LA GAUCHE FACE À L’EURO ET À L’UNION (le Frexit en vrille)

Bibeau.robert@videotron.ca          Éditeur       http://www.les7duquebec.com

 

À gauche rien ne va plus.

 

À gauche, toutes dénominations confondues, s’esbroufe une panoplie de groupes populistes dont le Programme commun est de réformer le mode de production capitaliste afin de le rescaper au bénéfice des riches, tout en jurant, la main sur le cœur, qu’ils veulent servir le « peuple » (sic). Prenez note que la problématique est identique à l’aile droite du caléidoscope politique français (FN et autres nationalistes chauvins).

 

Tous s’entendent, sectes gauchistes, groupuscules opportunistes et « grands partis » de la gauche classique, pour se tenir en réserve de la République menacée, chacun espérant attirer sur lui le regard compassé de l’oligarchie financière qui décide de tout « électoralement » parlant. Chaque formation espère, angoissée, que les grands patrons des élections la choisiront pour explorer de nouveaux marchés. La question poser et à résoudre selon ces affidés est de savoir s’il faut quitter la zone euro et l’Union européenne pour prospérer ?

 

Le grand capital français.

 

Il n’y a pas une réponse unique à cette question épique. Il y a autant de réponses qu’il y a de classes sociales en lutte au cœur de cette problématique de crise systémique du capitalisme. Pour le grand capital monopoliste, la réponse est sans équivoque. Non ! Il est hors de question d’abolir l’euro, ou de quitter l’Union. Les intérêts économiques du capital impérialiste mondial reposent sur l’intégration des capitaux, même si par moment les capitalistes européens, par l’entremise de leurs officiers politiques, s’inquiètent de l’invasion du capital chinois, par ailleurs bienvenu sur le vieux continent (1). Comprenez que les simagrées des fonctionnaires politiques de Bruxelles, de Berlin, de Paris et de Rome ne visent pas tant à restreindre cet apport de capital pékinois, qu’à obtenir la réciprocité en termes de facilité d’accès au marché chinois. Sous l’impérialisme déclinant, les flux de capitaux doivent s’entrecroiser sans s’entrechoquer, Donald Trump l’a compris et il est en marche vers le Pacifique Sud pour le faire comprendre aux investisseurs « communistes » (sic). Présentement, le capital européen et américain qui souhaite s’investir en Chine doit le faire en partenariat avec une entreprise chinoise qui conserve la majorité de l’actionnariat (2). C’est ainsi que l’Empire chinois s’approprie les procédés de fabrication et la technologie de ses concurrents occidentaux. Voilà l’enjeu des tergiversations en cours entre les trois grandes alliances impérialistes : États-Unis, Canada, Mexique – Chine, Russie – Union européenne.

 

Le retour en arrière, au capitalisme d’antan, n’est pas une option pour le grand capital mondial, Donald Trump le sait pertinemment. Ses tralalas isolationnistes ne sont que « spectacle médiatique » pour effrayer ses concurrents tétanisés. Il en est ainsi pour le grand capital français avec cette menace de Franxit. Récemment, un économiste révélait que la surcharge de 30 milliards d’euros que subirait le trésor français « correspond à l’écart de taux d’intérêt avec ceux pratiqués en Allemagne (ce que l’on nomme le « spread » dans le jargon économique). Avant l’Euro ce spread était en moyenne de 1,9 %, et s’établit autour de 0,4 % depuis 1992, grâce à l’euro ; la différence étant de 1,5 %, et la dette souveraine s’établissant à 2.160 milliards d’euros, c’est donc plus de 30 milliards d’euros de charge d’intérêts supplémentaire (dont le prolétariat français fera les frais). L’économiste poursuit, si l’on retient ce chiffre, cela veut dire que la part de la dette française (libellée en euros) détenue par des étrangers gonfle immédiatement de 20 % : soit 260 milliards de plus pour la dette publique (à 60 % dans des mains étrangères) et 90 milliards pour la dette privée (des entreprises françaises), ce qui se traduit par une charge supplémentaire de 13 milliards d’euros. L’économiste en chef de Natixis, Patrick Artus rajoute quant à lui l’effet sur la dette interbancaire qu’il estime autour de 50 milliards d’euros !» (3)

 

Il n’y a qu’une mince fraction du grand capital français qui peut espérer des bénéfices boursiers suite au Franxit, ceux qui détiennent majoritairement des bons du Trésor de l’État et ceux qui possèdent des placements dans les métaux précieux (or, argent) dont la cote montera en flèche suite au Franxit. N’ayez crainte cependant, le grand capital français peut bien menacer de quitter l’Union jamais il n’abandonnera les avantages d’être accroché à la locomotive allemande.

