LA MONDIALISATION NÉO-LIBÉRALE, C’EST (2)

guerre

L’économie «réelle» en guerre contre l’économie «virtuelle» 

Peut-on imaginer un instant qu’il existe des alambics telles que l’économie «réelle» et l’économie «virtuelle» (7) ? Les économistes se gardent bien de dire qu’il s’agit simplement de deux formes classiques du capital (le capital productif ou capital vivant ou encore capital variable (Cv) et le capital fixe, ou capital mort, ou capital constant (Cc)). Pour Marx, c’est le rapport entre ces deux formes de capital, ce qu’il appelait la composition organique du capital (Cc/Cv) qui génère les crises économiques de surproduction.

L’impossible résolution de cette contradiction entraîne la baisse tendancielle du taux moyen de profit. Cette contradiction ne peut être résolue sous le règne du capital monopoliste. La guerre (régionale ou mondiale) est l’ultime moyen de détruire des moyens de production, du capital fixe ou constant (Cc) et quantité de stocks de marchandises invendues, tout en éliminant quantité de forces productives inutilisées (les ouvriers et les chômeurs transformés en chair à canon dans les tranchées).

Les États-Unis, un modèle de l’impasse économique impérialiste

S’il n’y a plus assez de plus-value à partager, c’est parce que les capitalistes ne peuvent plus exploiter les salariés et les prolétaires occidentaux (leur extraire la plus-value – issu du surtravail non payé), tout en leur abandonnant un salaire jugé trop élevé compte tenu de la concurrence sur le marché mondial de l’emploi. Dans les pays émergents, ils peuvent plus facilement exploiter les ouvriers, les artisans et les paysans migrants vers les villes pour se prolétariser. La solution choisie par le capital international est donc de faire disparaître les humains surnuméraires. Pour ce faire, les guerres, les famines, les pandémies, les catastrophes naturelles et l’euthanasie sont mises à profit.

Comme l’indique le Graphique 1, les salaires des travailleurs étatsuniens rapportés au PIB du pays sont au plus bas depuis 1940. Ceci signifie que la part du gâteau économique que les millions de travailleurs américains ramènent à la maison pour leur reproduction n’a jamais été aussi petite. C’en est rendu au point qu’est apparue aux États-Unis depuis une décennie la catégorie des travailleurs pauvres. Ceux qui travaillant cinquante heures semaine, mais ne gagnent pas suffisamment pour assurer la reproduction de leur force de travail. Ce sont eux pour lesquels la plus grande entreprise au monde, Wall-Mart, organise des collectes de nourriture plutôt que de les payer. Croyez-vous que ces prolétaires anémiés et aliénés peuvent s’intéresser à la politique ? C’est exactement l’effet escompté.

Si dans le passé les États-Unis (et l’Europe de l’Ouest) jouaient le rôle de marché de consommation de l’humanité, la baisse de la part des salaires dans le PIB national signifie que les États-Unis ne seront bientôt plus en mesure de jouer le rôle de consommateur et de gaspilleur des marchandises puisque les consommateurs américains (90% des clients sont des salariés) ont de moins en moins de revenus pour consommer. Dès que le crédit à la consommation s’épuisera, le système s’effondrera  comme en 2008 pour le marché de l’immobilier (8).  Les créanciers des Étatsuniens ont bien raison de s’énervés.

Les États-Unis ne sont donc plus un grand pays producteur de marchandises (exceptés pour l’armement, l’avionnerie, l’automobile, l’énergie et une partie de leurs aliments) et ils sont de moins ne moins un pays consommateur solvable. Les États-Unis, premier partenaire économique du Canada, sont devenus une oligarchie de banquiers-financiers-rentiers et d’actionnaires millionnaires et milliardaires parasitaires (0,01% de la population, environ 310 000 individus) qui vivent de l’accumulation d’immenses fortunes, que la gauche bourgeoise envie et souhaiterait leur soutirer. La gauche bourgeoise ne voit pas qu’il faudra leur exproprié de gré ou de force.

