LA CLASSE OUVRIÈRE ET LA GAUCHE SECTAIRE

Par Robert Bibeau. Directeur.  LES7DUQUEBEC.COM

palais

 

(Nous vous offrons cette réflexion qui tente de redéfinir les concepts de classe ouvrière et de classe prolétarienne et qui propose une forme d’articulation qui relierait ces classes sociales aux partis politiques de la soi-disant gauche, notamment aux partis dits « communistes » (façon Parti Communiste Français et Parti Communiste du Canada). Nous présentons l’intégralité de ce texte, puis nous l’analysons à la lumière de la théorie marxiste et de l’expérience politique accumulée depuis la Première, la Deuxième, la Troisième et la Quatrième Internationale. Nos commentaires se retrouvent entre parenthèses dans le texte. Robert Bibeau. Directeur LES7DUQUEBEC.COM).

 

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QU’EST DEVENUE LA CLASSE OUVRIÈRE ?  CONTRIBUTION AU DÉBAT

 

Par Talis Dunières. Guadeloupe. Réédition le 29.07.2015 dans  LES7DUQUEBEC.COM

 

 

Un spécialiste de la classe ouvrière

 

C’est sous ce titre combien évocateur des questions existentielles liées à cette classe et son devenir, que le journal “L’Humanité” du 2 mai 2001, quotidien du Parti Communiste Français, donne la parole à Olivier Schwartz, spécialiste des recherches sur la condition ouvrière et le monde du travail.  Le thème traité s’est imposé de lui-même, à cause des gigantesques transformations : économique, sociologique, idéologique, politique occasionnée par la mondialisation triomphante et leurs conséquences. Aujourd’hui se pose avec acuité pour les partis et mouvements politiques de gauche, le problème de la reprise en main de la classe ouvrière, pour sa réorganisation, son éducation, sa redynamisation (sic).

 

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(Vous avez bien lu, l’auteur demande  » la reprise en main de la classe ouvrière pour sa réorganisation, son éducation, sa redynamisation. » La mission des communistes révolutionnaires n’est pas de « reprendre en main » ni d’administrer les affaires syndicales et « gouvernementales » de la classe ouvrière. La mission des communistes révolutionnaires est de servir les intérêts bien compris de la classe ouvrière, en ne se cantonnant pas à l’arrière-garde, pour réclamer des réformes comme une hausse du salaire minimum; le maintien du service postal à domicile; la hausse des prestations d’invalidité; et pour défendre et préserver les « droits » et les « acquis sociaux » temporairement arrachés à la bourgeoisie du temps de l’État providence aujourd’hui révolu. Sous le mode de production capitaliste, sous la dictature autoritaire de la bourgeoisie il n’existe pas de « droits acquis ni d’acquis sociaux » pour la classe ouvrière. Les communistes révolutionnaires auraient intérêt à se reprendre en main dans le sens de se préparer à l’insurrection inévitable plutôt que de prêcher le réformisme aux ouvriers plus conscients que le croient les donneurs de leçons. Ainsi, quelle ligne politique présentée aux ouvriers qui constatent que les travailleurs immigrants sont amenés au pays pour créer une pression à la baisse sur les salaires et déprécier la force de travail ouvrière? Voilà un dilemme qui concerne les organisations de la gauche révolutionnaire. Robert Bibeau).

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Sous la pression des événements survenus, au cours de ces vingt dernières années, des comportements nouveaux sont apparus au sein de la classe ouvrière, suscitant inquiétude et interrogations multiples. En ce moment, des organisations de gauche posent en termes très clairs, le problème de l’existence même de la classe ouvrière, de son déclin, de son absence de conscience de classe, de son manque de combativité, du refus des jeunes ouvriers d’assumer leur condition ouvrière.  Les résultats des dernières élections municipales et présidentielles en France ont en effet permis de mesurer de manière précise, l’état d’immaturité politique de la classe ouvrière et du prolétariat.

 

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(Ce n’est pas  l’idée de se résigner et d’assumer leur condition d’esclave salarié qu’il faut inculquer aux jeunes ouvriers, mais l’idée de s’en libérer et de renverser ce mode de production dégénéré. L’auteur présente ici ce qu’il entend par l’expression: « reprendre en main la classe ouvrière », c’est la reprise en main de son crayon de vote afin d’apporter ses précieux bulletins qui permettraient au Parti Communiste Français – beaucoup moins au Parti Communiste Canadien – de décrocher des sinécures électorales municipales, départementales, sénatoriales, nationales, syndicales afin d’administrer l’appareil d’État bourgeois dans l’intérêt de la classe capitaliste. Les communistes révolutionnaires n’ont rien à faire dans le processus électoral bourgeois tellement discrédité que même les ouvriers arriérés n’y croient plus, signe qu’ils ont une conscience de classe plus avancée que les donneurs de leçons des organisations de la gauche bourgeoise. Robert Bibeau.).

 

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Citons quelques passages clés de cet entretien : “Si l’on entend par classe ouvrière un groupe cohérent d’ouvriers mobilisés, ayant ce qu’on appelait autrefois une certaine conscience de classe, revendiquant une certaine identité ouvrière, dotés d’organisations qui les représentent, il faut constater que, depuis quinze ou vingt ans, on assiste à sa déconstruction. Les raisons en sont diverses, au cours des dernières décennies des pans entiers de l’industrie lourde où s’étaient constitués les gros bataillons ouvriers ayant une vraie force de frappe collective et porteurs d’une vraie identité ouvrière : les mines, la sidérurgie, la métallurgie ont disparu.” Cependant, on a souvent tendance à déduire de ce constat qu’il n’y aurait plus d’ouvriers. Il y a encore en France une très vaste population ouvrière estimée à 6,3 millions d’ouvriers.”

