La crise de l’armée… en 1000 mots

 

Il y a une crise de l’armée, parce que nous n’aurons plus les guerres que nous avions. Nous ne les avons déjà plus vraiment. La guerre traditionnelle opposait deux États ou groupes d’État ayant des intérêts opposés et qui, se jugeant de forces égales, décidaient d’en découdre sur le champ de bataille, le vainqueur imposant sa loi au vaincu. Ce scénario est devenu ridicule : un sujet d’opérette ou le fantasme d’un cerveau fêlé. Ce type de guerre n’aura plus lieu.

Pas parce que la guerre est abominable ­ elle l’a toujours été – mais parce qu’elle constituera de moins en moins un projet rentable pour ceux qui ont le pouvoir de la faire. Historiquement les guerres servaient, soit à asservir des populations et à tirer profit de leur travail, soit à occuper des territoires, pour des fins stratégiques ou pour en tirer des ressources rares, soit à détruire un rival commercial. Or ces trois (3) motifs de faire la guerre sont aujourd’hui disparus.

D’abord, dans un monde où la main-d’oeuvre est surabondante et où aucun travail signifiant ne s’accomplit sans une grande motivation du travailleur, gérer une population conquise occasionne des frais qui dépassent largement le profit qu’on peut tirer de son exploitation. Dans le meilleur des cas, l’envahisseur a sur les bras une multitude pauvre et incompétente qu’il faut nourrir ; dans le pire, son invasion peut susciter une guérilla et une résistance interminable.

Ensuite, l’occupation du territoire par conquête est devenue désuète, depuis qu’il a été bien compris que l’on peut se garantir l’accès aux ressources rares dont on a besoin, sans s’embarrasser du reste, par la simple corruption des potentats locaux. Il suffit d’encadrer les forces armées de ces derniers de « conseillers » et, au besoin seulement, de quelques bataillons d’élites, si ces forces locales s’avèrent trop ineptes ou déloyales pour protéger le périmètre absolument nécessaire à la cueillette de ces ressources.

Enfin, l’élimination des rivaux commerciaux se fait maintenant par des embargos sur les approvisionnements, des contraintes à la distribution ou, plus proprement encore, par de simples prises de contrôles sur les marchés boursiers. Occuper la Ruhr, au vingtième siècle, était encore essentiellement la tactique de Rome détruisant Carthage. Aujourd’hui, les procédures ont changé. Mittal n’a pas pris Arcelor à la tête d’une horde de cavaliers en turbans.

Il ne reste désormais que deux types de « guerres » qui, même si elles en entraînent toutes les horreurs, ne sont pas vraiment des guerres. Le premier type résulte d’une querelle entre petits pays dont les moyens sont dérisoires au vu des capacités militaires modernes. Il suffit qu’une force supérieure crédible intervienne pour que les hostilités cessent et c’est cette force supérieure qui départagera les prétentions des parties : c’est l’Éthiopie contre l’Érythrée ou la Somalie. Le deuxième type de conflit suppose une telle disparité des forces en présence que le résultat n’est jamais en doute. Ce sont les USA envahissant Panama et Granada, ou Israël attaquant le Liban et Gaza.

Ces deux types de « guerres » ne sont pas vraiment des guerres, puisque ce n’est pas la force des armes qui en déterminera la conclusion. Dans un cas comme dans l’autre, l’action militaire des protagonistes n’est qu’une amorce, une simple péripétie. Pour les conflits de ce type, le déroulement de l’intrigue ne prévoit pas la victoire d’une armée sur les champs de batailles, mais l’intervention en temps opportun d’une tierce partie, normalement une force des Nations Unies, de l’OEA ou de l’OTAN, qui viendra jouer le rôle d’une police. « Opération de police » est d’ailleurs l’expression maintenant acceptée pour désigner les interventions de forces internationales qui viennent séparer les belligérants et rétablir l’ordre public devenu l’ordre international.

Très bientôt, la gouvernance mondiale, qui de fait existe déjà, assumera formellement son rôle.  On prendra acte que dans ce monde unifié les ennemis, par définition  viendront tous de l’intérieur et que tout conflit armée sérieux sera de plus en plus une guerre civile ou une rébellion.  Pendant  que, sur le plan international, l’armée actuelle fait de plus en plus la police, toute police au sein des États actuels – et à plus forte raison dans un État unifié – devra se préparer à affronter des adversaires qui justifieront qu’elle ait les moyens et les caractéristiques d’une armée.

