Jonquière Médic

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Service unique à travers la province, Jonquière Médic fait de l’urgence à domicile pour le plus grand bonheur des jonquiérois. Regard sur cet organisme que le ministère de la santé aurait intérêt à observer attentivement.

Dominic Desmarais Dossier Coopérative de Santé

L’époque du médecin à calèche qui se déplaçait pour rendre visite à ses patients est révolue au Québec. Partout? Non. À l’image de l’irréductible village gaulois d’Astérix, l’arrondissement de Jonquière, dans la nouvelle ville de Saguenay, perpétue cette pratique. Adaptée au goût du jour, la carriole a fait place à une voiture médicale dernier cri.

Appuyés par la ville de Jonquière, des médecins ont mis sur pied un service à domicile pour se rapprocher des cas d’urgence et mieux desservir leur clientèle. C’était en 1982, avant l’avènement du 911. Jonquière Médic comprenait alors une quinzaine d’omnipraticiens ou d’urgentologues, offrait deux quarts de travail, 7 jours sur 7, même en période des fêtes.

En raison de la pénurie de médecins et des responsabilités plus lourdes au sein de la pratique, le service a diminué. 8 médecins offrent leur temps, et ce, 6 jours semaine. Ces professionnels de la santé, qui opèrent en clinique ou dans une institution hospitalière, prennent de leur temps libre pour sillonner les rues de Jonquière et répondre aux besoins des gens à même leur résidence.

Fonctionnement

Grâce à l’appui de la municipalité de Jonquière, le patient téléphone directement à la centrale de répartition de la sécurité publique – la police – qui relaie l’appel à la voiture médicale. Le médecin priorise alors les appels, se dirigeant vers les cas plus urgents. Sur place, l’infirmier s’occupe de l’inscription, laissant le médecin s’occuper du problème. Une fois la visite terminée, le médecin complète le dossier du patient qu’il vient de voir pendant que l’infirmier conduit.

«La façon dont c’est structuré me permet de voir autant de gens dans une journée qu’au bureau, raconte le Dr Roger Gagnon, l’un des membres fondateurs. Dans une journée de 8 heures, je peux faire 35 à 40 cas», poursuit-il de sa voix grave et calme. Selon le directeur général de Jonquière Médic, Ghyslain Bouchard, le service effectue entre 10 000 à 13 000 visites annuellement, pour une moyenne de 35 à 40 appels par jour. «Je me souviens d’avoir eu des discussions avec d’autres médecins, rajoute le Dr Gagnon. Ils sont tous surpris. Ils se demandent comment on fait pour voir autant de personnes.»

Combler un besoin

Ces milliers de visites, aux dires de M. Bouchard, ont pour effet de désengorger les salles d’urgences. «Si Jonquière Médic n’existait pas, combien de gens se présenteraient à l’hôpital», questionne-t-il sans chercher de réponse. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. «La personne âgée qui fait une chute le matin… Qui va lui donner un coup de main? Son enfant qui travaille? Son médecin qui a des rendez-vous? On va envoyer une ambulance la chercher? Elle va aller à l’urgence…», explique le Dr Gagnon qui rajoute que 90% des consultations se règlent à domicile. «Les gens vivent de plus en plus seuls. La solitude est un des problèmes sociaux les plus aigus. Les gens n’ont pas beaucoup de ressources pour se dépanner. Donc ils ont davantage besoin de l’État. C’est plus rentable d’aller les voir plutôt qu’eux viennent à l’hôpital. On peut éviter des déplacements. Les gens sont dans leur solitude. Ce n’est pas dans le bureau qu’on peut les aider», souligne celui qui est appelé le patriarche par ses collègues vu sa présence depuis les tous débuts de Jonquière Médic.

Pour le directeur général de Jonquière Médic, le service est en accord avec l’orientation du ministère de la  Santé qui veut mettre l’accent sur le maintien à domicile.

L’attachement de la population

Le président de l’arrondissement de Jonquière, Réjean Laforest, estime que la population s’est appropriée Jonquière Médic. «Par sa contribution, la population montre qu’elle veut maintenir ce service. Elle ne veut pas que l’on lui enlève ce service qu’elle adore», explique-t-il avec fierté, comme si lui aussi partageait l’opinion de ses concitoyens.

La campagne de financement de l’organisme, de l’ordre de 90 000$, fait fureur auprès des 70 000 habitants de Jonquière. «Quand on fait notre barrage routier, en juin, les gens qui sont pris par surprise reviennent donner leur 5$. Pour le porte-à-porte, si on ne passe pas chez certaines personnes, ils appellent pour nous le dire et donnent de l’argent», raconte M. Bouchard, visiblement touché par cet intérêt.

«Dans les municipalités limitrophes, des personnes déménagent pour avoir accès au service», rajoute le Dr Gagnon, pour qui ce geste démontre à quel point Jonquière Médic répond à un besoin.

En sus de la campagne de financement, l’organisme est alimenté par les médecins participants. De l’ordre de 15% de leurs gains pour chaque journée passée à Jonquière Médic, la contribution des médecins avoisine les 90 000$ annuellement, et ce, sur un budget d’opération de 190 000$. Soit près de la moitié du financement. «Depuis 1982, les médecins ont versé tout près de 2 millions. C’est de l’argent», s’exclame le directeur général qui y voit dans ce geste l’intérêt de ces professionnels envers ce service de première ligne. Autre signe de cet engouement, pendant 9 ans, un médecin de Québec profitait de ses fins de semaines pour travailler à Jonquière Médic.