 

“Pour un jeune aujourd’hui, être ouvrier est perçu comme un échec. Il occupe une position d’ouvrier, mais il n’est pas du tout certain que lui se définira comme tel.  Mais, les spécificités les plus essentielles de la condition ouvrière n’ont nullement disparu pour autant : la pénibilité du travail, l’insécurité de l’emploi, la médiocrité et la faible augmentation des salaires, tout cela est toujours d’actualité plus que jamais.”

 

La classe ouvrière existe bel et bien, et en nombre suffisamment important, pour être encore de nos jours, une force politique, dont la mobilisation peut entraîner tout le prolétariat.

 

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(Heureux de le lire de la main d’un ponte universitaire accrédité,  la classe ouvrière – sans laquelle le mode de production capitaliste n’existerait pas – existe déjà selon monsieur Schwartz et en nombre significatif dit le  spécialiste. Pourquoi s’échiner à chercher une définition de classe ouvrière ?  La classe ouvrière vend sa force de travail contre salaire et la plus-value qu’elle produit lui est expropriée par le propriétaire du capital. Dans cette définition, les deux classes antagonistes sont interreliées, interdépendantes, amalgamées par les rapports de production même qui garantissent leur reproduction respective ou leur disparition mutuelle. Si le Mode de Production capitaliste ne parvient pas à assurer les conditions de cette reproduction élargie alors on dit qu’il y a crise systémique du système capitaliste. C’est la classe capitaliste monopoliste qui va se réjouir d’entendre la bonne nouvelle à l’effet que la classe ouvrière existe toujours, elle dont les usines tournent au ralenti faute d’ouvriers spécialisés à exploiter. Des manoeuvres il y en a assez, mais les hyperspécialisés pour actionner les robots informatisés viennent à manquer. Le manque d’ouvriers spécialisés ne signifie pas la disparition de la classe ouvrière. Pire pourrions-nous dire, le fait même que le capital exploite de moins en moins de travail vivant – d’ouvriers – est justement la cause profonde de la dégénérescence de ce mode de production décadent.  Robert Bibeau).

 

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Des bouleversements économiques et des comportements prévisibles

 

Mais face à cette régression de la conscience de classe, face à cette absence manifeste de culture politique de la classe ouvrière (sic), face à des constats aussi négatifs, ceux dont la tâche consistait en effet, à veiller en permanence qu’il en fut autrement, doivent aujourd’hui se poser la question de savoir, s’ils ont idéologiquement, politiquement, rempli correctement la mission qui était censée être la leur.  L’implosion du système socialiste mondial a probablement contribué à conforter ces dérives, mais ne peut tout expliquer. Car, cette “déconstruction” de la classe ouvrière, cette perte d’identité prolétarienne, était prévisible. Ce sont les conséquences directes des lois de l’évolution anarchique du capitalisme, sur les mentalités et les comportements.

 

Marx et Engels n’ont cessé de nous y préparer, de nous mettre en garde contre l’apparition inévitable, à un moment ou à un autre, de ces phénomènes, dont ils ont parfaitement identifié l’origine, et envisagé les conséquences négatives pour la classe ouvrière.

 

“La bourgeoisie, écrivaient-ils, dans le Manifeste, ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c’est-à-dire l’ensemble des rapports sociaux.” “Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles, distingue la période bourgeoise de toutes les précédentes.” “Tout ce qui avait solidité et permanence s’en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané, et les hommes sont forcés enfin, d’envisager leurs conditions d’existence avec des yeux désabusés.”   La bourgeoisie a dépouillé de leur auréole toutes les activités qui passaient jusque là pour vénérables et qu’on considérait avec un saint respect. Le médecin, le juriste, le prêtre, le poète, le savant, elle en a fait des salariés à ses gages.” “L’organisation du prolétariat en classe, donc en parti politique, est sans cesse détruite par la concurrence que se font les ouvriers entre eux, mais elle renaît toujours, toujours plus forte, plus ferme, plus puissante.”

 

Les partis de gauche, notamment marxistes, ne peuvent faire semblant de découvrir ces enseignements du marxisme, ces phénomènes nouveaux et leurs conséquences négatives. Ils disposaient de données scientifiques, qui leur permettaient d’appréhender en toute connaissance de cause, l’évolution du système capitaliste, l’arrivée de ces bouleversements, leur influence sur le comportement de la classe ouvrière, et les moyens d’y faire face. Car, ce sont avant tout, des questions essentiellement politiques.

 

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(L’auteur ne semble pas comprendre toute l’intelligence des propos de Marx et d’Engels qui observent que : “L’organisation du prolétariat en classe, donc en parti politique, est sans cesse détruite par la concurrence que se font les ouvriers entre eux, mais elle renaît toujours, toujours plus forte, plus ferme, plus puissante.”. Ceci signifie que les anciens partis sociaux-démocrates (Deuxième Internationale) ne pouvaient se diriger ailleurs que dans la coopération avec la  bourgeoisie après la déperdition du mouvement de révolte prolétarien avant la Première Guerre mondiale (au risque de disparaître en tant qu’organisations). De même, les anciens partis communistes (Troisième Internationale) nés du mouvement prolétarien révolutionnaire suite à la Grande Guerre ne pouvaient finir autrement que dans la coopération avec la bourgeoisie après l’échec du mouvement insurrectionnel de la classe prolétarienne dans l’entre-deux-guerres. Enfin, les anciens partis marxistes-léninistes apparus sur la vague du mouvement de révolte des années soixante et soixante-dix (1968-1979) ne pouvaient que disparaître ou collaborer avec la bourgeoise suite à l’effondrement des mouvements de révolte populaire. Une renaissance prolétarienne en classe et en organisations de classe est aujourd’hui requise avec la montée récente de la révolte populaire que nous communistes révolutionnaires devons contribuer à  transformer en insurrection prolétarienne puis en révolution prolétarienne pour le communisme.  Robert Bibeau).