Les États-Unis sont aussi devenus un pays de petit-bourgeois paupérisé, désespérés, désarticulés et abandonnés par leurs mentors décapitalisés. Nous spécifions «décapitalisés» dans le sens que les monceaux de capitaux qu’entassent les capitalistes financiers-rentiers américains sont des papiers spéculatifs boursiers qui demain s’évaporeront en même temps que s’effondreront les indices de la bourse.

Néanmoins, ces  petits-bourgeois sont de plus en plus coupés de la masse des salariés qui ne se reconnaissent plus dans leurs mythes et leurs salmigondis à propos de la «destinée manifeste», du «self-made-man», de la «démocratie électoraliste». Coupé de cette mission de courroie de transmission et de coolie des grands patrons le vassal petit bourgeois perd toute utilité pour ses suzerains et cela est très dangereux pour lui le coolie.

Les États-Unis c’est aussi une masse énorme de salariés, de plus en plus pauvres et de plus en plus démunis et aliénés. Pour l’instant, cette foule prolétarisée souffre, peine, désespère, s’adonne au crime à la petite semaine, et tourne sa colère contre elle-même, par le suicide, la mystique religieuse, la drogue, l’alcool, la sexualité débridée, le vol à la tire et le meurtre aveugle ou en série, les bandes de rues, la désobéissance civile, l’anarchie sociale et le monde interlope. Cet amalgame difforme subit une terrible répression de la part d’un État policier de plus en plus sauvage et dérégulé. Les multiples corps policiers étatsuniens, totalisant avec l’armée et les services secrets deux millions de fusils, sont totalement déconnectés de la société civile et de la classe ouvrière. Ils s’acoquinent avec le crime organisé et s’adonnent à la prévarication des «ripoux» sur les restes de la dépouille impérialiste.

L’égocentrisme et le narcissisme ont force de loi aux États. Chacun tente de tirer son épingle du jeu et c’est ainsi, au milieu de cette anarchie, que l’oligarchie se maintient au pouvoir entre deux mascarades électorales auxquelles ne participent plus que la petite bourgeoisie, l’aristocratie syndicale, une partie des rentiers, et les politiciens tous plus véreux les uns que les autres (9). Il en est très bien ainsi. N’invitez surtout pas les ouvriers à voter. Maintenant qu’ils ont perdu toute illusion sur l’État des riches capitalistes, il ne reste plus qu’à les mobiliser pour le renverser.

La situation économique, sociologique, politique et juridique est à peu près identique au Canada avec un léger décalage dans le temps et dans l’approfondissement dus à quelques particularismes nationaux et à un effet d’échelle. Le sous-continent étatsunien compte 310 millions d’habitants alors que l’immensité canadienne ne compte que 36 millions d’individus.

L’économie impérialiste sera relancée si elle parvient à démanteler quantité de moyens de production, à éradiquer quantité de forces productives (travailleurs) et à détruire quantité de marchandises pendant la guerre nucléaire, pendant les famines et les pandémies en série, et au cours des cataclysmes naturels pour lesquelles rien n’aura été fait pour prévenir ou secourir les populations martyres.

C’est ainsi que le système économique impérialiste résoudra ses problèmes de trop-plein de main d’œuvre désœuvrée, de trop-plein de pauvres, d’exigüité des marchés et de surabondance des moyens de production qui entraîne la baisse de la composition organique du capital et du taux moyen de profit (10).

La guerre comme solution à la crise économique

Bien entendu, les guerres sont présentement localisées, contrôlées, dirigées et endiguées, quoique de moins en moins efficacement (Sud Soudan, Syrie, Afghanistan-Pakistan, Centre-Afrique, Libye, Mali, Irak, Ukraine). D’un commun accord entre les protagonistes des camps impérialistes antagonistes, pas encore résignés à s’affronter dans un grand cataclysme nucléaire, les aires de guerres sont limitées aux pays sous-développés. Tout cela peut changer et l’Occident peut demain s’engager directement dans une guerre inter-impérialiste.

