La chevelure mérovingienne!!!

La chevelure mérovingienne

La veuve de Clovis s’écria: « J’aime mieux les voir morts que tondus!!! ». Cette grand-mère s’exprimait ainsi au sujet de ses trois petits-fils, dont elle avait la garde, héritiers de son fils Clodomir assassiné par ses deux frères en 524.

À l’approche de leur majorité où ils prendraient possession de leur héritage, leurs deux oncles voulant s’approprier du royaume d’Orléans  échu aux enfants, désirent « tondre » les trois enfants. La réponse de la grand-mère (mère des oncles en question) qui préfère les voir morts que « tondus », indique l’importance attribuée à la longue chevelure chez les rois mérovingiens. Car si les enfants sont tondus, ils perdent leur pouvoir de régner. La  chevelure longue, est le lien de la royauté mérovingienne avec la divinité; c’est-à-dire le pouvoir spirituel échu au roi.

Le résultat  final de l’intervention de la grand-mère fut que deux des enfants furent égorgés et que le troisième, Clodoald, fut sauvé in extrémis par un serviteur qui l’enleva, lui fit prendre la tonsure et l’habit religieux. Cet enfant est, ensuite, devenu St-Cloud, chez les Catholiques. Évidemment, il donna à l’Église catholique l’héritage que ses deux oncles lui avaient charitablement alloué. Je suis porté à croire que l’héritage passa des mains des deux oncles directement à celles de l’Église.

Par contre, se faire couper les cheveux, comme l’avait fait Clodoald, n’annulait pas complètement son pouvoir de royauté, puisque…des cheveux, ça repousse. Clodoald dû donc, à une occasion subséquente, se couper les cheveux lui-même, lors d’une « tonsure officielle ». Mais malgré toute « l’officialité » du cérémonial, lorsqu’on lit l’histoire de St-Cloud, on se rend compte qu’il ne se sent pas en sécurité et qu’il se déplace souvent pour mener, le plus tranquillement possible, sa vie sainte et solitaire. Il parviendra ainsi à survivre jusqu’à l’âge de 38 ans où il mourut  très « saintement ».

La vraie façon efficace de « tondre » un roi mérovingien était autre chose que de simplement lui couper les cheveux. On pouvait procéder de trois façon distinctes : 1) On les arrache incluant la racine, 2) on les coupe aux ciseaux suivit de coups de bâton pour « tuer les racines » ou 3) on arrache le cuir chevelu en cautérisant la plaie au fer rouge. Donc, normalement, il n’est pas question que…ça repousse.

La longue chevelure des rois mérovingiens est l’aspect physique de leur droit légitime divin à régner. Il est reconnu par tous jusqu’au-delà même du VIIIe siècle puisqu’en 751 Childéric III est « scalpé » sous l’ordre de Pépin le Bref. Childéric n’ayant pas de successeurs, Pépin fait alors disparaître l’hérédité divine de la royauté mérovingienne et instaure la royauté carolingienne, capilosité divine ou pas.

On comprend maintenant l’importance du nom du père de Mérovée, Clodion « le Chevelu » qui avait reconquis son autorité royale lors de la disparition du pouvoir de Rome au 5e siècle.

La longue chevelure mérovingienne était tellement reconnue comme apanage de la royauté qu’elle servit à une conspiration pour unifier les royaumes mérovingiens qui, à force d’être séparés entre les héritiers, devenaient de moins en moins puissants et risquaient ainsi d’être perdus par l’Église aux mains de d’autres envahisseurs.

Cette conspiration s’échelonne sur plusieurs années. Elle commence par l’apparition d’une femme à la cours de Childebert  Ier, qui s’y présente avec un enfant appelé Gondovald. Elle affirme qu’elle fut une « épouse » du roi Clotaire Ier et que l’enfant est le fruit de leur « ébats » même si Clotaire avait toujours refusé de reconnaître l’enfant comme étant le sien. Childebert Ier, qui n’avait pas de fils, accueille l’enfant « à la longue chevelure » pour en faire son héritier. Clotaire, qui voulait hériter de son frère Childebert, fit venir l’enfant à Soisson où il lui fit couper ses longs cheveux, signifiant ainsi qu’il n’était pas de la lignée royale. Par contre, il ne le fait pas assassiner ce qui est assez curieux. Heureusement qu’on ne pouvait pas analyser l’ADN à cette époque; sinon…

Il faut comprendre qu’à cette époque, Clotaire peut devenir le seul roi à la tête du royaume des Francs s’il hérite de son frère Childebert qui n’a pas de successeur. Le royaume deviendrait alors unifié comme à l’époque de Clovis. Par contre, Clotaire a sept fils et le royaume risque d’être encore une fois divisé après son décès. On comprend alors l’importance de l’arrivée de Gondovald unique héritier de Childebert tout en étant un fils de Clotaire. Le futur royaume échu à Gondovald serait beaucoup plus puissant que les petits royaumes des sept autres fils de Clotaire et l’unification finale du royaume franc pourrait devenir définitive à la génération suivante.