 

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Dans la dernière livraison des “Nouvelles Étincelles” n° 88 du 8 janvier 2004, nous avons tenté d’expliquer les raisons pour lesquelles certains aspects négatifs, relevés depuis quelque temps dans le comportement de la classe ouvrière étaient prévisibles, puisque, indissociablement liés aux lois d’évolution du système capitaliste, comme l’avaient prévu les fondateurs du marxisme. Ce deuxième volet de notre contribution se borne à préciser les contours de cette classe ouvrière et du prolétariat, à définir les nouvelles menaces qui les guettent, les paralyse, condamnant de ce fait les partis de gauche à l’affaiblissement, au rôle de spectateurs actifs, mais impuissants à modifier le cours des événements. Nous terminons enfin par ce qui nous semble être les tâches prioritaires de la classe ouvrière, du prolétariat, des partis et organisations politiques de gauche dans la période actuelle.

 

États des lieux et responsabilité des partis de gauche.

 

Avec le progrès technique permanent, les besoins nouveaux des hommes et de la société, l’affaiblissement, voire la disparition des secteurs traditionnels de l’économie, tels que les mines, la sidérurgie, la métallurgie, secteurs qui constituaient les noyaux durs de la concentration ouvrière, étaient programmés. Mais, la classe ouvrière, loin de là, et heureusement, n’ʼest pas constituée uniquement de ces secteurs. Les ouvriers du bâtiment, les employés des entreprises, du secteur public, du commerce, des services, les fonctionnaires, le prolétariat rural, les petits industriels, les commerçants et artisans en voie de prolétarisation, l’arrivée massive et permanente de nouveaux éléments, principalement composés de femmes, d’anciens employés, d’ʼimmigrés, tout cela fait partie de la grande masse du prolétariat.

 

Cette grande diversité d’origines et de mentalités, ces perpétuels nouveaux arrivants provoquaient un changement constant de la composition, non seulement de la classe ouvrière, mais parfois aussi de la composition du Parti communiste lui-même. En effet, de par la disparition des secteurs clés de la concentration ouvrière, de par sa composition hétéroclite, ce qui est une source de flottement idéologique et une porte ouverte pour la pénétration de l’idéologie bourgeoise au sein de la classe ouvrière, il fallait s’attendre à l’apparition de tels comportements. Signalons également la question de l’aristocratie ouvrière et de l’opportunisme qui ont toujours été présents au sein du mouvement ouvrier.

 

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(Ici l’auteur effleure les effets de l’évolution économique du mode de production capitaliste (MPC) et les répercussions de cette évolution sur la composition et la configuration de classe du prolétariat. Ainsi, il est juste de constater que des pans entiers des activités productives de la classe ouvrière ont été délocalisés des pays impérialistes développés vers les pays impérialistes sous-développés (appelés émergents). Ceci est une conséquence du développement inégal et combiné du mode de production capitaliste au stade impérialiste. Le capital mondialisé et globalisé cherche les meilleures opportunités de valoriser la plus-value, la sève ouvrière dont il s’abreuve. À un capital mondialisé et globalisé correspond nécessairement un monde ouvrier internationalisé et globalisé. Ce n’est donc pas à la disparition de la classe ouvrière que l’on a assisté entre 1973 et 2013, mais à sa délocalisation, sa reconfiguration géographique et sectorielle. Expansion des secteurs dits traditionnels en Asie, répondant à une rétorsion de ces mêmes secteurs dans une autre partie du monde. Déplacement de main-d’oeuvre de zones sous-développées et émigration de cette force de travail inemployée dans les anciennes zones industrielles dégradées. Remplacement des secteurs traditionnels dans une région par de nouvelles activités complémentaires nécessaires à la réalisation du profit (activités tertiaires et quaternaires). Ce que l’auteur décrit comme un malheur tomber du ciel – annihilant l’État providence éphémère n’est que la résultante du fonctionnement normal du mode de production capitaliste en phase impérialiste globalisée et mondialisée. Le parti communiste révolutionnaire n’a rien à faire dans cette transformation et doit refuser d’en administrer – organiser – aménager – les répercussions les plus avilissantes, les plus souffrantes. Ce n’est pas de réformer le mode de production dont nous rêvons, c’est de le détruire définitivement. Robert Bibeau) (2).

 

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Lénine attirait l’attention sur le fait que déjà, Marx et Engels parlaient de l’embourgeoisement d’une partie de la classe ouvrière.” Lénine disait lui-même que “la bourgeoisie d’une grande puissance impérialiste peut économiquement suborner les couches supérieures de ses ouvriers en leur abandonnant à cette fin quelques millions de francs par an.” (1)

 

Toujours dans le même article, Lénine démontrait que “les opportunistes sont objectivement une partie de la petite bourgeoisie et de certaines couches de la classe ouvrière…” Rien donc de particulièrement nouveau en la matière. Le triomphe de la mondialisation a contribué à l’apparition de nouveaux phénomènes et en a amplifié d’autres : disparition des secteurs clés de l’économie traditionnelle, délocalisation, retour à l’utilisation systématique du travail des enfants, surexploitation des richesses et de la main d’oeuvre des pays du tiers-monde, progression inquiétante de la pauvreté et de la misère dans les pays industrialisés, dictature cynique d’organismes bancaires comme le FMI et la Banque mondiale, prolifération de scandales financiers gigantesques (Enron, Silicon Valley, Parmalat), renforcement de l’immigration clandestine, utilisation plus importante du travail clandestin, augmentation constante des chômeurs en fin de droit.

