La gauche chrétienne et nous

 
 

 

Le Québec a jadis été, avec le moyen des communautés religieuses, un lieu de solidarité avec les pauvres du monde. Il y avait des religieux, femmes et hommes, partout dans les pays dits du Tiers Monde pour évangéliser, pour aider. J’en ai moi-même vu, dans le fond de la Colombie (celle d’Amérique du sud), par exemple. De jeunes femmes québécoises étaient là – toutes seules – au secours des noirs (quasiment tout nus) qui avaient fui dans la brousse ce colonialisme prédateur du siècle passé. Elles étaient les seules, guidées par leur foi chrétienne, à se solidariser  avec cette misère noire comme on dit, avec les plus pauvres de la Terre» et à vivre avec eux.

C’est dans cet esprit, ce contexte en quelque sorte que les propagateurs de la «théologie de la Libération» se sont réunis la semaine dernière à la Maison Bellarmin de la rue Jarry (le siège de la «compagnie» jésuite). Il y avait là beaucoup de laïques et de religieux non identifiés par le costume, désireux de faire le point sur cette action de solidarité qui ne semble pas morte. Le tout sous-tendu par un dossier sur le sujet paru dans le numéro de novembre de la revue Relations.

On ne nous a pas dit, lors de cette rencontre, que la théologie de la libération a le vent dans les voiles partout dans le monde; d’autant que, dans des remarques en a parte, on nous a signalé que bien des évêques conservateurs d’aujourd’hui ont remplacé bien des prédécesseurs progressistes. Cela est assez connu. Ce qui l’est moins c’est que, dixit le texte liminaire, la remémorisation  subversive de l’Évangile continue son œuvre d’espérance… C’est à voir et à souhaiter si l’on songe que les forces de l’argent on bien d’autres idées en tête.

J’apprends moi-même, dans un article de Yves Carrier, un théologien, que le mouvement (  radical ) de la théologie de la libération, engagé il y a 40 ans, «trouve en partie sa source dans le travail des missionnaires québécois». L’auteur nomme ainsi  plusieurs clercs d’ici, notamment Mgr Gérard Cambron, du diocèse d’Amazonie. Celui-ci «a eu une influence déterminante dans la naissance et la propagation du grand mouvement des communautés ecclésiales de base, fers de lance de la résistance à la dictature et composantes importantes de nombreux mouvements sociaux à travers le continent…» ( l’Amérique du Sud bien entendu). Et on dira après que les Québécois sont et ont été enfermés sur eux-mêmes!

Ceci dit le dossier sur la théologie de la Libération avec sa coloration québécoise, identifie le sujet de la libération comme une affaire plus ou moins «latine», c’est-à-dire  d’Amérique «du sud». Or il me paraît que cette distanciation du Québec par rapport à la latinité est inopportune. En effet, au fond des choses, le français est une langue tout aussi latine que l’espagnol; et puis il y a, outre le Québec, un autre pays latin en Amérique du Nord et c’est le Mexique avec ses 100 millions d’habitants. .. Qui dira, par ailleurs, que le sujet de la libération ne s’applique pas à la situation de la vallée du Saint-Laurent? Pour ma part j’ai vu, au Mexique et ailleurs «en latinité», une forme d’humanisme qui n’est pas loin de dépasser en qualité celui d’ici. J’ai bien l’impression que les Québécois pourraient bien «se libérer» eux aussi de certaines formes de pauvreté aussi extrêmes que bien d’autres ailleurs dans le monde; la pauvreté culturelle n’est-elle pas aussi réelle et aussi destructrice qu’une autre? Ceux qui en doutent seraient bien avisés d’aller voir le film La Laurentie. Ils y verront jusque dans quelles noirceurs a plongé la culture locale et qui se trouvent cachées dans les interstices de nos comportements petits-bourgeois… Les auteurs du film, perspicaces, ont bien souligné les effrayants vides qui caractérisent les rapports humains d’une masse de population désoeuvrée; un vide qui conduit à la révolte suicidaire. Qui dira qu’il n’y a pas là matière à «libération» et qu’il n’y aurait pas lieu d’envoyer en ces lieux, autant qu’en Afrique, quelques missionnaires progressistes pour régler ca?

