La ligne droite élargie de Stephen Harper


J’ai beaucoup apprécié l’article de Pierre Allard paru au début de la semaine intitulé «La ligne droite» sur le fait qu’il ne se produisait peu ou pas de changements positifs au Québec depuis plusieurs années. Les belles initiatives annoncées finissent par mourir, abandonnées au fond d’un tiroir, ou retirées en espérant que les gens ne se souviendront pas des promesses faites. La ligne droite est semblable au train australien dans lequel Pierre venait de monter, qui allait filer en ligne droite pendant des centaines de kilomètres, sans jamais tourner à gauche ni à droite. Semblable au mandat des dirigeants et des possédants qui peuvent filer en paix pendant quelques années, le temps de leur mandat. Et vivre une stagnation royale.

Quand j’ai entendu hier l’annonce que le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) était autorisé à utiliser des informations obtenues sous la torture, l’idée de la ligne droite m’est revenue à l’esprit. Le gouvernement de Stephen Harper continue de filer fièrement en ligne droite, mais en élargissant de plus en plus la voie, sa voie, si bien qu’il reste de moins en moins d’espace pour créer des avenues de changement, ni à gauche ni à droite.

Ainsi, «Dans des circonstances exceptionnelles où il existe une menace à la vie humaine ou à la sécurité publique, des impératifs opérationnels peuvent pousser le SCRS à (…) partager les renseignements les plus complets possibles (…) avec les autorités compétentes, y compris les informations basées sur des renseignements fournis par des agences étrangères qui peuvent résulter de l’utilisation de la torture ou de mauvais traitements.» Ces mots font partie de la lettre du ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, envoyée au directeur Richard Fadden, et que la Presse Canadienne a réussi à obtenir en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.

J’ai la nausée. Peur aussi. Dans quel régime vivons-nous? Reculons-nous? N’est-ce pas une façon d’encourager la torture, sous prétexte qu’elle serait pour le bien des autres? Et les informations obtenues sous la torture ne sont pas nécessairement fiables. Si j’étais torturée, battue, et menacée d’être coupée en morceaux, peut-être avouerais-je des faits que je n’aurais jamais accomplis, simplement pour être libérée de la douleur!

En aucun cas, l’idée de la torture ne doit être encouragée.

Ma confiance dans l’intégrité humaine étant affaiblie, je crains que cette annonce du ministre de la Sécurité publique n’ouvre la voie à l’abus. Ce qui m’inquiète, m’horripile même, c’est l’idée que des «experts» seraient appelés à évaluer les situations qui pourraient représenter un risque de sécurité publique, où des vies seraient en jeu, ce qui justifierait les circonstances exceptionnelles où des informations sous la torture pourraient être utilisées. Où se démarque la ligne d’évaluation? Je n’ai pas confiance. On élargira la ligne d’évaluation … on généralisera ….

Comme le souligne l’avocat Paul Champ, spécialisé dans les questions de droits de la personne et de la torture, cette annonce crée un marché pour la torture.

Et parlant de l’argument des «circonstances exceptionnelles», rappelons-nous le cas du Canadien Ahmed el-Maati qui avait affirmé SOUS LA TORTURE aux autorités syriennes qu’il voulait faire exploser le parlement à Ottawa. Cette confession avait mené à la torture deux autres Canadiens, dont Maher Arar, à qui le gouvernement conservateur a finalement accordé une compensation de 10,5 millions de dollars!

Soulignons qu’Amnistie internationale (AI) a condamné la position canadienne qui enfreint la Convention sur la torture.

Je souhaite de toute mon âme que cet ordre donné par le gouvernement à son agence d’espionnage SERA RETIRÉ.

C’est tout. Je n’ai plus rien à dire.

Merci.

Carolle Anne Dessureault

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d’argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l’épanouissement de la personne par la pratique de l’attention vigilante : la pleine conscience.

13 pensées sur “La ligne droite élargie de Stephen Harper

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    9 février 2012 à 5 05 16 02162
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    Je vais résumer ce que moi, j’observe.

    Le SCRS collabore avec la CIA, qui lui donne des renseignements. Or, la CIA, ou le MI6, ou même le Mossad, pratiquent tous les assassinats extra-territoriaux, le terrorisme, des manœuvres pour renverser des États (comme en Libye et en Syrie…), et sont donc des organisations terroristes.

    Il est donc conséquent de dire que le SCRS collabore avec des organisations terroristes.