 

La conjonction de tous ces phénomènes a eu des conséquences directes sur l’organisation, la vie des pays industrialisés. Conséquences économiques, sociales, politiques, syndicales… La classe ouvrière pure et dure d’antan, privée, chassée de ses sanctuaires traditionnels, noyée dans un prolétariat disparate, hétéroclite, a fait place à une classe ouvrière moins nombreuse, plus frileuse, moins combative, beaucoup plus préoccupée par la préservation de son emploi.

 

Hantée en permanence par la peur des plans sociaux, du chômage, concurrencé par l’usage de plus en plus fréquent du travail clandestin, des contrats à durée déterminée, des missions d’intérim, sans véritable soutien idéologique des partis de gauche, livrée quasiment à elle-même, la classe ouvrière a, peu à peu, perdu ses repères, en même temps que les partis de gauche s’affaiblissaient, abandonnant la direction des affaires de l’État aux partis et représentants de la droite extrême, qui appliquent au quotidien, toutes les recettes de la mondialisation libérale, parce qu’ils n’ont pas de réponses sociales aux problèmes des travailleurs.

 

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(À l’intérieur du mode de production capitaliste, il n’existe aucune réponse sociale aux problèmes des travailleurs. Pire, cette aristocratie ouvrière que l’on accuse de ne pas suivre les mots d’ordre électoralistes du PCF et d’autres organisations issues de la Deuxième, de la Troisième et de la Quatrième Internationale déchue, vont disparaître avec la crise, tout comme leurs leaders syndicaux et autres bobos que le système a grassement entretenus du temps de la prospérité relative. Ils seront tous forcés de répudier leurs « complicités » avec leurs anciens maîtres complaisants. C’est à ce moment précis que la destinée de l’insurrection, puis de la révolution prolétarienne sera la plus incertaine. Tous ces petits bourgeois – bobos et aristocrates ouvriers frustrés d’avoir perdu leurs privilèges s’approcheront de la révolution dans l’espoir de rétablir leurs prérogatives et c’est alors que ces opportunistes, ces réformistes, mettront la révolution en danger comme il en fut en 1917-1923 lors de la première grande révolution prolétarienne qu’ait connue l’humanité. L’incapacité du petit prolétariat russe inexpérimenté n’a pas permis d’empêcher la réaction de l’emporter. Espérons qu’il en sera autrement lors du prochain printemps ouvrier. Robert Bibeau).

 

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Olivier Schwartz n’a d’ailleurs pas manqué l’occasion de mettre l’accent sur ce qui apparaît être, une lourde responsabilité des partis de gauche dans la genèse de cette catastrophe.

 

“La gauche, dit-il, dans les années quatre-vingt, cesse progressivement de s’adresser vraiment aux ouvriers, alors que de manière très visible, elle s’intéresse de plus en plus à d’autres causes, les banlieues, les jeunes, le racisme, causes justes, mais les ouvriers consciemment ou pas, l’ont ressenti comme un abandon”. “La gauche prenant sa part du pouvoir est apparue comme moins combative ; elle a modifié son discours…, a moins pris en charge les préoccupations et les aspirations du monde du travail.”(sic)

 

Recentrer la lutte du prolétariat tout entier et reprendre l’initiative idéologique

 

La question cardinale aujourd’hui est de savoir sur quelles forces s’appuyer, quels rôles assigner à la classe ouvrière et au prolétariat. Les conditions de la lutte actuelle se sont considérablement transformées, modifiées. Elles ne sont plus ce qu’elles étaient il y a encore seulement vingt ans. Le renversement de la bourgeoisie, mission historique, qui était censée être celle de la seule classe ouvrière, doit être partagé avec le prolétariat tout entier. Pourquoi ? Le nombre de prolétaires dans le monde capitaliste a considérablement augmenté, contrairement à celui des ouvriers.

 

Tous les prolétaires, classe ouvrière comprise, ont en commun, l’obligation de vendre la seule richesse dont ils disposent, leur force de travail, pour faire face dignement aux exigences de l’existence et de la vie moderne. La classe ouvrière et le prolétariat ne peuvent triompher de la bourgeoisie, qu’en ayant à l’esprit, la volonté inébranlable de conserver dans leur rang, une unité idéologique et politique, capable de faire face à toutes les situations.

 

Quant aux partis et mouvements de gauche, les communistes tout particulièrement, ils doivent considérer que leur tâche est de déployer une offensive résolue sur le front idéologique, pour libérer les masses populaires de l’emprise de toutes les formes de l’idéologie bourgeoise.

 

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(Encore faudrait-il que ces partis et mouvements de la go-gauche ne soient pas eux-mêmes sous l’emprise de « toutes les formes de l’idéologie réformiste et opportuniste bourgeoise ». L’unité idéologique et politique souhaitée n’est pas un préalable, mais la résultante de la lutte de classe sur le front idéologique et politique concurremment à la lutte sur le front économique. C’est justement le crime dont ils sont tous coupables, du plus grand de ces partis décadents à la plus petite secte dogmatique frileuse, repliée sur ses écrits et sur ses gourous, sur ses blessures infligées dans le cours des vagues d’expulsions passées (période de bolchevisation des organisations communistes de la Troisième Internationale), ou lors des trahisons qui se sont succédé dans le procès de revitalisation perpétuelle du mouvement révolutionnaire ouvrier que Marx – encore lui – a si bien décrit : “L’organisation du prolétariat en classe, donc en parti politique, est sans cesse détruite par la concurrence que se font les ouvriers entre eux, mais elle renaît toujours, toujours plus forte, plus ferme, plus puissant.” Robert Bibeau). (3)

 

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(1) – Lénine. LʼImpérialisme et la scission du socialisme. Oeuvres complètes. Tome 23 : pages 116 à 132.

