La guérison de la codépendance … vivre sa vie 2e partie

 

CAROLLE ANNE DESSUREAULT :

 

Cet écrit s’inspire du livre de Melody Beattie, «Vaincre la codépendance.»

Récapitulation

On a vu la semaine dernière les multiples visages de la codépendance. Entre autres, le codépendant est celui qui s’est laissé affecter par le comportement d’un autre individu et qui se fait une obsession de contrôler le comportement de cette autre personne.

On a vu aussi que l’alcoolisme et les autres troubles compulsifs sont des maladies de famille. L’ensemble des voies que prend la contagion chez les membres de la famille porte le nom de codépendance. Les symptômes et les caractéristiques liés à la codépendance ont été énumérés dans l’article de la semaine dernière.

Les processus de guérison de la codépendance peuvent être passionnants

Commençons par dire que le codépendant, en guérissant, ne trouvera pas la solution pour aider son proche, quelle que soit la nature de son problème. Mais si le codépendant fait des progrès, ce proche  n’en aura que plus de chances de s’en sortir aussi.

Quand on commence à résoudre ses propres problèmes de codépendance, le processus de guérison devient passionnant. Souvent la guérison prendra du temps, sera éreintante quand les problèmes se situent au niveau de la pensée, de l’affectivité et de la spiritualité d’un individu. Hormis les émotions tout à fait normales, humaines, que nous ressentirions de toute façon, ainsi que le léger malaise qui survient épisodiquement quand on commence à se comporter différemment, le processus de guérison de la codépendance est excitant et libérateur. Il nous permet d’être ce que nous sommes. Il permet aux autres d’être ce qu’ils sont. Il nous aide à nous approprier le pouvoir de penser, de ressentir des choses et d’agir. Ce qui procure la paix. Et nous autorise enfin à nous aimer nous-mêmes et à aimer les autres, à recevoir de l’amour … presque toutes les bonnes choses que nous recherchions dans la vie. Cela met en place un environnement optimal permettant à notre entourage de retrouver la santé et de la garder. Et la guérison, c’est la fin de l’intolérable souffrance avec laquelle vivent beaucoup de gens.

Non seulement la guérison est passionnante à vivre, mais elle est simple. Pas facile mais simple. Elle se fonde sur une affirmation que nous sommes nombreux à avoir oubliée, si tant est que nous l’ayons jamais sue – chacun est responsable de lui-même.

Elle implique d’apprendre un seul et unique comportement nouveau, auquel nous nous consacrerons entièrement, prendre soin de nous-même.

Le processus de guérison permet d’être ce que nous sommes. Il permet aux autres d’être ce qu’ils sont.

Le détachement – chaque personne est responsable d’elle-même

Le détachement est un concept particulier en ce sens qu’il sous-tend tous les autres. Il semblerait que tant que le détachement n’est pas fait, la guérison reste improbable.

Pour le codépendant, s’attacher signifie s’investir à outrance dans les autres, et parfois se retrouver irrémédiablement empêtré en eux. C’est vivre l’inquiétude et l’obsession. On pourrait dire que le codépendant fait du surinvestissement. Chaque fois qu’il s’attache de cette façon à quelqu’un ou quelque chose, il se détache de lui-même (ceci n’est, bien sûr, pas le bon détachement).

Le codépendant perd le contact avec lui-même, car le problème de l’autre prend une place obsessionnelle. Il ne met pas l’accent sur lui-même, ce qui génère une grande angoisse. Il ne peut plus détacher ses pensées de la personne ou du problème en question.

Parfois, on s’attache aux autres au point de vivre leur vie à leur place.

QU’EST LE RÉEL DÉTACHEMENT?

Le détachement n’est pas le repli froid et  hostile, ni l’acceptation résignée. Il n’est pas non plus le désir d’écraser les autres et d’avoir du pouvoir sur eux.

En fait, dans l’idéal, il s’agit de lâcher-prise, par amour, de se désinvestir mentalement, affectivement, voire physiquement de la relation inextricable, malsaine et parfois pénible.

Chaque personne est responsable d’elle-même, c’est le fondement du détachement.

