La berce du Caucase, herbe à puce sous stéroïde

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Fin juillet, début d’août! Ici au Québec l’été est à son summum. Partout on sent la vitalité de la nature sous toutes ses manifestations. Une flore en pleine maturité où toutes les teintes de vert nous adoucissent la vue et crées des paysages dont la vision nous émerveille et, des fois même, nous coupe le souffle. Le boisé derrière mon logement à St-Jérôme est vraiment magnifique. Le simple fait de le regarder amène une relaxation et une paix proche d’une méditation.

Mais cette vision idyllique cache une réalité : celle de la survie. Ces paysages qui nous ravissent, on s’y promène, on y pique-nique, on y joue, on s’y repose; ce sont des jardins d’éden pour nous, nous nous y sentons en sécurité. Mais dans ces jardins d’éden il y a des pommes qui mordent et des morsures qui peuvent être assez douloureuses! Bien entendu c’est une métaphore, il n’y a pas de pommes génétiquement modifiées avec des gènes de requin qui vont vous courser pour vous mordre mais par contre certaines plantes vous attendent de pied ferme si vous pénétrez sur leur territoire.

Dans mon article paru le 27 juillet 2015 au 7 du Québec, je passe rapidement sur le fait que les plantes ont développé des moyens de communication et de défense. Les premières plantes terrestres sont apparues il y a au moins 450 millions d’années soit bien avant les animaux terrestres. Lentement, à leur rythme, elles ont conquis la planète. Elles se sont adaptées à presque tous les environnements et quand les amphibiens ont commencés à sortir de l’eau et à s’implanter sur la terre ferme, elles ont appris à, soit les utiliser pour se propager, soit à se protéger de leur voracité. Une de ces moyens est la synthèse de toxines (peut être le savez vous déjà, mais la grande majorité de notre pharmacopée est issue des plantes, par exemple notre aspirine à été élaborée à partir de la saule). La toxicité de ces substances est souvent affaire de concentration, une petite dose de digitaline est bénéfique pour le cœur mais la marge est très faible entre l’effet bénéfique et la dose mortelle.

Plusieurs plantes n’aiment pas se faire toucher, donc elles ont créé des substances qui donnent de très désagréables sensations à ceux qui le font; comme notre très connue herbe à puce. Depuis notre prime jeunesse dès que l’on s’approchait d’un carré d’herbe de plus d’un mètre carré on nous mettait en garde contre elle. Pourtant, aujourd’hui, il y a au Québec une plante pour qui, en comparaison, l’herbe à puce est de la gnognotte : je vous présente la berce du Caucase ou berce de Mantegazza (heracleum mantegazzianum) pour les intimes.

C’est une belle plante qui a été « découverte » en 1880 dans le Caucase et introduite rapidement comme plante ornementale dans les jardins britanniques dès le début des années 1900. Elle s’est répandue très rapidement à l’état sauvage en Europe pour atteindre l’Amérique du Nord vers 1917, surtout pour des raisons horticoles. Au Québec c’est au début des années 1990 que les premiers plants sont remarqués.

À maturité la berce peut atteindre 5 mètres de hauteur, avec des feuilles jusqu’à 3 mètres; donc pas vraiment une plante d’appartement, heureusement, et une tige teintée de rouge et pourpre de 10 cm de diamètre surmontée d’une inflorescence d’environ 50 cm de diamètre qui donne une floraison de petites fleurs blanches entre la mi-juin et la mi-juillet. La berce du Caucase préfère les terrains humides : fossés, bords de cours d’eau, marais. Selon le Ministère de l’agriculture, même si la berce du Caucase n’est pas répertoriée systématiquement, elle est présente sur presque tout le territoire sauf en Abitibi-Témiscamingue, la Côte-Nord et le Nord du Québec. Si vous en trouvez près de chez vous il est recommandé de le déclarer à votre municipalité et si possible d’en sécuriser l’approche.