(2)  La tragédie des « boats peoples » du travail salarié forcé. (3.06.2015)

http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/la-tragedie-des-boat-people-de-travail-salarie/

(3) Bibeau, Robert (2015) Les conditions de la révolution prolétarienne (2e partie). http://www.les7duquebec.com/7-au-front/les-conditions-de-la-revolution-proletarienne-2/

 

Robert Bibeau (2014) Manifeste du parti ouvrier. Publibook. Paris. 183 pages. http://www.publibook.com/librairie/livre.php?isbn=9782924312520

7 pensées sur “LA CLASSE OUVRIÈRE ET LA GAUCHE SECTAIRE

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    29 juillet 2015 à 12 12 30 07307
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    La conscience de classe st une illusion tout comme la conscience de la présence de Dieu l’est. Seul l’instant présent est réel, aussitôt réfléchit par la conscience, il devient passé et se déforme dans la mémoire humaine…

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    13 août 2015 à 0 12 39 08398
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    Étant donné l’état d’immense faiblesse que rencontre le mouvement communiste cette question paraît bien utopique. Pourtant, partout, des besoins de changements profonds s’expriment.

    Il ne s’agit pas, pour autant, de se replier sur des bases anciennes, connues, des révolutions passées qui ont échoué comme l’on sait dans l’éradication du système capitaliste et dans la construction du socialisme.

    Même si nous devons le plus grand respect à celles et ceux qui ont ouvert le chemin des révolutions prolétariennes, les conditions objectives du processus révolutionnaire ne sont plus les mêmes aujourd’hui.

    Bien des prolétaires, minoritaires, ont été amenés, à partir de leurs luttes pour les besoins immédiats, à en élever le niveau jusqu’à vouloir éliminer le capitalisme. Ils ont pris conscience, par l’expérience et la réflexion, qu’ils ne sont pas seulement en concurrence avec le capital pour le partage salaires/profits, mais dans un antagonisme irréductible avec le capital devenu sénile, qui ne peut même plus les maintenir dans leur état de salariés.

    On le sait, les moyens matériels pour fonder le processus révolutionnaire, ne sont pas des conditions « toutes prêtes », mais ils existent, à condition d’être transformés.

    Les prolétaires partent de leurs besoins immédiats

    Les prolétaires luttent dans les conditions actuelles du capitalisme. Les formes d’action se renouvellent (débrayages, grèves perlées ou tournantes, etc.). Les intérimaires et précaires souvent réputés non grévistes ont pourtant défrayé de nombreuses chroniques : les intérimaires de PSA-Mulhouse, grèves des jeunes Airbus Nantes, grève des McDo, des SFR, etc.). Également dans la santé et le secteur public suite à la RGPP.

    Le caractère de ces luttes s’exprime par la conscience qu’il faut se battre pour l’avenir des enfants, pour travailler où l’on vit, pour tous.

    Ce qui est nouveau dans la situation contemporaine, au-delà des multiples différences selon les pays, c’est que les prolétaires sont toujours obligés de lutter pour assurer leur survie quotidienne contre « les empiétements du capital » comme le disait Marx. Cette lutte se heurte à l’impossibilité pour le capital de se reproduire sans devoir accroître terriblement ces empiétements, dégrader toujours davantage leur situation.

    Intensification de l’exploitation via les réorganisations et restructurations, sous-traitance, émiettement du temps de travail, disponibilité permanente, souffrance et stress au travail sont devenus le lot commun des prolétaires et d’une fraction importante de secteurs de la petite bourgeoisie salariée.

    Aujourd’hui, la productivité au travail en France est une des plus élevée au monde et la souffrance physique et mentale en est la conséquence immédiate. La lutte contre la pénibilité est au cœur des revendications ouvrières.

    La crise engendre partout une instabilité politique et sociale grandissante.

    Mais en Europe, la majorité des prolétaires sont dans le désarroi, les frustrations qui se traduisent par de brefs excès de colère, des émeutes sans lendemain.

    Les phénomènes apparents que génère l’idéologie bourgeoise, tous ces mythes auxquels croient encore une majorité de prolétaires, pèsent lourdement dans le cours de leurs luttes.

    Il y en a trois principalement :

    l’idée que l’économie et la politique sont deux choses séparées, de simples rapports entre les choses (prix, profits, monnaies, etc.) alors qu’il s’agit de la même chose.
    L’idée que l’argent est « la richesse » principale, qu’il suffirait de redistribuer équitablement pour éviter les « excès » de la « finance » et pouvoir relancer la croissance alors que, pour les capitalistes, ce n’est pas l’argent qui manque mais la possibilité de le transformer en moyens de produire de la plus-value.
    Enfin, l’idée que c’est à l’État, qui représenterait selon eux l’intérêt général commun à tous, de mieux gérer l’économie selon cet intérêt alors qu’il n’est que le poste de commandement de la bourgeoisie, son Parti sans lequel les intérêts particuliers (privés) n’ont aucun moyen de s’organiser et donc le capitalisme de se survivre malgré la crise.
    Deux voies s’offrent aux prolétaires

    Malgré le délabrement de ce vieux système pourrissant, la bourgeoisie règne encore n’hésitant pas à recourir plus ouvertement à des moyens dictatoriaux. Une grande majorité se rattache au passé d’avant la crise « où on vivait mieux ». Ce passé semble meilleur que le présent et bien plus encore que le futur qui lui apparaît confusément rempli de menaces et de troubles effrayants.

    A notre époque le vieux mouvement réformiste, tant dans ses formes que dans son contenu ne peut au mieux que freiner momentanément la tendance à la dégradation des conditions de travail.

    Marx et Engels avaient prévu en 1848 dans « Le Manifeste du Parti Communiste », que le capital arriverait un jour à ce stade de son développement historique où « la bourgeoisie ne peut plus régner parce qu’elle est incapable d’assurer l’existence de son esclave dans le cadre de son esclavage », incapable d’assurer l’existence du prolétaire dans le cadre du rapport salarial (des rapports de production capitalistes en général).