 

Le seul pays d’Europe qui s’en tirerait moins mal que les autres suite à la disparition de l’Euro et à l’éclatement de l’Union est l’empire industriel allemand. Avec son avance technologique, sa productivité du travail mécanisé et sa balance commerciale favorable, l’Allemagne cesserait de remorquer le reste de l’Europe endettée. L’empire industriel allemand devrait cependant faire ce que Donald Trump tente d’entreprendre – reprendre les négociations de libre-échange avec chaque pays individuellement, dans une position de négociation bien plus avantageuse, comme Trump l’a compris, la puissante Allemagne négociant avec chacun de ses partenaires et concurrents isolés, Pologne, République tchèque, Slovaquie, Hongrie, France, conservant les avantages d’une monnaie forte sans les inconvénients de l’Union. Le seul mystère qui demeure est de comprendre pourquoi l’Allemagne n’adopte pas la tactique trumpiste ?

 

Petits capitalistes et petite bourgeoisie des services.

 

Les petits capitalistes non monopolistes, la petite bourgeoisie des services, les officiers politiques et médiatiques et l’industrie de l’ONG stipendiée sont les couches sociales qui pensent avoir un avantage à provoquer une sortie de l’Euro et de l’Union. Ce contingent social est numériquement important dans une société de consommation comme la France en décadence. Un sondage récent évalue à 26 pour cent le nombre de Français qui souhaitent revenir au « Franc », ce qui fait le plein des petits bourgeois et des petits capitalistes dans ce pays de services et de consommation moribond. Ces segments de classe constatent que l’économie est en crise, que le chômage progresse, que le pouvoir d’achat régresse, que les groupes sociaux contestent, que la morale digresse, que les thuriféraires politiques s’engraissent dans la caisse, que l’État ne parvient pas à stopper la débandade, et ils en blâment la monnaie unique, le marché commun, la trahison des patrons, la déliquescence des pouvoirs étatiques pourtant sur la voie du totalitarisme, et ils réclament plus d’État ce que le prolétariat ne veut pas.

 

Le petit bourgeois sait que le remède Franxit fera très mal à la classe au travail. Ainsi en Grande-Bretagne, la Livre sterling a perdu 10 % depuis l’annonce du Brexit et les actifs boursiers ont perdu 3,6 % et ce n’est pas terminé. L’emploi ne se rétablit pas outre-Manche pas plus qu’en France. « La dévaluation de la monnaie a un effet, considérable à terme, sur la consommation des ménages. Environ un quart de ce qu’ils achètent (1.200 milliard d’euros) est importé, soit au niveau global du pays un montant de 300 milliards d’euros par an. Ce serait donc 60 milliards de plus (20% de 300 milliards) que les ménages devraient sortir de leur portemonnaie pour acheter les mêmes biens, soit environ 2.000 euros par ménage et par an ! Conclusion (…) la véritable addition de la sortie de l’euro s’établit à 30 milliards d’euros (effet spread), auxquels il faut ajouter 13 milliards (effet dévaluation sur le montant de la dette) et 60 milliards (effet dévaluation sur les ménages). Total : 103 milliards d’euros (le cout immédiat du Franxit) » (4).

 

 

Les causes de la crise du capitalisme.

 

