L’illusion de la reprise

Jean Gagnon Dossier Actualité économique

Tout faire pour se sortir de la crise sans penser aux conséquences qu’auront à plus long terme les moyens utilisés.

Cette façon de faire des gouvernements à l’échelle de la planète depuis le début de la crise économique et financière l’an dernier devrait connaître son aboutissement un peu plus tard cette semaine lorsque le gouvernement américain publiera son premier estimé de la croissance économique pour le troisième trimestre, soit la période terminée le 30 septembre.

C’est que le chiffre sera positif, et ce pour la première fois depuis cinq trimestres. En effet, le consensus des économistes prévoit une croissance économique de l’ordre de 3% chez nos voisins du sud pour la plus récente période de trois mois.

Ce ne sera pas une surprise pour Wall Street, car là, on célèbre déjà un retour à la croissance depuis plus de six mois. En effet, la bourse est à la hausse de plus de 50 % depuis le 9 mars. Mais attention, car une certaine nervosité semble maintenant s’installer.

Pour Main Street, les réjouissances risquent d’attendre. Le taux de chômage aux États-Unis atteint déjà 9,8 %, et il pourrait toucher éventuellement jusqu’à 11 %, toujours selon le consensus des économistes.

Les actions des gouvernements

Des programmes gouvernementaux sans précédents ont permis ce retour à une croissance positive. Malheureusement, les effets de plusieurs de ces programmes ne seront pas récurrents. Pensons à tous ces travaux d’infrastructure que les gouvernements ont mis en place en catastrophe pour ne pas que l’emploi s’écroule complètement. Ils ne dureront pas éternellement.

Mais aussi, l’industrie automobile a été soulevée de terre par le programme <cash-for-clunkers> par lequel le gouvernement subventionnait les individus qui se défaisaient de leurs vielles <minounes> pour s’acheter une nouvelle voiture ou un nouveau camion. Les ventes d’automobiles ont explosé au mois d’août, mais déjà en septembre elles retombaient.

Enfin, la construction domiciliaire a repris un peu de vigueur aux États-Unis grâce à l’instauration d’un crédit d’impôts de 8 000 $ accordé aux acheteurs d’une première maison. Cette mesure doit prendre fin dans quelques mois, et déjà l’industrie s’active pour qu’elle se continue. Pas de doute, ce 3 % de croissance provient des actions gouvernementales.

Il ne faudrait pas croire que les consommateurs prendront bientôt la relève des gouvernements. En effet, après quelques mois de reprise, l’indice de confiance des consommateurs américains vient de chuter à nouveau, selon l’enquête du Conference Board. L’indice est passé de 53,4 à 47,7. Ce n’est pas aussi faible qu’en février dernier lors des pires moments de la crise, mais cela indique tout de même que la confiance des consommateurs a plafonné très rapidement.

J’ai bien peur, que dans un an ou deux tout au plus, il ne restera que les déficits des gouvernements pour témoigner des plans de sauvetage et de relance. On aura raté l’occasion de faire le grand ménage des institutions financières et de recentrer l’économie vers autre chose que l’automobile et l’immobilier. Mais pour l’instant, l’illusion de la reprise masque les leçons que nous aurions pu tirer de cette crise.

Chez–nous ?

Et bien le Québec aussi devra composer avec un déficit budgétaire supérieur aux estimations de 3,9 milliards faites en mars dernier. Ce sera plutôt 4,7 milliards. Comme pour l’Ontario, comme pour l’ensemble du Canada, et comme pour les États-Unis. Et on révise également à la hausse pour l’an prochain, soit 4,7 milliards au lieu de 3,8. C’est ce que le ministre des Finances, Raymond Bachand, vient tout juste d’annoncer. Le ministre nous dit que le Québec a dû faire face à une situation plus difficile que prévu. Ne trouvez-vous pas étonnant que depuis six mois les gouvernements s’appuyaient sur des hypothèses trop optimistes ? Je crains que cette façon de jouer à l’autruche en ce qui concerne l’impact sur les déficits et d’attendre l’évidence avant d’admettre toute la gravité de la situation nous préparent des lendemains pénibles ?

17 pensées sur “L’illusion de la reprise

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    28 octobre 2009 à 7 07 53 105310
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    M. Gagnon… MILLIARD ! pas million

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    28 octobre 2009 à 7 07 55 105510
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    Bonjour Jean,
    Milliards.. OUps, je viens de voir le commentaire de Garamond.
    Je reviendrai pour commenter le reste…
    Bonne journée!

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    28 octobre 2009 à 8 08 54 105410
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    Oui, oui, oui. Milliards , il va sans dire. On corrige.

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    28 octobre 2009 à 9 09 41 104110
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    Les corrections sont maintenant faites en milliards. Nous étions optimistes quoi!!!

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    28 octobre 2009 à 20 08 02 100210
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    Vous me corrigerez si je me trompe, moi et la finance, économie, ouf!
    Nous vivons à crédit sur un bien être présent sans trop savoir du futur?
    Comme je le faisais remarque à Pierre, l’équilibre est tellement fragile. Sorte de cirque du soleil… Le spectacle est beau, mais dangereux.
    Toutes ces infrastructures, il me semble, c’est une conception ancienne de «fouetter» l’économie.