    Les prolétaires expérimentent que ce qui les attachait au réformisme disparaît. Car ils subissent au quotidien cette réalité du capitalisme sénile qui est qu’il ne peut se survivre q’au moyen d’une dégradation continue de leurs conditions d’existence.

    Ils se rendent compte que dans cette affaire l’État est incapable d’en empêcher l’aggravation, ainsi que celle de leurs conditions de vie.

    D’ailleurs, contrairement à ce que pense des intellectuels bourgeois tels que Paul Moreira qui a enquêté sur le FN, ce n’est pas le manque d’argent qui explique la disparition de l’ « État social » (ou Etat providence) mais le fait que l’État, devenu une énorme machinerie économique, est toujours chargé de valoriser le capital en général et qu’il le peut de moins en moins. Le capital privé étant lui-même dans les pires difficultés pour assurer sa survie.

    La crise enseigne une multitude de faits qui sapent l’idéologie bourgeoise. Ainsi que l’État leur demande de toujours plus financer les conditions de la valorisation du capital sans toutefois y parvenir vraiment (tel le taux de croissance ridiculement bas estimé pour 2015 à 0,4%).

    La situation actuelle est donc particulièrement confuse. L’extrême faiblesse du mouvement prolétaire est évidemment aussi celle des communistes.

    Les communistes sauront-ils aider les prolétaires à se constituer en classe ?

    Nous avons tous besoin, communistes ou non, de retrouver des perspectives politiques, de centraliser notre combativité encore éclatée dans des luttes défensives, pour avancer vers l’unité et l’indépendance à l’égard du système bourgeois.

    S’unir c’est se délimiter en évitant deux écueils bien connus : le sectarisme et l’opportunisme.

    Ce qui impose de s’unir sur la base d’une analyse commune de la situation contemporaine, laquelle ne peut être produite que dans ses caractères généraux les plus essentiels.

    Cette première analyse commune peut et doit comprendre :

    Les causes spécifiques de la crise : épuisement des gains de productivité (c’est ce que les capitalistes appellent les « rendements décroissants ») et de l’accroissement de l’extraction de la plus-value (sous sa forme relative du fait de l’augmentation de la production de biens et de marchandises dans un temps de plus en plus réduit pour une intensité du travail plus forte – donc avec comme conséquence l’épuisement de l’ouvrier), le dépérissement de la valeur.
    Les conséquences concrètes qui en découlent : épuisement définitif de la croissance capitaliste.
    Pour la survie du capitalisme, obligation d’un recours à la surexploitation des masses, l’aggravation de la destruction de la nature, l’élimination d’une masse accrue de prolétaires par la guerre, les maladies et la misère.

    Ce premier pas n’est pas celui de la création d’un parti communiste, lequel ne peut émerger et se constituer que dans un rapport dialectique avec le prolétariat, se voulant anti-capitaliste. Mais il en est une préparation.

    Quel nouveau mouvement communiste peut enclencher un processus révolutionnaire ?

    Association des Amis du Manifeste 15 Avril 2015 0
    Les Amis du manifeste, point de vue communiste
    Quel nouveau mouvement communiste peut enclencher un processus révolutionnaire ?
    Étant donné l’état d’immense faiblesse que rencontre le mouvement communiste cette question paraît bien utopique. Pourtant, partout, des besoins de changements profonds s’expriment.

    Il ne s’agit pas, pour autant, de se replier sur des bases anciennes, connues, des révolutions passées qui ont échoué comme l’on sait dans l’éradication du système capitaliste et dans la construction du socialisme.

    Même si nous devons le plus grand respect à celles et ceux qui ont ouvert le chemin des révolutions prolétariennes, les conditions objectives du processus révolutionnaire ne sont plus les mêmes aujourd’hui.

    Bien des prolétaires, minoritaires, ont été amenés, à partir de leurs luttes pour les besoins immédiats, à en élever le niveau jusqu’à vouloir éliminer le capitalisme. Ils ont pris conscience, par l’expérience et la réflexion, qu’ils ne sont pas seulement en concurrence avec le capital pour le partage salaires/profits, mais dans un antagonisme irréductible avec le capital devenu sénile, qui ne peut même plus les maintenir dans leur état de salariés.

    On le sait, les moyens matériels pour fonder le processus révolutionnaire, ne sont pas des conditions « toutes prêtes », mais ils existent, à condition d’être transformés.

    Les prolétaires partent de leurs besoins immédiats

    Les prolétaires luttent dans les conditions actuelles du capitalisme. Les formes d’action se renouvellent (débrayages, grèves perlées ou tournantes, etc.). Les intérimaires et précaires souvent réputés non grévistes ont pourtant défrayé de nombreuses chroniques : les intérimaires de PSA-Mulhouse, grèves des jeunes Airbus Nantes, grève des McDo, des SFR, etc.). Également dans la santé et le secteur public suite à la RGPP.

    Le caractère de ces luttes s’exprime par la conscience qu’il faut se battre pour l’avenir des enfants, pour travailler où l’on vit, pour tous.

    Ce qui est nouveau dans la situation contemporaine, au-delà des multiples différences selon les pays, c’est que les prolétaires sont toujours obligés de lutter pour assurer leur survie quotidienne contre « les empiétements du capital » comme le disait Marx. Cette lutte se heurte à l’impossibilité pour le capital de se reproduire sans devoir accroître terriblement ces empiétements, dégrader toujours davantage leur situation.

    Intensification de l’exploitation via les réorganisations et restructurations, sous-traitance, émiettement du temps de travail, disponibilité permanente, souffrance et stress au travail sont devenus le lot commun des prolétaires et d’une fraction importante de secteurs de la petite bourgeoisie salariée.