Plus d’une cinquantaine de guerres locales et régionales ont marqué et marquent encore aujourd’hui le déclin rapide de l’impérialisme américain qui s’accroche désespérément à son statut obsolète de première puissance économique mondiale. Les États-Unis d’Amérique demeurent la première puissance militaire du monde, mais ils ne sont déjà plus la première puissance économique internationale. Seule la fraude monétaire accompagnant le dollar US – artificiellement maintenue en survie – permet encore à ce pays décadent de guerroyer. L’État nation qui devient la première puissance impérialiste économique, industrielle et commerciale, deviendra, tôt ou tard, la première puissance militaire internationale. Observez la Chine.

Dès avant la Première Grande Guerre, l’idée a germé dans la tête des sociaux-démocrates et des réformistes de tout acabit que la guerre n’était pas un compagnon de lit obligé du mode de production capitaliste et que l’humanité, si longtemps outragée par les horreurs de la guerre mille fois répétées et dénoncées, pourrait enfin respirer dans la paix prolongée.

Nous ne reprendrons pas ici toute la panoplie des arguties qui prétendent que «plus jamais» le monde ne souffrira de telles abominations. Pourtant, de nouveaux charniers viennent dissiper les illusions des curés, des mollahs, des imams, des popes, des  humanistes de la gauche engagés dans la guerre contre la guerre à coup d’eau bénite, de prières, de cantiques et de pétitions de compassion. Nous ne traiterons ici que certains des arguments les plus récents des «négationnistes» d’une nouvelle guerre à l’échelle planétaire.

Premier argument : La guerre mondiale n’est plus possible, car les armements nucléaires sont trop puissants et mettraient en danger le vainqueur tout autant que le vaincu.  Croyez-le ou non, on disait cela dans les mois précédents la Seconde Guerre mondiale. à la fin, ils n’ont pas hésité à l’utiliser deux fois contre le Japon. Ils y seront entraînés dans cette guerre mondialisée par les lois inexorables de l’économie impérialiste. Deuxième argument de ces tenants «de la paix inévitable» : La division internationale du travail et la répartition des moyens de production (industrie lourde productrice de moyens de production), ainsi que la dépendance qu’engendre ce nouveau paradigme «d’interdépendance industrielle universelle» rend improbable sinon impossible une guerre totale entre camps impérialistes. En effet, comment General Motors États-Unis pourrait-il commander la destruction de ses installations de production en Chine ? Entre 1939 et 1945, la société américaine IBM a vu bombarder ses équipements industriels implantés en Allemagne. D’autres entreprises industrielles américaines également. La destruction de moyens de production permet de désengorger les marchés et de relancer le processus de production profitable.

Bien que ces arguments semblent logiques et raisonnables, ils ne font pas le poids devant l’histoire. Il nous faut malheureusement nous rendre à l’évidence, les capitalistes monopolistes ont toujours juré qu’ils voulaient la paix à tout prix alors qu’ils préparaient la guerre à n’importe quel prix. Les dépenses gouvernementales pour l’armement, en hausse exponentielle (Carte 1), prouvent à l’évidence que le monde se dirige vers un nouveau conflit international. La recherche de pointe sur le développement d’armes nucléaires létales, dites à «effets localisés et limités», et les récents revirements de la politique américaine en ce qui concerne le bouclier nucléaire européen face au camp eurasien, ainsi que la décision du président américain de déplacer ses flottes et ses bases militaires vers l’Asie-Pacifique démontrent à l’évidence que le grand capital  prépare un grand affrontement dont un seul camp sortira gagnant (temporairement) (11).

L’unique solution à la crise économique

La révolution empêchera la guerre ou la guerre enclenchera la révolution ouvrière. C’est-à-dire que la classe ouvrière se résoudra à accomplir sa mission historique qui consiste à répudier l’ancien mode de production impérialiste dégénéré, qui a rendu les services qu’il pouvait, mais n’est plus capable de surmonter ses contradictions internes et d’assurer l’évolution de l’espèce humaine. Les ouvriers devront le remplacer par un nouveau mode de production planifiée  et une nouvelle société organisée assurant le développement dans le respect de l’environnement (12).

