La bhuttocratie aux oubliettes…

YSENGRIMUS   Il y a cinq ans tout juste, Benazir Bhutto (1953-2007) mourrait assassinée en pleine campagne électorale. Il s’ensuivit un court flafla occidental puis, vite, on tourna la page. Au jour d’aujourd’hui, son fiston se lance peut-être en politique mais bon, il reste qu’ on oublie déjà copieusement Madame Bhutto. Elle était la marionnette myope de l’Occident. Elle incarnait la tentative compradore de manipuler, depuis l’intérieur du fourneau, le Pakistan, cet allié tourmenté de 162 millions d’habitants au bord de la révolution islamique. Il s’agit donc de l’incurie ricaine en matière pakistanaise. Résumons. Le Pakistan, pays artificiellement créé en 1947 pour séparer les musulmans du sous-continent des Hindous, pays doté jadis d’une portion orientale distante de 1,000 km qu’il a perdu en 1971 dans une guerre sanglante et humiliante impliquant l’Inde. Le Pakistan, pays pompé, frustré, exacerbé. L’islamisme y monte tranquillement sans encombre depuis deux bonnes générations, dans une définition nationale qui repose de toute façon sur l’Islam au départ. Les élites occidentalisées (famille Bhutto en tête) n’y ont apporté que magouilles et combines, self-service pour leur propre clan. Les ricains y ont surtout appuyé de longue date ses dictateurs galonnés en cascades, s’intéressant moins à sa démocratisation effective qu’à la clique à poigne qui servira ses intérêts. Or ces gens ne sont pas des amnésiques politiques, il s’en faut de beaucoup.

Et subitement, en 2006-2007, tu lâches là dedans une ancienne combinarde jadis déposée pour magouilles, qui porte son voile à moitié, en rêvant qu’elle ira bouter le général que tu n’appuies plus parce qu’il pointe les ressources que tu lui fournis contre l’Inde plutôt que contre ton petit problème terroriste qu’il protège à demi et dont il se fiche pour l’autre demi. Eh bien ta figure politique «démocratique» de la onzième heure, prépare toi à en retrouver du hachis. C’est ce qui est arrivé. Madame Bhutto incarnait l’occidentalisation et tous ses mythes creux: démocratie, élitocratie, ploutocratie, magouillocratie, etc. Sa mort aura peu d’impact de masse à terme au Pakistan parce que cette figure était téléguidée de l’extérieur mais comptait peu à l’intérieur en fait, malgré le show à courte vue qu’on a voulu nous servir ici, à l’époque, la concernant. Il aurait fallu envelopper son cercueil dans un drapeau ricain. Elle est morte pour ses maitres d’outre-Atlantique et ces derniers, toujours aussi mauvais joueurs sur l’échiquier mondial, sont maintenant de plus en plus emmerdés avec ce régime qui n’arrive plus à contenir son hinterland qui gronde et ses maquis rebelles qui pullulent. Même des journaux de suppôts comme Le Monde etc ont admis cette réalité patente du statut parfaitement compradore de la manoeuvre avortée Bhutto. Ce qu’il faut prendre clairement ici, c’est la mesure de l’incompétence américaine sur cette question délicate de politique étrangère. Si Madame Bhutto et ses muses US étaient si adroites, eh bien la dame serait tout simplement encore en vie. Le pragmatisme de la survie physique en politique n’est pas un pragmatisme abusif, loin s’en faut. Morte, elle prouve combien le coup était hasardeux et mal informé.

L’impact politique de Madame Bhutto (plus inconsciente que véritablement «courageuse» à mon sens. Il n’y a aucun courage dans le suicide) fut minime et sans suites sérieuses. Six mois après sa mort, on n’y pensait plus. Y pensez-vous encore vous? Revoyons cet impact sur le coup du moment d’alors. Moins d’une cinquantaine de morts dans les manifs (Il faut placer les choses dans leurs justes proportions. Ce sont des pays hautement émotifs en matière d’assassinat politique. Rien de comparable ici cependant avec les centaines et centaines de morts ayant suivi les assassinats de Mohenda, Indira et Rajiv Gandhi), des pillages et du brigandage (Ça c’est intéressant parce que c’est l’action de gens qui se couvrent avec l’événement plus qu’ils ne couvrent l’événement), un report électoral mollasson, des partis d’opposition pas tellement plus forts ou plus faible qu’avant, un général toujours aussi collant, et la lente marmite islamiste qui continue de chauffer dans le fond de l’hinterland (et non pas, comme on cherche tant à nous le faire croire ici, du fait de groupuscules marginaux).