Mais toute cette beauté qui nous attire cache un très désagréable défaut, et si l’idée vous passait dans la tête de vous étendre dans une talle de berce du Caucase pour prendre un bain de soleil, on pourrait qualifier cela de très, très mauvaise idée. Ne vous laissez pas tenter à vous faire bercer par la berce du Caucase, il vous en cuirait!

En effet cette plante produit une photo-toxine, la xanthotoxine. Une photo-toxine est une substance qui est activée par la lumière du soleil. Elle cause alors des inflammations très sévères et des brûlures dont les cloques peuvent atteindre la grosseur d’une pomme de terre et amenez , à la limite, la personne atteinte sur une grande surface à être l’objet du protocole de soins aux grands brûlés. Cela peut donc être très sérieux, surtout dans le cas d’enfants, si un enfant est en contact avec la berce du Caucase n’hésitez pas à consulter immédiatement.

Cette photo-toxine présente dans la sève est inactive tant que la zone infectée est gardée à l’abri de la lumière pour au moins plusieurs jours. S’il y a contact avec la peau il faut éliminer le plus possible de sève en l’absorbant avec du papier absorbant mais sans frotter ni étaler. Ensuite laver avec du savon suivi d’un abondant rinçage à l’eau claire, et surtout, ne pas exposer au soleil pendant au moins 48 heures. Si les séquelles de l’exposition à la sève de la berce du Caucase peuvent prendre plusieurs heures pour se manifester, elles peuvent persister pendant des mois sinon des années selon la sensibilité des personnes.

Le problème avec la berce du Caucase est que sa gestion et son contrôle sont très difficile en raison des caractéristiques morphologiques et de ses propriétés toxiques. La taille des plants matures ainsi que la densité de leurs colonies associées à la vigueur des racines rend la tâche difficile, idéalement elle s’effectue plus aisément au printemps mais peut s’étaler sur plusieurs années. De plus sa toxicité oblige le port de vêtements protecteurs adéquats : salopette imperméable à la sève de la berce, gants de plastique à manche longue de la bonne classe et lunette de protection, pas le kit que le particulier comme vous et moi possédons. C’est donc un travail pour des professionnels et des spécialistes. Souvent les particuliers ou même les municipalités mettent en place un cordon de sécurité autour d’une colonie de berce du Caucase pour éviter un contact accidentel, d’ailleurs c’est souvent suite à un tel contact que la présence de la berce est connue et à voir les effets que ces découvreurs ou découvreuses ont subit comme récompense de leur trouvaille, cela ne donne pas vraiment le goût de faire des recherches actives sur le terrain. De plus au Canada il n’y a pas d’herbicide pour milieu humide homologué, donc aucun herbicide ne peut être utilisé contre la berce. Les deux produits herbicides qui pourrait l’être serait beaucoup trop dommageables pour l’environnement car non spécifiques, ils détruisent toutes les plantes avec qui ils entrent en contact, et vue la grosseur de la berce et de la quantité d’herbicide que cela prendrait, ce moyen est vraiment écarté des solutions possibles. L’éradication mécanique est présentement le meilleur moyen de contrôle.

J’ai connu l’existence de la berce de Caucase aux informations ou des personnes ayant été en contact avec la berce et ayant subit des irritations et brûlures assez conséquentes présentaient leurs mésaventures. Je dois dire que les séquelles qu’elles affichaient ne donnent pas le goût de vivre la même chose. J’aurais peut être aimé une meilleure information sur cette plante d’où cette idée d’article sur ce sujet. Un peu d’information et de publicité sur l’apparence et les dangers de cette plante pourrait éviter bien des désagréments car finalement pour les éviter c’est simple : regardez cette plante de loin et dans le doute faites un petit détour.

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Claude Bordeleau

Né à Montréal en 1950. Diplôme de technologue en chimie, carrière de 37 ans comme technicien en travaux pratiques au Collège Ahuntsic. Études en guitare populaire et piano classique, accompagnateur instrumentiste dans un groupe vocal et une chorale. Ceinture noire 3ième Dan en karaté, toujours actif dans le Groupe Karaté Sportif. But dans la vie: apprendre et devenir une meilleure personne à chaque instant, physiquement et spirituellement avec le plus grand sourire possible.