La culture intime des femmes nuit-elle aux femmes?

YSENGRIMUS   Commençons avec un chiffre qui, sans procéder directement des questions de sexage, dit tout: dans nos civilisations, 70% de la totalité des investissements qui sont placés, casés, transigés, boursicotés ou circulent sont en fait… les dépenses de consommation ordinaire. Le capitalisme mise encore massivement sur la pure et simple consommation de tous les jours et, si vous vous demandez pourquoi les démarcheurs sont toujours sur votre dos comme des frelons pour vous faire les poches, repensez simplement à ce chiffre crucial. Le capitalisme ne vit pas de la Bourse. Il vit de vous et moi. Ceci, pour dire simplement que la pression à la consommation, ce n’est pas une petite affaire. C’est un poids immense, constant, tangible sur nous tous.

Ensuite, pensons à l’intelligence de la petite fille. Plus avancée plus tôt que le petit garçon (ils se rejoignent éventuellement plus tard), la petite fille fascine par son pif précoce pour le jeu social et son aptitude fulgurante à décoder les règles explicites ou implicites émanant d’un modèle comportemental, individuel ou collectif. Ajoutons à cela un sens du devoir qui s’articule très tôt, une ouverture naturelle aux questions sociales, aux enfants, aux animaux, à l’habitat, aux opprimés du monde, pour conclure qu’on a affaire, avec la petite fille et la jeune femme, à une personne configurée mentalement avec un sens aiguë du devoir-faire et du devoir-être.

Posons ensuite l’axiome féministe sur lequel repose tout le raisonnement proposé ici. Toute régression vers des valeurs patriarcales qui replaceraient la femme en position de subordination socio-économique et ethnologique devant l’homme, comme celles longtemps imposées dans la société rurale ancienne, est non recevable. La libération et la valorisation de la culture intime des femmes sont là pour rester et leur caractère irréversible s’impose dans les faits effectifs autant que dans la totalité de nos représentations éthiques. Le problème n’est pas que la femme soit libre (devant un ordre révolu). Le problème est qu’elle est « libre » dans une civilisation contemporaine qui, elle, ne l’est pas…

Car il faut constater froidement un fait catastrophique que le féminisme classique n’avait pas prévu. La rencontre d’un vif sens féminin du devoir-être et du capitalisme consumériste effréné de notre temps produit un mutant mental et comportemental, un monstre socio-culturel particulièrement pugnace: l’auto-dénigrement morbide face à un modèle de féminité irréaliste car conçu exclusivement pour amplifier des réflexes de consommation qui, pour perdurer, se doivent de ne jamais se voir assouvis. La moindre pube de teinture pour cheveux contient le tout du drame en un micro-théâtre regrettablement tragi-comique. Femme Lambda dit à Femme Epsilon : «Tu te crois bien coiffée, Cocotte? Grave erreur! Regarde plus attentivement la racine de tes cheveux dans ce miroir. Oh horreur, tu n’es plus conforme au canon, tu débordes poisseusement du moule comportemental, tu trahis la morale élémentaire du Souverain Beau, tu es moche et méprisable… Pourquoi? Tout simplement parce que regarde: la couleur naturelle de tes cheveux revient te hanter à leurs racines. Imite–moi, moi femme éclatante, abstraite, théorique, illusoire, dont tu revendiques le prestige. Jalouse moi d’abord. Imite moi ensuite. Consomme régulièrement la teinture Zinzin. Tes cheveux seront alors un modèle pour celui des autres femmes qui te surveillent et te jugent…» Libre de tous ses choix, la femme est aussi libre… de vendre de la saloperie à d’autres femmes en les terrorisant, selon la configuration (et les tics, et les perversions) d’une intelligence qu’elle connaît parfaitement puisqu’elle en procède librement. Libérée du patriarcat antique, la femme n’en est pas pour autant libérée du capitalisme. Et, sous le capitalisme, la femme est une louve pour la femme… égale de plus en plus effective de l’homme (qui est un loup pour l’homme, sous le même régime social).

La configuration de leur intelligence étant ce qu’elle est, les femmes feront des leaders socialistes extraordinaires. Quand la société civile se concentrera sur les devoir qu’elle doit assumer envers elle-même, sur ses enfants, sur la paix et la nutrition dans le monde, sur un environnement et un habitat sains, sur le respect mutuel et la résorption du grossier, du brutal, du violent, la configuration mentale des femmes les amènera à mettre en forme une culture intime, puis une culture de la cité, qui nous poussera tous vers plus de sens des responsabilités, plus de justice, plus de décence, plus de grandeur. On y arrive. Un jour viendra Mais sous le capitalisme consumériste, le sens du devoir des femmes se gauchit, se déforme, se transmute en une fixation morbide sur les modèles hypertrophiés (martelés pour vendre) et sur un stéréotypage conformiste des rôles, dont l’effet est particulièrement cruel, insensible, normatif et toxique. La déontologie féminine est fondamentalement incompatible avec le cynisme marchand (et menteur) du capitalisme. La première est l’avenir et l’espoir du monde contemporain. Le second est le carcan rétrograde qui empoisonne l’existence contemporaine de la totalité de la société civile.