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    28 octobre 2009 à 23 11 04 100410
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    @Gaëtan Pelletier
    Ces dépenses d’infrastructures sont, comme vous le dites, une conception ancienne de fouetter l’économie. Et c’est justement ce qui est alarmant. Nul doute que la réaction à la crise de la part des gouvernements manque d’imagination. Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’on affronte les problèmes du moment avec les solutions d’hier.
    Lors du crash boursier de 1987, Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale à l’époque, avait décidé de baisser substantiellement les taux afin d’éviter des conséquences semblables à celles de la grande dépression des années 1930. C’était à l’époque une première, et cela s’avéra une décision géniale.
    Le problème est qu’à chaque crise, ou simple malaise, depuis ce temps, on utilise la même stratégie de baisser les taux. Les marchés financiers ont compris. Des fortunes se font à chaque fois parce que l’élite financière comprend très bien ce qui va se produire. Les dépenses d’infrastructures ne sont là que pour rassurer l’ensemble des agents économiques que les gouvernements mettent la main à la roue pour régler les problèmes. Mais ce sont les gens près des marchés financiers qui en profiteront vraiment à cause de l’action des autorités monétaires sur les taux d’intérêt. Pour l’ensemble de la population, les dépenses d’infrastructures risquent de n’avoir comme effet que de reporter les problèmes à un peu plus tard.

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    29 octobre 2009 à 9 09 09 100910
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    Le titre de cet article = dit TOUT

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    29 octobre 2009 à 9 09 31 103110
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    En haut de la pyramide ça joue au monopoly. Une crise équivaut au jeu de la chaise musicale. Nous leur fournissons les chaises, la musique, animateurs et financement…ben oui, pas de jeu ni de casino, ni de loto sans notre argent… Bingo!

    Pas de chaises, pas de musique, pas de financement…pas de jeu! Nous reprendrions contact avec la réalité. À moins que nous préférions le jeu…

    Ils commettent des actes criminels et nous les récompensons! Ils nous mentent, nous volent et nous votons encore pour eux! Ils nous empoisonnent et nous en redemandons! Ils trichent, volent, manipulent, s’organisent en mafia…et nous attendons béatement le changement!

    Plus de 75% veulent une commission d’enquête et on se laisse dire NON. Et quand le véritable changement nous est offert sur un plateau d’argent…nous nous disons NON à nous-mêmes!

    Faudrait nous étonner qu’en ce moment « tout nous échappe »!????

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    29 octobre 2009 à 9 09 42 104210
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    Les milliards aux infrastructures c’est l’eau au moulin de la mafia. L’eau au moulin de la mafia, c’est la farine pour les petits pains chauds des élections comtés « clé en main ». Voilà comment les libéraux s’assurent le pouvoir en nous escroquant. Voilà pourquoi les libéraux ont tellement peur de faire la lumière dans la grande noirceur québécoise « nouvelle mouture ». (À la sicilienne).

    Nous sommes gouvernés par des imposteurs professionnels accrédités et financés à même l’argent des contribuables captifs d’un système pourri jusqu’à la moëlle.

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    29 octobre 2009 à 13 01 37 103710
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    Bonjour à tous,

    Ce qui ce passe présentement dépasse les simples considérations financières.

    Qu’est-ce que nous regardons exactement?

    L’écroulement d’un système fictif… des fictions juridiques (gouvernements) qui se sont endettées à quémander de l’argent fictif (crédit) à des autorités toutes aussi fictives (banques centrales).

    Le problème, c’est que tout le monde croit qu’il (elle) est caution (garant) des diverses dettes contractées par un tiers (gouvernement-corporation).

    En droit, le principe de l’effet relatif des contrats signifie qu’on ne peut lier ou obliger un tiers sans son consentement.

    Si on prenait le temps de regarder la situation pour ce qu’elle est, soit diverses corporations (tierces parties) qui contractent des obligations, SANS NOTRE CONSENTEMENT, la situation serait beaucoup moins préoccupante.

    Mais comme la plupart des gens préfèrent regarder et écouter l’illusion qui les hypnotyse, les problèmes de la corporation deviennent rapidement leurs propres problèmes.

    Ils se croient tous cautions de la corporation et agissent comme tel.

    Cette perception doit changer, si on veut que les choses s’améliorent, car les gouvernements vont continuer d’emprunter et de taxer les gens à la mort, avec des lois et règlements bidons qui ne visent qu’à piller le fruit de votre labeur.

    Et à la fin, personne ne pourra acheter ou vendre quoi que ce soit, s’il n’a pas la marque de la bête (micropuce) dans la main ou le front.

    Et plus rien ne sera dans le domaine privé. Tous les gestes seront épiés, écoutés, enregistrés, filmés par les  »zotorités ».

    C’est là qu’on est les amis!

    Regardez alentour de vous. C’est pas dur à voir ou on s’en va.

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    30 octobre 2009 à 21 09 35 103510
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    Je suis peut-être niaiseux mais j’aimerais que quelqu’un m’explique ce qu’est le PIB ???????????

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    31 octobre 2009 à 8 08 05 100510
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    Fern…

    Le PIB est le produit intérieur brut, soit la valeur de l’ensemble des biens et services produits par l’économie d’un pays.

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