Le dossier de Relations nous montre, justement, que, pour ce qui nous concerne il y aurait lieu d’engager l’action chrétienne dans une autre sorte de théologie libératrice. Celle-ci se nomme, dit le théologien Guy Côté, le Groupe de théologie contextuelle (fondé en 1986). Ce groupe, dit-il, «veut mettre l’analyse socio-théologique au service de l’action militante». Il s’associe à ceux qui cherchent à partager «un même refus de l’injustice et de la violence qu’imposent les politiques néolibérales, le mépris du bien commun et le saccage de l’environnement». Cette théologie veut prendre acte du contexte de la Laurentie; oui mais, à prime abord, elle ne me paraît pas très différente de la théologie de libération dite «latine» et dont les actions d’ici ne constituent qu’un courant.

Par les temps qui courent ici, chez nous, alors que les mouvements politiques, penchent tous – ou presque – à la droite du dieu Mamon, il me semble rafraîchissant que des forces plus humanistes abordent la question de la libération du Québec dans ce qu’elle a de plus paralysant.

18 pensées sur “La gauche chrétienne et nous

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    11 novembre 2011 à 5 05 00 110011
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    Je pense que tout repose sur une option fondamentale qui est celle de la justice, de la vérité, de la compassion, du respect et de la solidarité entre les humains.Cette option est foncièrement humaniste et elle interpelle toutes les personnes de bonne volonté. Ceci dit le témoignage de Jésus de Nazareth, le message des Évangiles sont un ferment donnant à cette option toute la force de l’inspiration divine.Les réflexions de foi qui se sont développées dans les années 1950,1960 et 1970 l’ont été dans un contexte où elles n’étaient plus rattachées uniquement à des doctrines, mais à des réalités sociales et économiques. La foi reprenait le chemin de l’existentiel des hommes et des femmes et redonnait la parole à un message évangélique qui avait quelque chose à dire en termes d’engagement et d’espérance. L’Église institutionnelle était de nouveau interpellée par les réalités du monde. Il s’agit moins de qualifier les genres de théologies que de retrouver l’inspiration qu’apportent les Évangiles pour que notre humanité retrouve son véritable visage humain. Et si l’Humanité était l’Église et que la justice, la vérité, la solidarité, la compassion et le respect en étaient les sacrements! Croyants et non croyants, tous et toutes nous sommes interpellés par cette Humanité.

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    11 novembre 2011 à 8 08 31 113111
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    En vérité quel est la prémisse de l’humanisme? C’est la loi naturelle écrite dans le coeur de tous les humains. «On ne voit bien qu’avec les yeux du coeur» disait le Petit Prince de St-Exupérie. Et l’Évangile que l’on qualifie de «Bonne Nouvelle» est venu approfondir, renforcir, trancender l’humanisme. Comme le Québec, avec la Révolution tranquille a tout jeté par-dessus bord, on ne voit plus que les erreurs et les faiblesses de l’Église dirigée par des «hommes» et on a oublié les bienfaits et le dévouements de nombre de nos missionnaires qui agissent incognitos et dans le silence. Sauf que le silence au Québec de nos jours est une denrée rare!

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      11 novembre 2011 à 9 09 08 110811
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      Céline, votre commentaire est très pertinent et va dans le sens d’un véritable engament au service d’une humanité que nous voulons tous et toutes plus humaine et plus transparente, du fait même, aux grandes valeurs inscrites dans sa nature et profondément soutenues par le message évangélique. Si les églises se vident ce n’est peut-être pas par un désintéressement à la cause humanitaire, mais par un désintéressement à une doctrine et à des cultes qui ne rejoignent plus la foi des gens. Personnellement je crois beaucoup en l’action de l’Esprit saint qui ne regarde ni la couleur, ni les idéologies ou les croyances pour susciter des engagements qui font avancer l’humanité au delà des frontières de la cupidité, des ambitions de pouvoir et des manipulations qui transforment le mensonge en vérité et la vérité en mensonge. Cette action déborde de partout les murailles d’une église qui doit se repenser pour ne pas dire se convertir.

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    11 novembre 2011 à 8 08 40 114011
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    En vérité quelle est la prémisse de l’humanisme? C’est la loi naturelle écrite dans le coeur de tous les humains. «On ne voit bien qu’avec les yeux du coeur» disait le Petit Prince de St-Exupérie. Et l’Évangile que l’on qualifie de «Bonne Nouvelle» est venu approfondir, renforcir, transcender l’humanisme. Comme le Québec, avec la Révolution tranquille a tout jeté par-dessus bord, on ne voit plus que les erreurs et les faiblesses de l’Église dirigée par des «hommes» et on a oublié les bienfaits et le dévouement de nombre de nos missionnaires qui agissent incognito et dans le silence. Sauf que le silence au Québec de nos jours est une denrée rare!