La conspiration n’est pas des plus faciles et Godovald se fait « couper les cheveux » plus d’une fois au cours de ces « tractations ». Celui-ci, après la mort de Clotaire et de Childebert, se retrouve dans la même position qu’auparavant et c’est Caribert Ier, qui n’a pas de fils non plus, qui l’accueille à Paris. L’un des frères du roi de Paris, le roi d’Austrasie Sigebert Ier, fait enlever Godovald et le fait tondre une fois de plus avant de l’exiler à Cologne. Parvenant à s’enfuir de Cologne, Godovald se réfugie chez Narsès (mort en 573), un général eunuque de l’empereur byzantin Justinien Ier (mort en 565).  À la mort de Justinien, Narsès est insulté par la femme du nouvel empereur et il quitte son poste (Il devient, alors, un peu moins « byzantin » qu’on le dit). Ce qui me fait croire que Gondovald se réfugie chez Narsès après la mort de Justinien. Car il y est en sécurité sans être au pouvoir de l’Église orthodoxe.

Toute la conspiration tremble maintenant sur ses bases; mais les auteurs de la conspiration, que l’on ne connait pas encore et qui ne seront jamais reconnus officiellement, n’ont pas dit leur dernier mot.

C’est Gontran de Boson, duc d’Auverge, qui est chargé de la remettre sur pied. Il se rend à Constantinople pour rencontrer Godovald et parvient à le convaincre de faire valoir ses droits à la succession mérovingienne. L’empereur grec Maurice Ier appuie Godovald et lui remet un trésor de guerre très important. Arrivé à Marseille en 582, il rencontre les évêques Théodore de Marseille et Épiphane de Pavie qui lui fournissent les chevaux nécessaires à son entreprise.

Mais le trésor de guerre de Godovald est trop important et Gontran de Boson envisage de s’en emparer. Il décide alors de dénoncer la conspiration au roi Gontran de Bourgogne, fait arrêter les évêques Théodore et Épiphane, les exile, empêchant qu’on les questionne pour ne pas être impliqué lui-même. Gontran de Boson n’a aucun lien officiel avec l’Église mais il ressort maintenant qu’il y a bien un lien important « officieux » qui le lie aux évêques qu’il a dénoncés. Notons que l’évêque Épiphane est reconnu pour ses négociations avec les rois barbares plutôt qu’avec les aristocrates « civilisés ». Quant à l’évêque Théodore de Marseille, c’est lui qui établi le lien entre Godovald et Mummolus, reconnu comme le meilleur stratège de son époque au service du roi Gontran de Bourgogne. Mummolus rompt avec Gontran en 581 (année précédant son alliance avec Godovald) et s’allie au roi Childebert II, fils de la reine Brunehaut, à Avignon. Il sera assiégé à Avignon par Gontran de Boson qui doit se retirer devant l’arrivée du duc Gondulphe envoyé par le roi Childebert II (ou, plus probablement, par Brunehaut).

Je mentionne ici la reine Brunehaut parce qu’elle règne durant 33 ans en Burgondie, incluant durant le règne de Childebert II. Elle participe à la tentative de l’unification sous un seul roi du royaume franc. Lors de son mariage avec Sigebert Ier en 566, elle abjure la religion chrétienne arienne. Elle est donc de «l’Église catholique romaine ». Il devient plus facile de comprendre pourquoi Childebert II vient à la rescousse de Mummolus à Avignon, tout en expliquant  l’implication des évêques Théodore et Épiphane. Clotaire II vaincra tout le monde, avec l’aide de sa femme Fredegonde, et condamnera finalement  Brunehaut en 613.

C’est cette condamnation qui nous ramène au sujet initial de la chevelure mérovingienne.

Clotaire accuse Brunehaut d’avoir fait assassiner dix rois et elle est reconnue coupable. La condamnation du roi n’est pas piquée des vers. Clotaire commence par la livrer aux « exactions » de son armée pendant trois jours. Il la fait ensuite exposée nue sur un chameau et finalement la fait attacher par les cheveux, un bras et une jambe à la queue d’un cheval indompté. Son corps brisé est ensuite brulé.

Cette condamnation qui l’attache au cheval indompté est plus de nature à prouver qu’elle n’est pas de lignée royale ou encore qu’elle est rejetée par Dieu. Selon la croyance de l’époque, la chevelure royale donne entre autre un pouvoir sur la nature et les animaux. De sorte que « normalement », attachée par les cheveux à la queue d’un cheval sauvage ne devait pas lui être néfaste. Malheureusement, le cheval n’en a pas tenu compte et on déduisit que le royaume revenait de droit à Clotaire. C’est ce cheval sauvage qui est parvenu à unifier le royaume des Francs sous le seul roi Clotaire. Peut-être était-il l’un des chevaux des évêques Théodore et Épiphane, mais l’histoire ne le dit pas.

Cependant, je vous souligne un détail qui me paraît important. Le chroniqueur Grégoire de Tours est un évêque catholique historien du Xe siècle. Il se montre très favorable à la reine Brunehaut. L’autre historien appelé Frégédaire, qui est un parfait inconnu, est du VIIIe siècle. Sa chronique comprend des paragraphes remarquables sur l’Empire Byzantin. Frégédaire se montre, lui, comme très favorable à Fredegonde mère de Clotaire II. Ce qui nous indique que Clotaire II penchait surtout du côté de l’empire byzantin parrainée par l’Église anti-catholique.

On peut donc conclure que la conspiration des évêques catholiques avait fait long feu. Ce seront les « maires du palais » qui, en catimini toujours, répondront à la vision de l’Église catholique. Sa prise de pouvoir en Grande-Bretagne se fit donc un peu plus facilement qu’en France. Nous verrons dans l’article suivant, les faits marquants de l’époque mérovingienne.

À suivre

André Lefebvre

 

 

 

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Andre lefebvre

Mon premier livre "L'histoire de ma nation" est publier chez: http://fondationlitterairefleurdelyslibrairie.wordpress.com/ André Lefebvre

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