Graphique 1   La masse salariale dans le PIB des États-Unis

 salaire

 

Source : http://centpapiers.com/dix-graphiques-incroyables-qui-demontrent-la-lente-agonie-du-travailleur-americain/

Carte 1  Exportation-importation d’armements – les pays plus importants (2006-2010)

 guerre

 

  1. http://fr.wikipedia.org/wiki/Accords_de_Bretton_Woods
  2. http://www.legrandsoir.info/du-printemps-occidental-mai-68-au-printemps-devoye-mai-2008.html  et  http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/mai-2008-le-printemps-devoye-2e-127408
  3. http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tat-providence
  4. http://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9olib%C3%A9ralisme
  5. http://fr.wikipedia.org/wiki/Hydro-Qu%C3%A9bec
  6. http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/392538/la-menace-d-alcoa-est-elle-serieuse
  7. http://www.oulala.info/2013/11/le-fonctionnement-du-mode-de-production-capitaliste-2/
  8. Susceptibledexister, maisquirestesanseffetdansleprésent, synonyme de potentiel. Dictionnaire Larousse.
  9. http://www.mondialisation.ca/usa-10-chiffres-qui-disent-tout/5310915
  10. Jacques Attali, conseiller du président «socialiste» François Mitterrand, et grand poncif du capitalisme «humaniste» propose d’euthanasier tous les habitants invalides et improductifs qui dépassent l’âge de la retraite. Le parangon du «social-fascisme» déclarait ce qui suit : « Dès qu’il dépasse 60-65 ans l’homme vit plus longtemps qu’il ne produit et il coûte cher à la société. La vieillesse est actuellement un marché, mais il n’est pas solvable. Je suis pour ma part en tant que socialiste contre l’allongement de la vie. L’euthanasie sera un des instruments essentiels de nos sociétés futures.» Sans honte la grande bourgeoisie nous annonce le sort qu’elle réserve aux ex-ouvriers et aux salariés retraités. Tout ceci étant présenté sous la forme hypocrite d’aider le patient à mourir dans la dignité. http://www.bvoltaire.fr/pierremylestin/les-prophetes-sont-parmi-nous-et-attali-est-le-plus-grand,46072
  11. L’Europe veut des drones américains.  21.05.2013. http://www.oulala.info/2013/05/leurope-fait-pression-sur-les-etats-unis-pour-partager-les-drones-pas-pour-les-supprimer/Nouvelles bombes nucléaires étasuniennes en Europe pour les F-35. 24.04.2013.  http://www.mondialisation.ca/nouvelles-bombes-nucleaires-etasuniennes-en-europe-pour-les-f-35/5332695http://www.statistiques-mondiales.com/population_par_pays.htm et  http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_PIB_(nominal)_par_habitant et http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_d%C3%A9penses_militaires et http://www.forbes.com/global2000/#page:30_sort:0_direction:asc_search:_filter:All%20industries_filter:All%20countries_filter:All%20states
  12. http://www.inegalites.fr/spip.php?article381
  13. Le Pentagone dit au Sénat américain que les guerres vont continuer pour des années. 25.05.2013. http://www.legrandsoir.info/le-pentagone-dit-au-senat-americain-que-les-guerres-vont-continuer-durant-des-dizaines-d-annees.html
  14. R. Bibeau (2014)  MANIFESTE DU PARTI OUVRIER  http://www.publibook.com/librairie/livre.php?isbn=9782924312520

 

 

Une pensée sur “LA MONDIALISATION NÉO-LIBÉRALE, C’EST (2)

  • avatar
    20 octobre 2014 à 16 04 53 105310
    Permalink

    au sujet du deuxième argument
    c’est même pire que ce que tu dis, je te laisse lire le texte de Jacques Pauwels, ton compatriote qui dit que les usines états-uniennes était épargnées durant les bombardements alliés. Il était notoirement connu que les habitants de russelheim se rapprochaient des usines car non bombardés.

    http://www.michelcollon.info/Opel-en-Allemagne-nazie-le-bon.html

    marxistement tienne

    il faut dire qu’à l’époque c’était Hitler plutôt que les soviets.

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