Il apparaît donc opportun de transférer rapidement vers la police les ressources et les méthodes de l’armée.  Parler de crise est ici une formule de style. Transformation rapide serait plus exact, car il n’est pas inévitable que cette transformation suscite des opposition. On adaptera à la police la problématique de l’armée, mais avec des contraintes et des restrictions, naturellement, puisque l’adversaire n’a pas ici à être détruit, mais seulement subjugué et éventuellement ramené dans le droit chemin.  On le fera avec d’autant plus de retenue que, l’affrontement n’ayant pas lieu en territoire hostile, mais chez soi, il faut limiter les dégâts.

On est déjà à vivre cette transformation.  L’un des dangers qui perle, particulièrement en Amérique Latine, est une attitude qu’on pourrait dire fascisante, au sein de certaines armées de métier surtout, qui les pousse à se percevoir comme une caste et donc un corps étranger et à se conduire alors même à domicile comme en pays conquis.  Cette attitude PEUT être modifiée. L’armée populaire de Mao Zhedong en a été un exemple historique remarquable et on ne peut que constater l’impartialité politique qu’a respectée impeccablement l’Armé Rouge quand l’URSS s’est disloquée.  Une réserve qui dure toujours.

Ce danger du fascisme est là, mais il y a en revanche, des avantages non négligeables à ce qu’on pourrait appeler un « militarisation » des corps policiers. L’ armée a eu historiquement un sens de la discipline et du devoir ainsi qu’une résistance à la corruption supérieure à celle des policiers qui perçoivent parfois leur engagement comme passager. On devrait certainement s’inspirer de la formation militaire pour celle des policiers.  Cette « crise » sera de celles dont on peut attendre qu’elles apportent surtout du bien.

En attendant il y a les dernieres aberrations.  Celle de l’Iraq, l’Afghanistan encore plus bête et maintenant la Libye qui tourne a la sanglante bouffonerie… ce dont assez de gens prennent conscience pour nous en protéger peut-être#d’une escalade

Pierre JC Allard

http://nouvellesociete.wordpress.com/2008/09/02/securite-police-et-armee/

Une pensée sur “La crise de l’armée… en 1000 mots

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    5 avril 2011 à 11 11 43 04434
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    Les guerres ne sont plus ce qu´elles étaient en effet, on assiste maintenant à des guerres des boutons, qui depuis l´air et en toute sûreté pour le couard attacant, peuvent détruire les infrastructures et les armes de l´adversaire bien moins doué technologiquement. A l´époque des romains c´était probablemennt davantage la discipline , l´argent (pour payer les mercenaires) et la détermination impériale qui faisaient la force de Rome. Aujourd´hui c´est toujours l´argent (des étatsunis et de l´Europe occidentale anglophile (La France est une exception dans cette aventure néocoloniale contre la Lybie; c´est pour cela que Sarkozy fait une enorme erreur: on ne doit jamais aider l´empire à empirer (1); que le Royaume Uni qui est devenu une colonie de sa colonie, le fasse, c´est son problème. Ils vont finir par être absorbés tôt ou tard; ils le sont déjà, par leurs cousins ouestains)) , et la détermination impériale (des étatsunis) qui font les vainqueurs faciles, mais aussi et sourtout la technologie et quelques infrastructures mobiles technologiquement bien défendues: les porte avions, etc… Ce qui est maintenant fâcheux c´est qu´ils sont en traîn de s´habituer, de nous habituer à voir faire des guerres technologiquement faciles pour ceux qui possédent cette technologie. Nous sommes en cela dans un moment très dangereux où La-Nouvelle-Rome étasunienne et son excroissance angloise pourrait se permettre petit à petit d´intervenir partout dans le monde en très peu de temps, pour rétablir l´ordre impérial de conformation aux intêrets économiques et de protection des matières premières de l´empire et de ses laquais (dont le pauvre et petit sarkozy (Iznogoud)), et situer, dans les pays où ils interviennent, des présidents-dictateurs fidèles à l´empire et à son argent. C´est en fait un vrai nouveau fascisme auquel nous assistons et la couleur de sa peau n´a point rendu plus sage ni moins impérialiste, nous le constatons bien maintenant, Obama que Bush ou Reagan. Des clones et un seul parti: les démocrates et les républicains aux étatsunis ont exactement la même politique extérieure (et intérieure). La droite et les faux-socialistes, vrais-voleurs (et les faux gauchistes) en France, et en Europe, également.

    (1) : empirer a ici le sens de volonté d´extention de l´empire et aussi, bien sûr, de faire que les choses soient encore pires qu´avant.

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