Je t’aime… moi non plus

Je vous souhaite une bonne et joyeuse Saint-Valentin. J’en souhaite une à toute humanité. Un coup d’oeil sur le journal de ce matin et l’on comprend qu’elle en a bien besoin… Tous les jours, on se raconte des histoires en se disant qu’on l’aime bien, cette humanité, mais il ne faut pas trop creuser, car on se bute sur tous ces gens qui sont aussi l’humanité… et ça nous force à maîtriser le plus-que-parfait du mensonge.

Dans toutes ces histoires qui ont fait la une ce matin, se pourrait-il est qu’ils nous eussent tant menti. ? Se pourrait-il que nous ne nous en fussions pas déjà indignés ?

Ce matin, ça commence par un triste accident. L’ouverture des Jeux Olympiques de Vancouver est attristée par la mort d’un lugeur géorgien. Un accident, bien sûr, mais comme il y a eu 12 autres incidents au cours des derniers jours seulement et qu’un des vrais pro du sport a déjà dit que les chances de se casser la gueule dans la courbe no 13 étaient d’environ 50-50%, on se demande si on n’a pas bâti cette piste si outrageusement difficile pour faire une bout de chemin vers les jeux du cirque. Morituri te salutant…

On se défend bien aujourd’hui, à Whistler, d’apporter i<em>n extrémis</em> des changements à la piste  ; tout est parfait et a toujours été parfait. Comment aurait-on pu commettre une erreur ! Georges Hackl, triple champion olympique allemand de la discipline résume bien la situation dans cette jouissive apposition conceptuelle : « <em> On peut vivre toute une vie dans ce sport sans voir quelqu’un projeté ainsi au-dela du parapet « (suivi de…) « Je ne crois pas que cette piste soient vraiment plus dangereuses que les autres</em> ».

N’avouez jamais… tout ce fric, n’est-ce pas… J’aime l’olympisme… Mais je me retiens.

Pendant ce temps, à Dresden, en Allemagne quelques milliers de gens qui voulaient commémorer l’anniversaire du bombardement de février 1945, quelques semaines avant la fin de la guerre, d’une ville qui n’avait même pas de défense antiaérienne et où l’on avait réuni les malades et les infirmes ont été empêchés de le faire. <em>« Des néonazis » a dit le maire de la ville,</em> Helma Orosz <em> »nous n’avons pas besoin de ces gens ici</em> ».

Tout le monde sait depuis 65 ans que ce bombardement sans intérêt militaire a été un acte de pure vengeance et qu’on y a massacré 135 000 personnes par plaisir. En fait, il faudrait maintenant dire « savait », puisque un « étude officielle » récente affirme que tous les experts ont eu tort et qu’on n’a tué que 25 000 personnes à Dresden ce jour là. Chic ! Vous voyez, on a règlé 81,5 % du problème et cette affaire n’est même plus dans la classe Hiroshima ! Circulez, rien à voir. On ment, mais ça soulage. Aimons-nous les uns les autres.

Retrouvons à Londres les Anglais qu’on avait laissés à Dresden. Sommé par la cour d’appel de dire la vérité, le gouvernement britannique vient de relâcher les documents qui prouvent hors de tout doute qu’il a été complice des Américains pour torturer un présumé terroriste anglais d’origine éthiopienne plus tard envoyé à Guantanamo… Puis éventuellement trouvé innocent.

Ce qui est intéressant, ici, ce n’est pas l’infamie ; elle est quotidienne. C’est le mensonge des Anglais qui ont toujours tout nié et, surtout cette réaction des USA qui nous montre bien où sont les priorités dans notre monde d’amour. Dennis Blair, Director of National Intelligence, nous dit qu’il regrette.  Il regrette la torture ? Mais non, voyons, il regrette l’indiscrétion !

<em> »The protection of confidential information is essential to strong, effective security and intelligence cooperation among allies. The decision by a United Kingdom court to release classified information provided by the United States is not helpful, and we deeply regret it. ».</em> Cupidon devrait mettre du curare sur certaines de ses flèches.