    Et si le cas est vrai, ce qu’il est, vous pouvez donc, quand ils cognent à votre porte, leur refuser la collaboration, sous le principe que VOUS, vous ne collaborez pas avec des terroristes et des organisations qui collaborent elles-mêmes, avec des organisations terroristes. Et c’est précisément le cas du SCRS.

    Le SCRS a de plus, non seulement obtenu des renseignements d’une autre entité, qui les a obtenu par la contrainte et la torture, mais le SCRS a lui-même participé à la torture d’un enfant soldat, contrevenant de ce fait, à deux lois importantes, internationales.

    Le SCRS a violé la loi sur la torture et a violé l’engagement du Canada, à ne pas incarcérer des enfants-soldats (Omar Kahdr, tiens donc, on l’a oublié lui!). Le SCRS est allé visité un prisonnier politique, un enfant-soldat, dans une geôle jugée illégale par la Cour Suprême des États-Unis d’Amérique (Guantanamo).

    Alors résumons:

    Le SCRS a collaboré avec des organisations terroristes et il a torturé un enfant soldat à la célèbre prison illégale de Guantanamo.

    Le SCRS est par conséquent, selon les aveux mêmes du Premier ministre, une organisation terroriste qui torture des prisonniers politiques.

    À quoi vous attendiez-vous? Le SCRS, c’est la gestapo du Canada.

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      9 février 2012 à 12 12 28 02282
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      @Sylvain Guillemette

      Bonjour et merci pour ces renseignements pertinents.

      J’avais justement lu hier que la SCRS utilisait déjà jusqu’en 2005 (et peut-être même 2008) des infos obtenues sous la torture.

      Votre commentaire en un sens me décourage, mais il faut voir la vérité. Quand vous dites que la SCRS est la Gestapo du Canada, – dans le sens qu’elle abuse cruellement de ses pouvoirs – ça me rappelle une émission vue la semaine dernière sur Hiroshima avec films à l’appui pris à l’époque par des particuliers, et certains par l’Armée. Or, les Américains avaient caché à son peuple la vérité sur les conséquences de la bombe atomique, leur disant que ce n’était pas douloureux de mourir bombardé, une seconde de souffrance seulement … et surtout, que les survivants atteints ne souffraient pas vraiment. On sait depuis longtemps que c’est tout le contraire, et que les gens ont porté de graves séquelles toute leur vie, et beaucoup sont morts entre temps au bout de cruelles souffrances.

      Cet exemple est pris au hasard simplement pour valider ce que je sens À PROPOS DE LA NON-INTÉGRITÉ DES INFOS VÉHICULÉES PAR LE GOUVERNEMENT.

      Bonne journée,

      Carolle Anne Dessureault

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    9 février 2012 à 5 05 20 02202
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    «Le SCRS est allé visité »

    visiter

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    9 février 2012 à 5 05 22 02222
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    Le SCRS, c’est une organisation terroriste, commandée par les bourgeois. C’est la police secrète de la dictature bourgeoise, celle pour qui on ne vote pas.

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    9 février 2012 à 8 08 03 02032
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    Je pense que tant et aussi longtemps que des Cours de justice reconnaîtront des preuves obtenues sous la pression de tortures, ces dernières existeront. Un moyen de faire disparaître ces tortures à des fins judiciaires seraient que tous les États membres des Nations Unies signent un ajout à la charte des droits des peuples et des personnes à l’effet qu’aucune preuve, sous la pression de tortures, ne sauraient être retenues contre qui que ce soit. Bien plus, les victimes de tels traitements, seraient sur le champ libérées de toute accusation et mis en liberté. De quoi faire réfléchir les tortionnaires et ceux qui les soutiennent.

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      9 février 2012 à 8 08 09 02092
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      Faire réfléchir un tortionnaire???

      Tu veux rire???

      Amicalement

      Elie l’Artiste

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      9 février 2012 à 12 12 31 02312
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      @Oscar,

      Tant que les Cours de justice reconnaître ces preuves … on continue à vivre dominés.

      QUI S’OCCUPERA de faire signer un ajout à la charte des droits des peuples et des personnes à l’effet qu’aucune preuve, sous la pression des tortures, ne sauraient être retenues contre qui que ce soit, etc. …. ????

