LA CRISE DES MIGRANTS EN EUROPE ET EN AMÉRIQUE (l’industrie des ONG humanitaires)

 Par Robert Bibeau. Le 5.09.2018. Sur http://www.les7duquebec.com

 

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La politique d’immigration d’un État

 

La politique d’immigration d’un État est une composante essentielle de son économie-politique nationale et doit répondre aux intérêts des acteurs économiques hégémoniques. En ayant ceci en tête, on peut analyser et comprendre le projet américain de construction d’un mur à la frontière mexicaine; on peut ausculter la politique d’accueil du gouvernement allemand pour un million de migrants; on peut étudier la politique italienne de fermeture de ses ports après l’entrée de centaines de milliers de migrants; on peut même appréhender la politique canadienne d’expulsion des immigrants pauvres, etc.

 

Dans cet article, notre thérapie pour remédier à la « crise des migrants » suggère d’exposer le vers qui est dans le fruit avant de démontrer que c’est l’arbre tout entier qui est contaminé et qu’il faut l’arracher sans tenter de le réformer puisque le malade est incurable.

 

Le trafic « négrier » contemporain

 

L’activité négrière des ONG « humanitaires » en Méditerranée –  élément essentiel de la chaîne de valeur de l’esclavage salarié – nécessite en amont un appareillage organisationnel de cueillette des migrants forcés ou dupés (au Proche-Orient et en Afrique) et un  dispositif pour l’acheminement des migrants vers les centres de réception et de tri, ainsi qu’une superstructure gouvernementale et associative (associations citoyennes et ONG), dans les pays d’accueil, et un dispositif médiatique d’agitation-propagande populiste (de droite comme de gauche) afin de vendre cette marchandise (cette force de travail précarisée et bon marché).

 

Plus grand est le besoin en main-d’œuvre salariée précarisée et bon marché, plus intense sera le flux migratoire, plus imposante devra être la superstructure de rabatteurs, de passeurs, de transporteurs, de trieurs, de formateurs et d’intégrateurs de ces millions d’esclaves salariés à déplacer à intégrer dans l’économie nationalisée ou privée du pays receveur.

 

Ainsi, aux États-Unis, les besoins en main-d’œuvre bon marché étaient grands; puis il vint un moment où cette superstructure d’acheminement était tellement efficace que les besoins furent comblés d’où Donald Trump fut appelé à la tête de l’exécutif étatsunien pour mettre un frein à ce trafic « négrier » venant d’Amérique latine, première source d’approvisionnement de la chaîne de valeur américaine. Ce fut le « show » du mur de séparation, commencé avant Trump et qui ne sera pas terminé quand Trump aura complété son mandat. « Mur » qui réduira l’afflux sans tarir l’approvisionnement toujours conséquent. Sachez que le jour où toutes les familles bourgeoises américaines auront leur « Nanny » portoricaine ou colombienne et que chaque usine aura son stock d’esclaves salariés bon marché, les vannes de l’immigration se fermeront.

 

De même en Allemagne, où la pénurie de main-d’œuvre bon marché était criante. Maintenant que les besoins sont comblés, les groupuscules d’extrême droite stipendiés sont à la manœuvre et exposés à la télé. Quand l’audience n’est pas suffisante, les sectes de la gauche « antifa » sont appelées en renfort pour créer l’affrontement et justifier la couverture médiatique. Il en est ainsi en Italie, un pays traumatisé par son passé fasciste, où le prolétariat n’a aucune aversion contre l’immigration… ce qui donne des maux de tête aux organisateurs de la chaîne de valeur qui cherche les façons de provoquer la confrontation, élément important de la politique de valorisation de cette  marchandise mondialisée.

 

Les acteurs des flux migrateurs 

 

De multiples vecteurs sont mis en œuvre par le grand capital international afin de déplacer des millions d’individus, surtout des travailleurs et des travailleuses (les enfants servant de faire valoir) d’un continent à un autre. Pour que cette chaîne de valeur soit rentable plusieurs acteurs doivent être mis à contribution. Ce sont, les gouvernements et les administrations des pays d’origine de ces flux migratoires forcés (guerre, famine, chômage, cataclysme, démographie, etc.) et de ces flux migratoires de gens « dupés » (promesse d’une vie meilleure, rétribution aux travailleurs). Seront mises à contribution les milices de mercenaires – barbouzes – accoutrés en « islamistes-djihadistes » (sic), de même que les armées nationales qui terrorisent les populations locales davantage que les terroristes-djihadistes patentés ne le font.

 

La petite-bourgeoisie nationaliste fait grand ramage et publicise les exactions des uns et des autres à travers les médias et moyens de communication à la solde du capital. Enfin, sont enrégimentés de nombreux enrôleurs, rabatteurs, transporteurs, passeurs, trieurs, ainsi que des tortionnaires de ces esclaves salariés. En pays d’accueil, des dizaines de milliers de travailleurs sociaux et humanitaires, des milliers de formateurs et de fonctionnaires gouvernementaux et des milliers de policiers sont affrétés afin de rentabiliser cette chaîne de valeur « négrière » nouveau genre, avant que le grand capital puisse enfin jouir d’une baisse des coûts de production et d’un accroissement de la consommation, à crédit, mais qu’importe.