Il est impossible de résoudre les problèmes d’autrui. Il s’agit de prendre de la distance par rapport aux problèmes des autres, afin de s’occuper des siens. Le codépendant n’aime pas s’occuper de ses problèmes, il préfère ceux des autres. Le détachement implique vivre dans l’instant «ici et maintenant.» Laisser les choses arriver d’elles-mêmes au lieu de forcer les événements, et d’essayer de tout contrôler. Cela implique aussi d’accepter la réalité telle qu’elle est : les faits bruts.

On parle de détachement aussi dans le sens d’une saine neutralité. C’est témoigner de l’affection aux autres sans se torturer et les faire souffrir. Et parfois, quand on cesse de s’en faire pour les autres, ils prennent le relais et se mettent à s’en faire pour eux-mêmes! Chacun s’occupe enfin de ses propres affaires!

QUAND FAUT-IL SE DÉTACHER?

Quand on ne peut plus s’empêcher de penser à l’objet de son obsession, quand on en parle et s’en inquiète sans cesse, quand on a l’impression de devoir faire quelque chose pour untel parce qu’on ne peut plus supporter cela une minute de plus.

Conséquememnt, pour guérir de la codépendance, il faut se demander ce qu’on peut faire pour soi-même pour s’aider, et le faire.

Réfléchir, ressentir et agir dans notre propre intérêt

Prendre conscience que nous n’avons pas à abdiquer notre pouvoir de réflexion et d’émotion en faveur d’un objet ou d’une personne extérieure à nous. S’habituer à ne pas prendre les choses trop au sérieux – que ce soit nous-mêmes, les événements ou les autres. Et surtout, ne plus considérer le comportement d’autrui comme le reflet de notre propre valeur. Même si la personne qui compte le plus au monde pour vous vous rejette, vous continuez d’exister. Vous êtes toujours le même.

La non-dépendance et dépendre de soi-même

Dans le cœur des codépendants vit un enfant qui ne se croit pas digne d’être aimé, et qui est sans ces se en demande avec un besoin déchirant d’amour et d’attention. La guérison passe par une diminution d’attention des autres, et refuser de se contenter de peu de la part de l’autre de peur de ne plus avoir personne autour.

La non-dépendance est l’équilibre souhaitable par lequel on admet et on satisfait son besoin naturel des autres et de leur amour sans pour autant développer une dépendance excessive et destructrice à leur égard.

Être soi-même, être responsable de soi, n’est pas forcément douloureux, terrifiant. On peut faire face à toutes les épreuves. Nous ne sommes pas comme des siamois, nous pouvons très bien vivre sans un être humain précis. Il est primordial de cesse de bâtir son existence autour des autres. Il faut apprendre à compter sur sa propre approbation.

On peut apprendre à dépendre de soi-même. Les autres n’ont peut-être jamais été là pour nous, mais nous, nous pouvons commencer à être là pour nous-mêmes, ce qui signifie de cesser de mettre de côté nos besoins, désirs et sentiments. Jurez-vous d’être toujours là pour vous-même, c’est un «boost» naturel bon pour le corps et le cœur.

LUTTER POUR LA NON-DÉPENDANCE

On peut commencer à se prendre en charge, que ce soit dans le cadre d’une relation  que nous souhaitons conserver ou dans la perspective de nous en dégager.

Devenir courageux, c’est : «on a très peur pour nous, mais on se lance quand même.»

Se libérer de la codépendance ne vient pas sans effort, c’est normal, mais avec le temps on développe une véritable force en faisant face à nos sentiments et non en leur tournant le dos. Pour y parvenir, inutile de feindre d’être fort et invincible, plutôt être soi, et lorsque nécessaire, reconnaître ses propres faiblesses quand elles se manifestent.

Vivre sa vie

C’est une attitude qui consiste à dire : «Je suis responsable de moi-même, du fait que je vis ou ne vis pas ma propre vie, responsable de l’attention que j’accorde à mon bien-être physique, émotionnel, mental et même spirituel. C’est à moi qu’il incombe de reconnaître et de satisfaire mes besoins de résoudre mes problèmes ou d’apprendre à vivre avec ceux que je ne peux résoudre.»

«Je suis responsable du choix  de la personne que j’aime, et responsable de ce que je fais aux autres et de ce que je les autorise à me faire.