L’organisme doit également une fière chandelle à la municipalité. M. Bouchard précise que l’arrondissement fournit le local, le téléphone, le service de répartition des appels ainsi qu’une subvention de 10 000$ par année. Soit le même apport qu’avant la fusion entre Jonquière et Chicoutimi.

«La hauteur du financement est la même. La ville de Saguenay continue à donner parce que le service est  proche de la population. On veut continuer ce service unique dans la province du Québec», affirme M. Laforest.

Un service de santé unique

Jonquière Médic est grandement apprécié de la population. La municipalité y croit. Les médecins s’y investissent et remettent une partie de leurs gains. Le service coûte peu cher alors qu’il répond à deux priorités du Ministère de la Santé, à savoir désengorger les urgences et maintenir le patient à domicile. Pourtant, le service ne fait pas partie du réseau de la santé. Il est toléré par l’Agence de santé. Pourquoi?

«Le ministère de la santé ne veut pas que ça s’étende ailleurs. Il n’a pas de contrôle comme sur une clinique ou un hôpital», avance le directeur général d’un ton qui ne cherche pas la confrontation. L’organisme, contrôlé par les médecins, aurait heurté certaines sensibilités dans le milieu médical par le passé.

«On était des marginaux du système. On ne se préoccupait pas des autres. On ne peut plus faire ça aujourd’hui. La pratique a changé. On est sur plusieurs tables de concertation. Faut être conscient qu’on doit participer au réseau», affirme M. Bouchard, qui voit à rétablir les relations avec les différents acteurs de la santé.

Le ministère pourrait-il s’en inspirer pour maintenir les gens à domicile? «Le réseau se questionne depuis 10 ans sur sa nouvelle orientation. Personne n’est venu nous voir pour savoir comment ça fonctionne», déclare le Dr Gagnon, sans aucune animosité. Les mots suffisent à démontrer l’absurdité de la situation. Les 70 000 personnes satisfaites de ce service seraient dans l’erreur?

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9 pensées sur “Jonquière Médic

  • avatar
    31 octobre 2009 à 10 10 27 102710
    Permalink

    Très belle initiative ! Chaque ville de 10,000 habitants et plus devrait offrir un tel service.
    Toutefois, je suggérerais un ticket modérateur de 10$ ou 20$ pour éviter les abus…
    Les sommes ainsi recueillies serviraient à financer la logistique de l’opération (essence, repas au resto, stationnement, etc)

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    2 novembre 2009 à 0 12 33 113311
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    Franchement, Raymond, ceci est une superbe initiative. Je me disais que cela aurait avantage à être un bel exemple pour le reste du Québec, et bam, je tombe sur le noeud à la fin de votre article: le gouvernement centralisateur – mais qui nous gère tout croche – n’aimerait pas voir cette initiative se répandre parce que leur contrôle en serait affecté.

    Je suis absolument certain qu’on arriverait à avoir un système de la santé déjà plus humain et moins coûteux. Ce serait déjà une belle amélioration et possiblement une inspiration pour les autres provinces et pays.

    Pourquoi ne pas être innovateurs et originaux? Ah oui, c’est vrai, il ne faut pas bousculer l’ordre établit.

    Zut alors…

    Excellent billet.

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    2 novembre 2009 à 1 01 12 111211
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    Bonjour Garamond.

    Je suis d’accord qu’un ticket modérateur qui servirait au financement d’un tel service ne serait pas mal vu par la population. Quand on compte les frais de stationnement pour aller dans un hôpital, 10$ pour un médecin à domicile, c’est vraiment rien.

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    2 novembre 2009 à 11 11 33 113311
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    En France, ce service est offert partout a un prix défiant toute concurrence, genre $50 avec 75% remboursable par l’état. Les medecins de famille aussi peuvent se déplacer en cas d’urgence. Enfin le jour et la nuit avec la situation sanitaire au QC qui me fait penser à un ex-pays de l’est.

    Quand on a des jeunes enfants, on apprécie ce type de service. A montréal, il y a un seul medecin qui le fait et c’est un prix abusif et cerise sur le gateau il est médiocre.

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    6 novembre 2009 à 19 07 26 112611
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    Il y a des recherches qui ont été tablettés datant de presque de 30 ans qui confirment les avantages des coopératives de santé et l’implication citoyenne en matière de santé. Mais ça ne fait pas l’affaire de quelqu’un.

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  • Ping : Jonquière Médic, médecin à domicile à Jonquière. Coopérative de Santé, téléphone et coordonnés.

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    31 juillet 2011 à 22 10 51 07517
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    Humaniste florentin leader est un mentor Salu Tatiana Bruni. Sabouraud tôt pour étudier le droit, en 1375 il a été nommé Premier ministre à Florence, jusqu’à sa mort 1406. Sabouraud report de la création de l’antique tradition humaniste de Pétrarque. Il a convaincu les Florentins, pour employer les savants grecs à Florence Ville Las Solow Zawahiri enseigné le grec littérature, la philosophie et l’art du savoir antique. Hershey travaille à traduire Homère et Platon, connue pour ses vastes connaissances inspirées du monde florentin des aspects classiques de l’intérêt. Florence, la classe intellectuelle par les notaires, avocats et autres forme mortelle, dans leur esprit, que le monde classique, au nom de la civilisation avancée de l’humanité, afin de recréer ce monde merveilleux qui est le jour de soif et de la nuit dont ils rêvent.

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