Intolérance, quand tu nous tiens

Jean Gagnon Dossier Actualité économique

Le visionnement de l’excellent reportage sur l’histoire politique de l’ex-président sud-africain Nelson Mandela la semaine dernière à RDI m’a rappelé une réalité si facile à oublier, soit que l’intolérance nous guète continuellement.

Dans la première de deux émissions, le reportage nous ramène en 1950, après que les Boers eurent reconquis la majorité au parlement sud-africain et alors qu’Hendrik Verwoerd est nommé ministre des affaires indigènes. Sa principale responsabilité sera de mettre en place la complexe législation de l’apartheid.

Il fut alors établi et légiféré que les noirs devaient avoir un statut social inférieur parce qu’ils étaient moins intelligents. En fait, même s’ils grandissaient et vieillissaient, leur intelligence demeurait celle d’un enfant. Et pour bien faire sentir cette réalité, on les surnommait les “ boys “, pour petits enfants.

Ce bout de reportage a réveillé un souvenir. En 2003, j’ai eu la chance de visiter l’Afrique du Sud. J’étais reçu chez un ami qui avait le statut d’expatrié et qui travaillait pour une multinationale dans le secteur de l’informatique. Il demeurait en banlieue de Pretoria, la capitale. Canadien de naissance, d’une famille on ne peut plus québécoise, cet ami était établi en Afrique du Sud depuis 10 ans et avait fondé sa famille la-bas en épousant une afrikaner. Il était bien intégré à la vie sud-africaine.

Il venait de faire l’acquisition d’une magnifique demeure dans un gated community, c’est-à-dire un développement complètement entouré de clôtures et continuellement patrouillé par des gardes armés afin d’assurer la sécurité de ses résidents.

Toujours des “ boys “

À mon arrivée à la barrière d’entrée de la communauté, j’avais remarqué une vingtaine d’individus de race noire qui étaient en fait des travailleurs journaliers qui attendaient que les propriétaires des maisons et des domaines de la communauté viennent les embaucher pour la journée afin effectuer des travaux à leurs propriétés. Le lendemain, à ma grande stupéfaction, mon ami, qui était à faire le terrassement de sa propriété, me dit textuellement : ” Je vais aller à la barrière chercher quelques “ boys “ pour effectuer les travaux ”. Après 60 ans de lutte et 10 ans de liberté, ils étaient encore les “ boys “ de certains.

Aux États-Unis, les noirs ont obtenu le droit de vote en 1870. Mais ce n’est qu’en 1965, après des années de luttes acharnées menées par les groupes des droits civiques, qu’une nouvelle législation présentée par le président Lyndon Johnson garantit finalement l’exercice de ce droit.

Mais quatre décennies plus tard, il semble que l’intolérance est toujours présente. Il y a 2 semaines, lors d’une allocution à la convention nationale du Tea Party à Nashville au Tennessee, le député républicain du Colorado, Tom Tancredo, déclara :” People who could not even spell the word <vote> or say it in english put a committed socialist ideologue in the White House. His name is Barack Hussein Obama”. J’en déduis que le député croit que des citoyens américains ne devraient pas avoir le droit de vote, et il ne s’est pas gêné pour le dire sur cette tribune que lui offrait le Tea Party et qui lui permettait d’avoir un rayonnement national.

En Afrique du Sud, les noirs forment maintenant environ 95 % de la population, et ils contrôlent les institutions démocratiques, ainsi que l’économie. L’intolérance des blancs à leur égard ne constitue donc plus une menace à l’exercice de leurs droits démocratiques.

Mais aux États-Unis, c’est moins sûr. Pas mal moins sûr.

11 pensées sur “Intolérance, quand tu nous tiens

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    17 février 2010 à 11 11 08 02082
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    Ce que je pense, c’est que certains éléments de l’Establishment ont réellement peur du mouvement des Tea Party qui pourraient mener à une Seconde révolution américaine et vont tout faire pour les infiltrer et leur donner mauvaise presse, les discréditer en prononçant de telles idioties en leur nom. C’est tout comme la Sarah Palin qui tente d’usurper ce mouvement de la base en nous faisant croire qu’elle y appartient. Quelle foutaise incroyable.

    Mais je peux me tromper…

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    17 février 2010 à 11 11 19 02192
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    @Jean :
    Tu aurais également pu ajouter qu’aux Usa, 2,3 millions de personnes sont en prison où ils performent du slave labor à fabriquer du stock pour 25 cents/heure pour la companie privée qui posséde l’établissement pénitencière… et qu’il y a actuellement plus de noirs en prison qu’à l’école, et que 11% de toute la population noire Us entre 25 et 30 ans est en prison ….

    On est encore et toujours sous le dogme des serfs et des seigneurs, puis des maîtres et esclaves, simplement transposé avec un vernis moderne …

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    17 février 2010 à 11 11 24 02242
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    Ce qui me rappele un reportage où on détaillait l’après esclavage aux us … les proprios fonciers qui avaient pleins d’esclaves se sont ramassés en fait bien heureux parce que soudainement ils avaient toujours la main d’oeuvre comme avant, mais du fait qu’ils étaient « libres » ben c’est eux qui devaient payer leur logement, bouffe, tout en travaillant pour un salaire de misére , alors qu’avant l’exploitant était obligé de pouvoir à ces choses là …donc, en bout de compte , il faisait plus de cash en ayant des travailleurs « libres » qu’en ayant des esclaves ….

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    17 février 2010 à 13 01 48 02482
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    « Le monde tout entier aspire à la liberté, et pourtant chaque créature est amoureuse de ses chaînes. … »
    Sri Aurobindo

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    18 février 2010 à 3 03 26 02262
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    Tom Tancredo précise bien Barack Hussein Obama….Hussein, ça devient aussi de l’islamophobie de bas étage.

    On peut trouver des qualités ou des défauts à Obama, mais lui reprocher une couleur de peau ou un prénom, c’est tellement puéril et stupide. Je préfère qu’on lui reproche clairement d’avoir reconduit le budget de l’armée pour poursuivre la guerre tout en disant qu’il souhaitait l’arrêter.

    L’anecdote des boys est aussi très parlante. Il existe tout un tas de sphères dans lesquelles on demande comment les gens sont toujours dans des relations d’oppression, malgré les changements législatifs. Je pense ici à une amie d’une amie , qui parlait de son ex mari qui l’avait quitté , avec une pointe de regret dans la voix. Mais qui précisait plus tard dans la conversation, qu’avant son mariage, alors qu’ils vivaient ensemble, son ex mari passait ses dimanches entiers avec ses potes dans un bar, et ne revenait que vers 16 ou 17 heures en lui demandant ce qu’elle lui avait préparé à manger pour midi… et de le réchauffer le tout en mettant les pieds sous la table. Personnellement un tel homme n’aurait pas vécu plusieurs dimanches de cette sorte avec moi, puisque le dimanche suivant, à son retour j’aurais sans doute été sortie. A se demander si cette jeune femme avait déjà entendu parler des combats féministes, si elle savait que l’avortement et la contraception étaient légaux et comment il avait fallut se battre pour obtenir de tels droits, si elle savait les ignominies que Simone Veil a du entendre à l’Assemblée Nationale en France quand elle a défendu ce projet de loi…

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    18 février 2010 à 8 08 58 02582
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    Dommage que vous n’avez pas pas trouvé intéressant de parler de la situation actuelle. Je suppose qu’il n’y a que l’intolérance des blancs qui mérite d’être dénoncer … :X

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    24 février 2010 à 14 02 22 02222
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