La dérive des continents, Vénus à la rescousse.

Lakshmi planumCLAUDE BORDELEAU

On dit que la foi peut déplacer des montagnes. Je regardes le Mont-Royal et déjà je me dis: ça va prendre beaucoup de foi! Et, regardant l’Everest, que la foi va avoir besoin d’un sérieux coup de main. Je peux facilement me mettre dans la peau de ceux qui, en regardant autour d’eux ou une mappemonde ou un globe terrestre croyait que tout avait été créé ainsi et le resterait, sauf cataclysme. Quelle admiration ais-je pour ceux qui, en vrai scientifique, ont su regarder, examiner et essayer de comprendre et expliquer des phénomènes qui défient, à première vue, le sens commun. Comment imaginer que de telles masses de roches solides, formant des surfaces prenant des jours sinon des mois a parcourir, comment de telles masses peuvent se déplacer et comment? Plusieurs ont remarqués que les formes de certains continents s’emboîtaient, que des chaînes de montagnes ou des formations géologiques, qui se terminaient au bord d’un océan, reprenaient à des milliers de kilomètres sur un autre continent. Que des faunes ou des flores fossilisées en faisaient autant. Déjà dans son ouvrage «La face de la terre» (1883-1909), Eduard Suess développa une vision globale de la tectonique de surface. Dans ce volume il regroupe et rapproche des faits tels que décrit plus haut mais en une vision mondiale. L’hypothèse qu’il développe propose que la terre fut très chaude, qu’en refroidissant elle se contracte, entraînant une diminution de son volume, donc de sa surface. Celle-ci aurait donc été mise sous compression, d’où l’origine des plissements vers le haut formant les montagnes et des vastes dépressions constituant les océans.

C’est en janvier 1912 qu’Alfred Wegener présente son idée sur la dérive des continents. Nous l’avons vue, il n’est pas le premier à prétendre que les continents bougent mais il est le premier a étayer son hypothèse par un nombre considérable de «preuves» provenant de sources très diverses et bien documentées pour en faire une théorie cohérente, raison de son titre de « Père de la dérive». Sa théorie était que les continents auraient tous formés un supercontinent: La Pangée, puis se seraient séparés et dispersés, certains entrant de nouveau en collision pour former les chaînes de montagnes. La faiblesse de sa théorie: quels forces causales obligeaient de tels déplacements?

C’est la tectonique des plaques qui fournira les réponses à cette question. Nous savons maintenant qu’il existe un flux de chaleur allant du centre de la Terre vers l’extérieur. Cette chaleur engendre des cellules de convection dans le manteau plastique (asthénosphère) sous la surface solide (lithosphère). À cause de cette convection, il y a concentration de la chaleur en une zone où le matériel chauffé se dilate, créant un soulèvement de la dorsale océanique. Celle concentration de chaleur conduit à une fusion partielle du manteau produisant le magma. Les forces de tensions ainsi produites poussent alors les plaques à s’écarter, à diverger. Ce magma crée et ajoute aux plaques océaniques tandis qu’à l’autre bout des ces plaques et, le volume total de la planète étant fini, elles entrent en contact avec d’autres plaques et en fonction des densités réciproques elles vont s’enfoncer dans le manteau et être recycler ou se plisser pour former des montagnes.

La tectonique des plaques explique donc toute la géologie de notre planète. Toute? Peut-être pas! Il y a des régions géologiques dont la tectonique des plaques n’explique pas de façon satisfaisante les mouvements ou déformations. Ces régions sont les restes des continents ou formations créées lors de l’Archéen. La terre s’est formée il y 4,54 milliards d’année, l’Archéen débute à 4 milliards d’années et s’étant sur une durée de 1,5 milliard d’années. Durant cette période, les premières formations géologiques sont créées. Aujourd’hui encore certaines de ces formations primitives ont été préservées au Groenland, dans le bouclier canadien (comme en Abitibi, au Québec), à l’ouest de l’Australie et au sud de l’Afrique. Ces formations sont difficiles a étudier et a interpréter et davantage de données géophysiques sont nécessaires pour comprendre leur structure profonde. Des traces laissées par les anciennes activités volcaniques et tectoniques sont attribuées à la tectonique de plaques par la plupart des scientifiques, mais selon d’autres scientifiques, la tectonique des plaques n’explique pas tout de manière adéquate.

Lyal Harris (géologue structural-géophysicien au Centre Eau-Terre-Environnement de l’INRS), et Jean Bédard (géochimiste à la Commission géologique du Canada) font partis de ceux-ci et ils ont même trouvé des pistes de réponse à un endroit qui quoique inattendu devient logique maintenant; il fallait y penser comme on dit.

Dans la vie de tous les jours nous rencontrons des personnes qui ont des comportements qui attirent notre attention, qui souvent nous agacent. Quelques fois nous prenons conscience que cet agacement est provoqué par un effet miroir : cela nous agace parce que ces comportements sont souvent les nôtres. Examinons ce phénomène avec un autre ordre de grandeur; et si une autre planète devenait le miroir de la nôtre au point de vue géologique. C’est un peu ce que Lyal et Bédard ont utilisé pour découvrir de nouvelles explications ou mécanismes aux phénomènes de nos plaques archéennes hors norme tectonique.

