LA LUTTE DES SALARIÉS CONTRE « L’AUSTÉRITÉ »

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La guerre à l’austérité

Peut-on mener la guerre contre « l’austérité » ? Peut-on gagner la bataille contre les politiques économiques visant à réduire les revenus disponibles par le recours aux impôts excessifs, le gel des salaires, l’emprunt forcé, et les restrictions au crédit à la consommation ? Le but recherché par ces politiques serait le retour à l’équilibre fiscal gouvernemental afin de rembourser la dette souveraine (sic).

Un groupe de militants anarcho-syndicalistes prétend que les municipalités se seraient infligé des sévices financiers en ne versant pas leurs cotisations aux fonds de pension. Ils comparent les politiciens à des mafieux. Ils ajoutent que les compagnies refusent de verser leur cote part aux régimes de retraite alors qu’elles engrangent des profits et mènent la grande vie. En ce qui concerne la « classe politique » disent-ils, elle n’aurait aucun courage et mangerait dans la main des entrepreneurs. Enfin, ces gauchistes ajoutent que « Les pays qui ont appliqué l’austérité sont ceux où les taux de profit se sont maintenus » (1). Doit-on rappeler à ces camarades que l’économie capitaliste est régie par des lois impératives auxquelles municipalités, politiciens, entrepreneurs et gouvernements bourgeois sont soumis sous peine de péricliter et de disparaître? Un honnête politicien bourgeois et un capitaliste charitable ne peuvent que se soumettre aux lois de l’économie politique. Il est faux de prétendre que « les entreprises engrangent les profits et mènent la vie de pacha ». Si c’était le cas, l’économie capitaliste ne serait pas en crise et nul n’aurait besoin de mesures d’austérité pour rétablir les taux moyens de profits.

Un partisan ouvrier décrit ainsi les conséquences des politiques gouvernementales d’austérité sur les populations concernées : « D’un côté, les travailleuses et travailleurs sont écrasés par les taxes, les remboursements hypothécaires et les  autres dettes, les contributions croissantes à leurs fonds de retraite dont les prestations deviennent aléatoires selon les performances du marché et les lois arbitraires, pendant que leurs salaires stagnent compte tenu de l’inflation, que leurs emplois se précarisent et que les conditions de travail se détériorent. » Ce militant ajoute « l’austérité permettra aux riches de baisser leur fardeau fiscal alors que ce sont les baisses d’impôt des revenus élevés, des gains de capitaux, des profits et du capital qui causent l’austérité » (2).

Les conséquences décrites de la crise économique sont véridiques. Mais anarcho-syndicalistes et militant gauchiste font fausse route quand ils s’éprennent du salmigondis que la Confédération des Syndicats Nationaux (CSN) a déposé en  commission parlementaire. Ce ne sont pas les baisses d’impôts pour quelques sections que ce soit de la population qui expliquent les mesures d’austérité prises par le capital privé ou étatique. À preuve, la semaine dernière le gouvernement fédéral a annoncé des baisses d’impôts pour les familles canadiennes (3). Il y a quelques mois Barack Obama a haussé le revenu minimum aux États-Unis. Il est généralement admis que ces mesures n’auront aucun impact ni sur le déroulement de la crise économique systémique ni sur les politiques d’austérité des gouvernements municipaux, provinciaux et fédéraux canadien ou américain.

L’austérité est une ultime tentative pour sortir de la crise systémique

Les mesures gouvernementales d’austérité imposées dans différents pays à travers le monde (ce qui comprend Cuba, Bolivie, Venezuela, Suisse, Suède, Chine, France, etc.) découlent de la crise économique systémique qui confronte l’ensemble de l’économie globalisée et internationalisée. Les mesures d’austérité sont les conséquences et non pas les causes de la crise économique systémique. Pour faire cesser les politiques d’austérité, l’économie capitaliste devra relancer la croissance de ses profits qui sont en pannes depuis une décennie, mais rien ne laisse présager une telle éventualité. Les mesures d’austérité gouvernementales et celles du capital privé (qu’il ne faudrait pas oublier) visent à restreindre les dépenses dans les programmes sociaux, éducatifs et culturels destinés à la reproduction de la force de travail et à réduire le coût du travail salarié pour les entreprises privées. Impossible de contrer ces politiques d’austérité sans d’abord résoudre la crise économique de surproduction. Or, il n’y a aucun moyen de résoudre la crise de surproduction sans détruire des moyens de production. Laisser croire le contraire aux militants sincères serait faire le jeu des magistères du capital.