 

Évidemment, l’ensemble de ce travail de conditionnement de cette chaîne de valeur requiert un financement conséquent. C’est ici qu’interviennent les grands groupes financiers et industriels mondiaux créanciers des États surendettés, ainsi que les organismes de gouvernance de la « communauté internationale humanitaire » (ONU, Unicef, Oxfam, Caritas, CNUCED, HCR, FNUAP, PNUD, PAM, etc.)

 

La fraude des allocations sociales et l’arnaque des migrants-faux-réfugiés

 

Il ne faut pas confondre la petite fraude des allocations sociales, entrainant de l’acrimonie dans les médias bourgeois et l’arnaque des migrants-faux-réfugiés. La fraude des prestations sociales est une opération qui a pour finalité de soulever le prolétariat (qui paie pour ces allocations misérables) contre le lumpenprolétariat poussant ainsi ces impétrants vers le fascisme et le crime social (trafic en tout genre, vol à l’étalage, gangstérisme, etc.)  Dans le cas de la « crise des migrants », les ONG stipendiées participent de plain-pied à l’élaboration de la chaine de valeur. (1) Les ONG impliquées sont des composantes essentielles de l’opération qui commence souvent en zone africaine, moyen-orientale ou latino-américaine; traverse de nombreux États de transits (complices), que le grand capital international doit parfois reformater pour en faire de dociles cloportes contributeurs à la chaîne de valeur, comme en Irak ou en Libye de Kadafi qu’il a fallu détruire pour en faire un État voyou où s’effectue dorénavant le tri des esclaves salariés modernes (travailleuses du sexe, ménagères, ouvrières, manœuvres, et la catégorie « à jeter à la mer »); le tout se termine, après une traversée meurtrière et sélective (comme au temps des galions négriers) en banlieue parisienne, berlinoise, romaine, londonienne, new-yorkaise ou montréalaise. (2)

 

Arrivés en cage d’accueil l’odyssée des « immigrés forcés ou floués » n’est pas terminée. Il reste deux opérations à compléter : premièrement, assurer la difficile intégration de ces malaimés enchaînés ou floués afin de compléter le trafic amorcé sous l’équateur. Cette intégration commence sous les quolibets et les agressions physiques des groupuscules extrémistes de droite; sous le regard circonspect des prolétaires inquiets; et sous l’émulation des groupuscules de gauche chargés de créer l’évènement qui assurera une tapageuse couverture médiatique, le tout se transformant en « crise des migrants ou en crise raciste », préparant une vaste opération de déstabilisation des gouvernements justifiant le durcissement des États policiers totalitaires, deuxième opération qui sera complétée avec la collaboration des grandes corporations, avec le concours de la droite politique et de la gauche bourgeoise appelant l’État fétiche et complice à se fasciser. (3) Il faut bien assurer la sécurité des populations enchainées.

 

Que présage cette traite « négrière » moderne ?

 

Cette traite négrière moderne ne présage pas de la mort de l’Union européenne, mais elle annonce l’effondrement de l’économie capitaliste que les « ânes » de l’AquariusSOS Méditerranée, maillons faibles de la chaîne de valeur, ainsi que leurs commanditaires milliardaires tentent de sauver in extrémis…

 

Toutefois, la méthode sera différente pour cette troisième édition, car je ne crois pas que le grand capital international réussira à mobiliser les masses ouvrières en faveur des partis fascistes et néonazis comme ils l’ont réussi lors de la Seconde guerre mondiale (1929-1945). Les résurgences fascistes et nazies européennes et américaines n’ont pas vocation à s’emparer du pouvoir comme dans les années trente.  Ils ont plutôt vocation à pousser les gouvernements en place à se fasciser en réponse aux multiples troubles sociaux qu’ils auront provoqués avec l’aide de ces immigrants forcés. (4) Ce qui revient à dire que les activités de l’industrie des ONG « humanitaires », de la droite populiste et de la gauche « anti fasciste » soutiennent objectivement les manigances pour instaurer des gouvernements totalitaires dans chacune des intendances étatiques européennes et américaines.

 

Le prolétariat n’a rien à faire ni de ces idées fascistes, néonazies ou racistes, ni de l’agitation gauchiste ou « humaniste-populiste », ni des migrants forcés, sous-payés, précarisés que le grand capital et son État fantoche veulent exploités puis conscrire comme chair à canon dans les guerres civiles qu’ils préparent dans les principaux pays capitalistes avancés. Le prolétariat saura-t-il offrir une alternative politique révolutionnaire à opposer à ce destin déjanté ?