Pif précoce pour le jeu social et aptitude fulgurante à décoder les règles explicites ou implicites émanant d’un modèle comportemental...

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Ysengrimus

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11 pensées sur “La culture intime des femmes nuit-elle aux femmes?

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    11 mars 2014 à 19 07 55 03553
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    La phrase qui suit frappe de front par sa vérité : « Le problème n’est pas que la femme soit libre (devant un ordre révolu), le problème est qu’elle est « libre » dans une civilisation contemporaine qui, elle, ne l’est pas…»

    Le modèle de féminité irréaliste m’enferme – et les femmes que je connais – dans la servilité de l’image. Malgré une recherche d’un look naturel, il y a beaucoup de consommations sous ce dernier…. capitalisme et paraître vont bien ensemble.

    En passant, un jeu de mots avec « paraître » : PAR-ÊTRE, à côté de l’Être !

    Je pense tout à coup à Simone Signoret qui a refusé jusqu’à la fin de sa vie les cheveux teints et la chirurgie; elle accepta de se montrer telle que le parcours du vieillissement avait laissé sur elle… ; cette femme a frappé mon imaginaire.

    Je crois sincèrement que la voie de la libération réside dans la qualité des causes qu’une femme se donne ou prend où elle peut exprimer ce qui est vivant en elle.

    Cela dit, un peu de coquetterie ne nuit pas, avec modération dirais-je.

    Merci pour votre analyse.

    Carolle Anne Dessureault

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      12 mars 2014 à 6 06 26 03263
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      Grand merci.

      La référence à Simone Signoret est tout à fait heureuse. De plusieurs points de vue, une résistante…

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        12 mars 2014 à 15 03 42 03423
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        @Ysengrimus

        Tout à fait vrai, une véritable résistante que cette Madame Signoret.

        Carolle Anne Dessureault

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    16 mars 2014 à 23 11 08 03083
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    Je crois qu’il est très difficile d’agir contre la nature. Si nous regardons l’animal humain les femelles doivent attirer le mâle et comme le dit si bien le dicton ont n’attire pas les mouches avec du vinaigre. Aujourd’hui avec la libération de la femme, même le mâle se doit de parader. Une mine d’or pour ceux qui exploite ce créneau. Vous n’avez qu’à regarder le mâle et la femelle dès que leur union est terminé comment les deux agissent lorsqu’ils retournent sur la scène de la compétition (crousing), régime, abonnement au centre d’entrainement, changement de look (coiffure vêtement etc etc)
    Quant à Simone Signoret elle a été assez sage pour savoir à quel moment sa période de vouloir plaire à tout prix était terminé. Nous atteignons tous un âge ou ( what you see is what you get) ce que tu vois c’est ce que tu vas avoir.
    Bonne journée

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      17 mars 2014 à 6 06 24 03243
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      L’invocation de la « nature » sur ce genre de question me parait singulièrement inopérante et non avenue. Tout ici procède de l’histoire, notamment de la graduelle disparition des séquelles matérielles et intellectuelles e l’ancienne division sexuelle du travail du vieux monde agraire.

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    22 mars 2014 à 12 12 51 03513
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    J’ai rarement vu une telle profondeur de compréhension des femmes chez un homme. Bravo, monsieur. Article critique, clair et très vrai.

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      22 mars 2014 à 22 10 06 03063
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      Il me semble percevoir un vieux vidéo traitant de l’auto gratification, dans ce dernier commentaire…Je peux me tromper mais le  »feeling » est fort.

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        23 mars 2014 à 8 08 49 03493
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        Vous parlez certainement de cette constante propension à venir agresser ceux et celles (nombreux mais souvent rendu bien prudents) qui ont le malheur ultime de venir approuver un des textes d’Ysengrimus… Impression de déjà vu, en effet…

        Des commentaires de contenu sur le texte à part ça?

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          23 mars 2014 à 13 01 32 03323
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          Oui, bien sur, le texte est propre, propre, propre… comme issu d’un réservoir septique vidé récemment.

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            23 mars 2014 à 15 03 06 03063
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            Ça s’arrange pas tes problèmes de contenu, mon peephole…

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    26 mars 2014 à 9 09 12 03123
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    Décrivez les femmes adéquatement et l’agressivité masculine se manifestera bien vite.

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