Même si la crise économique de l’impérialisme prend la forme d’une crise monétariste et boursière, au fond, la récession n’est pas causée par la financiarisation de l’économie, mais par l’incapacité du capital surabondant à se valoriser puis à se valider sur des marchés étriqués. Ce n’est pas en les restreignant davantage que l’on conservera le bébé tout jetant l’eau du bain. Il est vrai que la petite bourgeoisie, enfant chéri du grand capital international, a vécu du bon temps pendant quelques décennies, mais ce temps est révolu en même temps que les profits ont disparu. Ce n’est pas l’euro ou l’Union qui expliquent les pertes d’emplois, sauf 20 % environ  pour délocalisation, le reste (80%) a pour cause la faible productivité comme en témoigne cet écrit « Depuis 1993, l’indice des prix des biens et services exportables a baissé de 5% en France et augmenté de 15% en Allemagne (OFCE 2015). De plus, 60% de l’écart de compétitivité de la France vis-à-vis de l’Allemagne résulte d’un manque de qualité (OFCE 2015) : si les entreprises exportatrices allemandes ont accru leurs prix et leurs marges, c’est en raison d’un gain de qualité et donc de productivité. Le prix des biens et services non échangeables s’est envolé en France (dans la construction, la restauration, l’hôtellerie, et les autres services de proximité), peut-être en raison d’un manque de concurrence, d’une règlementation trop exigeante » (5). Ce n’est pas le cas des capitalistes allemands qui parviennent à surexploiter leur prolétariat plus intensément que ne le fait le patronat français. Ce problème interne à l’économie de l’hexagone ne saurait se régler par une dévaluation monétaire ou le rétablissement des barrières tarifaires, au contraire.

 

La classe prolétarienne et le Franxit, le Brexit et les autres exits.

 

Contrairement à ce que proposait Karl Marx lors d’une conférence à Bruxelles en 1848 (6), un prolétaire révolutionnaire n’a pas à défendre ou à rejeter le libre marché capitaliste ni à militer en faveur du réaménagement des règles de concurrence entre les factions capitalistes en guerre commerçante. Dans cette histoire d’alliance commerciale la classe prolétarienne est assise dans les estrades et regarde deux équipes d’esclavagistes s’affronter devant la petite bourgeoisie médusée, meneuse de claque de gauche comme de droite,  qui voudrait que le prolétariat encourage l’une ou l’autre des équipes qui, gagnante, viendra nous faire les poches – nous rançonnés et nous arrachés le surtravail et la plus-value, sans pour autant augmenté l’emploi qu’ils continueront à robotiser tout en intensifiant l’exploitation des survivants (7). Quel intérêt le prolétariat aurait-il à souhaiter que ce soit l’équipe des blancs plutôt que l’équipe des noirs qui gagne et le contraigne à l’esclavage salarié ou au chômage ?

 

La classe prolétarienne a intérêt à savoir laquelle de ces deux fausses solutions est inévitable : mondialisation impérialiste ou « démondialisation capitaliste à rebours et retour aux temps de la patrie et des colonies » (8). L’une de ces voies est incontournable, car elle s’inscrit dans le sens de l’évolution du mode de production capitaliste moribond. Dans le sens de l’histoire, ce tunnel mortel dont il n’y a aucun espoir de s’échapper sinon de poursuivre pour surgir de l’autre côté afin de détruire l’ancien et de construire le nouveau mode de production prolétarien. D’ici la, le prolétariat doit résister par la grève et les occupations d’usines aux agressions menées contre ses conditions de travail et son pouvoir d’achat.

 

 

Notes

 

(1)   http://www.courrierinternational.com/article/economie-les-investissements-chinois-seraient-les-bienvenus-en-europe   et  http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-165281-le-defi-chinois-au-marche-europeen-2059320.php

(2)   « Avec 4000 milliards de dollars de réserves de change, la Chine est prête à mener une politique d’expansion internationale. Or, la dépréciation de la monnaie unique par rapport au yuan ne fait qu’accroitre la capacité financière de la Chine. De même, la faiblesse d’un certain nombre d’entreprises européennes, pénalisées par leur endettement, positionne les investisseurs chinois en situation de force pour le rachat d’entreprises sur le sol européen. » http://www.taurillon.org/forte-augmentation-des-investissements-chinois-en-europe

(3)   http://www.les7duquebec.com/7-dailleurs-invites/ce-que-cache-la-banque-de-france-et-le-fn/

(4)   http://www.les7duquebec.com/7-dailleurs-invites/ce-que-cache-la-banque-de-france-et-le-fn/

(5)   http://www.les7duquebec.com/7-dailleurs-2-2/quest-ce-que-le-ceta-entre-lue-et-le-canada/

(6)   Note d’Analyse, septembre 2014. http://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/2014-09-02-note-fs-deficitechange-ok.pdf   et  https://ecointerview.wordpress.com/

(7)   Congédiements dans le monde en février 2017.  https://jbl1960blog.wordpress.com/2017/02/20/arrete-de-deconnex/

(8)   http://www.pardem.org/programme/programme-complet-du-pardem et  https://www.legrandsoir.info/les-defis-pour-la-gauche-dans-la-zone-euro.html

 

 

 

 

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