MPC n’apporte que la guerre et la destruction, mettant la survie de l’espèce en péril, sans aucune solution pour en réchapper. Ce sera le dilemme – détruire le capitalisme ou être collectivement détruit par lui.

 

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La démocratie en Amérique (la mascarade électorale américaine).

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