Un peu dur pour les Anglais, mais même entre eux… À l’aube d’une campagne électorale où il part perdant, le Premier Ministre Gordon Brown, qui est allé pleurer à la télévision la mort d’un de ses enfants, a suscité chez les critiques une réaction où l’on cherche en vain de la sympathie

« <em>This is, in part, about making Gordon a more likable person to the voters, » said Ben Page, chief executive of polling group Ipsos-MORI. « Voters see him as remote and out of touch.. He’s not sobbing into his handkerchief, which would be regarded as cynical. What they want from a politician is authenticity — Brown seems to have managed to display that. »</em> Flegme et retenue, hein …

Filez maintenant sur l’Ukraine. Tymoshenko, cette heroine de la Revolution Orange et candidate malheureuse aux dernières élections, est désormais à peu près la seule à prétendre qu’on lui a volé cette élection. Les USA ont laissé tomber et concédé la victoire au candidat pro-russe.

Cette élection n’ayant été ni plus ni moins manipulée que les autres, on comprend que le choix des Américains de protester en Iran et de ne pas protester en Ukraine n’est sans toute pas basé uniquement sur les faits. Il y a de l’amour, la-dedans… Un manque d’amour. On aimait mieux l’Ukraine il y a quelques années.

Amour… On peut penser, surtout, que la petite démonstration de force de Poutin en Georgie a permis de stabiliser les zones d’influence. J’en suis heureux pour la paix. Pour l’amour, je ne suis pas si sûr…

Bon, comme disait  Bardot et son copain, on va et on vient…  il y a les méchants, mais nous on s’aime, n’est-ce pas ? Est-ce qu’on se retient encore un peu avant de faire des bêtises ?

Pierre JC Allard

3 pensées sur “Je t’aime… moi non plus

  • avatar
    15 février 2010 à 1 01 57 02572
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    Bonjour Pierre,
    Dresden c’est un massacre froid.
    Et c’est un parmi tant d’autres de ces bombardements des alliés…
    L’amour…
    http://gaetanpelletier.wordpress.com/category/spiritualite/page/2/
    On confond parfois cette émotion et l’acte d’aimer. L’action.
    Ce que vous venez d’écrire, je le fais souvent: un tour du monde… De ce monde qui dirige dans la menterie. Et là on devient tout émus, parce qu’il ne semble pas avoir de fin aux affamés. Lesquels?
    La vraie faim ne semble pas émouvoir trop.
    Je vais répéter ma formule: ce qu’on peut tuer en ne faisant rien! Ou en faisant trop dans une organisation où l’on mélange humains et pions.
    Il n’y a pas de pions.
    Ce n’est pas un jeu.
    Nous vivons dans un monde qui cultive cette froideur. C’est pourquoi, de temps en temps, certains ne sont pas capables de survivre aux engelures d’âme.
    On peut bien se battre à coups de scalpels pour des idéologies politiques, mais vous savez comme moi que des Raymond Viger, et autres gens de terrain, ou autres qui savent « jouer des deux » sont importants.
    Alpha Oméga, peu importe. Pourvu qu’il y ait une teinte humaniste.
    J’ai écrit un texte que j’ai envoyé sur Agoravox:
    http://gaetanpelletier.wordpress.com/2010/02/15/le-cinema-goldman-sachs/
    Le cinéma Goldman Sachs
    Étant donné que vous y êtes cité, vous pourrez aller défendre un peu cette arnaque à haute échelle qu’est la méthode Goldman Sachs.
    Si l’article passe…
    Ce cher GS a aidé la Grèce en 2001. Il revient en 2009 pour l’aider. De bulles en bulles…
    Si ce n’était que de l’argent, je m’en passerais. Mais non. C’est une destruction par le pouvoir de l’argent de pays.
    Et qui donc habitent des pays?
    C’est pour ça que je veille tard de temps en temps…
    P.S.: Je vous ai envoyé un message il y a quelques jours. S’est-il perdu?

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