    Aujourd’hui, la productivité au travail en France est une des plus élevée au monde et la souffrance physique et mentale en est la conséquence immédiate. La lutte contre la pénibilité est au cœur des revendications ouvrières.

    La crise engendre partout une instabilité politique et sociale grandissante.

    Mais en Europe, la majorité des prolétaires sont dans le désarroi, les frustrations qui se traduisent par de brefs excès de colère, des émeutes sans lendemain.

    Quel nouveau mouvement communiste peut enclencher un processus révolutionnaire ?
    Les phénomènes apparents que génère l’idéologie bourgeoise, tous ces mythes auxquels croient encore une majorité de prolétaires, pèsent lourdement dans le cours de leurs luttes.

    Il y en a trois principalement :

    l’idée que l’économie et la politique sont deux choses séparées, de simples rapports entre les choses (prix, profits, monnaies, etc.) alors qu’il s’agit de la même chose.
    L’idée que l’argent est « la richesse » principale, qu’il suffirait de redistribuer équitablement pour éviter les « excès » de la « finance » et pouvoir relancer la croissance alors que, pour les capitalistes, ce n’est pas l’argent qui manque mais la possibilité de le transformer en moyens de produire de la plus-value.
    Enfin, l’idée que c’est à l’État, qui représenterait selon eux l’intérêt général commun à tous, de mieux gérer l’économie selon cet intérêt alors qu’il n’est que le poste de commandement de la bourgeoisie, son Parti sans lequel les intérêts particuliers (privés) n’ont aucun moyen de s’organiser et donc le capitalisme de se survivre malgré la crise.
    Deux voies s’offrent aux prolétaires

    Malgré le délabrement de ce vieux système pourrissant, la bourgeoisie règne encore n’hésitant pas à recourir plus ouvertement à des moyens dictatoriaux. Une grande majorité se rattache au passé d’avant la crise « où on vivait mieux ». Ce passé semble meilleur que le présent et bien plus encore que le futur qui lui apparaît confusément rempli de menaces et de troubles effrayants.

    A notre époque le vieux mouvement réformiste, tant dans ses formes que dans son contenu ne peut au mieux que freiner momentanément la tendance à la dégradation des conditions de travail.

    Marx et Engels avaient prévu en 1848 dans « Le Manifeste du Parti Communiste », que le capital arriverait un jour à ce stade de son développement historique où « la bourgeoisie ne peut plus régner parce qu’elle est incapable d’assurer l’existence de son esclave dans le cadre de son esclavage », incapable d’assurer l’existence du prolétaire dans le cadre du rapport salarial (des rapports de production capitalistes en général).

    Les prolétaires expérimentent que ce qui les attachait au réformisme disparaît. Car ils subissent au quotidien cette réalité du capitalisme sénile qui est qu’il ne peut se survivre q’au moyen d’une dégradation continue de leurs conditions d’existence.

    Ils se rendent compte que dans cette affaire l’État est incapable d’en empêcher l’aggravation, ainsi que celle de leurs conditions de vie.

    D’ailleurs, contrairement à ce que pense des intellectuels bourgeois tels que Paul Moreira qui a enquêté sur le FN, ce n’est pas le manque d’argent qui explique la disparition de l’ « État social » (ou Etat providence) mais le fait que l’État, devenu une énorme machinerie économique, est toujours chargé de valoriser le capital en général et qu’il le peut de moins en moins. Le capital privé étant lui-même dans les pires difficultés pour assurer sa survie.

    La crise enseigne une multitude de faits qui sapent l’idéologie bourgeoise. Ainsi que l’État leur demande de toujours plus financer les conditions de la valorisation du capital sans toutefois y parvenir vraiment (tel le taux de croissance ridiculement bas estimé pour 2015 à 0,4%).

    La situation actuelle est donc particulièrement confuse. L’extrême faiblesse du mouvement prolétaire est évidemment aussi celle des communistes.

    Les communistes sauront-ils aider les prolétaires à se constituer en classe ?

    Nous avons tous besoin, communistes ou non, de retrouver des perspectives politiques, de centraliser notre combativité encore éclatée dans des luttes défensives, pour avancer vers l’unité et l’indépendance à l’égard du système bourgeois.

    Quel nouveau mouvement communiste peut enclencher un processus révolutionnaire ?
    S’unir c’est se délimiter en évitant deux écueils bien connus : le sectarisme et l’opportunisme.

    Ce qui impose de s’unir sur la base d’une analyse commune de la situation contemporaine, laquelle ne peut être produite que dans ses caractères généraux les plus essentiels.

    Cette première analyse commune peut et doit comprendre :

    Les causes spécifiques de la crise : épuisement des gains de productivité (c’est ce que les capitalistes appellent les « rendements décroissants ») et de l’accroissement de l’extraction de la plus-value (sous sa forme relative du fait de l’augmentation de la production de biens et de marchandises dans un temps de plus en plus réduit pour une intensité du travail plus forte – donc avec comme conséquence l’épuisement de l’ouvrier), le dépérissement de la valeur.
    Les conséquences concrètes qui en découlent : épuisement définitif de la croissance capitaliste.
    Pour la survie du capitalisme, obligation d’un recours à la surexploitation des masses, l’aggravation de la destruction de la nature, l’élimination d’une masse accrue de prolétaires par la guerre, les maladies et la misère.

    Ce premier pas n’est pas celui de la création d’un parti communiste, lequel ne peut émerger et se constituer que dans un rapport dialectique avec le prolétariat, se voulant anti-capitaliste. Mais il en est une préparation.

    Quel nouveau mouvement communiste peut enclencher un processus révolutionnaire ?

    Il est l’activité communiste possible dans la situation de grande faiblesse qui est celle des communistes aujourd’hui, en transition entre un mouvement communiste qui a complètement dégénéré, et un nouveau à créer en appliquant le principe de l’organisation révolutionnaire en opposition à l’ancienne réformiste, l’indépendance et la puissance du prolétariat contre l’influence des idéologies et des organisations bourgeoises en son sein.