      Merci et bonne journée,

      Carolle Anne Dessureault

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    9 février 2012 à 8 08 06 02062
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    Cette tactique de mettre la torture comme sujet à être débattu par la société est simplement pour installer une petite porte législative qui permettront aux autorités un plus grand contrôle sur la population.

    La situation actuelle est qu’effectivement, nos autorités tiennent compte de renseignements obtenus sous la torture; et n’importe qui ferait la même chose. Personne ne laisserait tomber un tel renseignement menaçant des vie humaines, sans le vérifier.

    Alors pourquoi en parler?

    Simplement pour faire accepter le fait par la population. De sorte que la porte s’ouvre pour accepter, sous certaines conditions, la torture.

    C’est exactement ce qui se passe au niveau de l’euthanasie. Le meurtre est acceptable sous certaines conditions.

    Robert Latimer fut condamné à la prison à vie sans possibilité de libération avant 10 ans pour avoir « euthanasié », par compassion, sa fille extrêmement handicapée.

    Guy Turcotte fut jugé victime de  » folie passagère » et condamné à 45 jours d’observation pour avoir tué ses enfants de 40 coups de couteaux par vengeance.

    Voilà le résultat de nos « raisonnements objectifs ». La « Raison » n’y a aucune place. Seule l’apparence d’être « civilisé » est importante.

    Bientôt, on va exiger que les lions soient domptés à manger le mouton avec un couteau et une fourchette; parce que c’est plus « correct ».

    Nous sommes devenus une belle bande d’idéalistes rêveurs, refusant la simple réalité. Nous croyons pouvoir refaire la « nature », et tout ce que nous faisons c’est d’empirer la situation.

    Elie l’Artiste

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      9 février 2012 à 8 08 22 02222
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      Je sais qu’il y a de quoi de très idéaliste dans ce que je propose, d’autant plus que nous savons que les grandes puissances se moquent bien du droit international et de tout ce qui s’y rattache. Elles sont la loi et le droit n’a de sens que lorsqu’il vient les soutenir dans leurs conquêtes.

      Pour dire vrai, j’ai hésité à lancer cette idée, non pas parce qu’elle n’a pas de sens, mais parce qu’elle n’a pas de prise sur ceux qui mènent le monde. Il faut croire que je l’ai fait par idéalisme.

      amicalement

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      9 février 2012 à 12 12 37 02372
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      @Lartiste

      Bonjour,

      Oui, c’est ainsi … J’ai aussi pensé à Robert Latimer quand Turcotte a eu cette faible condamnation après avoir poignardé ses enfants. Alors que Latimer avait de l’empathie, de l’amour pour sa fille, et qu’il a eu le courage d’aller jusqu’au bout de son geste et d’assumer, même si c’était on pourrait dire un geste d’amour, Turcotte, lui, se fera probablement bientôt consoler par une ou deux femmes assez dérangées pour tenter de le sauver. Je ne condamne pas l’ÊTRE de Turcotte, c’est son FAIRE qui est dérangé.

      Je déteste pour ma part l’excuse, l’expression SOUS CERTAINES CONDITIONS qui permet d’abuser dans notre système.

      Merci et bonne journée,

      Carolle Anne Dessureault

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    9 février 2012 à 10 10 42 02422
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     » Commencez-vous à voir quelle sorte de monde nous créons? … Un monde de crainte, de trahison, de tourment. Un monde d’écraseurs et d’écrasés, un monde qui, au fur et à mesure qu’il s’affirmenra, deviendra plus impitoyable. Le progrès dans notre monde sera le progrès vers plus de souffrance. … Dans notre monde, il n’y aura pas d’autres émotions que la crainte, la rage, le triomphe et l’humiliation. … Si vous désirez une image de l’avenir, imaginez une botte piétinant un visage humain… éternellement « .
    George Orwell, 1984

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      9 février 2012 à 12 12 02 02022
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      Un monde qui était facile à prévoir puisqu’on y accepte la notion de « Dominant/Dominé » comme étant NATURELLE.

      à quoi peut-on s’attendre d’autre?

      Elie l’Artiste

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      9 février 2012 à 12 12 40 02402
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      @André Lemay,

      Développer la lucidité et une éthique, ça nous pouvons le faire.

      Si beaucoup de personnes le font, cette création aura aussi sa manifestation.

      D’ailleurs il y a beaucoup de créations saines dans notre monde qui viennent de visions pour le bien de l’ensemble.

      Bonne journée,

      Carolle Anne Dessureault

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