Depuis trente ans les chercheurs tentent de trouver dans ces vieilles formations archéennes les indices d’une tectonique des plaques active à cette époque, sans succès réel jusqu’ici. Au contraire, plusieurs facettes fondamentales de la géologie de l’Archéen ne peuvent être expliquées par la tectonique donc, d’autres mécanismes devaient agir, mais lesquels?

En effet, ce n’est pas penché sur les roches à ses pieds que Lyal Harris a cherché les réponses mais en levant les yeux au ciel, en direction de Vénus. Sur Vénus, notre belle étoile du matin et du soir, aucune trace de tectonique des plaques n’a été mise en évidence. Si on pouvait en examiner les formations géologiques et, les comparant aux nôtres, déterminer des ressemblances ou divergences qui pourraient mettre en lumière des pistes de travail vers d’autres hypothèses. Et, c’est en effet sur Vénus qu’ils ont découvert des sites géologiques étrangement ressemblant à ceux de l’Abitibi, car si les continents de Vénus semblaient avoir bougé ce n’était pas par un mécanisme de tectonique des plaques.

Entre 1990 et 1994 la sonde américaine Magellan a imagé le relief de la surface de Vénus par radar et variations du champs gravitationnel. Grâce à de nouveaux outils en géophysique, les variations de champs gravitationnels associées aux interprétations radar ont pu mettre en évidence des découvertes étonnantes sur les structures géologiques et l’évolution tectonique de Vénus.

Ils ont trouvé des systèmes de failles régionales démontrant les déplacements de blocs de croûte épaisse (plana), ressemblant à des continents terrestres, et des rifts où la croûte est amincie. Harris et Bédard ont remarqué et étudié un grand plateau dans le nord de Vénus nommé Lakshmi planum. Le relief autour de ce plateau est constitué de chaînes de montagnes sur son périmètre nord. Comparé à la Terre, cela ressemble étrangement à la situation de l’Inde. Sur Terre, la plaque indienne s’est déplacée vers le nord jusqu’à entrer en collision avec la plaque Eurasienne formant la chaîne himalayenne et de grandes failles de coulissage se sont développées alors que l’Indochine a été éjectée vers l’est. Il faut noter que dans les reconstitutions de la dérive des continents, le sous-continent indien s’est déplacé plus vite que les autres. Le moteur principal de son déplacement était la tectonique mais un autre mécanisme semble être intervenu. Cet autre phénomène pourrait être un panache; un panache est dans le manteau une instabilité thermique qui monte vers la surface en un point précis. Le manteau monte et fond, puis se répand, comme une fontaine, en parasol en arrivant sous la lithosphère. Un telle effet peut très bien pousser une masse géologique et la faire foncer dans une autre masse et cela même sans la présence de la tectonique, comme on le voit sur Vénus à Lakshmi planum ou, comme MM Harris et Bédard le propose pour expliquer la tectonique horizontale de l’Archéen développé par Jean Bédard.

M.          Bédard déclare dans un article du Web-magasine (Webzine Planet INRS, par Joël Leblanc, le 14 septembre 2014) «Dans l’Abitibi et la région géologique du Nord-du-Québec appelé l’Opatica, on trouve des structures géologiques archéennes qui démontrent une géométrie identique à celle que nous avons voyons autour de Lakshmi planum sur Vénus. Si notre hypothèse est fondée il faudra complètement repenser la façon de faire de la prospection minière, car les prédictions actuelles sont basées sur la tectonique des plaques et nous avons trouvé des preuves qu’elle n’était pas encore amorcée à cette lointaine époque »

Moi, je suis impressionné par l’ouverture d’esprit de ces deux scientifiques. Tel leur précurseurs qui ont su mettre de côté ce que leurs yeux et aller chercher des faits, souvent très loin de chez eux, et de les examiner sans idées préconçues, Cela prend plus que de la simple intelligence mais aussi du courage, de la créativité, de pouvoir voir au dela des apparences. Ces deux chercheurs de chez nous font progresser non seulement la science en générale et la géologie en particulier dans notre façon de comprendre comment notre planète se comporte, mais aussi de mieux comprendre d’où nous venons et vers quoi nous allons ou pouvons aller, mais aussi de trouver des manières plus efficaces d’en exploiter les ressources. On y gagne sur tous les tableaux.

Qui sait ce que le reste de l’univers nous permettra de comprendre sur nous, il est notre miroir, il peut être aussi créatif que destructeur comme nous, mais nous, nous avons le choix.

 

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Claude Bordeleau

Né à Montréal en 1950. Diplôme de technologue en chimie, carrière de 37 ans comme technicien en travaux pratiques au Collège Ahuntsic. Études en guitare populaire et piano classique, accompagnateur instrumentiste dans un groupe vocal et une chorale. Ceinture noire 3ième Dan en karaté, toujours actif dans le Groupe Karaté Sportif. But dans la vie: apprendre et devenir une meilleure personne à chaque instant, physiquement et spirituellement avec le plus grand sourire possible.

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