Dans son mémoire, la CSN établit ainsi la dichotomie austérité/prospérité qui confronte l’économie politique québécoise et canadienne : « les déficits courants sont faibles en proportion du PIB et sont essentiellement conjoncturels (sic); la dette publique est maîtrisée et le faible endettement du gouvernement canadien par rapport à celui des autres pays développés réduit le poids de la dette pour les contribuables québécois (…) rien ne justifie les compressions draconiennes mises en œuvre par le gouvernement du Parti libéral ». Selon la CSN il n’y aurait pas de crise économique systémique. La centrale syndicale poursuit ses supplications en direction des «postillons» des grands patrons de cette façon : « Le gouvernement doit considérer d’accentuer la progressivité de l’impôt sur le revenu, puisqu’il est évident que les importantes baisses d’impôt dont ont bénéficié les contribuables à haut revenu ces dernières décennies n’ont pas généré l’accélération de la croissance économique annoncée par les idéologues néolibéraux. » Enfin, le prieuré syndical dans un grand élan social argue que « le gouvernement pourrait évaluer la possibilité d’instaurer un impôt minimum, de réintroduire la taxe sur le capital pour les institutions financières, de revoir certains crédits d’impôt dont bénéficient les entreprises, de lutter de façon plus efficace contre les paradis fiscaux et l’évitement fiscal agressif. Finalement, compte tenu des taux en vigueur dans d’autres juridictions fiscales, une hausse de l’impôt sur le revenu des entreprises est parfaitement envisageable. D’autant plus que les baisses d’impôts octroyées ces dernières décennies à l’échelle canadienne ont été inefficaces pour stimuler l’investissement privé et la croissance économique » (4).

La CSN se fait le parangon de l’ex-ministre Jacques Parizeau, le grand économiste du Parti québécois qui aujourd’hui défend cette thèse keynésienne, mais qui, en 1981, a coupé les salaires des fonctionnaires au lendemain d’un référendum perdant. Il faut se rappeler que les politiques d’austérité ont précédé les gouvernements Landry – Charest – Marois – Couillard (5). La CSN prétend qu’une fiscalité plus équitable règlerait le mal social qui nous accable. Pourtant, aucun gouvernement n’applique ces recommandations « raisonnables ». Si un État s’avisait d’appliquer ces propositions «socialisantes» (sic), cela découragerait l’investissement capitaliste et ferait fuir les riches vers d’autres horizons plus cléments pour leur argent. Le gouvernement américain de Barack Obama sans affinité « socialiste » vient de l’apprendre à ses dépens. Des entreprises comme Apple, Google et Microsoft délocalisent leurs profits vers les paradis du crédit à petit prix et si l’État américain intervient elles menacent de délocaliser leur siège social comme Burger King (USA) là fait récemment avec Tim Horton (Canada). (6)

Comment faire reculer l’État des riches

Tous les pays où les gouvernements taxent et imposent lourdement les financiers et les hauts salariés (43 % d’imposition aux É.-U.) imposent cependant des mesures d’austérité. Ces mesures gouvernementales d’austérité ne visent pas à rétablir l’équilibre budgétaire et à rembourser la dette souveraine comme le laisse croire le maelstrom médiatique dominant, mais à rétablir les profits des dominants. Une fois compris ce principe que « l’austérité » est la réponse capitaliste à la crise systémique qui ébranle l’économie impérialiste, la question se pose à savoir si travailleurs et travailleuses peuvent contrer ces politiques de restriction, et comment faire reculer l’État des riches ?

Peut-on faire reculer l’État en défilant devant les édifices de gouvernement ? Peut-on faire reculer l’État en le menaçant de notre unité étudiante, citoyenne, chômeuse, féministe et syndicaliste en route vers la solidarité à déambuler ? Nous ne le croyons pas. La grève étudiante de 2012 ne fut pas d’abord une marche incessante à travers la communauté urbaine, mais surtout une grève militante qui a bloqué de manière étanche de nombreuses facultés universitaires et plusieurs Cégeps.

Pour faire reculer l’État des riches dans ses politiques d’austérité il faut établir un rapport de force de classe qui l’amène à en évaluer le coût économique d’abord et politique ensuite vis-à-vis le bénéfice qu’il retire à poursuivre ses attaques contre les salariés, les étudiants et les déshérités. À notre avis seule la grève générale illimitée pourra faire reculer l’État policier des financiers.