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    11 novembre 2011 à 9 09 35 113511
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    À l’exemple de M. Pierre JC Allard j’ai également quelques textes sur le sujet de l’Église et de ses engagements dans le monde. Le premier que je donnerai en référence porte justement sur l’encyclique Caritas in Veritate. Les autres suivront..

    http://humanisme.blogspot.com/search?q=caritas+in+veritate
    http://humanisme.blogspot.com/2008/10/benot-xvi-et-les-misres-du-monde.html
    http://humanisme.blogspot.com/2008_09_01_archive.html
    http://humanisme.blogspot.com/2008_06_01_archive.html
    http://humanisme.blogspot.com/2008/06/jsus-de-nazareth-tmoin-dhumanit.html

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    11 novembre 2011 à 10 10 01 110111
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    Sans pour autant dénigrer ce qui a été dit, je préfère l’Esprit Sain que l’Esprit Saint.

    Amicalement

    André Lefebvre

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    11 novembre 2011 à 12 12 24 112411
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    @ artiste12 tu as bien raison de parler de « SAIN » parce que c’est bien dans ce contexte qu’il est utiliser dans la bible (sa famille vient le chercher et disent qu’il a perdu la raison) et bla bla

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    11 novembre 2011 à 14 02 10 111011
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    Messieurs Lartiste12 et Bellemare , un instant , j’ai regardé rapidement ma Bible 1991 de larousse et ces 2 mots ; sain et saint se rejoigne quelque part dans la définition homogénalisante de  »l’Homme , Femme inclus », si on a PERMIS À CELLE-CI de prendre part au débat………….Monsieur Alain Bellemare alias Mc_AB , est-ce que vous pourriez avoir l’obligence de citer votre source ? Le nom de la Bible et la page.

    Bon après-midi ,

    Jean-Marie De Serre.

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    11 novembre 2011 à 18 06 01 110111
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    AU QUÉBEC, L’ÉGLISE CATHOLIQUE S’EST TOUJOURS CHARGÉE DE TOUT RAMASSÉ…. DE METTRE SON NEZ PARTOUT, MÊME DANS LE LIT CONJUGAL ET LES QUÉBÉCOIS ONT PERDU LE SENS DE LEURS RESPONSABILITÉS. LES ANGLAIS ONT FAIT BEAUCOUP MIEUX SANS LE CLERGÉ CATHOLIQUE.

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    11 novembre 2011 à 22 10 46 114611
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    @ Jean Marie de Serre j’ai trouver le passage en Marc chapitre 3 verset 21
    Dans la Louis Second on utilise « sens » et dans la témoin d’Ottawa il est utiliser « raison »

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    12 novembre 2011 à 5 05 57 115711
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    Merci Monsieur Alain Bellemare , j’ai tapé votre référence et j’ai vu. Si tous tous ceux qui dirigent les gouvernements auraient votre obligence et ce du Municipal au Clérical , la Planète recommencerait à nouveau à tourner dans le bon sens.
    Jean-Marie De Serre.

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    12 novembre 2011 à 7 07 27 112711
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    @ lorraine Bernier savez-vous ou est le plus haut taux de filles mère sur la boule?
    En angletaire : 80% de ces fille n’assume pas et place l’enfant en crèche. (ils sont pas mal mieux que n’importe qui holala 8()

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    12 novembre 2011 à 8 08 33 113311
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    @ Alain Bellemare
    Mandeville (Bernard de). 1670 – 1733. Satiriste, médecin et philosophe anglais. Égoïsme et libéralisme économique. * ÉGOÏSME SALUTAIRE *. Les vices …

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    12 novembre 2011 à 9 09 01 110111
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    Lorsque Marie (mère de Jésus et/ou dieu) et ses frères et sœurs vinrent se saisir de lui; car ils disaient : Il est hors de sens.

    Ce que l’ange Gabriel lui avait annocer c’était de la foutaise? (qui peut savoir, sauf que la; elle n’y croit plus!, hien?)

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