Rien de nouveau, donc. Les tendances lourdes, comme en Égypte, comme en Arabie Saoudite, comme dans la vie. L’idée de foutre la paix à ces gens devrait peut-être faire son chemin un petit peu (si peu), mais le mal de l’intervention occidentale est de toute façon déjà bien avancé… Dans ce contexte foutu, la question QUE FAIRE? a été soulevée. Posons la en termes pakistanais (et saoudiens et égyptiens et palestiniens). Mais que manque-t-il donc à l’islamisme politique pour qu’il se défrustre, se décrispe, se calme les nerfs, s’assoye dedans et nous foute un peu la paix? Réponse: il lui manque l’usure du pouvoir, le bon vieux ronron des chancelleries, le raplapla de la realpolitik, la couchette du pacha. L’ineptie compradore ricaine étant ce qu’elle est, de l’Algérie au Pakistan en passant par la Palestine, quand un parti islamique gagnait ses élections en bonne et due forme (démocratie, vous avez dit?), il se faisait casser les deux jambes par l’Occident, flagosser, taponner, couillonner, et ces gens n’ont tout simplement pas l’opportunité d’aller un peu dormir au ministère et voir si j’y suis, dans leurs propres pays. Pas fort ça, pour les soi-disant champions US de l’électoralisme. Alors ces gens, tu comprends, ils s’exacerbent, constatent qu’il y a un truc avec les urnes là, et dix ans plus tard au lieu d’avoir un régime islamique mou élu, tu finis avec un régime islamique dur, placé par coup d’état et/ou printemps « populaire », martyr sanguinolent et braqué à la planche contre les ricains et leurs semblables (dont vous et moi, au fait). Sauf que, bon, voyez l’Égypte, son cas est désormais très parlant et hautement représentatif de ce que je suggère ici. Ils ont troqué un président en costard occidental pour un président « islamistes » qu’on surnomme déjà le Pharaon… C’est pas mieux mais au moins maintenant, les égyptiens peuvent ouvertement s’en aviser et aviser. Rien de tel que le passage de l’idéal au vrai pour bien constater de visu que l’idéal ne vaut pas mieux que le vrai…

Le summum pour ça c’est l’Arabie Saoudite. Le grand frère compradore US lui bloque sa révolution républicaine depuis des lustres et, exactement comme l’Irlande jadis, l’Arabie Saoudite exporte ses terroristes (Ben Laden était un grand bourgeois saoudien, frustré de sa révolution anti-monarchique locale) autour du pourtour du couvercle tenu par un Oncle Sam aveugle. Et cela éclabousse partout. Et quand, bien exacerbés, ils pogneront le manche (comme en Iran en 1979), il n’y aura plus de Vietnam communiste pour aller les calmer comme ce dernier le fit si bien pour le Cambodge.

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Ysengrimus

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Une pensée sur “La bhuttocratie aux oubliettes…

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    28 décembre 2012 à 19 07 05 120512
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    « Quand un parti islamique gagnait ses élections en bonne et due forme »… Evidemment, le cas emblématique a été l’Algérie, où il a fallu 70 000 morts pour stopper la démocratie… En Libye, plus récemment, on en a tué 100 000 et personne ne doute que dans une élection libre le fils de Khadaffi serait plébiscité. En Syrie, Bachar a gagné son réferendum… et on lui a donc envoyé des mercenaires par milliers….

    Existe-t-il encore des naifs pour croire que ce que nous avons ici est une démocratie ? Le système a tellement bien ficelé l’affaire par la manipulation et la corruption qu’aucune force raisonnable organisée ne pourra lui arracher le pouvoir. Seuls pourront le faire des fanatiques religieux ou des individus mus par le désespoir et un désir pathologique de vengeance

    http://wp.me/p59O0-167 http://wp.me/p59O0-2bi http://wp.me/p59O0-1MW

    Pierre JC Allard

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