Pour un complément d’analyse de la crise : http://www.publibook.com/librairie/livre.php?isbn=9782924312520

 

(1)   On coupe dans les régimes de retraite pour maintenir les profits ! Groupe Internationaliste ouvrier. Octobre 2014 http://www.leftcom.org/fr

(2)   Voir Le Devoir du 27/10/14 le résumé du mémoire de la CSN à la commission parlementaire sur la fiscalité http://www.ledevoir.com/politique/quebec/422152/commission-d-examen-sur-la-fiscalite-quebecoise-un-plaidoyer-pour-la-solidarite

(3)   Harper annonce des baisses d’impôt pour «toutes les familles»http://www.lapresse.ca/le-soleil/affaires/actualite-economique/201410/30/01-4814223-harper-annonce-des-baisses-dimpot-pour-toutes-les-familles.php

(4)   http://www.prologue.ca/654927-157-livre-Adulte/L_economie_toxique.html?&tri=1_asc_2_asc&id1Retour=4&pRetour=03_103&page=1

(5)   http://www.ledevoir.com/politique/quebec/422152/commission-d-examen-sur-la-fiscalite-quebecoise-un-plaidoyer-pour-la-solidarite

(6)   http://affaires.lapresse.ca/economie/agroalimentaire/201410/30/01-4814278-lunion-de-tim-hortons-et-burger-king-ne-profitera-pas-au-canada-selon-une-etude.php

 

4 pensées sur “LA LUTTE DES SALARIÉS CONTRE « L’AUSTÉRITÉ »

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    12 novembre 2014 à 18 06 34 113411
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    Malgré toutes les mesures d’austérité l’endettement des états s’accroît toujours, malgré toutes les mesures gestionnaires l’endettement des société privées augmente toujours. En vérité l’économie n’est pas ce qu’on en dit en général, le capitalisme n’est en fait qu’une croyance dogmatique servant les intérêts d’une clique de fraudeurs et de voleurs.

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    14 novembre 2014 à 6 06 19 111911
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    je n’arrive pas à comprendre si les capitalistes rétablissent leur profits :
    – parce que la concurrence étant la, s’il n’ont pas les reins assez solide alors ils risquent de se faire manger (visiblement non)
    – pour enfoncer (misère ignorance) le prolétariat dans une situation qui ne leur permettrait de ne plus se défendre.
    – par avidité d’après ce que tu dis non, ce qui peut expliquer que Warren buffet n’est pas bling bling tout en étant ce qu’il est
    – parce que c’est la seule solution pour créer de la croissance

    visiblement c’est ce dernier point, mais je voulais savoir les mécanismes qui entrainent cette causalité

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    14 novembre 2014 à 13 01 33 113311
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    @Chavez

    Tes remarques sont courantes dans notre société. La source de tout tes problèmes de compréhension origine de la vision manichéenne – moralisante – idéaliste de la société et de l’économie et du mode de production que l’école, les médias, la bourgeoisie répand dans nos sociétés qu’elle (la bourgeoisie) domine totalement tant sur le plan économique, politique qu’idéologique. Les plus tordus dans ce domaine proviennent de la pseudo gauche – à gogo. Ce sont les plus fumistes du lot. C’est la raison pour laquelle je les combat si farouchement (je ne t’accuse pas d’en faire partie rassure-toi).

    Prenons deux de tes phrases « – pour enfoncer (misère ignorance) le prolétariat dans une situation qui ne leur permettrait de ne plus se défendre.
    – par avidité d’après ce que tu dis non, ce qui peut expliquer que Warren buffet n’est pas bling bling tout en étant ce qu’il est»

    Les capitalistes monopolistes ne sont pas des ogres – des belzébuth – des démons mangeurs d’ouvriers. Et les ouvriers ne sont pas des chérubins – innocents – insignifiants – bons à la naissance et pour l’éternité. Il n’y a pas l’enfer d’un côté et le ciel de l’autre Les Saint d’un bord et les démons de l’autre. C’est la religion qui présente ainsi le monde réel dans lequel nous vivons et besognons.

    Les capitalistes font la job qui leur a été dévolu = assurer la reproduction élargie du capital. Pour cela ils doivent garantir la valorisation du capital (l’expropriation de la plus-value et la distribution des profits sous différentes dénominations). Ils s’y emploient inexorablement ou alors ils sont chassés banqueroutés expulsés du sérail par la concurrence féroce qui les opposes les uns les autres.

    Pour faire fructifier le capital il n’existe qu’une méthode sous le mode de production capitaliste Faire produire du surtravail à des travailleurs que l’on fait bosser 8 heures et on ne les paie que pour 4 heures = le reste c’est le profit.

    La crise survient quand le système ainsi construit ne parvient plus à fonctionner – il s’enraye – bloque – hoquette – s’effondre – grippe – la plus-value ne sort plus – les marchés sont engorgés – le capital dort et périclite –

    Personne n’est bon ou méchant la-dedans – le système ne permet plus à la machine de fonctionner alors les riches s’aventure vers la guerre interimpérialiste afin de tenter de résoudre les contradictions. Ils le font sans même sans apercevoir – sans peut-être le vouloir (ca je n’en suis pas certain)

    Ils nous faut alors renverser ce système – l’éradiquer et en construire un nouveau qui marche et permet de satisfaire les besoins de chacun à partir du travail de chacune. – chacun

    Aucune morale dans tout ceci.

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