Je ne mérite pas la violence et ne la tolérerai plus. Je peux me fier à ce que je ressens. Les décisions que je prends et la manière dont je me comporte reflètent la haute estime que je me porte.»

Merci de votre bienveillante attention,

Carolle Anne Dessureault

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d'argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l'épanouissement de la personne par la pratique de l'attention vigilante : la pleine conscience.

9 pensées sur “La guérison de la codépendance … vivre sa vie 2e partie

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    2 février 2012 à 6 06 19 02192
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    Certainement que pour être capable de décrire si bien le chemin à parcourir pour se sortir de l’étau de la codépendance, il faut y être passé. Merci! à l’auteur et à vous (belle dame) de nous partager si généreusement vos expériences enrichissantes et libératrices.

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    2 février 2012 à 8 08 33 02332
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    C’est un peu comme la dépendance au modernisme. Même si on sait qu’on contribue à la destruction de la planète, notre support vital, on se balade quand même en bagnole. Les anciens disaient : 20 chevaux pour tirer un âne !

    Oui, il faut rompre avec les facilités, quelles qu’elles soient, car en fin de compte, elles n’en ont que le nom. La seule bataille à mener, c’est la sienne ! Soyons égoïstes et vivons, même en larguant les amarres. Ca s’appelle la sélection naturelle. Aucun système ne peut durer si les gens en sont dépendants, car à un moment donné, à force de tirer sur la corde, elle se rompt.

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    2 février 2012 à 13 01 50 02502
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    @Estelle

    Merci et bonne journée. Une si bonne lectrice démontre également son vécu et sa compréhension du sujet.

    Bonne journée,

    Carolle Anne Dessureault

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    2 février 2012 à 13 01 53 02532
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    @Michele Delpech

    Merci pour vos commentaires. Il est vrai que nous sommes dépendants de beaucoup de choses matérielles qui sont bizarres. Je pense, par exemple, aux rickshaw en Inde (ceux qui transportent les gens en bicyclette, assis dans une voiturette…).

    Un momentum à ne pas oublier : chaque fois qu’on prend conscience de tirer sur la corde, s’arrêter, en prendre conscience, et se demander si on peu diminuer la corde ou faire autrement.

    Bonne journée,

    Carolle Anne Dessureault

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    2 février 2012 à 22 10 14 02142
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    (Y)

    Un complément – en anglais par contre :
    Boomerang Love; Abusive Borderline Relationships, par Lynn Melville
    http://boomeranglove.com/
    le tout agrémenté des épigrammes humoristiques d’Ashleigh Brilliant…

    Meilleures salutations,
    Lisa Brennan

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      5 février 2012 à 12 12 44 02442
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      Merci de la référence.

      Bonne journée,

      C.A. Dessureault

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    4 février 2012 à 11 11 52 02522
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    Quand une femme reproduit sa lignée maternelle, vit-elle sa vie ? Et permet-elle à son clone de vivre sa vie ?

    Quel discours bidon que celui de travailler sur les effets, jamais sur la cause.

    Le Noögénaire

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    5 février 2012 à 12 12 43 02432
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    @Le Noögénaire

    Je ne comprends pas votre commentaire en relation avec mon article. Justement dans la guérison de la codépendance, il s’agit de travailler sur les causes. Se responsabiliser est une façon de travailler sur les causes. D’ailleurs, la difficulté n’est-elle pas de remonter à la cause de la cause?

    Votre exemple de la femme qui vit sa vie en reproduisant sa lignée maternelle, très bien, je n’ai rien dit contre cela. Je suis moi-même mère.

    Tout de même, je vous souhaite une bonne journée,

    C.A. Dessureault

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    19 décembre 2015 à 10 10 15 121512
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    bonjour,
    en lisant un livre sur le lacher prise j’ai réalisé que je suis en effet dans la codépendance vis à vis de mon conjoint notamment. J’ai tendance à me faire du soucis quand il espere des reussites et a arreter de respirer en attendant le resultat… en prendre conscience est deja une premiere étape, mais auriez vous des pistes concretes à me conseiller pour m’aider à m’en libérer?
    merci pour votre article qui aide bien a comprendre concretement a quoi correspond la codependance.

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