 


NOTE

 

  1. http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/les-ong-sont-des-associations-de-voyous/
  2. https://www.lemonde.fr/afrique/video/2018/09/04/un-migrant-sur-18-meurt-en-mediterranee-en-tentant-de-rejoindre-l-europe_5350101_3212.html
  3. https://www.msn.com/fr-ca/actualites/monde/pour-trump-nike-envoie-un-«terrible-message»/ar-BBMTIhm?li=AAanjZr&ocid=spartandhp
  4. https://www.msn.com/fr-ca/actualites/monde/pour-trump-nike-envoie-un-«terrible-message»/ar-BBMTIhm?li=AAanjZr&ocid=spartandhp

 

 

 

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétarien depuis 40 ans. http://www.les7duquebec.com

7 pensées sur “LA CRISE DES MIGRANTS EN EUROPE ET EN AMÉRIQUE (l’industrie des ONG humanitaires)

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    5 septembre 2018 à 11 11 29 09299
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    @ TOUS complément d’information express – ce matin même.

    Ce matin même le journal « L’Immonde = Le Monde » et l’ONU – organisation fantoche de la « Communauté internationale » des milliardaires apportent de l’eau à notre moulin et dévoilent qu’un (1) colis (marchandise = force de travail salarié potentielle) sur (18) est perdu en Méditerranée malgré – ou à cause – des efforts des passeurs humanitaires de concerts avec les trafiquants implantés en Libye où l’OTAN a su traquer et assassiné Kadahfi mais où elle ne sait pas traquer ses trafiquants négriers : Écoutez plutôt

    https://www.lemonde.fr/afrique/video/2018/09/04/un-migrant-sur-18-meurt-en-mediterranee-en-tentant-de-rejoindre-l-europe_5350101_3212.html

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    5 septembre 2018 à 13 01 10 09109
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    @ tous

    Et nous allions oublié les immenses corporations multinationales comme NIKE – SPORT qui tout en surexploitant le travail négrier en Afrique, en Inde et ailleurs – verse une larme sur le racisme que la firme contribue à essaimer aux États-Unis et dans le monde – comme méthode pour réduire le coût du travail salarié dans ses sweatshops du Sud américain comme du sud africain = Voilà étalé la mondialisation des marchés du travail salarié et autres marchandises à écouler

    https://www.msn.com/fr-ca/actualites/monde/pour-trump-nike-envoie-un-«terrible-message»/ar-BBMTIhm?li=AAanjZr&ocid=spartandhp

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    6 septembre 2018 à 3 03 05 09059
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    Bonjour Robert

    globalement d’accord avec ce que tu écris, sauf avec cette phrase

    « Avant que le grand capital puisse enfin jouir d’une baisse des coûts de production et d’un accroissement de la consommation, à crédit, mais qu’importe. »

    la baisse des coûts de productions n’a pas besoin de cette immigration, la concurrence mondiale des travailleurs y pourvois suffisamment. Le but de cette immigration massive est de donner un bouc émissaire aux travailleurs occidentaux, dont le salaire doit s’aligner sur une base mondiale de rémunération. Cette technique est vieille, puisque c’est celle consistant à désigner l ‘étranger comme responsable de ses problèmes intérieurs et ainsi, éviter de s’en prendre à sa propre élite dirigeante. Certes, cette fois ci, l’échelle n’est pas la même, puisqu’on parle au niveau mondial, mais le principe reste immuable.

    Le but est comme tu le dis, faire accepter et même,appeler à une politique sécuritaire dure, surtout lorsque la crise financière mondiale surviendra, il faut de toute force avoir un bouc émissaire qui ne soit pas les dirigeants politico-économique, mais le lumpenprolétariat et cette masse migratoire.

    Mais comme tu le dis à la fin, pas sûr que cette fois ci, la recette fonctionne aussi bien. De toute façon, sauf à revenir à l’état préhistorique, la mondialisation ne laisse aucune autres alternatives que la fin du système capitaliste, la seule question étant de savoir combien il restera de survivants… Pour les tenants du système, du moins, de ceux qui connaissent les rouages, le but est de faire comme le radeau de la Méduse, c’est à dire, sauver les élites et laisser les autres s’entretuer, alors, ils pourront mettre en place la société communiste, seule capable de répondre aux besoins d’une société humaine au niveau mondial…

    « Et nous allions oublié les immenses corporations multinationales comme NIKE  »

    oubli surtout que ces corporations existent en tant que telle, sauf si tu donne à tes objets la même valeur qu’un être humain ! De fait, seuls existent les actionnaires qui imposent leur volonté quand à la manière de faire fonctionner l’outil productif, mais qui n’est pas une être pensant comme les capitalistes le font si bien gober aux travailleurs en parlant de « personnalité juridique ». Ce statut leur permettant surtout, au delà de sa capacité à concentrer le capital, de ne jamais être poursuivie pour toutes les exactions faites en leur noms par les salariés manoeuvrant ces outils de productions, où seuls ces derniers risquent d’êtres poursuivies. De mémoire, je n’ai jamais entendu qu’un actionnaire, même lorsqu’il est seul, soit poursuivi pour n’importe quel crime, même en cas de crime contre l’humanité. On poursuit le salarié, mais jamais l’actionnaire, ce dernier n’est touché qu’au niveau du porte monnaie.

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