    C’est pour cela que fort de notre expérience au sein de l’AAM, nous revendiquons des assises réunissant les organisations communistes qui comme nous combattent l’idéologie des réformistes de gauche.

    Nous souhaitons apporter notre pierre à « la vraie parole des luttes », pour expliquer les moyens et les conditions pour satisfaire les besoins humains ce qui implique un processus de transformation des objectifs et des luttes elles-mêmes.

    D’ores et déjà nous sommes unis sur un mot d’ordre essentiel :

    TRAVAILLER TOUS, MOINS ET AUTREMENT, pour une société égalitaire gérée collectivement.

    Le bureau de l’AAM – avril 2015

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      13 août 2015 à 10 10 39 08398
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      Un commentaire de haut niveau que j’apprécie, en modifiant le mot d’ordre essentiel: Travailler tous POUR TOUS, moins et autrement!

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    15 août 2015 à 8 08 57 08578
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    PS Monsieur Pierre Lehoux ayant eu des difficultés à placer son commentaire sur cette page me demande de le placer en son nom. LE VOICI INTÉGRALEMENT (Robert Bibeau)

    Pierre Lehoux

    « La période de transition du socialisme après une révolution politique qui chasse la bourgeoisie du pouvoir devrait permettre au prolétariat d’imposer par des luttes d’envergure, les gains de productivité pour redistribuer entre tous la part de travail répugnant, socialement nécessaire, pour que le temps libéré par cette productivité ne soit pas du temps chômé comme dans le MPC, mais du temps que s’approprieront les individus pour développer d’autres activités choisies librement.

    Celles-ci les enrichiront et les amèneront progressivement, ans le cours de leurs luttes, à disparaître en tant que prolétaires par l ‘ élévation de leur capacité à gérer tous les moyens de production de leur vie.

    Dans le même temps la classe bourgeoise n’aura plus de raison d’être et disparaitra.

    C’est cette élévation de la conscience de classe, qu’il revient aux communistes de développer au sein de la classe ouvrière.

    C’est dans ce sens que l’on doit entendre la dictature du prolétariat car la bourgeoisie ne lâchera pas les rennes qu’elle tiendra encore tant qu’elle disposera de toute la puissance intellectuelle au sein même de l’appareil de production.

    Il sera nécessaire aux travailleurs de bénéficier de l ‘ État prolétarien, sous leur contrôle permanent pour éviter que cette instance qui leur est extérieure, ne se retourne contre eux comme dans les révolutions précédentes.

    PL »

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    15 août 2015 à 9 09 14 08148
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    Quelques commentaires au camarade Pierre LEHOUX

    1) Vous écrivez ceci « l’idée que l’économie et la politique sont deux choses séparées, de simples rapports entre les choses (prix, profits, monnaies, etc.) alors qu’il s’agit de la même chose. » JE NE COMPRENDS PAS – L’INSTANCE ÉCONOMIQUE DE LA LUTTE DE CLASSE SERAIT CONFONDUE AVEC L’INSTANCE POLITIQUE ???? Je ne crois pas ! Expliquez-moi

    2) Il est tout à fait exact que L’ÉTAT bourgeois n’existe que pour contribuer à la reproduction élargie du capital (J’écris bien CONTRIBUER). L’ÉTAT capitaliste le fait de trois façons a) En assurant partie de la reproduction de la force de travail (tous les services et les aides sociales) b) En assurant le transfert d’une portion du capital social vers les capitalistes (les aides gouvernementales au capital) c) en assurant les infrastructures matérielles d’exploitation du capital (aéroports, train, ports, électricité, routes, reboisement, etc. etc. etc.)

    L’État a aussi pour mission d’arbitrer les intérêts entre les différentes factions de capitalistes en concurrence pour s’accaparer les marchés – et exproprier la plus-value ouvrière.

    Les élections bourgeoises sont des moments ou les différentes factions de la bourgeoisie s’affrontent électoralement afin de faire valoir leur priorité et arracher le vote des populaces en faveur de leur clan respectif. Ce que nous vivons actuellement au Canada.

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    16 août 2015 à 8 08 59 08598
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    « Pour répondre à ta question (Robert Bibeau) sur l’économie et la politique, comment ces deux aspects du pouvoir bourgeois peuvent ils être une seule et même chose, il suffit de définir ce qu’est l’état bourgeois:

    « L’Etat est aujourd’hui un vaste complexe d’appareils qui, quels que soient leurs statuts juridiques, public ou privé, a le monopole des fonctions politiques et administratives, juridiques et policières, médiatiques et idéologiques, etc. Bref, un complexe d’appareils qui, bien que traversé d’ambitions personnelles et de rivalités entre différentes fractions bourgeoises, assure une domination quasi-totalitaire de cette classe bourgeoise, et plus particulièrement de la haute bourgeoisie, sur la société. Il y a en effet renforcement, élargissement, en même temps que concentration aux mains d’une petite caste, du pouvoir sur les fonctions de la « superstructure » du capitalisme. Cela correspond au stade oligopolistique du capital contemporain, celui d’un développement très élevé des forces productives, et donc de la concentration et de la centralisation du capital et de ses principaux dirigeants. Lesquels s’interpénètrent étroitement avec les sommets de l’État, comme le montre par exemple à l’évidence l’existence d’une haute bourgeoisie dont les éléments occupent indifféremment, passant des uns aux autres, les postes dirigeants de ces appareils, qu’ils soient publics ou privés ». (je cite Tom Thomas – extrait de « démanteler le Capital ou être broyé « ).

    Merci de publier cette remarque sur ton site que j’apprécie beaucoup pour la justesse de ses analyses.

    Pierre Lehoux

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